Plutôt que les réseaux sociaux, inter-disons le smartphone !

Une enquête en mauvais termes sur l’interdiction des téléphones aux moins de 15 ans

paru dans lundimatin#510, le 24 février 2026

Cet article (qui est tout autant une enquête), à la longueur abusive et au maniement de registres difficilement conciliables, se veut une contribution au débat, imposé dans les (mauvais) termes suivants : faut-il, oui ou non, interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?

1. Quelques données pour comprendre le phénomène

Que se passe-t-il dans notre smartphone ?

Afin d’essayer de comprendre pourquoi certains veulent limiter l’usage des réseaux sociaux, nous proposons d’abord d’examiner des indicateurs chiffrés révélant les pratiques d’utilisation du smartphone. Deux sources principales seront utilisées.

La première est le rapport State of Mobile 2026 de Sensortower [1], une entreprise spécialisée dans le suivi des données d’utilisation des smartphones et de leurs applications, et ayant pour but assumé d’aider les entreprises conceptrices des ces applications à augmenter leur rentabilité. Ce rapport concerne les données des smartphones tournant sous iOS et Android de 24 pays « marchés » (comprendre « pays »), répartis sur tous les continents à l’exception notable de l’Afrique. Pour la Chine, seules les données iOS (iPhones) sont renseignées, ce qui rend la prise en compte des données pour ce pays trop incertaines [2].

La deuxième est le Digital 2026 Global Overview Report [3] de DataReportal et ses parties consacrées aux téléphones mobiles et aux applications. DataReportal est un site proposant des rapports sur l’utilisation d’internet et du téléphone mobiles, agrégeant plusieurs jeux de données dont celles de Sensortower, ce à l’échelle globale mais aussi de manière détaillée pour l’ensemble des pays de la planète. Sauf mention contraire, les données mentionnées valent pour l’année écoulée (2025) et à l’échelle mondiale.

Utiliser un smartphone = dépenser de la thune

Ce qui intéresse Sensortower est l’in-app purchase (« achat intégré »), un indicateur qui quantifie l’argent dépensé par l’usager d’une application une fois celle-ci ouverte. Par exemple, quand on s’abonne à ChatGPT pour bénéficier de davantage de fonctionnalités, qu’on achète quelque chose directement sur TikTok (TikTok Shop) ou qu’on paye dans un jeu pour déverrouiller des univers ou acheter de la monnaie virtuelle. Les revenus liés à cette pratique ont augmenté de 10,6 % en 2025, pour atteindre 167 milliards de dollars dans le monde. Ce sont les applis d’IA qui portent en grande partie cette croissance, du fait de l’augmentation constante de leur usage. Mais c’est bien par le biais des réseaux sociaux que les gens dépensent le plus d’argent de cette manière : 12,9 milliards de dollars en 2025 à l’échelle mondiale, et 378 millions rien qu’en France (image 1). Il faut rappeler cependant que la principale source de profit des réseaux sociaux restent les emplacements publicitaires qu’ils vendent aux entreprises, publicité ciblée du fait de la connaissance fine du profil des utilisateurs. En 2025, Meta (Facebook + Instagram) a généré 60 milliards de dollars de revenus (après impôt) [4], et TikTok 50 milliards de dollars [5], sommes tirées quasi exclusivement de la pub pour la première, et en grande majorité également pour la seconde.

(Sensortower) : argent dépensé (en millions de dollars) en 2025 par type d’application, pour la France.

Utiliser un smartphone = dépenser du temps

Le temps total passé sur les smartphones a également augmenté en 2025 : il est en moyenne de 644 heures (+3,8%) par humain (nos calculs) et par an. Chaque humain n’étant pas doté de smartphone, ce temps d’utilisation rapporté au nombre d’usagers équivaut à 3h36 par jour en moyenne pour chaque utilisateur dans le monde. Cette durée est proche de celle donnée par DataReportal pour 2024, qui l’évaluait à 3h46 par usager. Bien-sûr, il y a de grandes disparités d’utilisation selon les pays, qu’une carte permet de mieux appréhender (image 2 ; données pour 2024). Il faut remarquer que ces durées sont des moyennes : le temps passé sur le smartphone varie énormément avec les usagers, selon leur nationalité, leur âge, leur genre (voir plus bas) ou leur niveau de revenu par exemple.

Converties en durée sur une vie, cela donne effectivement le vertige (on vous laisse faire le calcul), mais pour comprendre à quelles occupations est dévolu ce temps passé sur le smartphone, il faut s’intéresser aux applications les plus téléchargées et utilisées.

Nombre d’heures passé sur le smartphone par usager et par pays [6] (gris : absence de données) (DataReportal)

Quoi de neuf en 2025 dans la répartition de ce temps passé ?

Parmi les types d’applications les plus téléchargées en 2025, les réseaux sociaux restent à la première place, suivis par les applis d’intelligence artificielle (IA) générative et les applis dites « utilitaires ». Les applis les plus téléchargées au sein de ces trois catégories sont respectivement TikTok, ChatGPT et Tiktok Wallpaper. Cette dernière est une application qui permet de faire défiler des vidéos TikTok sur l’écran de veille du smartphone.

Les types d’applis ayant enregistré les plus fortes croissances sont les applis d’IA et les applis de ShortDrama. Sur Wikipédia, on apprend que le shortdrama est un format originaire de Chine (appelé Duanju là-bas) « de fiction sérielle courte conçu pour un visionnage vertical sur smartphone (…). Ce genre se caractérise par des épisodes très courts, souvent d’une à trois minutes et une narration rythmée destinée à capter rapidement l’attention du spectateur. » D’autres applications permettant d’éditer des photos et vidéos avec de l’IA sont également massivement téléchargées, en lien avec l’utilisation des réseaux sociaux et notamment la consommation de vidéos courtes : CapCut, Hypic, Picsart Ai, filmora, Remini, mAst, Meitu. Le nombre de vidéos générées par IA et présentes sur TikTok a été estimé à 1,3 milliards par un porte-parole de TikTok [7]. Avec un rythme de 16 000 vidéos publiée par minute (chiffres de décembre 2024 [8]), les vidéos générées par IA représenteraient 15 % des vidéos publiées en une année sur TikTok.

Sont aussi notables les hausses importantes des téléchargements d’applis relevant de la catégorie « loi et gouvernement » (+17% à l’échelle mondiale), qui sont des applis conçues par les États afin d’identifier les citoyens, que ce soit en ligne ou dans la rue. Si on regarde dans le détail, on découvre que presque chaque pays recensé possède son appli en la matière : France Identité, myGov (Australie), Mi Argentina, DigiLocker (Inde), CielID (Italie), NAFATH (Arabie Saoudite), UAE Pass (Emirats Arabes Unis), VneID (Vietnam), etc. Dans de plus en plus de pays, ces applis deviennent obligatoires pour effectuer certaines démarches (création d’entreprise, signature d’un contrat de travail, mariage), ce qui explique la hausse de leur téléchargement. Dans les pays où ce n’est pas obligatoire (comme la France), les démarches en question sont rendues beaucoup plus difficiles (quand ce n’est pas impossible [9]) sans les applis. Mais bon on s’éloigne de notre sujet.

A quoi ce temps est-il consacré ?

Les réseaux sociaux sont les plus applications les plus utilisées en temps total : ils représentent 45 % du temps total passé sur le smartphone dans le monde (en moyenne plus d’1h30 par utilisateur et par jour). Viennent ensuite les applis de messagerie (17 %) et les navigateurs. Il faut noter qu’à une catégorie d’application peut correspondre de multiples usages : par exemple on peut aussi regarder des shortdramas et échanger des messages sur TikTok, comme on peut réaliser un paiement ou regarder des vidéos avec WhatsApp. Par rapport à l’année précédente, le temps passé sur les réseaux sociaux a augmenté de 5 %, tandis que celui passé sur les IA génératives a été multiplié par plus de 4 (monde). La dynamique est sensiblement la même en France.

La consommation de vidéos courtes sur les réseaux sociaux (shorts, reels) est loin de se faire uniquement sur TikTok. Les entreprises possédées par l’apprenti fascisto-mascu Zuckerberg (Instagram et Facebook) ont bien flairé l’intérêt des vidéos courtes pour capter plus d’audience, comme le montre l’essor du temps passé à en visionner sur ces plateformes (image 3).

(Sensortower) : Proportion de temps passé à regarder des vidéos courtes pour plusieurs plateformes (évolution 2024-2025)

La différence entre TikTok et Instagram/Facebook tient vraisemblablement aux performances de l’algorithme du premier, plus efficace que les deux autres pour conserver ses usagers une fois qu’ils ont ouvert la plateforme : une session moyenne sur TikTok dure en moyenne 9min 42s, contre respectivement 7min 17s et 5min 52s pour les 2 autres réseaux (image 4).

(DataReportal) : temps moyen d’une session pour différents réseaux sociaux en 2025 dans le monde. Données valant seulement pour Android (environ 7 smartphones sur 10).

En moyenne, un usager de TikTok passe 1h37 par jour sur l’application (monde), ce qui correspond à la durée la plus élevée parmi toutes les autres applis de réseaux sociaux (image 5). YouTube concentre la majorité du temps passé sur les réseaux sociaux (appelés « médias sociaux’ dans l’infographie), mais en moyenne ses usagers y passent moins de temps que TikTok.

(DataReportal) : temps moyen passé sur les réseaux sociaux en 2025 dans le monde. Données valant seulement pour Android (environ 7 smartphones sur 10).

Bien-sûr, tous ces chiffres ne nous éclairent pas sur le contenu des heures passées à consulter ces applis (qualité et intensité des échanges par exemple). On peut en revanche avoir une idée du type de contenu le plus consommé par les usagers, en s’intéressant, par exemple pour TikTok, aux comptes les plus suivis (image 6). On peut remarquer que les comptes les plus populaires révèlent un contenu majoritairement orienté vers le divertissement et le loisir. Mais tous les réseaux sociaux ne sont pas utilisés aux mêmes fins, et ne remplissent donc pas tous des fonctions identiques. C’est ce qu’indiquent par exemple des sondages cherchant à quantifier les raisons pour lesquelles les gens utilisent les réseaux sociaux : la raison principale est de rester en contact avec amis et la famille [10], tout un tas d’autres raisons arrivant juste après (« remplir son temps libre », « chercher de nouveaux contenus », etc).

(DataReportal) : comptes TikTok les plus suivis dans le monde en 2025.

Les plateformes de vidéo à la demande étant le deuxième type d’appli sur lequel le plus de temps est passé, regardons quels sont les séries et films qui y sont les plus visionnés (image 6). Difficile de proposer une interprétation à ce classement, où se bousculent des survivants d’un futur post-apocalyptique, des agents secrets, des génies, des tueurs en série ou des participants d’un jeu de survie, la mort n’étant à chaque fois jamais loin.

(DataReportal) : séries en langue anglaise les plus regardées (tous temps).

Influence de l’âge dans l’utilisation du smartphone et des réseaux sociaux

Mais qui se cache derrière toutes ces moyennes ? Ce n’est pas un scoop, les plus jeunes passent plus du temps sur leur smartphone que les plus âgés : 4h30 par jour pour les 16-24 ans contre 1h24 pour les plus de 65 ans. Mais la catégorie d’âge correspondant à celle des adultes dans la fleur de l’âge, parfois parents (35-44 et 45-54 ans) n’est pas en reste : elle passe plus de 3h par jour sur le smartphone (image 8). Ce déséquilibre s’amoindrit lorsqu’on considère le temps passé à utiliser internet sur tous types d’écrans : en moyenne 4h04 pour les plus de 65 ans contre 7h23 pour les 16-24 ans (Rapport 2024 DataReportal). Ces données ne décomptant que les personnes connectées à internet, on se doute que pour les adeptes de la télévision (particulièrement le cas des populations les plus âgées) non connectée à internet (TNT), la durée totale passée derrière les écrans est supérieure.

(DataReportal) : temps moyen passé à utiliser internet sur les mobiles en 2025 dans le monde.

Le top 10 des applis ayant les meilleures audiences au sein des différentes tranches d’âge est fourni par la base de données Sensortower, pour les États-Unis seulement (ce qui est bien dommage) (image 9). YouTube remporte la palme dans toutes les tranches d’âge. TikTok fait bien partie des applis préférées des plus jeunes (18-24 ans), figurant à la 9e place. Mais elle fait un meilleur score dans la catégorie des … plus de 55 ans, arrivant à la 8e place du classement.

(Sensortower) : top 10 des applications ayant les meilleures audiences par tranche d’âge aux États-Unis en 2025.

En temps total, les jeunes utilisent TikTok largement plus que les vieux, même si son usage est loin d’être négligeable. Le visionnage de vidéos courtes n’est cependant pas l’apanage des jeunes, puisque les plus âgés utilisent davantage Instagram et Facebook, où le visionnage de vidéos courtes est en plein essor. Les données DataReportal indiquent ainsi que la tranche d’âge 16-24 ans consomme entre 17h et 19h30 de vidéos courtes par semaine, quand la tranche 55-64 ans en consomme entre 9h30 et 10h20 (moyenne par personne dans le monde).

Influence du genre dans l’utilisation du smartphone et des réseaux sociaux

L’image 8 montre que les filles, dans toutes les tranches d’âge, utilisent davantage leur smartphone que les garçons. L’écart est de 28 minutes dans la tranche 16-24 ans, et d’une quinzaine de minutes dans les autres tranches d’âge. Les garçons (du moins dans les tranches d’âge les plus jeunes) compenseraient cet écart avec les jeux-vidéos [11] (surtout sur console).

Pour ce qui est des réseaux sociaux, TikTok est plus utilisé par les filles que par les garçons (image 10) dans les tranches d’âge 16-24 ans et 25-34 ans. Cet écart se réduit dans les tranches d’âge supérieures, et est inexistant chez les plus de 65 ans. Les autres écarts d’usage importants observés entre les genres, pour les réseaux sociaux, concernent Pinterest (surtout utilisé par les filles) et Reddit (surtout utilisé par les garçons).

(DataReportal) : proportion de filles et de garçons utilisant Tiktok en 2025 dans le monde.

Toutes ces données ont l’inconvénient principal d’être de simples moyennes, et donc de mettre dans le même sac des usagers ayant des pratiques très différentes. Peut-être que la majorité d’utilisateurs de TikTok y passe une faible durée, et une minorité y passe des heures, faisant exploser la moyenne. Autre exemple : utiliser Spotify (qui figure en bonne place dans tous les classements) est comptabilisé comme du temps d’écran alors qu’il s’agit à proprement parler d’un temps d’écoute n’impliquant pas nécessairement de regarder l’écran du smartphone. C’est pourquoi il serait intéressant de dépasser la seule approche quantitative, ce que ne permettent que partiellement ces données.

Mais de telles préoccupations ne doivent pas invisibiliser que l’essentiel du temps passé sur le smartphone dans le monde est consacré à l’utilisation de réseaux sociaux, et qu’une part substantielle de ce temps passé sur les réseaux sociaux consiste à regarder des vidéos courtes (ou des vidéos et podcasts sur YouTube), format relevant largement du divertissement et d’un mode de consommation compulsif plutôt que d’un choix rationnel. Le fait que les plateformes de vidéo à la demande comptabilisent un si faible temps total tient probablement au fait qu’elles sont essentiellement utilisées sur des ordinateurs et des télévisions. Cela légitimerait de se pencher aussi sur les chiffres du « temps d’écran » total, qui inclut ces supports ainsi que l’usage de l’ordinateur, dont il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas aussi l’objet d’un attention critique.

Nous retiendrons donc, sous forme de litotes, que l’essentiel de l’usage majoritaire du smartphone ne consiste pas à « simplifier » la vie des gens, ni à donner accès à des informations auparavant séquestrées dans des bibliothèques élitistes, ni à rencontrer un « Autre » riche de ses différences, ni [insérer élément marketing en faveur du numérique].

2. Ceux qui défendent les enfants...

Le problème ? Juste les jeunes, juste les réseaux sociaux

Avec ces données en tête, on comprend sans trop de problème ce qui motiverait les tenants d’une limitation drastique du temps passé sur les réseaux sociaux. La proposition de loi litigieuse prévoit d’interdire ces derniers aux moins de 15 ans dès la rentrée scolaire 2026. Plus précisément, elle interdit de se créer des comptes sur ces réseaux sociaux, et donc d’être profilé par les algorithmes des plateformes, comme le fait remarquer judicieusement Jean-Lou Fourquet [12] (article favorable à l’interdiction, et aux arguments duquel nous souscrivons en grande partie). Certaines plateformes restent donc totalement (YouTube) ou partiellement (TikTok) accessibles, mais sans contenu suggéré en fonction du profil des utilisateurs (enfin si, sur la base des cookies de navigation quand même). Sont pêle-mêle invoquées la protection des enfants et adolescents contre le harcèlement, l’incitation au suicide, l’exposition à des contenus inappropriés. On peut s’interroger sur la sincérité de ces propositions, venant d’un camp (droite macroniste) pour le moins techno-optimiste, qui a largement œuvré depuis 10 ans à l’informatisation des services publics (Éducation Nationale, France Identité, l’Identité numérique La Poste, SNCF), investi dans l’IA et la 5G et multiplié les propos méprisants à l’égard des sceptiques (les fameux « Amish »).

Mais surtout, la restriction de la mesure aux moins de 15 ans et la focalisation sur les seuls réseaux sociaux témoignent de l’absence de toute volonté réelle de ses promoteurs de combattre l’aliénation numérique, ce qui ne doit étonner personne. D’une part, un tel seuil sous-entend que les personnes de plus de 15 ans seraient en mesure de se raisonner toutes seules, ce qui revient à nier la nature intrinsèquement addictive (tenant à leur conception) de ces applications. D’autre part, la focalisation sur les réseaux sociaux agite une indéniable panique morale, rejouant le match vieux (responsables) contre jeunes (manipulés, addicts, violents, abêtis). Or si on devait effectivement jouer le match, pas sûr que ces mêmes vieux seraient exempts de reproches :

  • Ils sont eux aussi concernés par une fréquentation incontrôlée des réseaux sociaux, et sont moins conscients d’être concernés par ce problème [13].
  • On l’a déjà évoqué mais ce sont ces mêmes vieux qui, par leurs choix politiques et leur position dans la pyramide démographique, ont permis la numérisation (en un temps record) de notre société. Les dirigeants ont mené ce processus à marche forcée, imposant des applications comme ProNote aux écoliers et profs, des mécanismes de double-authentification bancaire (par le biais de l’Union européenne ; directive DSP2) rendant quasiment impossible pour les non détenteurs d’un smartphone de réaliser un vulgaire achat en ligne, offrent des tablettes numériques aux collégiens et lycéens, etc.
  • Ces chantres du tout-numérique, en bons gestionnaires du désastre (écologique, cognitif, affectif, relationnel) souhaiteraient « réguler » certains usages du smartphone et du numérique qui échappent à leur contrôle (en coupant par exemple TikTok lors des révoltes en Kanaky), tout en continuant de déployer ceux qui complètent leurs dispositifs de contrôle des populations : porte-feuilles d’identité numérique, restriction des paiements en liquide, numérisation et désanonymisation des transports en commun, etc.
  • Ce déploiement à tout va contraste avec leurs tentatives de correction de l’usage des smartphones dans les institutions que sont l’école et le monde du travail [14]. Ces corrections à l’usage du smartphone sont apportées afin que la société puisse continuer de fonctionner à peu près comme sur des roulettes. Il faut que les jeunes continuent d’être dociles à l’école et les salariés productifs aux travail. Quant à l’épidémie de solitude et de mal-être qui touche bon nombre de personnes, qui apparemment sont de plus en plus enfermées chez elles à manger UberEats et discuter avec leur compagnon IA, il est possible que prochainement, l’État s’emploiera aussi à la corriger, afin de garantir le minimum d’interactions sociales que requiert le fonctionnement du capitalisme – à moins qu’un remplacement, au travail, des corps de chair par des corps d’aciers et de circuits imprimés permette à cette mutation d’avoir lieu sans encombre.
  • Enfin, il faut se rappeler qu’il n’y a pas que l’usage des réseaux qui est préoccupant : la consommation (par nature compulsive) de séries courtes ou longues, l’usage d’outils d’IA pour à peu près tout (y compris remplacer un psy, une relation affective voire un compagnon sexuel), l’essor continu des applis de pari en ligne, l’essor du flicage de ses proches (à commencer par ses enfants [15]) permis par les accessoires de traçage (montres connectées, AirTag, contrôle parental), ou les messageries instantanées exigeant de rendre des comptes à toute heure de la journée.

La liste pourrait encore être longue, mais on l’aura compris c’est bien de smartphone et pas seulement de réseaux sociaux donc il doit être question. Or le débat ne fait que tourner autour des applications de réseaux sociaux, laissant le smartphone et les autres écrans connectés vierges de tout reproche.

3. Et ceux qui défendent la vie privée

Contrôle d’âge = contrôle d’identité

Outre le mauvais ciblage de cette loi, elle nécessite pour pouvoir être appliquée un mécanisme de vérification de l’âge pour le moins critiquable, cible des opposants à la loi. Là aussi on ne s’attardera pas sur les intentions (réelles, cachées ou tout ce qu’on veut) des promoteurs de l’interdiction, mais bien sur les conséquences qu’aura(it) l’instauration de cette interdiction. Le respect de la limite d’âge de la personne peut se faire de deux manières différentes, nous apprend Franceinfo [16] : en estimant son âge (avec un logiciel de reconnaissance faciale), ou en vérifiant son âge (avec une preuve d’identité). Qu’il s’agisse de l’estimation ou de la vérification, les moyens requis pour espérer faire respecter cette interdiction s’apparentent à un … contrôle d’identité d’une bonne partie de la population française ! Car ce sont tous les usagers des réseaux sociaux (titulaires d’un compte) qui devront s’acquitter de ce contrôle, et pas seulement les plus jeunes. Or, qui dit inflation des contrôles d’identité en ligne dit inflation des bases de données associant nos identités à un contexte : connexion à tel réseau social, à tel compte, à telle heure, avant la publication de tel contenu, etc. Administrer un compte militant ou leaker des informations de manière (relativement) anonyme sur les réseaux sociaux (ou en tout cas sans que des services associés directement à l’état soient au courant) étaient déjà des tâches difficiles ; elles deviendront proprement impossibles avec une telle mesure.

Quid des données d’identification ?

La méthode adoptée pour la vérification de l’âge n’est pas encore arrêtée, mais les pistes les plus sérieuses s’orientent vers les « solutions » développées par la France (France Identité) ou par l’Union Européenne [17]. Ces applications respectent théoriquement des supers standards de sécurité, et notamment le principe du double aveugle ou double anonymat, qui dispose (i) que le site sur lequel on se connecte n’a pas accès aux données personnelles qu’il exige (âge, identité), et (ii) que l’entité chargée de certifier qu’on respecte bien les conditions ne sait pas sur quel site on se connecte. Formulé autrement (de la bouche d’un expert), ce standard permet « non seulement que le site ne sache pas à qui il ’parle’, mais que le vérificateur d’âge ne sache pas non plus pour quel site, ni quel âge il valide » (Franceinfo). Mais faut-il faire confiance à toutes ces déclarations de bonnes intentions ? Les plus experts des experts nous disent que non, et notamment que France Identité peut techniquement avoir accès aux deux informations [18]

Le sort d’autres bases de données d’identité a montré que ce type d’informations (identité, biométrie), qui ne doivent normalement pas (interdiction inscrite dans la loi !) être partagées ni utilisées à d’autres fins que ce pour quoi elles ont été collectées … l’étaient quand même, que ce soit par l’État, des entreprises ou des hackers. Plusieurs exemples tirés de l’actualité récente permettent de s’en convaincre :

  • détournement par la police du fichier des « titres électroniques sécurisés » (photo du visage, empreintes digitales), pour identifier des suspects dans des procédures judiciaires [19]. Il s’agit de données qu’on confie innocemment à des fonctionnaires de l’État lorsqu’on fait la demande d’un titre d’identité.
  • ré-identification des données publicitaires (celles collectées par notre smartphone) censément anonymes, revente de ces données à des industriels de la surveillance à des fins de pistage des individus [20].
  • vol de données de vérification d’identi (comme des copies de cartes d’identité) de 70 000 usagers de la messagerie Discord, à une entreprise sous-traitante [21].

Outre ces quelques réjouissances transgressives, l’arrivée au sommet de l’État d’un personnel politique (RN et LR) aux pratiques encore plus droitières qu’actuellement, lors de prochaines élections présidentielles, pourrait finir de faire sauter les quelques garde-fous législatifs existants, déjà bien peu efficaces.

Pour ce qui est des bases de données biométriques (photo du visage associée à une identité) constituées avec l’usage de la reconnaissance faciale, il faut savoir qu’elles servent déjà à entraîner les logiciels d’entreprises qui rêvent que cette technologie soit aussi autorisée dans l’espace public [22]. Plus on se fait scanner la gueule, plus leur technologie de reconnaissance faciale devient efficace. Si leur « projet » n’était pas encore assez clair, voici ce que propose un gus de l’entreprise Thales, à propos de la reconnaissance faciale : « On pourrait imaginer que la vérification d’identité s’étende à d’autres lieux comme les gares ferroviaires, routières ou maritimes, où il existe aussi un enjeu de sécurité publique » (Le Monde).

Malheureusement, faire un lien entre l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et l’adoption de la reconnaissance faciale dans l’espace public ne relève donc pas d’une théorie du complot.

Quelle efficacité réelle de la mesure pour les moins de 15 ans ?

Dans les faits, les deux dispositifs dont il est question sont de nos jours assez faciles à déjouer. Pour la vérification, on peut prendre une autre carte d’identité ou modifier la sienne avec un logiciel d’IA. Pour l’estimation, on peut utiliser la tronche (photo quelconque ou complice) d’une personne plus âgée, voire celle d’un avatar de jeux vidéos, pour tromper le logiciel de reconnaissance faciale. Les jeunes Australiens et Australiennes ont ainsi fait preuve d’une créativité certaine en la matière, concernés qu’ils sont par une mesure semblable depuis le 1er janvier 2026 [23]. Mais après tout, certains défendent à raison que ce n’est pas parce qu’une loi risque d’être contournée (comme le sont beaucoup de lois) qu’elle sera forcément mauvaise, sa fonction étant plutôt de « vise[r] la réduction des dommages et la transformation des normes collectives » [24]. Enfin, notons l’étonnante stupidité qu’il y a à croire qu’un logiciel de reconnaissance faciale saura faire la différence entre une personne de 14 ans et 11 mois et ... la même personne un mois plus tard. Il est donc d’autant plus probable que la solution retenue sera la vérification d’identité, avec les risques décrits plus hauts.

Si cette mesure sera sûrement inefficace quant à l’objectif affiché (empêcher les moins de 15 d’avoir accès aux réseaux sociaux), elle aura d’autres effets bien réels. Rajoutons que cette inefficacité est souhaitable si on souhaite que persiste la possibilité (fragile) de naviguer anonymement sur internet.

Les illusions du progressisme : éduquer au numérique et réformer les GAFAM

Cette position qui pointe les risques pour la vie privée et l’absence d’efficacité est (on peut s’en réjouir) défendue par des organisations historiques du secteur comme la Quadrature du Net, et également par le parti la France Insoumise.

Ce dernier parti (qui reconnaît les problèmes causés par les réseaux sociaux) s’appuie en outre sur un autre argument : « s’il y a des problèmes, il faut demander aux plateformes de mettre en place les mesures de modération, les mesures de lutte contre le harcèlement et pas faire reposer cette responsabilité sur les jeunes ou les parents. » (Manuel Bompart). D’autres tenants de cette position (des psychiatres comme Serge Tisseron, des journalistes comme Hubert Guillaud, et des scientifiques comme Olivier Ertzscheid, Anne Cordier, Grégoire Borst – ce dernier étant largement discrédité par des soupçons de conflits d’intérêt [25]) ajoutent qu’il faut forcer ces entreprises à changer les algorithmes pour qu’ils ne nuisent plus aux enfants, qu’il faut « éduquer » ces derniers à « l’usage du numérique » plutôt que l’interdire, ou bien donner un statut d’éditeur de contenus (et non plus d’hébergeur) aux plateformes, afin qu’elles puissent être poursuivies en justice lors de la publication de certains contenus. De tels arguments semblent pour le moins naïfs : notamment, croire que des entreprises ayant bâti leur modèle économique sur la captation de l’attention et la collecte massive de données (le fameux « quand c’est gratuit c’est toi le produit ») vont se plier à ces exigences, est à peu de choses près comme exiger de Total qu’elle arrête d’exploiter le pétrole et se mette à installer des panneaux solaires bios (stratégie dont les militants de l’écologie politique ont constaté les limites).

Qu’est-ce qui motive des prises de position si inconséquentes ? Pour les psychiatres, scientifiques et journalistes se positionnant sur le sujet, on pourrait attribuer cette position réformiste à un manque de sens politique, mais aussi à un réflexe servile de toujours s’en remettre à l’autorité, plutôt que d’imaginer de participer à un mouvement (déjà amorcé) de critique, en paroles et en actes, des réseaux sociaux et de leurs smartphones. Mais chez LFI, il est probable que personne ne place sérieusement d’espoir dans la bonne volonté des GAFAM ni le volontarisme de l’UE. On pourrait plutôt voir, là aussi, de l’électoralisme : ne surtout pas paraître technophobe, conserver son audience indéniable sur les réseaux sociaux auprès du jeune public de gauche, ne pas paraître « vieux con » auprès de leur électorat, etc. Pour ce dernier point c’est assez naïf car il semble que les plus jeunes sont davantage prêts que les plus vieux à réduire leur consommation d’écrans, du fait d’un recul critique plus prononcé sur les usages du numérique [26].

4. Inter-disons le smartphone

Le statu quo n’est plus tenable

Au fond l’intention réelle de LFI importe peu, ce sont les conséquences de leur positionnement qu’il faut investiguer. Il est bien possible que les deux positions (promoteurs ou opposants à cette loi) aboutissent, à peu de chose près, au même résultat : le statu quo en matière de dépendance au smartphone et aux réseaux sociaux.

Pour les tenants de l’interdiction, la prévisible absence d’efficacité la loi, son mauvais ciblage, la surveillance des populations qu’elle permettra et le rôle actif de ses promoteurs dans la numérisation de la société suffisent à comprendre en quoi ils défendent dans les faits un statu quo.

Quant à l’argumentaire de LFI (la mesure est inefficace et en plus elle met en danger la vie privée), il fait l’impasse sur des faits bien établis. Le smartphone est déjà un outil de flicage (plus ou moins sophistiqué selon les pays et les publics), comme l’ont montré les quelques exemples développé plus haut. La mise en place d’une limite d’âge et des moyens nécessaires à son respect ne constituent donc pas le début de ce flicage de masse de la population, mais simplement un pas de plus dans ce processus. Ainsi, leur engagement sans lendemain pour l’anonymat en ligne et la réforme des GAFAM cache mal que leur position aboutit au même résultat que celle des tenants de l’interdiction : le statu quo.

Mais il ne suffit pas de distribuer les bons et mauvais points, il faut trouver des prises sur cette situation aux premiers abords inextricable.

Individualisation du smartphone

Le smartphone est un objet qui a été conçu pour être personnalisé à l’extrême : déverrouillage avec sa tronche ou son empreinte digitale, personnalisation poussée de l’interface, postulat que la localisation du smartphone indique aussi celle de son propriétaire (par la police dans ses enquêtes ou les entreprises commercialisant les données de profilage), utilisation comme pièce d’identité, applications exigeant un utilisateur unique, stockage de sextos, nudes ou notes compromettantes… Une vie privée confiée à un objet pourtant à la portée de nombreuses autres paires d’yeux (contrôle parental, moyens d’enquête de la police, logiciels espions de l’État, concepteurs d’applis et GAFAM). Avec une telle configuration, une confusion troublante entre l’objet et la personne s’installe, qui rend très difficile de critiquer l’objet, car cela revient à critiquer son propriétaire. C’est sûrement pourquoi le sujet du smartphone est trop souvent renvoyé à une affaire individuelle et culpabilisante (tu n’as qu’à te fixer des limites de temps, apprends à te gérer, etc), alors qu’il a des répercussions sur la société (et les individus qui la constituent) dans son ensemble. Ou que toute critique est vite renvoyée à une « panique morale » (car le saviez-vous, il y avait aussi des gens pour s’opposer aux livres quand Gutenberg a inventé l’imprimerie).

Mais confusion n’étant pas fusion, il ne faut pas se résoudre à cet amalgame entre l’objet et son propriétaire. D’abord parce que ce lien au smartphone constitue une vulnérabilité indéniable : comme assurer toutes les tâches qu’on a confié à l’objet en cas de perte, vol, coupure d’internet ou black-out énergétique ? Ce genre d’épisode est souvent vécu de manière ambivalente par l’usager : impression de légèreté, d’être débarrassé de sa laisse, d’être libre ; et en même temps nécessité de se procurer un nouveau smartphone ou de se reconnecter, qui s’impose immédiatement. Par pragmatisme (assurer le déroulement du train train quotidien) autant que par dépendance affective (comment vivre sans lui ?).

En outre, il y a indéniablement une conscience répandue et sans cesse grandissante de tout ce que le smartphone (et les réseaux sociaux) abîme chez les individus, mais aussi dans leurs relations et le fonctionnement de la société dans son ensemble. La multiplication des initiatives sans (n’émanant pas de l’État mais des gens) en est un indice : sans smartphone (10 jours sans écran [27], The Offline Club [28], Semaine sans smartphone à Nancy [29]) et sans réseaux sociaux (Off February [30]). En parallèle, paraissent des livres, fleurissent des applications, pullulent des astuces [31] qui relèvent parfois plus de l’aménagement de son propre asservissement (image 11) que de l’émancipation. Et puis bien-sûr, tout un tas de sales petits business [32] sans lesquels le capitalisme ne serait pas ce qu’il est. Vivre sans smartphone reste pour l’instant surtout le fait de quelques groupes sociaux : les plus âgés, les plus déterminés, les plus techno-critiques, les plus paranoïaques et les plus bourgeois (qui ont un secrétaire pour répondre à leur place et prennent le taxi). Pour ces derniers, ils commencent même à se monter en collectif entre parents pour interdire le smartphone à leurs enfants [33]. Ne leur laissons pas le privilège de la bonne intuition, et faisons en sorte que de telles initiatives ne soient pas un énième privilège de riche.

Planning proposé par The Offline Club pour « rompre » avec son smartphone.

Socialisation du smartphone

L’objet smartphone est omniprésent dans nos vies, et pourtant incroyablement absent de nos sujets de conversation. Il faut que ce soient les usagers qui s’en saisissent, depuis le bas. Perspective autrement plus réjouissante que celle (vouée à l’échec), de confier notre avenir aux États, commission européenne, GAFAM ou autres experts. L’étymologie du verbe interdire (« dire entre ») invite, dans ce sens, à faire du smartphone (et pas seulement des réseaux sociaux) un objet de préoccupation entre amis, en famille, entre collègues, entre badauds et entre camarades. Pour sortir de son emprise, il faut donc l’appréhender collectivement, en quelques sortes le dés-individualiser. Cette appréhension collective du smartphone peut concerner différents aspects, par exemple :

  • discussions en petits groupes sur nos rapports au smartphone, les émotions que nous procure son usage, les applications auxquelles on se sent le plus dépendant, la place qu’il occupe dans nos vies matérielles, affectives, cognitives, politiques.
  • organisation d’événements publics et gratuits sans smartphone (balades dans la nature, sport, conférence/débat, ateliers de lecture, apéro/soirée).
  • collectivisation d’un smartphone à l’échelle d’une habitation, d’un groupe d’amis, d’un collectif politique. Concrètement, le smartphone n’appartient plus à un individu mais reste disponible à tout moment pour remplir des fonctions que lui seul peut remplir (appel à l’étranger via une appli de messagerie instantanée, réception d’un code de double-authentification pour une démarche administrative, administration d’un compte de réseau social ou participation à une discussion Signal – pour les collectifs).
  • il n’est pas exclu que ces petits moments collectifs et le temps retrouvés débouchent sur des velléités de déstabilisation du statu quo, ce qui ne serait pas un luxe.

Mis sur le devant de la scène, disséqué et surtout collectivisé (ou utilisé pour une durée et une fonction déterminée), l’objet est pris à contre-pied (il n’a pas été conçu pour être utilisé à plusieurs), et perd une bonne partie de son potentiel addictif. Dans cette perspective, nous proposerons sous peu d’autres articles pour approfondir les réflexions esquissées ci-dessus :

  • Investigation des effets potentiellement néfastes du smartphone et de ses réseaux sociaux sur de nombreux aspects de nos vies, incluant le fonctionnement des groupes militants extra-parlementaires.
  • Nature des dépendance qui nous lient au smartphone.
  • Guide Comment vivre sans smartphone, soit un recueil de conseils et de méthodes pour se passer de smartphone au quotidien. 

Brice Costa (brice.costa at proton.me)

[2Il faut noter l’existence d’un écosystème d’applications tout à fait spécifique à la Chine, qui possède des applications « maisons » remplaçant celles habituellement utilisés dans tous les autres pays. Par exemple, l’application WeChat permet d’envoyer des messages à ses amis comme à son notaire, de payer ses factures, de payer dans les magasins, de prouver son identité, d’administrer son propre profil ou celui de son entreprise à la manière d’un réseau social. Autre fait notable : TikTok s’appelle DouYin en Chine.

[10Ce motif a cependant chuté de plus d’un quart depuis 2014, ce qui montre que les réseaux sociaux ont de moins en moins une fonction sociale – entretenir des liens avec ses proches (https://hubtr.bonjour.cafeia.org/mirror201/2426/7474?k=013482d57e3abf738dd339e7904c73ef)

[26Par exemple, dans le Baromètre numérique 2026 du CREDOC (https://www.credoc.fr/publications/barometre-du-numerique-2026-rapport), on lit que « Les plus prompts à considérer le numérique comme facilitateur sont les cadres (75 %) et les diplômés du supérieur (73 %) tandis que les profils plus critiques sont davantage des bas revenus (16 %), des ouvriers (17 %) mais aussi une partie de la jeunesse (27 % des 18-24 ans)  ».

[31Il suffit de taper « astuce pour diminuer temps smartphone » dans un moteur de recherche. Ironiquement, même les entreprises vendant des smartphones proposent leurs « astuces ».

[32On peut citer avec délice et écœurement The Offline Club, qui organise des moments sans smartphone dans différentes capitales occidentales. Pour ouvrir un « chapitre » dans sa ville, il faut payer un abonnement mensuel et verser un pourcentage des bénéfices engrangés lors de chaque événement aux fondateurs. Car oui, pour accéder à un brunch déconnecté de 2h, il faut payer : comptez une dizaine d’euros (sans les consommations). Pour un séjour « Offline » de 6 jours à Saint-Jean-de-Duras, comptez entre 795 et 1095 euros. Que de tels rapaces aient autant de succès en dit long sur le besoin de déconnexion de leurs victimes.

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