Plus aucun muscle de tête. La passivité
abasourdit les chairs, détraque les comportements.
J’en ai contre la question sociale :
réduite à une gestion de notre obsolescence programmée,
elle assassine l’esprit.
Avant, nous habitions quelque part, aujourd’hui,
nulle part nous gouverne
et nous sevrons les besoins de cette machine abstraite.
Il faut être rentable en tout… en amitié, en amour aussi,
les réseaux sociaux se chargent de capitaliser nos rencontres.
Il y a de la camelote à écouler, soyons solidaires.
On nous fait des prix pour ça, des prix d’amis…
amis/ennemis…
La servilité en profite, elle se fait les dents.
Le fascisme en profite, il se fait passer pour un choix raisonnable.
L’engrenage ne prend que ce qu’on lui donne
mais y mettre un doigt, c’est déjà perdre le bras.
Je ressens quoi dans cette haine dont la routine s’emballe ?
Pendant que la terre boit la ciguë
l’âme est comptabilisée en « temps de cerveau disponible ».
Addiction : la consommation est une tétine savoureuse
que l’on peine à lâcher.
Souviens-toi de ton idiome, parle depuis ton idiome,
en lui se refait l’accord entre tes actes et tes paroles.
Chante ton chant, dis ta langue – c’est la seule arme…
vois alors, comme nous ne serons pas superficiels !
Écris toi-même ce qui est tien,
réitère tes attachements dans chaque choix que tu fais.
Tu refuses avec ta volonté et tu obéis avec ta volonté –
que fais-tu maintenant ?
Le récalcitrant sait, il récidive : délit de solitude reconduit,
mauvaise volonté chronique contre ce qui le dresse.
L’adaptation au pire devient la norme… Il ne se laissera pas
dicter sa conduite.
Le cœur sec devient la norme… Il ne se laissera pas
amputer du sensible.
Sentir l’ombrage des arbres desserrer la pression des secondes.
S’indiscipliner. Se découvrir augmenté…
…augmenté de l’air que l’on respire, d’un paysage aimé,
de ce qui nous déborde : chant des oiseaux –
forces païennes ! Un désir immense de panthéisme.
… augmenté de ce qui nous émeut,
d’une lecture hors des manuels du pouvoir,
de tout ce qui nous rend vivants. Devenirs minoritaires,
chemins brûlants sous des mots noircis.
Aucune accumulation, mais l’image brute d’un souvenir
plantée-là, comme une voyance en nous –
planche minimum de l’amour du monde.
Quand le regard se refait avec les marées,
quand la vie sensorielle nous ouvre à un langage
où l’autre est présent. Multitudes
pour éprouver l’instant.
Partir de là, sans âge autorisé,
sans faire partie d’aucun comptage.
Échapper à la roue du divertissement, à ses records.
En avoir des lubies, oui,
mais toutes passent sous les radars de la rentabilité.
Je reprends vie.
Rien n’arrive sans réitération. Je réitère.
Le poème m’enseigne la sensibilité devant la poussière,
l’irrésumable comme seul critère de compréhension.
Et soudain, comme par surcroit, je me reçois
dans la fragilité insécable de son maintenant.
Ne plus se vendre pour exister
est le seul destin que je choisis.
L’été plonge ses mains dans l’automne –
je suis nombreuse dans le frisson des feuillages.
À Paris le 18 septembre 2025
Natanaële Chatelain





