Oeil pour oeil

Une histoire du flashball

paru dans lundimatin#22, le 10 mai 2015

20 ans, déjà, que le flashball est entrée dans nos vies ainsi que dans le globe oculaire de certains. Lycéens, enfants, parents ou supporters de foot polonais. Nombreux sont ceux qui en ont fait les frais. Le Flashball est à la police ce que Call Of Duty est aux lycéens occidentaux : la guerre sans ses conséquences, tirer sans viser, mutiler sans tuer.

Pour fêter l’anniversaire de l’usage de cette arme, lundimatin, vous en propose l’histoire.

Utiliser des armes à feu tirant des projectiles souples pour faire face à des populations hostiles est une idée qui semble avoir été mise en pratique pour la première fois par les forces armées britanniques en Irlande du nord, à la fin des années 1940. C’est en 1982 que la police française se dote pour la première fois de cette possibilité : le fusil à pompe de calibre12 « Rapid », produit à St-Etienne par la société Manufrance, est alors choisi par le ministère de l’intérieur car il permet l’utilisation de cartouches de types « Gomm-cagne », c’est à dire de munitions projetant des balles en caoutchouc.

Quatres ans plus tard Pierre Richert commence à concevoir, dans les ateliers du fameux producteur français d’armes de chasse « Verney-Carron », ce qui deviendra le Flashball. C’est d’ailleurs à partir d’un fusil de chasse qu’il travaille : il adapte l’arme pour pouvoir accueillir une balle de gomme, achetée à un fabriquant de jouets de Taïwan. D’un diamètre de 44 millimètres, la balle aurait été choisie pour ses capacités déformantes, qui empêchent toute pénétration dans la chair, et pour sa capacité à perdre de l’énergie à l’impact, ce qui limite les risques liés aux rebonds et permet donc d’utiliser l’arme en intérieur.

Classé comme arme de 7e catégorie, c’est à dire comme une arme dont la vente et la détention sont libres pour les majeurs, le Flashball fut d ’abord commercialisé en armurerie comme arme « anti-cambriolages » à destination des personnes isolées ou des patrons de petits commerces.Retour ligne automatique
D’abord en plastique jaune, l’arme subit différentes modifications, pour la rendre plus dissuasive, jusqu’à la sortie du « Flashball Compact » en 1990. C’est avec ce modèle que l’arme « d’auto-défense » va intéresser la police.

Il semble que les premiers équipements en Flashballs furent fait « à titre personnel » par certains policiers qui, ayant testés l’efficacité de l’arme, conjuguèrent leurs efforts à ceux de l’entreprise pour encourager l’achat d’armes par les commissariats. En 1995 le Flashball est officiellement adopté par le ministère de l’Intérieur. Claude Guéant, alors directeur général de la police nationale, autorise par circulaire l’achat, sur leurs fonds propres, de Flashballs par les Brigades anti-criminalité, le GIPN et la BRI. La circulaire stipule que les fonctionnaires de ces unités devront bénéficier d’une formation spécifique, et que l’usage de ces armes, « susceptibles d’entraîner des lésions graves » doit être conditionné au respect du « cadre strict de la légitime défense ».

À partir de cette officialisation le fabricant, en lien avec le ministère, développa des modèles plus adaptés à un usage « professionnel » : en 1997 des modèles résistants aux chocs et dotés de sécurités apparaissent puis, en 1999, la firme sort le modèle « SuperPro », spécialement conçu pour les policiers, fait de métal et pouvant recevoir des munitions contenant deux fois plus de poudre. La balle sort alors du canon avec une énergie de 180 jouls et frappe la cible avec « la puissance du coup de poing de Mike Tison ! » selon Pierre Verney-Carron. Ce modèle sera de nouveau modifié suite aux demandes des policiers, qui réclamèrent des canons superposés, plus ergonomiques que les canons juxtaposés.

Une fois les 150 pièces qui le composent assemblées à la main dans les locaux de l’entreprise, chaque Flashball doit être homologué au banc d’épreuve de St-Etienne. On y vérifie la précision de l’arme, fixée par le cahier des charges à 60 centimètres pour un tir effectué à une distance de 15 mètres.

La diffusion du Flashball auprès des forces de police s’accélère à partir de 2002. Le 16 mai, soit moins de 10 jours après sa nomination au poste de ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy annonce lors d’un déplacement à Corbeil-Essonnes l’équipement en Flashballs des « polices de proximité dans les cités difficiles et dangereuses ». Un an plus tard, le même ministre annonce la fin de la police de proximité. Mais l’équipement continue : en janvier 2004 c’est la dotation des forces de police et de gendarmerie en Flashballs, en Tasers et en « Dispositifs manuels de protection » qui est annoncée, comme partie intégrante d’un dispositif visant à « restaurer l’État de droit » dans les quartiers avant la fin de l’année. Entre 2002 et 2005, ce sont finalement 1270 Flashballs qui sont achetés par le ministère.

C’est finalement suite aux émeutes de 2005 que le processus d’équipement s’accéléra. Les affrontements furent un test grandeur nature pour cette arme nouvelle : les différentes unités équipées purent en mesurer l’efficacité, mais aussi les limites dans un contexte de maintien de l’ordre. L’incapacité manifeste des forces de police à faire cesser l’embrasement fut une expérience qui fit croître la volonté d’équipement, aussi bien au ministère que chez les hommes du rang, comme l’atteste ce témoignage d’un agent de la bac : « Si on avait eu le Flashball dès le début des émeutes on dégageait le terrain avec ça. Maintenant dans chaque véhicule BAC vous avez, le plus souvent, 2 Flashballs, un Cougar et cinquante munitions. »

2005 lance donc véritablement le processus d’équipement massif : ce sont toutes les polices, jusqu’à certains policiers municipaux aujourd’hui, qui vont pouvoir avoir le Flashball entre les mains. Entre 2006 et 2010, le ministère annonce plus de 12 000 tirs recensés. Il n’existe pas de chiffres sur le nombres de personnes blessées.

Mais 2005 c’est aussi une prise de conscience des limites du Flashball. C’est à partir de cette expérience que le ministère va envisager l’équipement des unités spécialisées dans le maintien de l’ordre avec une arme plus puissante : le LL-06 produit par Brüger& Thomet, plus connu sous le nom de LBD 40.

Pour se tenir informé : https://faceauxarmesdelapolice.wordpress.com/

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