Fonction publique d’État, territoriale ou hospitalière, paysannerie, désertions en tout genre, tentatives de communismes immédiats, font une chose commune fabuleuse qui n’est pas celle de la République. Une sorte de service public autonome.
Plus ou moins malgré lui, le service public évoque les murs gris de l’administration. Et cette grisaille est souvent la couleur du contrôle social des administrés par l’éducation, la solidarité et la sécurité nationales. Le service public passe pour l’outil froid du monstre froid étatique. Et à certains égards, il l’est possiblement.
Toutefois, il faudrait distinguer cette grisaille qui enserre nos vies, de l’expérience autrement émancipatrice du service public, déjà-là, irréductible et antagoniste aux faits des pouvoirs publics. Car si une critique sans retenue est à adresser aux notions mêmes de démocratie et de République, et si l’administration est en soi un repoussoir intergalactique, il serait juste de ne pas y amalgamer le service public qui paraît en découler.
Un détour par quelques évidences d’abord.
L’allant-de-soi gouvernemental
Directe ou indirecte, la démocratie s’avère être un mode de gouvernement, donc de conduite des conduites, déguisé en espace d’expression populaire pour mieux s’enraciner. Le pieu récit de la modernité démocratique nous libérant de la barbarie dictatoriale et nous protégeant des régimes autoritaires, joue comme un artefact indispensable à la réalisation de l’autorité. L’histoire nous force alors à définir la démocratie comme un ensemble articulant trompe-l’œil populaire et gouvernement. La présence fantomatique d’une meilleure démocratie, encore irréalisée et opposée aux régimes autoritaires, autrement dit l’éternelle et vaine distinction entre démocratie réelle et idéelle, nous fige dans un espoir attentiste, depuis lequel les dits régimes prospèrent. Au sein de l’État, des entreprises et associations, des relations camarades, des élans insurrectionnels et des expériences libertaires, la démocratie est une des modalités du pouvoir qui s’exerce régulièrement sur les êtres. C’est l’une des formes que prend la domination, à différentes échelles, au nom du peuple ou du nombre. En ce sens, espérer davantage de démocratie, risque de ne rien changer au régime nécessairement autoritaire qu’elle nourrit.
Le storytelling républicain, lui, nous raconte que la volonté du peuple vient s’incarner dans des institutions constitutionnalisées réalisant la chose commune. Ainsi la république salit de ses mains poisseuses tant d’activités communes qui ne relèvent aucunement d’elle en réalité, mais qu’elle capte, pour son compte et dans notre imaginaire. États, Collectivités Territoriales, Établissements Publics, tous constitutionnels, se présentent comme garants de la santé, de l’apprentissage, de l’eau potable, de l’électricité, alors qu’ils n’en sont que les exploitants.
Pendant ce temps, le mythe citoyen s’épanche sur notre bonne participation aux décisions nous concernant. Mais tout le monde a déjà flairé l’arnaque. Au fond, nous sentons bien que le citoyen, l’habitant, l’agent et l’usager, sont des figures gouvernées. Administrées et aménagées depuis le trône d’une instance démocratique.
République, démocratie et citoyenneté ont contaminé notre imaginaire du service public avec leurs drapeaux, leur loyauté, leurs gluants honneurs. Ces vocables ronflants sont utilisés par les gouvernants pour justifier leur emprise sur les gouvernés. Mais nous les utilisons aussi, nous les gouverné.e.s, quand nous gardons espoir en l’organisation politique de nos réalités. Ainsi nos tentatives fougueuses de vivre autrement sont coiffées de principes, d’actions et de structurations politiques. Et parfois pire, nous nous enfermons dans des programmes politiques, conduisant les conduites pour longtemps, impactant fatalement l’altérité humaine et non humaine. Nous reproduisons la tradition planificatrice que nous aurions dû abandonner sans regret à la tragédie de l’État. Inutile de rappeler que le mythe de « l’homme maître et possesseur de la nature », accomplissant le progrès civilisationnel, a conduit à un monde invivable. Il suffit de sentir les feuilles craquer de sécheresse sous nos pas printaniers pour percevoir que le ou la politique, ce pouvoir humain sur la vie, est un désastre consumé.
L’idée même de politique avec ce qu’elle contient d’aménagement du territoire, de décisions sur la vie des autres, de transformation de nos activités en travail et du vivant en désert, est manifestement caduque. Mais elle persiste par inertie, car faute de considérer que notre puissance est déjà-là, fragile, aléatoire et généreuse, nous la cherchons dans diverses formes d’organisations politiques aliénantes, censées reconstruire ce que des siècles de lecture politique du monde ont pourtant détruit. Nous avons probablement moins besoin d’une autre politique, que de l’abandon du prisme politique qui a criblé nos vies de tant de violences humaines.
Passer à côté de ces évidences grossièrement énoncées ici, nous vaudra de manquer la finesse potentielle de nos propres devenirs.
Angle mort critique
Dans ce qui suit, nous évoquons quelques recherches utilisables afin de délester nos expériences des allant-de-soi gouvernementaux et de faire de la place à la perspective de service public autonome.
Nos recherches, nos manières de percevoir et d’analyser nos propres expériences se cramponnent encore à un monde fait d’État et de démocratie. Mais comme dit Robert Kurz dans Impérialisme d’exclusion et État d’exception, « avec chaque nouvelle poussée de la crise mondiale, chaque nouvelle intervention de la police planétaire […], chaque nouvelle violation du droit international […], il devient de plus en plus impossible de se référer encore de façon naïvement positive aux notions de démocratie, de droits de l’homme et d’État de droit, sans perdre toute puissance critique et réflexive ». Autrement dit, nous avons gros à perdre à maintenir coûte que coûte nos croyances libérales en l’État de droit et en la démocratie, quand autant leur utopie que leur application déborde d’une coercition indispensable au déploiement du capitalisme dans nos quotidiens et dans nos imaginaires. Ce que nous avons notamment à perdre, c’est la justesse critique de nos propres expériences. Chercher à décrire nos tentatives de communismes immédiats et de révoltes fonctionnaires comme démocratiques, ou pousser à ce qu’elles soient plus démocratiques, revient à les encapsuler dans l’imaginaire gouvernemental.
Si au fond nous souhaitons critiquer dans nos groupes de collègues ou de camarades, le manque d’écoute, la violence des dominants, la répression tacite des déviances, c’est que nous cherchons à atténuer les effets de la démocratie, pas à les amplifier. La rectification de la déviance et le manque d’écoute des voix mineures sont seulement possibles quand un système de prise de décision politique est à l’œuvre, un système gouvernemental donc, qui à coup sûr va justifier son existence et ses pratiques dans le fait qu’il est démocratique. Émanation du peuple, intérêt général, bien commun, décision collective, vivre ensemble, il y a tout un glossaire humaniste au service de la légitimité gouvernementale. C’est en cela que la démocratie est perverse.
Dire qu’une personne ou qu’une vie n’en vaut pas plus qu’une autre, ce n’est pas faire preuve de démocratie, c’est s’opposer à elle quand l’idée égalitaire qu’elle promeut ne sert qu’à gouverner légitimement. Et il n’y aura jamais d’égalité entre gouvernants et gouvernés. Même en démocratie directe, sans gouvernant, il reste du gouvernement, car le nombre et le système décisionnaire ont force de loi, au détriment des élans mineurs toujours réprimés.
Très subtilement et sans profondément remettre en cause la notion de démocratie, Eugénie Mérieau montre que ce que nous nommons habituellement dictature, fonctionne réellement avec des outils tout à fait similaires à nos démocraties occidentales. L’intérêt de l’approche est d’éclairer en creux en quoi notre croyance en la démocratie s’établit sur des faits discutables, notamment quand nous affirmons bénéficier des garanties protectrices de l’État de droit, contre les abus de l’État. Des garanties présumées supérieures à celles des dictatures, qui dans les faits ne sont pas si certaines. Sans du tout réhabiliter la dictature, cette recherche nous fait surtout descendre de notre piédestal démocrate.
Ainsi Eugénie Mérieau se méfie de la langue démocrate : « la construction de la dictature comme figure du Mal absolu passe également par la suppression des signifiants et signifiés de l’entre-deux, et le cloisonnement de deux langues, l’une réservée à la démocratie, l’autre à la dictature – cloisonnement dont les médias souvent se font le relais. Pour parler de la dictature, un vocabulaire négatif s’impose : purge du pouvoir, corruption endémique, arrestation de dissidents, répression violente, verrouillage du régime, bâillonnement de la société civile, durcissement de la censure, etc. Autant de termes pour se référer à l’Autre, mais jamais à « nos » démocraties auxquelles seront appliqués des euphémismes : remaniement ministériel, conflit d’intérêts, interpellations ciblées, maintien de l’ordre, stabilité de l’exécutif, concentration des médias, rassemblements non déclarés, etc. » (Extrait de « La dictature, une antithèse de la démocratie ? »)
D’où que nous agissions, porter un regard critique et libérateur sur ce que nous sommes en train de tenter nous demande probablement d’utiliser des outils moins émoussés, illusoires et piégeux que ceux que les gouvernements successifs nous ont collés dans les mains.
Dialyse d’illusio
Il y a certainement des illusions sympathiques, mais celles concoctées par le gouvernement sont de virulents poisons. Notre accoutumance profonde au registre gouvernemental empoisonné a non seulement pour effet de tuer dans l’œuf nos élans critiques du régime, mais aussi de percevoir et d’analyser nos propres expériences à l’aune des critères de ce régime. Ce qui fatalement nous écrase.
Plus spécifique que l’illusion, nous pourrions mobiliser le concept d’illusio, qui décrit cette manière enchantée de jouer, de croire en l’intérêt du jeu, de se dire que ça vaut la peine de jouer. L’illusio entretenu par l’administration, ce bras armé du capital, est parfaitement pervers : suivre les règles de son jeu revient à faire le jeu de la règle. C’est-à-dire qu’en tant que citoyens, nous devenons apôtres, défenseurs, prosélytes des règles gouvernementales aux dépens de nos propres libertés et de la communion de nos pratiques.
Après l’entourloupe démocrate, républicaine et citoyenne, il faudrait rapidement revenir sur la séparation illusoire du capital et de l’État, et sur l’union non moins illusoire du service public et de l’État.
Dans Le code du capital Katharina Pistor explique comment l’État pourvoit le droit nécessaire au capital pour que l’ordre capitaliste trouve sa légitimité et s’impose auprès des gouverné.e.s : « les économistes et les comptables sont restés accrochés à une conception du capital comme élément matériel, l’un des deux facteurs de production, alors qu’en réalité le capital n’a jamais été une chose, mais une question de codage juridique ». Selon elle, les « États fournissent le droit dans lequel le capital est codé », au profit de « maîtres du code », c’est-à-dire d’avocats d’affaires. L’administration donne les moyens juridiques au capital de fonctionner et dans un même mouvement, elle met à disposition les moyens du service public aux entreprises. Autant le code du capital et le milieu des affaires nous échappent principalement, autant la réalisation du service public dépend exactement de nous. C’est pourquoi il est d’un côté important de penser l’union effective entre administration et capital, et de l’autre, la perspective de désunion entre l’État et le service public.
Dans une parenthèse importante de ses Essais d’hérésie, Luis Andrés Bredlow dit l’essentiel de l’illusio entretenu par l’État au sujet du service public quand il écrit : « l’État prend en charge les services publics (en général à leur détriment) et se pare de leurs mérites ». Donc l’État et plus largement l’administration, sont autant les exploiteurs que les flambeurs du service public. Ce qui nous permet au passage de répondre à la question : qu’est-ce qu’une administration ? Disons, une organisation exploiteuse parée des mérites du service public.
Et Bredlow ajoute : « Du même côté de la barricade se situent le Marché et l’État, de l’autre se situent les services publics et la liberté au service de laquelle ils sont ». La métaphore de la barricade nous est ici indispensable pour désunir fondamentalement l’État et le service public. Ainsi plus loin nous parlerons de régime administrato-capitaliste pour désigner ce côté précis de la barricade, qui nous veut insatiablement au turbin et qui possède tout un arsenal de contraintes dites légitimes pour nous y mener.
Peut-être plus qu’une analyse, c’est d’une dialyse dont nos expériences ont besoin, afin d’en extraire les illusios incorporés.
Par-delà les statuts et les lois
Précisons qu’en termes juridiques le service public comporte par définition trois composantes : organique, matérielle, juridictionnelle. Et nous allons voir que ces éléments sont stratégiquement indispensables aux gouvernants pour occulter le fait que le service public est une forme commune bien plus vaste et vivante qu’une administration. Sur le plan organique, on dit du service public, qu’il est le propre de l’appareil administratif, et donc qu’il est uniquement mis en œuvre par un organe public (État, Collectivités Territoriales, Établissements Publics, Etc.). Bien sûr, les délégations de service public au secteur privé sont de larges exceptions libérales mais peu importe. Sur la composante matérielle, le service public est réputé relever d’une activité d’intérêt général, bien distincte des intérêts particuliers, c’est-à-dire commerciaux, communautaires, associatifs, religieux... Et le champ de l’intérêt général a longtemps été en extension dans l’histoire du droit public. Enfin, sur le versant juridictionnel, le service public est détaché du droit commun, donc du droit privé, et répond à un droit exorbitant : le droit public (droit constitutionnel, administratif, droit de la fonction publique, Etc.). Ainsi il relève d’une juridiction précise sanctionnant le droit public, pour grande partie jurisprudentiel : les Tribunaux Administratifs et leurs Cours d’Appel, le Conseil d’État, le Conseil Constitutionnel. Le principe d’État de droits, donc de la protection des administrés face aux irrégularités des pouvoirs publics, sous-tend l’ensemble, pour le dire vite.
Ce grand schisme entre le droit commun et le droit public construit irrémédiablement une vision divisée de l’activité humaine et occulte toute perspective commune et autonome. Le détachement juridique de l’activité fonctionnaire du reste des activités humaines génère une telle catégorisation mentale, qu’y grandissent isolément des cultures irréconciliables. La professionnalité des fonctionnaires, leurs temporalités et leurs règles, puis leurs modalités de luttes sont cartographiées dans nos esprits aux antipodes de celles des ZAD, des squats, des black blocks, ou des gilets jaunes. Et ces deux ensembles paraissent eux-mêmes antinomiques à la ferme, à l’élevage ou au maraîchage. Sans parler des tourneurs-fraiseurs et des coiffeurs. Notons bien à quel point chacune de ces activités a fait l’objet d’un traitement juridique spécifique et sciemment cloisonné.
Pour être juste, il faudrait préciser que la séparation juridique de l’activité publique du reste des activités humaines est probablement autant la cause que la conséquence de l’éloignement apparent des cultures et des pratiques dites professionnelles. Le cloisonnement des droits nourrit autant qu’il reflète les corporatismes. Disons qu’il les accompagne. Ce qui est davantage évident, c’est que cette séparation juridique est au centre de ce qui passe pour culturellement irréconciliable. C’en est même le moteur principal.
L’histoire a évidemment produit une foule d’autres manières de saucissonner artificiellement l’activité humaine pour mieux la diriger et l’exploiter. La sociologie en premier lieu, avec ses fichues « catégories socio-professionnelles ». Mais ici, insistons encore un instant sur la sectorisation juridique du privé, étonnamment nommée « droit commun », et celle du public, contre toute attenté décrite comme « droit exorbitant ». Sectorisation qui isole profondément dans nos imaginaires le service public du reste de l’activité. Car autant la sociologie catégorielle qui se couvre de ridicule à longueur de statistiques se balaye facilement, autant le droit est omniprésent dans l’archéologie de nos savoirs, de nos valeurs, de nos croyances. Il conditionne profondément ce que nous nous autorisons à penser, à percevoir, à imaginer. Et nul n’est censé douter du droit, puisqu’il est émanation présumée du peuple.
Donc quand nous parlons de service public, nous pourrions complètement nous défaire de cette division légale et statutaire de l’activité humaine, pour penser un plan commun carrément plus excitant. Et si nous ne voyons pas ce plan commun, c’est que la légalité nous a mangé la tête.
Sous l’antagonisme apparent et vers des connivences sensibles
Les rapprochements entre les agent.e.s du service public, les salarié.es d’entreprises, les membres d’associations, la paysannerie et les participant.es aux tentatives de désertions et de communismes immédiats, sont donc à penser par-delà leur statut juridique. Le service public qu’ils constituent, celui qui nous nourrit tous les jours, n’a strictement rien à voir avec les frontières administratives qui le cloisonnent.
Or les frontières de la légalité mais aussi celles de nombreuses normes implicites qui entretiennent nos visions catégorielles sont déjà mises à mal, notamment par la pratique fonctionnaire elle-même.
État, Collectivités Territoriales et Établissements Publics ont doucement intégré la logique managériale à leur organisation militaire. L’une et l’autre ayant pour fonction commune la stimulation de la productivité, l’institutionnalisation des mœurs et la rectification de la déviance. Mais le passage relatif du militaire au management dans le service public est peut-être une aubaine. Car si sous l’organisation plutôt militaire, il était encore possible d’entendre parmi les fonctionnaires que « sans hiérarchie, rien ne fonctionnerait », sous régime tendanciellement managérial, plus personne n’accorde de crédit aux andouilles de cadres qui sortent directement des écoles de management, ou qui se sont socialisés fortement aux méthodes entrepreneuriales. Il n’y a guère que chez les prétendants à la haute fonction publique que la clownerie managériale est appétante. Le reste des agent.e.s du service public, celles et ceux qui le font vivre, réalisent ainsi que la qualité du service tient davantage à leur activité quotidienne autonome, qu’au parasitisme managérial grésillant à leurs oreilles.
Les agent.e.s du service public sont des adeptes de la perruque. Souvent, et tant mieux, les moyens de l’administration sont utilisés pour servir des organes hors administration : les amis, la famille, le syndicat, l’association, les manifs, et des actions plutôt subversives. Ne croyons pas systématiquement à la figure du fonctionnaire zélé, inconditionnellement fidèle au droit qui redresse les torts des administrés. Il est probable qu’une partie importante du quotidien des agent.e.s se loge dans l’évitement des injonctions hiérarchiques et dans la recherche de vides juridiques pour trouver des libertés nouvelles (dans le cadre du service mais aussi pour d’autres, hors administration). Des photocopies de tracts et de fanzines toutes passées sous perruque jusque dans les moyens financiers dégagés pour donner de l’air à des expériences autonomes, la fonction publique s’active souvent sous les radars pour mieux faire émerger les mondes qui échappent au gouvernement.
L’exemple du maire qui utilise le temps et l’énergie des agent.e.s municipaux pour entretenir sa piscine et ses jardins personnels, est l’exact opposé de la perruque. C’est même l’allégorie banale de la fonction d’une administration : exploiter les agent.e.s au profit d’une seigneurie et de son monde. Ainsi les infrastructures publiques (disons les routes, les réseaux, les chemins de fer…) sont malheureusement davantage au service de la croissance écocidaire des flux du capitalisme, que de nos déplacements et de nos connexions. L’administration veille à ce que l’économie tourne à plein régime, et détourne ses agent.e.s pour ce faire. Agent.e.s qui avaient en tête une idée bien plus haute de leur fonction. La perruque pratiquée dans l’administration par les fonctionnaires est alors une forme de justice immédiate qui se prononce contre l’exploitation et le dévoiement du service public par l’administration : les pauses à rallonge, le détournement des outils, l’utilisation du « temps de travail » pour régler ses problèmes de santé, faire une sieste, lire un bouquin ou siphonner un scroll, sont autant de manière d’échapper au régime administrato-capitaliste. Les ramettes de papiers, les bidons d’huiles, les ordinateurs et les rouleaux de scotch soustraits du dépôt, puis les restes de ferraille vendus en cash au ferrailleur, sont les indices qu’une autonomie du service public s’éprouve, en se plaçant hors d’atteinte des foudres du régime. Et pour ce qui est de la santé, l’apprentissage, l’eau, l’électricité, les routes (...), les agent.e.s sont rarement défaillant.
Depuis des mœurs en apparence très éloignées, une partie de la fonction publique a en commun avec les tentatives de désertion, un désir d’esquiver l’hétéronomie qui pèse sur son activité. C’est-à-dire une faculté sans cesse renouvelée à douter et à se soustraire des règles écrites depuis l’extérieur, qui s’imposent d’évidence au faire.
Désertions ou communismes immédiats apparaissent comme antagonistes à la fonction publique, alors qu’il y aurait un ensemble de connivences entre elles à expliciter. Quand la désertion tente d’échapper au travail pour essayer de construire d’autres réalités que celle qui nous écrase, la fonction publique qui elle reste dans la réalité dominante du travail, tente souvent de sublimer complètement, par la pratique, ses 35h d’aliénation hebdomadaires.
D’autant plus que les tentatives de communismes immédiats sont très loin d’être exemptes de dispositifs normatifs, travaillistes, gouvernementaux, punitifs... Que l’on prête habituellement à la fonction publique. Autant de résurgences de ce monde irrespirable qui prolifèrent au milieu d’une désertion dont on attendait une plus vaste déconstruction.
La fonction publique est plus libre et autonome qu’il n’y paraît, et les tentatives de communismes immédiats souvent moins affranchies des règles qu’elles ne le voudraient.
Et puis il y a toutes les activités du monde entre ces deux pôles imprécisément décrits ici et finalement peu opposables. Des activités qui elles aussi ne peuvent plus blairer d’être enchâssées dans des dispositifs administrato-capitalistes.
Le service public comme plan commun sous-jacent
Le faire du service public, déjà-là, massif, extrêmement subversif pour toute forme de gouvernement, est résolument anarchiste dans sa manière de faire perdurer le soin, l’apprentissage, l’énergie, la voirie, malgré la lourdeur du régime en place. L’exemple du personnel soignant sur-exploité et méprisé pendant le confinement, qui se débrouille pour accueillir toute sorte de patientèle en détresse respiratoire, quitte à s’habiller de sacs poubelles et à renoncer à sa vie familiale, est criant de ténacité fougueuse. Le faire du service public est intrépide, il se réalise sans l’aval et sous les coups des pouvoirs publics. Allons jusqu’à dire qu’il est potentiellement ingouvernable.
L’exemple du personnel soignant trouve facilement ses correspondances dans la petite paysannerie qui nourrit nos localités, quand bien même la grande distribution, l’agriculture industrielle, la MSA, le Crédit Agricole, l’État et la PAC de concert l’écrasent. Cette obstination n’est manifestement pas motivée par l’argent ou la reconnaissance. C’est une constance qui regarde passer les ministres et les préfets, comme des vols de grues mais sans leur panache.
Les suicides innombrables des agriculteur.ices sont le reflet de l’enfer administrato-capitaliste qui pèse sur leur quotidien. Quotidien finalement moins abandonné par la capitulation à l’idée du service public agricole, que par la mort même. Ainsi le faire nourricier et vivrier s’obstinera jusqu’à ce que mort s’en suive.
Cette forme de survivance indécrottable peut s’étendre aux activités des associations, qui n’ont pas arrêté de protéger les forêts, les victimes des frontières et les tentatives de vie autres, alors qu’elles sont fliquées comme jamais, sous une montagne d’agios.
L’élan qui consiste à étendre le service public à l’ensemble d’un faire qui prend soin du vif, désarçonne peut-être nos regards catégoriels. Mais peu devrait nous importer que ce faire se réalise sous l’autorité d’une administration, d’une entreprise, d’une association, d’une grande cause ou de petits profits. Le faire du service public se réalise avec entêtement, en perçant les écrans juridiques qui le divisent. Et à bien y regarder de près, il se réalise même contre l’intérêt vénal et institutionnel de ses propres tutelles.
Le faire du service public est fondamentalement transversal, transperçant, transectoriel, transcendant… au grand regret des différentes « personnes morales » qui tentent en vain de le saisir.
Quand on le regarde autrement qu’avec l’œillère légaliste, le service public est extrêmement vaste. Mais préservons-nous de l’unir sous une même bannière, car son éparpillement le rend insaisissable et c’est là toute sa force. Plutôt qu’un appel à organisation unitaire de toutes les composantes d’un service public, du légal à l’officieux, nous pourrions essayer de l’imaginer, de le conceptualiser, dans son insaisissable disparité.
Notre service public autonome imaginaire, en clin d’œil sarcastique à la définition juridique officielle, aurait lui aussi trois composantes : la persévérance face au régime autoritaire, une pratique massive de soin de la vie là où elle est, et une disparité insaisissable.
Retrousser le vocable
Une question pourrait alors se poser : pourquoi garder la notion de service public, puisqu’elle est si attachée dans les esprits au fait gouvernemental ? Effectivement nous pourrions trouver un autre terme ou concept permettant de regrouper toutes les activités vitales qui nous font tenir debout malgré les foudres conjointes du capitalisme et de l’administration. L’intérêt de garder, au moins pour un temps, le concept de service public, tient dans le fait qu’il est déjà-là et fonctionnel au sens révolutionnaire, mais surtout qu’il nous permet de faire un effort qui paraît en tout point jubilatoire : celui de détacher notre faire du droit qui a toujours tenté de le circonscrire.
Pris séparément, le service et le public sont carrément détestables. En vertu de quelle cause, même révolutionnaire, faudrait il servir ou devenir serviteur ? Et depuis quand le public, soit pris comme le spectateur de sa propre vie, soit comme l’espace et le bien publics, c’est-à-dire comme la propriété gouvernementale, aurait quoi que ce soit de désirable ?
Littéralement, le service et le public ne nous intéressent pas. Mais ce que représente l’entremêlement incroyable d’activités, d’interdépendances et d’inventions aussi insubordonnées qu’essentielles à un début de vie hors du joug administrato-capitaliste, sous l’appellation courante de service public, paraît merveilleux.
Service et public s’annulent dans leur union pour nous parler de quelque chose de bien plus grand, déjà à l’œuvre et ensauvagé.
Exactement l’inverse de la démocratie, dont la grande union idéelle entre le peuple et le pouvoir est systématiquement illusoire dans la pratique gouvernementale avec laquelle elle se confond toujours.
Le service public est un vocable peu reluisant mais il fait référence à des pratiques brillantes. Ainsi nous le retournons ou retroussons pour nos effets. Nous partons de sa présence et de sa permanence pour l’étirer à l’ensemble d’un faire qui va du coup de main au voisinage jusqu’aux réseaux électriques, d’un carré de jardin étriqué entre deux immeubles, à l’étanchéité entretenue de leurs toits, d’une discussion de palier aux foins de juin… Sans limite devrait être la liste de ce qui fait soin au mépris de l’exploitation ravageuse qui guette.
Les résurgences ennemies du service public
Nous avons déjà évoqué l’allant-de-soi gouvernemental feutré dans nos chéries notions de démocratie et de République. Mais il en est d’autres au moins aussi pervers pour le service public. Particulièrement les allant-de-soi propres au capitalisme circonstanciel, qui contaminent le faire en passant pour des faits transhistoriques inévitables : le travail et le marché.
L’acte de déconstruction est à la mode, tant mieux. Il nous revient de ne pas le limiter au démantèlement du genre. Transposée au travail et au marché, une forme de recherche déconstructive pourrait aider le service public à franchir des seuils d’indocilité.
Dans toutes les activités du service public, nous avons recours au marché. Que ce soit un marché directement argenté, dans lequel se monnayent des produits et des services, que ce soit un marché symbolique dans lequel s’échangent des formes de reconnaissance puis de validation sociales et égotiques, la marchandisation de nos gestes ne nous quitte rarement. Ce qui nous préoccupe ici n’est pas la présence d’un marché du geste, mais le fait de ne plus la voir, ou de ne plus voir à travers. Si la marchandisation du faire est monétairement ou symboliquement inévitable dans un contexte capitaliste total, elle pourrait se contenter d’être un jeu théâtral absurde mais conscient auquel nous nous prêtons par nécessité. Nous abstenir de percevoir comme naturels, transhistoriques, allant-de-soi, invariants (le registre ontologique et essentialiste est infini) les échanges monétaires et symboliques qui emprisonnent nos gestes, nous aiderait à préserver le service public de la prédation du capital élevée par l’administration.
Comprendre le truchement par lequel nos gestes personnels finissent sur un marché, autrement que sous l’angle systémique présenté ici et élaboré prosaïquement par la théorie critique, c’est-à-dire davantage en profondeur, incrusté dans les synapses et quotidien de la vie, demande d’ouvrir au cœur de l’expérience du service public des temps déconstructifs acharnés et préservés de la pression économique. Des temps et des situations dans lesquels il serait possible d’inventer, de tenter et de mettre en critique, des gestes délestés du marché. Des gestes vivriers pour le corps ou l’esprit (et la déconstruction de leur séparation ferait éventuellement partie du même élan) qui s’absenteraient des lieux où se rencontrent l’offre et la demande, pour mieux se retrouver dans le plaisir du faire.
Le marché du geste est exactement ce qui induit le travail. Si un geste se sépare de la personne qui le réalise pour être vendu monétairement ou symboliquement sur un marché, c’est qu’il entre dans l’horizon infernal du travail. Le faire devient très facilement travail dans un contexte capitaliste total. Le propre du capitalisme est d’ailleurs de précipiter le faire en travail. Par contre, penser le travail comme inhérent à l’humain revient à occulter les millénaires pré-capitalistes dans lequel le travail n’existait pas comme tel, à mépriser les expériences qui encore aujourd’hui tentent de ne plus être assujetties au travail, et pire, à ignorer les siècles non capitalistes en devenir que nous pouvons d’ores et déjà préparer.
Le travail est ce poison qui prend systématiquement la forme d’une solution, à gauche comme à droite, alors que tout le monde en crève. Notre service public n’est pas un grand agglomérat de travailleuses et de travailleurs dont les nécessités vitales ne pourraient être satisfaites que dans le chagrin. Ce serait plutôt l’expérience contradictoire qui tenterait de se défaire du travail quand bien même la réalité totale du capitalisme continue de nous l’imposer.
C’est pourquoi notre service public autonome se situe dans un devenir arraché des mains de l’État et du marché, pleinement unis pour nous exploiter. Dans un devenir où le démantèlement de nos logiques capitalistes intériorisées relèverait d’une quotidienneté nouvelle.
Ainsi l’approche critique qui théorise l’apparition unique du travail sous le capitalisme et comme condition même du capitalisme, a encore un chemin immense à parcourir pour trouver son écho vivant et troublant dans le faire du service public autonome. Cela suggère, entre autres, de partir du réflexe critique de Roswitha Scholz quand elle dit que pour que la valeur capitaliste se constitue « la force de travail humaine doit elle-même devenir marchandise. Privée de tout accès autonome et conscient aux ressources, une partie toujours plus grande de la société fut soumise à la dictature des « marchés du travail » faisant ainsi de la capacité humaine à produire, une capacité fondamentalement hétéronome » (Extrait de « Le sexe du capitalisme »). Partir de là donc, pour ensuite tendre vers une incarnation de cette autonomie pratique et de cette conscience critique qu’elle suggère, contre l’hétéronomie qui aspire nos gestes vers le marché. La présente proposition de service public autonome se veut ici une des modalités possibles d’incarnation d’activités déprises du marché et du travail. Activités tout à fait pratiques mais comprenant nécessairement une camaraderie de recherche déconstruisant les allant-de-soi résurgents propres au capitalisme.
La collaboration qui vient
Les agents du service public gouvernemental peuvent désormais se poser la question suivante : avec qui dois-je collaborer ? La haute fonction publique managériale et militaire qui tient le régime écocidaire, colonial, carcéral, productiviste, raciste et sexiste ? Ou avec les agent.e.s d’un service public imaginaire, plus vaste, déjà en œuvre, fait de toutes celles et ceux qui tentent à leur échelle de prendre soin de leur entourage ?
La collaboration au fascisme est rendue possible quand les violences du régime se banalisent et que la fonction publique, sans les reproduire directement elle-même, vit passivement avec, en priorisant sa carrière. Avant même la grande grève générale ou un mouvement massif de désertion, la fin immédiate du fascisme montant est à la portée de la désobéissance fonctionnaire. Une désobéissance même pas civile ni citoyenne. Une désobéissance finalement peu risquée et peu spectaculaire, commencerait par faire vivre le service public selon notre bon plaisir et dans l’ignorance feinte mais opérationnelle de la foudre qui tombe du ciel gouvernemental. Et cela vaut également pour tous les agent.e.s y compris celles et ceux du service public imaginaire et extra-gouvernemental. Tous les fonctionnaires, statutaires ou non, pourraient tenter de s’absenter du poste à travers lequel les injonctions admistrato-capitalistes tombent.
Plus facile à dire qu’à faire ? Possiblement. Pourtant, quand des agents continuent de financer des associations par tous les vides juridiques possibles, alors qu’elles sont fichées par le ministère tendanciellement fasciste de l’intérieur, le service public imaginaire et autonome prend déjà vie. Quand les aide-soignant.e.s et les infirmier.ère.s acceptent officiellement les injonctions de leurs chefs de service et s’organisent autrement sous les organigrammes, afin de faire comme elles ont envie, le travail disparaît en partie. Quand les cantonnier.ère.s laissent l’électricité sur la place du village pour que des manifestations non autorisées puissent se brancher, le gouvernement est pris de court. Sans trop les romancer, ces situations sont non seulement le cœur même des interdépendances nécessaires à la vie d’un service public autonome, mais elles sont aussi l’ensemble des gestes qui dissipent la foudre fasciste.
Cela dit, la grève générale et un mouvement décisif de désertion sont tout à fait souhaitables, et urgemment. Mais quel vertige d’envisager l’ensemble massif de gestes indisciplinés, déjà à l’œuvre, qui forme un service public autonome. Des gestes finalement fragiles, hésitants, à portée de main, qui s’ils agrègent leur effets, transforment fondamentalement nos réalités.
Constances et dilettantes hérétiques
Nombreuses sont nos oscillations entre d’un coté le désir de se retrouver largement, à plusieurs, pour partager expériences, souffrances, plaisirs et analyses critiques propres à notre rapport au monde tel qu’il va. Quitte à entrer en action ensemble et pousser plus loin la tangibilité de l’expérience commune. Et de l’autre coté, la nécessité de couper le lien énergivore et déprimant au groupe et au mouvement quand ils reproduisent en leur sein et de façon inconsciente les horreurs de ce monde tel qu’il va.
Ces oscillations ont quelque chose d’inévitable. Car leurs deux phases opposées nous tiraillent sans relâche et sont chacune d’elles probablement traversées plusieurs fois le temps d’une vie individuelle et groupusculaire.
Du côté légal et répressif, le droit public impose, pour la soumission des fonctionnaires et la limitation de leurs velléités grévistes, l’obligation de continuité du service public. Il affirme donc la supériorité de l’intérêt du bon fonctionnement du service au détriment des aspirations des serviteurs.
Nous pourrions reprendre à notre compte l’idée de continuité, non pas comme obligation légale opposable à l’agent.e, mais plutôt comme le fait merveilleux que malgré toutes les oscillations cumulées au sein du service public imaginaire et autonome, une ardeur entretient sa flamme. Faisant fi des aléas groupusculaires, notre service public se maintient dans une continuité insolente. Qui d’ailleurs est indispensable pour chacun.e, quand le besoin de rupture, d’ailleurs, de fuite, de voyage et d’absence se font ressentir, même durablement. D’une certaine manière, la continuité effrontée de notre service public imaginaire et autonome est la condition indispensable à notre dilettantisme.
La dilettante de certain.es n’est d’ailleurs pas compensée par un travail supplémentaire d’autres. Elle est plutôt incorporée au service public autonome, auquel il est largement admis de contribuer de moult manières : depuis un hamac ou un bureau, un sommet désert ou une vallée urbaine, en production pour lui ou en oisiveté, le service public autonome n’est pas regardant quant à la productivité de notre faire. Il nous incite plutôt à voir à quel point nous sacralisons malheureusement depuis longtemps le faire transfiguré en travail, en jugeant de manière condescendante et avec le regard du capital, toute sorte de faire qui n’est pas miscible dans le travail.
En cela, il permet une levée forte des contraintes économiques et sociales qui pèsent sur l’individu, ou disons le sujet moderne, pour se diluer, non pas dans un groupe plus grand, mais dans une abstraction collective. Et elle serait à distinguer radicalement de la nation, du pays, de l’État, de la collectivité, du Parti ou de l’entreprise. Car cette abstraction collective est infra-administrative, et aspire à l’infra-capitalisme. C’est-à-dire qu’elle se situe en dessous de la portée conjointe de l’administration et du capital. Et évidemment, elle n’a pas de frontière, elle est terrestre.
Le service public imaginaire et autonome forme un parafoudre, qui nous place en grande partie à l’abri du tonnerre administrato-capitaliste et grâce auquel nos quotidiens retrouvent une petite marge de respiration, de mouvement, de vibration. Ainsi le travail tend à disparaître, emportant avec lui l’angoisse de la survie quotidienne qui nous ramenait toujours à lui.
Notre service public autonome est déjà nourricier, hébergeur, connecteur, soigneur, musicien et danseur, enseignant et bâtisseur. Il trépigne d’impatience d’être davantage inexploité, ingouverné, invendable, inemployable.
Dans cette époque où tant de croyances se sécularisent - l’argent, l’entreprise, le travail, la démocratie -, le service public joue le rôle d’une hérésie. Une hérésie tenace qui rejaillit en toute circonstance malgré l’acharnement de la domestication gouvernementale et la colonisation de la moindre expérience par le capital, ses marchés, son travail.
Le service public tel que raconté ici est une fable. Une fable qui ne devrait pas en être une puisque le service public autonome existe réellement en pratique, mais ce sont ses récits qui peinent à éclore. Et les premiers qui émergent passent assurément pour de la fabulation. Il nous revient alors de conter nos expériences hérétiques et fabuleuses de service public, afin qu’enfin il nous apparaisse.






