Ces réflexions impersonnelles sont proposées en soutien aux deux inculpé.es dans l’affaire dite du 15-Juin. Arrêté.es le 15 juin 2021 en Limousin, à la suite d’une enquête menée avec les moyens de l’« antiterrorisme », les voilà désormais convoqué.es devant la justice les 19 et 20 mars prochains à Limoges, pour répondre des accusations d’« association de malfaiteurs » et « dégradations de biens par moyens dangereux pour les personnes ». Les faits incriminés sont des sabotages par incendie (antennes-relais, véhicules Enedis), en opposition au déploiement du compteur Linky et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021.
On ne doit pas plus la vérité à son tyran (Diderot) qu’à ses juges (Jean Genet).
Néanmoins, que des personnes « reconnaissent » ou non les faits qui leur sont reprochés, tend à créditer – à leurs corps défendant – d’un certain régime de véridicité les reproches mêmes qui leur sont faits, autrement dit les points de vue disciplinaires qui font récit de leurs présences critiques au réel.
Pour autant, ces présences demeurent irréductibles à la catégorie anthropolicière de l’auteur.e, ce rôle illusoire auquel le réductionnisme judiciaire menotte, ce masque qu’il (s’)invente à partir d’une enquête de personnalité où le fantasme n’est rien moins que la petite métaphysique du préjugé.
Dans une affaire comme celle du 15-Juin, la personnalisation pénale de gestes en apparence aussi singuliers que l’incendie d’antennes-relais ou de véhicules techniques d’Enedis pèse pourtant fort peu au regard de leur contenu rigoureusement politique.
Dans ce cadre, le « dossier », le réquisitoire définitif du parquet, l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, constituent le triptyque circulaire d’un mauvais polar, agrémenté de personnages bientôt exposés sur la scène pleine de chausse-trappes d’une « audience » où la vérité n’est que « l’adaptation sonore d’un texte déjà écrit » (Thierry Lévy), à l’instar de tel « interrogatoire » de garde-à-vue, invitant – par la menace ou la manipulation – à parler de soi dans un langage qui n’est pas le sien, incitant – par le truchement calculé d’injonctions suggestives – à se reconnaître dans le miroir déformant d’une présomption systématique de culpabilité.
Cependant, de tels faits – en contestation d’un monde sous emprise technologique – résistent tant à la catégorie de l’auteur.e qu’à la notion même de culpabilité. Ils y résistent par nature, pour la simple et bonne raison qu’ils procèdent d’une question éminemment collective et qu’à ce titre, ils expriment en soi le principe moral d’une responsabilité universelle qui se passe amplement de toute la sorcellerie policière des empreintes génétiques, digitales et autres profilages à prétention psychologique.
Jamais la pulsion maladive de l’identification criminelle, qui anime de concert la police et (trop souvent) la presse, ne réduira l’éthos de tels actes à quelque fiche d’état civil. Un signal d’alerte ne se juge pas ; il se comprend comme un appel à l’aide, face aux dévastations d’une planète où les sociétés humaines n’auraient plus pour seule perspective que celle de la survie – augmentée ou pas.
Assigner de tels faits à résidence d’auteur.e, c’est déshistoriciser à dessein toute la trame polyphonique d’actions dont ils ne sont en somme que les citations impersonnelles, sans autre origine que le régime sensible et partagé qui les traverse.
Espace d’énonciation ventriloque par excellence, l’« instruction » s’emploie donc à réduire au seul pantin judiciaire de l’auteur.e toute l’histoire solidaire et multiple des consciences et des cœurs dont s’autorisent les faits.
Car il est un état de nécessité qui engage à neutraliser de toute urgence, en application du principe de précaution, l’hégémonie coercitive, écocidaire et pathogène des infrastructures technologiques inlassablement imposées à l’existant.
Par conséquent, tout acte en ce sens est par définition reproductible, ruinant de fait le fétichisme pénal de l’auteur.e, figure ainsi soluble dans le geste en commun de mille réappropriations complices.
Nous sommes d’hier, de maintenant et de demain.
Comme un pieu plus ardent dans l’œil froid du Cyclope.
Notre nom est Personne.
Toutes et tous au procès de Limoges, les 19 et 20 mars 2026.
Contact du comité de soutien : comite15juin@riseup.net.





