Nouveau Le nouveau lundimatin papier en librairie le 12 octobre

Nos Potes Pratiquent le Vaudou

paru dans lundimatin#91, le 30 janvier 2017

Seconde livraison pour le site multimedia NPPV.

[Vidéo] Nos Peintres Partent en Vrille

[Audio] De la grève du joint français au comité de soutien aux appelés, 1973-1975

Parcours d’un militant de la Ligue communiste entre St-Brieuc et Rennes dans la première moitié des années 1970. De son expérience de lycéen au comité de soutien aux grèvistes du Joint français au comité de soutien aux appelés en passant par les bagarres avec les fascistes, un ami raconte ses premières années à la Ligue Communiste et les discussions sur la manière d’arriver à instaurer le Socialisme.

[Papier]

Couverture
TextesFeuillet intérieur

Nouveau départ pour l’aventure :

Au printemps dernier nous avons vu la marée déborder férocement sur les rives qui l’enserraient. La marée est cyclique tout comme les mouvements sont des phœnix. L’automne est arrivé et la marée a trouvé un second souffle dans les menaces qui pesaient sur la Zad. Le transfert de force s’est imposé comme une évidence et a fait perdurer cette énergie tout en évinçant, ou plutôt en repoussant, certaines questions quant au reflux prévisible de la vague.

Désormais c’est chose faite, les com-plicités se sont dessinées, les amitiés se sont tissées, une communauté de lutte a émergé. Cette dernière a continué d’exister après le mouvement, à travers l’anti-répression, les cantines, les fêtes que nous avons pu partager. Néanmoins, s’installe un vague sentiment de précarité, de fragilité de cette solidarité retrouvée et pour cause : le front commun n’est plus, le rapport de force s’est disloqué. Notre ennemi aussi s’est désagrégé, est toujours là, mais désincarné, plus difficile à combattre frontalement, à percevoir dans la tristesse du quotidien dans laquelle il s’immisce.

Si la lutte contre cet adversaire commun a été le ciment du mouvement, son dépérissement, ou l’opacité de son omniprésence, peut aussi être le fossoyeur de ces mêmes complicités. Il est désormais bien plus ardu et confus de donner corps à ce qui nous porte.

À travers le mouvement nous avons dépassé nos assignations respectives, les catégories sociales ou professionnelles dans lesquelles nous étions figés, nos genres, nos groupes, nos âges, etc. pour ne plus nous définir que par notre simple présence commune, animés d’une même volonté d’agir. Dans cette situation, celle du mouvement social, la communauté de lutte est le fruit mais aussi le catalyseur de cette solidarité face à un adversaire. Nous avons été cette écume qui fait des bonds imprévisibles et fulgurants, mais dont on devine l’inévitable reflux. Nous faisons à présent face à certaines limites : le mouvement n’est pas une fin, il n’est qu’un tremplin, le rapport à l’ennemi commun n’est pas notre citadelle, il n’en est que le mortier, et les pratiques partagées ne sont pas des positions en soi. Il est désormais bien plus difficile de s’extraire de nos assignations respectives, de briser les cloisons qui se dressent entre nous pour refaire émerger cette communauté. Pourtant, malgré la désagrégation de ce rapport, persistent des hurlements, des constances, des émanations de ce que nous avons porté. Un tag, un slogan, un langage, sont autant de cris de ralliement qui tentent de se mettre en résonance.
Prisonnières des contingences qui les ont vu naître, ces pratiques perdurent mais sont incapables de faire émerger des positions. Ce qui doit survivre plus que tout, cet éclat qu’il faut préserver, c’est ce sentiment audacieux de se savoir appartenir à un ensemble, de se retrouver dans tout autant de gestes, de discours, d’avoir ce sentiment immédiat d’adhésion à un parti pris historique.

Mais une fois extrait de cette situation, que peut devenir ce maillage de complicités ? Si la communauté de lutte émerge parfois sur une opposition commune à un monde, elle doit savoir perpétuer cette lutte en existant non plus exclusivement par opposition mais aussi par élaboration et affirmation. Désormais, il nous faut nous affranchir de ce statut de contre-pouvoir, ne plus être une force d’opposition réactive ou pire encore, un interlocuteur légitime tel un partenaire social en temps de crise. Nous devons nous émanciper des contingences qui nous on vu émerger, de ce mouvement social qui nous avait délivré de nos prédicats. L’évaporation de certains points de crispations partagés est aussi une libération puisqu’elle nous offre l’opportunité de ne plus nous restreindre au cadre dans lequel nous avions éclot. L’élaboration alors amorcée ne prend plus place sur les traditionnels terrains formels (de l’assemblée à la manifestation) mais se loge partout où nous approfondissons nos amitiés, où nous affinons nos pensées et où nous bâtissons nos mondes. La myriade de communautés de lutte est ce qui se mue en camp révolutionnaire une fois affranchie de ses contingences initiales.

C’est la certitude d’appartenir à une force, de participer à l’accroissement de sa puissance, à l’élaboration de sa stratégie qui nous permet de reconnaître en chacun de nous les camaraderies tissées. Ce sont ces gestes, objets indissociables du sens qu’ils dégagent, qui sont les émanations sporadiques et néanmoins continues de notre camp qui se dessine pas à pas. La construction réside dans le fait de mettre fin à l’aliénation psychique et matérielle en nous réappropriant nos vies, en vivant le politique, en œuvrant à l’avènement du commun. Il s’agit d’affronter le réel, accepter de nous reposer les questions qui nous ont toujours échappées, auxquelles on a toujours répondu à notre place. La mise en commun est à la fois l’objet et le processus que nous entamons.
Se livrer à nu en acceptant de prendre des risques en sortant des confortables sentiers battus de la normalité. Enfin pouvoir aller comme le premier ou le dernier des hommes. De là à savoir
s’il y a un abîme sordide ou un havre de paix, on ne peut qu’esquisser que la réponse sera à la hauteur de nos capacités à bâtir. « En vivant collectivement, il faut s’attendre à une démultiplication des problèmes, c’est à ce prix qu’on connaîtra une démultiplication des joies. » C’est cette intuition du commun, et de l’opposition à tout ce qui le détruit ou l’entrave, qui fait que nous nous reconnaissons les uns les autres. Mais on ne peut se satisfaire d’une vision ou d’une manière de vivre partagée mais qui reste figée dans nos sphères individuelles respectives. L’élaboration du camp révolutionnaire, c’est le renforcement de cette constellation de communs, qui se nourrissent, se protègent et élaborent une stratégie commune.
Soyons désormais la lame de fond qui lentement mais sûrement prend son élan, réunit les courants pour bâtir sa force dans les profondeurs et enfin amorcer son inexorable déferlement.

CONTRIBUONS À L’ÉMERGENCE D’UN CAMPVOLUTIONNAIRE !

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25 avr. 17 Mouvement 6 min
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