Non, Macron n’est pas le Président des riches !

« C’est une fake news colportée par ses opposants »

paru dans lundimatin#184, le 27 mars 2019

C’est une fake news colportée par ses opposants ! Rétablissons la vérité : le Président Macron n’a eu de cesse de s’adresser aux plus pauvres, aux plus fragiles, en leur donnant des conseils de bon sens. Qui d’autre que lui s’intéresse aux migrants comoriens, aux boxeurs gitans, au Jojo avec un Gilet Jaune, bref à tous ceux qui ne sont rien et qu’on croise dans les gares ? Petit florilège ...

Macron le dit lui-même :

 « Les riches n’ont pas besoin de président, ils se débrouillent bien tout seuls »

Bon, ce n’est pas tout à fait exact.

Ils ont parfois besoin d’un coup de pouce du monarque. Par exemple pour qu’on leur supprime l’ISF (Impôt de Solidarité sur la Fortune).

Mais il faut reconnaître qu’ils n’ont rien demandé. Pas une pétition, pas une manif, pas une seule occupation de rond-point. Aucun riche n’a eu besoin d’affronter la police, de risquer d’être gazé, de perdre un œil ou une main.

Et pourtant le cadeau qui leur est tombé tout cuit dans le bec était de taille. Autre chose que les misérables augmentations de revenus que réclament salariés, retraités, et autres Gilets Jaunes, parfois au péril de leur vie !

On notera que pour la première fois récemment des pauvres ont osé manifester dans les beaux quartiers semant la peur chez ces paisibles habitants que sont les riches. On a craint le pire, l’affrontement, inégal par nature, entre des millions de pauvres et une poignée de riches. 

Mais Macron a su trouver les mots qu’il fallait pour renvoyer les manifestants à leur humble condition en leur rappelant que « Jojo avec un gilet jaune (n’a pas) le même statut qu’un ministre ou un député ! » . 

Car trop de Français, surtout les manifestants, croient encore à la devise de la République : Liberté-Egalité-Fraternité. Ou que les privilèges ont été abolis la Nuit du 4 août 1789. Il est salutaire de leur rappeler que tout ça c’est du pipeau et qu’ils feraient mieux de rester chez eux à écouter sagement le discours de campagne macronien quotidien (appelé parfois ’grand débat’ quand une autre personne arrive à parler un peu).

Car Macron a été choisi par une si petite minorité de citoyens (17 % des Français en âge de voter au premier tour) qu’il essaie de glaner des voix un peu partout, mais c’est dur. Il le sait et se qualifie lui-même comme « le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction, parce que la France était malheureuse et inquiète. »

Aussi essaie-t-il d’accorder à chacun un message personnel. Comme aux retraités à qui il augmente la CSG et qui évidemment se plaignent : « Je vous demande un petit effort pour m’aider à relancer l’économie et les actifs ». Les retraités concernés semblent tout à fait hermétiques à l’honneur qui leur est fait de relancer l’économie. Ils trouvent qu’aider financièrement leurs enfants mal payés ou au chômage et payer l’EHPAD de leurs parents âgés est déjà une tâche bien lourde et une participation substantielle à l’économie du pays.

Le Président Macron s’adresse ainsi à toutes les catégories de population, fussent-elles très peu nombreuses. C’est le cas par exemple des Gitans, et tout particulièrement des ... boxeurs gitans. Il leur demande de s’exprimer dans leur langue s’ils ne veulent pas êtes suspectés d’avoir été conseillés par un avocat, qui plus est d’extrême gauche, toutes choses interdites apparemment aux boxeurs gitans : "Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan »

Ses conseils aux plus démunis dépassent d’ailleurs les frontières de l’hexagone. Comme ici aux pêcheurs comoriens : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent » (plaisanterie au sujet de ces frêles embarcations sur lesquelles périssent des milliers de migrants comoriens tentant de rejoindre Mayotte, c’est à dire la France).

Le Président a choisi la Roumanie et la Grèce pour s’en prendre aux fainéants (en général, et donc sans doute aux fainéants français, grecs et roumains) : « Je serai d’une détermination absolue. Et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d’avoir chaque jour la même détermination. Ne cédez rien. »

Lors d’un déplacement au Danemark il regrettait que la « flexisécurité » danoise ne puisse pas être appliquée en France peuplée de « Gaulois réfractaires au changement », à l’opposé du « peuple luthérien » nordique. Ah, être Roi du Danemark, comme Hamlet sans doute, voilà un destin qui lui aurait plu.

Mais c’est sans doute aux salariés et aux chômeurs que Macron réserve ses conseils les plus vigoureux :

- aux ouvrières des abattoirs Gad menacées de licenciement mais « pour beaucoup illettrées »

- « Il y a des tas de métiers…Il faut y aller ! Maintenant, hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier.  »

-  « il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires »

- « vous n’allez pas me faire peur avec votre T-shirt ; la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler »

-  « certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas »

« dans une gare on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien » 

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux. Les gens, ils sont quand même pauvres »

Alors oui bien sûr Macron est le Président des riches. Mais pas seulement. Il est aussi le Président de ses seuls électeurs, de ceux de son parti (La République En Marche Arrière Toute), ses courtisans, ses affidés. Pas le Président de tous les Français. Et surtout pas de cette France qu’il méprise, celle des gens ordinaires, des travailleurs, des chômeurs, des retraités, celle qui manifeste !

Son mépris il nous l’a ainsi balancé en pleine figure. C’était devant un parterre de parlementaires de sa majorité le 24 juillet dernier.

En pleine affaire dite ’Benalla’ (du nom de l’homme de confiance du Président, pied nickelé impliqué dans plusieurs scandales ayant justifié des mises en examen), c’est à eux et à eux uniquement, pas à tous les Français, qu’il a choisi de prononcer ses seuls mots sur cette affaire d’Etat : « S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent me chercher ! »

Chiche !

Claire Vérilhac

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