Nightwatchers - Si la police faisait du punk

Actualité musicale

paru dans lundimatin#114, le 24 septembre 2017

Le punk est globalement caractérisé par sa détestation de l’autorité en général et de la police en particulier. De Police Bastard des Anglais de Doom à Cops and Donuts des Californiens de NOFX, la police est ciblée, décriée, critiquée, raillée de manières multiples et dans des sous-registres musicaux tout aussi divers. Mais à Toulouse, quatre punks ont décidé qu’il en serait autrement. Les musiciens engagés de Nightwatcher se donnent pour mission de restituer la parole policière dans sa finesse, sa subtilité et sa bienveillance.

Nightwatchers, c’est quatre activistes de la scène punk DIY toulousaine qui propose un punk rock oscillant entre la froideur du punk scandinave et des refrains pop appelant au sing along. Leur premier EP, intitulé Good Kids Obey est sorti en juillet 2016 sur vinyle une face mettait en scène sur la pochette une arrestation par des CRS pendant qu’une voiture célèbre, sérigraphiée sur la deuxième face, brûlait quai de Valmy. Pour ce deuxième EP, intitulé Who’s To Blame, nos quatre flics ont produit un visuel plus simple pour cette K7 en attendant le LP.

Du côté des textes, l’interrogatoire commence donc par Guilt Is Subjective. Une fiction si réelle que nous sommes nombreux et nombreuses à l’avoir vécu. Dans cette chanson, on se retrouve sommé de répondre aux accusations. Les policiers ont besoin d’une information, et leur mission est de l’obtenir. En bons fonctionnaires, ils feront leur boulot et nous accuseront, après nous avoir roués de coups « d’avoir rendu les choses difficiles ».

Le deuxième coup de feu s’intitule Deposition. Et encore une fois, Nightwatchers vise juste en se collant dans le cerveau d’un flic, tapant à un doigt sa déposition, et s’agaçant de se faire corriger par la personne en face.

Le troisième morceau accélère et pour cause, c’est cette fois-ci un chien junkie de la Brigade Canine qui nous parle de son addiction à la came en crise de manque permanente. Ca joue la truffe en avant en espérant tomber sur des pilules avant que le calme revienne sur You Have the Right To Remain Silent. D’une voix presque amoureuse, le flic nous explique qu’il s’en « balek ». Plus encore qu’il ne nous respecte pas. Et qu’il joint l’utile (le salaire) à l’agréable (intimidation, humiliation) sans l’ombre d’un remord.

Empathy & Me est ensuite une sorte d’hymne post-punk nappé de chorus comme il se doit, mais au refrain très catchy, soutenu par des chœurs punk rock. Dans celle-ci, on entre dans la tête d’un gars qui, en bon flic, ne projette aucune émotion sur la violence qu’il inflige à tel point qu’il ne distingue pas ses gestes de ceux de ses collègues. « Déso, pas déso » nous dit-il sur le refrain, avant d’avouer, sur un pont dub, qu’il fait ce qu’il a à faire pour recevoir sa paye. Est-ce qu’il aime ça ? Est-ce que ça lui fait plaisir ? Ce n’est pas la question. Mais le gars apporte la réponse quand même : il n’est pas d’accord avec tout ça, il kiffe vénère.

On finit cette galette aux paroles par un tube punk rock qui, à la lecture, met presque mal à l’aise. Cette fois le flic qui chante s’adresse à une femme venue porter plainte pour viol. Documentés, les gars, reproduisent ici les pires clichés entendus par les femmes durant les dépositions « je ne peux pas faire grand-chose », « pourquoi vous êtes sapées comme ça », « pourquoi l’avoir invité chez vous », « fallait pas rire à ses blagues », « pourquoi vous marchez seule la nuit »... etc. L’enfer. Mais d’une vérité dont témoignent de nombreuses victimes.

Nightwatchers réussit un pari étonnant en créant ce dispositif d’écriture. C’est certes surprenant de scander des discours de flics en concert ou sous sa douche, mais ça a le mérite d’une part de renouveler la critique punk anti-keuf, d’autre part de rappeler à l’auditeur que la Police est bien ce qu’elle est : à la fois une machine à broyer les cerveaux des recrues, mais également un refuge pour les fous furieux de la violence et autres dangereux réacs. Face à eux, il faut donc se tenir prêt. Face à eux, il faut savoir s’organiser. C’est peut-être ça finalement le message à peine dissimulé par les Toulousains.

Nightwatchers, ici disponible à l’écoute.

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25 avr. 17 Mouvement 6 min
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