Lettre du Brésil...

« Plus de 1200 universités et lycées occupés dans tout le pays, grèves dans la fonction publique, manifs tournant à l’affrontement ou à l’émeute, blocages de routes, occupations de bâtiments publics et lieux de pouvoir se sont multipliés ces deux derniers mois dans tout le pays. »

paru dans lundimatin#86, le 19 décembre 2016

Ces derniers mois, le Brésil a connu le plus grand mouvement étudiant de son histoire contre la politique d’austérité mise en place par l’actuel gouvernement : plus de 1200 universités et lycées occupés dans tout le pays, grèves dans la fonction publique, manifs tournant à l’affrontement ou à l’émeute, blocages de routes, occupations de bâtiments publics et lieux de pouvoir se sont multipliés ces deux derniers mois dans tout le pays.

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Blocage de route à Cuiaba, 13 décembre 2016

Mardi 13 décembre 2016, tandis que le Sénat votait l’une des mesures les plus controversées de l’actuel gouvernement ultra-libéral - un amendement constitutionnel qui prévoit le gel des dépenses publiques dans la santé et l’éducation pendant 20 ans - des mobilisations étaient prévues dans plusieurs régions...

Dès la matinée, des blocages de route ont été réalisés un peu partout dans le pays. L’après-midi, des manifestations ont eu lieu dans la plupart des grandes villes, plusieurs ont tourné à l’émeute. À Brasília, les manifestant-e-s ont affronté la police, incendié un bus et tenté d’envahir les résidences de certains parlementaires. À São Paulo, le siège de la Fédération des Industries a été pris d’assaut par les manifestant-e-s et partiellement détruit à coup de projectiles et fusées artisanales. À Belo Horizonte, après avoir tenté d’investir la Banque Centrale, les manifestant-e-s ont été repoussés par le canon à eau des flics, vandalisant banques et boutiques de luxe au passage....

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Manifestation à Brasilia, 13 décembre 2016.

Il nous a semblé utile de traduire le texte qui suit, écrit récemment par un collectif autonome de Belo Horizonte, qui revient sur les récents épisodes politiques au Brésil :

“ Depuis le début de l’an dernier, nous assistons à une immense campagne médiatique contre la corruption qui a préparé le terrain pour le Coup d’État parlementaire qui a eu lieu ces derniers mois, avec la destitution du gouvernement du PT (Parti des Travailleurs)1. S’il y a une chose que cette grande campagne de (dés)information a mis en évidence, c’est que la corruption est au coeur de TOUS les partis du spectre politique. Tous travaillent pour leur bénéfice personnel et non pour l’intérêt général.

La croisade “anti-corruption” orchestrée par les médias et le pouvoir judiciaire semble ne jamais prendre fin. Et cela pour une simple raison : la corruption est la colonne vertébrale du système politique et économique qui sert les intérêts de l’élite qui domine le pays depuis l’époque coloniale. Le récent Coup d’État a fait tomber le masque de notre dite “démocratie” en nous montrant que le suffrage universel pouvait être remanier “institutionnellement” s’il venait à contrarier les désirs de cette même élite.

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Manifestation à Brasilia, 13 décembre 2016.

Face à cela, quelles sont les options que la polarisation mise en scène par les médias nous offre ? D’un côté : la vieille élite latifundiaire, prête à tout pour contrôler seule le pouvoir exécutif, et faire un pas en avant dans son projet néo-libéral, écrasant pour cela les droits les plus élémentaires. De l’autre côté, une prétendue “gauche” qui n’a pas hésité à s’allier à cette même vieille élite toutes ces dernières années pour se maintenir au pouvoir.
Un clan est chassé du pouvoir. Un autre clan s’en empare. Et la population continue ensevelie sous un quotidien difficile, sous-traitée, exploitée, étouffée sous les déchets toxiques et boueux de l’industrie2 qui enrichit une infime minorité au prix de la sueur et du sang de la majorité. Et quand celle-ci, malgré la pression et répression quotidienne, s’organise pour parvenir à obtenir le minimum que l’État ne lui a jamais fourni, elle se montre plus digne et apte à subvenir à ses propres besoins.
Dans tout le pays, des centaines d’écoles et universités sont occupées et autogérées par les étudiant-e-s qui se montrent plus aptes que les gouvernants pour penser leur éducation et pour s’occuper de ces espaces. À Belo Horizonte, au cours des dix dernières années, la population organisée, au travers du mouvement d’occupations de terres urbaines, a crée et construit plusieurs quartiers, produisant plus de logement pour la population pauvre de la ville que le gouvernement durant la même période. Dans toutes les capitales, des bâtiments liés au Ministère de la Culture ont été récemment occupés et contrôlés par les travailleuses/rs, et ont pour un temps proposé une programmation culturelle infiniment plus riche, diversifiée et politisée qu’auparavant – sans l’argent ni l’appui ou l’aval de l’État.

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Blocage de route à Congonhas, 13 décembre 2016.

Dans la situation actuelle, différentes perspectives de sorties de crise s’offrent à nous : maintenir ou reconduire au pouvoir les mêmes vieux Partis qui ont crée ce contexte d’injustice sociale et de recul de nos droits, ou rejoindre les initiatives populaires qui luttent et tentent de construire, de façon indépendante et auto-organisée, une autre société.
Nous sommes avec celles et ceux qui luttent !

Bloc autonome "Nós por nós"

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Blocages des routes à Belo Horizonte, 13 décembre 2016.
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Manifestation à Brasilia le 29 novembre 2016.
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Manifestation à Porto Alegre, 13 décembre 2016.
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