Les travailleuses du sexe en lutte (suite)

Les enjeux du débat

paru dans lundimatin#17, le 6 avril 2015

Morgane Merteuil est travailleuse du sexe et porte-parole du Syndicat du Travail Sexuel. Vous pouvez revoir la première partie de cet entretien ici.

Pour en revenir à la marchandisation… il y a cette idée que l’industrie du sexe, c’est violent car il y a des rapports économiques. Ce qui signifie qu’il y aurait d’un côté cette sphère publique de l’échange économique qui serait un lieu de violence… et de l’autre l’échange gratuit dans le cadre du couple ou du moins des rapports privés animés d’un pur désir qui ne serait pas de la violence.
Je pense que présenter les termes et les enjeux du débat comme ça, c’est une grosse erreur d’analyse de la situation des femmes.

On peut reprendre des analyses menées par des théoriciennes féministes dans les années 70, autour des luttes pour le salaire ménager. Elles ont analysé ce qu’on appelle aujourd’hui la sphère privée et gratuite, comme participant directement à l’économie capitaliste en tant que sphère de la reproduction de la force de travail.

Les questions qu’on nous pose, c’est… mais alors si vous ne voulez pas l’abolition de la prostitution ni les maisons closes, alors qu’est-ce que vous voulez ? Comme si c’était absurde de ne pas vouloir un régime ultra spécifique à la prostitution. C’est parce que cette question a toujours été pensée comme ‘en dehors’ des autres rapports sociaux. Comme si il y avait la société et ses rapports sociaux et la prostitution qui obéirait à des règles différentes.

Les violences dont peuvent être victimes les putes dans l’industrie du sexe, on peut aussi les analyser de manière générale, comme des violences non pas liées à la prostitution mais liées au patriarcat.

Je pense qu’il y a une vraie sincérité chez ces militantes [abolitioninstes], avec une véritable volonté que la sexualité ne soit pas soumise aux logiques d’échanges marchands, etc. Sauf que si on analyse le capitalisme comme une totalité, ça ne peut pas marcher comme ça. Il n’y a pas des sphères qui fonctionneraient comme des oasis.

Il faut s’interroger sur la manière dont on définit ce genre de trucs et quelles dynamiques ça produit. Par exemple, se focaliser sur le travail du sexe comme lieu spécifique d’exploitation, ça participe complètement d’une dynamique qui masque l’exploitation dont sont victimes les femmes dans le couple et au foyer de manière générale.

Si l’on prend les revendications basiques des travailleuses du sexe aujourd’hui, pour la dépénalisation du travail du sexe… c’est là où on se situe un peu dans une contradiction. Pour lutter contre l’exploitation, on demande à être exploité légalement. Ce qui est un peu paradoxale. On se situe en termes de revendications à un carrefour un peu compliqué. La revendication de droits, ne peut pas être considérée comme une demande de libéralisation de l’industrie. Mais juste comme retirer les entraves à l’organisation collective contre une industrie qui est en réalité déjà extrêmement libéralisée. Car ce n’est pas parce qu’elle est illégale qu’elle n’est pas libérale dans son organisation, bien au contraire.

Justement, la lutte contre une industrie super libéralisée, passe par la possibilité de pouvoir s’organiser collectivement, de pouvoir lutter collectivement et de pouvoir déjà, se rencontrer et échanger, ce qui est très difficile dans le contexte actuel.
Considérant que ce changement de situation légale ne sera pas l’aboutissement de la lutte, mais son point de départ.

Regarder la seconde partie de l’interview de Morgane Merteuil dans son intégralité :

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