Les amis du manifestant mutilé à la ZAD témoignent

« Tout le monde était entrain de se barrer. Les gendarmes n’étaient pas du tout dans une situation qui nécessitait de se dégager. »

paru dans lundimatin#147, le 1er juin 2018

Le 22 mai 2018 à la ZAD de Notre Dame des Landes, Maxime 21 ans perdait sa main droite, arrachée par une grenade GLI F4 de la gendarmerie. Tandis que sur place ses amis ainsi que les différentes équipes de la Zad cherchaient à comprendre les circonstances de ce drame, le gouvernement n’a lui pas tardé à communiquer sa version des événements, n’hésitant pas à mettre en cause la responsabilité de la victime dans sa blessure. Hier, nous avons publié un article à propos de cette communication gouvernementale, nous sommes également partis à la rencontre des amis avec qui Maxime s’était rendu à la ZAD. Ces derniers nous ont raconté le contexte dans lequel leur ami a perdu sa main.

De ceux qui ont bien voulu témoigner pour lundimatin, certains étaient présents sur la zone dès le jeudi 17 mai, jour de la reprise des opérations de destruction suite à la soit-disante trêve. Malgré la présence d’opposants tentant de bloquer l’avancée des machines ce jour-là, les 1700 (ou presque) gendarmes mobiles se sont déployés très vite autour des lieux ciblés et « en quelques heures c’était plié » disent-ils.
Le général Lizurey avait annoncé une opération éclair de deux jours, or la gendarmerie est revenue le mardi suivant afin de finir le travail, notamment à la Chateigne, lieu emblématique de la résistance au projet d’aéroport depuis 2012. « On savait qu’ils allaient revenir, les gens avaient conscience de leur petit nombre sur place mais étaient malgré tout déterminés à s’opposer aux opérations de destruction » nous explique un des amis de Maxime.

Le mardi 22 mai, les gendarmes reviennent donc en nombre avec pour objectif de finir les déblaiements du côté de la Chateigne.
Un des amis de Maxime présent sur place nous raconte :
« Ils sont arrivés par la Saulce, ont tout dégagé, la Wardine était nassée, ils se sont déployés sur le chemin de Suez. Vers 10h30 le tractopelle est arrivé, un gros cordon de gendarmerie protégeait l’engin. Il y a eu quelques affrontements qui se déplaçaient avec l’avancée des gendarmes. Le point de conflit s’est retrouvé vers le chemin de Panama, ensuite il y avait à peu près 30 personnes dans le champs ainsi que la ligne de flics qui les séparait de la Chateigne. Il ne se passait pas grand-chose, il y avait quelques cailloux, mais pas de cocktails molotov. On a eu droit à 45 minutes de gazage avec des sommations tous les 5 minutes, les gens se tenaient à 50 mètres d’eux. D’un coup les flics ont chargé et tout le monde s’est mis à fuir vers un passage entre les deux champs qui formait un goulet d’étranglement. La gendarmerie a jetté 3 ou 4 grenades dans le tas de gens qui se rétrécissait. Tout le monde était entrain de se barrer, les gendarmes n’étaient pas du tout dans une situation qui nécessitait de se dégager. »


En bleu la position des gendarmes mobiles ainsi que le sens de leur charge représentée par une flêche, la fuite des opposants d’un champ à l’autre est représentée en vert.

Hier le site de la ZAD, publiait le témoignage de deux personnes dans lequel on retrouve une description similaire du cadre dans lequel les gendarmes ont fait usage de grenades GLI F4 ayant entrainé la mutilation du jeune de 21 ans.

Lorsque Maxime a eu la main arrachée, ses amis n’étaient pas à côté de lui, ils faisaient partie du groupe qui fuyait la charge et racontent :
« On a vu la scène de loin, on a vu l’explosion au niveau de la main. La fuite continuait, certains d’entre nous se sont retournés et ont vu les flics sauter sur la personne qui levait son moignon. Un témoin aurait également vu une personne venir au secours du blessé et se faire arrêter au moment où les gendarmes ont sauté sur Maxime. Nous n’avons pas pu obtenir plus d’informations à ce sujet.
Au bout de 10 secondes une centaine de gendarmes sont arrivés, ils ont bloqué la vue et sécurisé l’accès. Les pompiers ont ensuite traversé le champ vers le blessé. Au bout de 5 minutes environ ils l’ont emmené sur un brancard jusqu’au carrefour de la Saulce où l’ambulance attendait. Puis les salves de GLI F4 ont repris, il y a eu un départ de feu dans le bois bordant la Chateigne, les gens ont du négocier pour pouvoir éteindre le feu. Les salves ont continué pendant au moins 2 heures. »

Leur témoignage est corroboré par le fil infos tenu par le site de la ZAD sur la journée du 22 mai.

Un des amis du blessé raconte qu’une fois que la gendarmerie mobile s’est retirée, ils sont allés voir à l’endroit exact où Maxime a eu la main arrachée. Ils y ont constaté que des mottes de terre recouvraient l’endroit, ce qu’ils interprêtent comme une volonté de cacher les traces de sang, de recouvrir la scène.
Bien qu’ils savaient qu’une personne avait été gravement blessée et que certains ont pu voir la scène de loin, les amis de Maxime ont mis du temps à comprendre de qui il s’agissait.
« Au début la rumeur parlait d’un auto-média, nous on cherchait Maxime partout. Vu qu’on ne le trouvait pas, on pensait qu’il s’était fait arrêter. Ce n’est qu’au bout de deux heures qu’un ami a croisé un photographe qui lui a montré un cliché du blessé, c’est là qu’on a compris qu’il s’agissait de Maxime. On a appelé les CHUs de Nantes et de St Nazaire pour savoir où il était. »...« Quand on a su, on s’est rendu à l’hopital où on a retrouvé ses parents. À l’entrée il y avait des gars de l’IGGN et des gendarmes, il y en avait aussi au niveau du service des soins intensifs. Ils ont pris en photo les papiers de deux amis et ont essayé d’en filmer d’autres."

Au moment où lundimatin receuillait les témoignages de ses amis, aucuns d’entre eux n’avaient pu voir Maxime.
« La femme du service présente à l’acceuil a demandé l’autorisation aux gendarmes, les uns et les autres se renvoyaient la balle pour nous refuser l’entrée. Pour finir la dernière justification que j’ai eu au refus c’est qu’ils ne laissaient que la famille entrer, or la famille était là et voulait bien nous laisser le voir »... « On a également appris que mercredi un gendarme est allé le voir dans sa chambre, malgré le refus de la famille, pendant que l’un d’entre eux discutait avec les parents, un gendarme en a profité pour entrer dans la chambre de Maxime et tenter de l’interroger, il y est resté une dizaine de minutes. »

À la question de savoir si Maxime aurait ou non ramassé la grenade ses amis répondent : « On n’a pas vu, mais au fond on s’en fout, qu’il ait rammassé la grenade ou non ça n’est pas la question. »

Hier alors que Maxime sortait des soins intensifs mais restait hospitalisé, son avocat Maitre Gerbi et ses parents se sont exprimés lors d’une conférence de presse à Nantes au cours de laquelle ils ont annoncé porter plainte :
" Compte tenu aujourd’hui de l’éloignement de la version proposée par les autorités d’enquête et de la realité présentée par Maxime, nous allons effectivement déposer plainte dans les jours qui viennent dans les mains du Procureur de la République pour des faits de violences volontaires par personne chargée d’une mission de service public ayant entrainé une incapacité permanente, c’est à dire une mutilation."

Le matin de cette conférence de presse, la préfète Nicole Klein annonçait revenir sur sa décision de détruire les lieux en dur expulsés la semaine précédente. Elle répond ainsi favorablement à la demande du Maire de Notre Dame des Landes, mais considère aussi, alors que la gendarmerie était à nouveau déployée, que cette décision "devrait contribuer à pacifier la zone". De leur côté des habitants de la ZAD appellent à rejoindre les manifestations de demain 26 mai "à Nantes et partout en France, armés de notre colère, de nous y retrouver et d’y arborer un gant rouge.

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