I
Matin. Maintien de l’ordre,
maintien de la paix.
Otages de nos clôtures des lambeaux de ciel
pendent aux fenêtres – le présage a la pâleur d’une larve.
Presque on ne lit plus – on visionne à la place !
Exposition continue aux images, mais pas n’importe lesquelles…
teint refait, lumière artificielle, traits modifiés.
Le factice bien empesé recouvre les âmes –
filtres malvoyants ne laissant plus passer
que des stéréotypes.
Le rêve devient médiocre… déjà
le design l’emporte sur la vie et le fascisme croît –
culte du Même.
Jusque dans les souvenirs s’immisce
une politique des terres brûlées.
II
Matin. C’est la guerre, une guerre sans fin.
Il y a d’autres visages dans la pénombre qui borde nos visages.
C’est imperceptible, mais c’est tout le temps là,
l’entaille d’un souffle, à peine… Voix ensevelies,
éparpillées dans les décombres avec les os.
Voix du témoin
pour résister à l’artificialisation des mémoires,
pour ne pas laisser démentir sa propre expérience…
L’entaille d’un souffle pour dire :
« Je pleure parce que je suis un homme.
Ma douleur est plus grande que moi. Je ne veux pas
de la pitié – ce défaut d’amour.
Le réel siffle à mes tympans, j’entends le réel
siffler à mes tympans, mes bras se tendent
gueule ouverte pour annuler le sort.
Je connais le sens des mots… mots-chair-humaine.
Et qu’il faut un corps et un langage – une culture –
pour affronter le désir de vengeance,
pour le retourner en forces de vie
nues, accablantes de lucidité. »
Fleurs d’amandiers… chaque nom enfoui en elles
crié dans le désert.
III
Matin. La bataille s’ébruite dans la rosée.
Femme-arrière-pays passe à l’acte. Ne laisse pas
l’histoire la définir, ne cantonne pas la vérité
à une idée privée d’incarnation.
Elle cherche au bout d’elle-même une pensée
capable de créer l’espace de sa possibilité.
Ne se laisse pas tromper. Ne renonce pas à ses mots.
A vu l’envers du décor : la vie morte…
a vu les plantes stérilisées sur l’autel du progrès…
a vu les animaux mourir dans les eaux usées….
a vu le génocide de ses propres yeux…
elle crie : « Même les enfants sont visés ! »
Sa tête heurte le caillou du deuil et saigne.
Femme-arrière-pays parle, parle depuis sa naissance,
sûre de sa terre.
Sa force tient en une phrase, limpide :
Je prends tout personnellement.
C’est son combat irrésigné,
son instinct.
À Paris, mars 2026
Natanaële Chatelain






