Comment ne voyez-vous pas que n’importe qui – n’importe qui – serait un meilleur premier ministre que Gabriel Attal, Élisabeth Borne, Jean Castex, Édouard Philippe, Manuel Vals ou Bertrand Cazeneuve ? Le moindre être humain qui croit que l’homme est bon, que les autres importent plus que soi, que les vies se valent, que toutes sont importantes ; le moindre être humain qui croit encore que le futur existe, qu’il doit être meilleur que le présent, fera l’affaire. Pensez à la maîtresse de maternelle de vos enfants, à votre prof de français au lycée, à votre médecin généraliste, à tous ces gens qui ne sont surtout pas des politiciens professionnels. Lequel d’entre eux, si on lui demandait de sacrifier quelques années de sa vie au bien général, ne ferait-il pas un meilleur politicien que vous tous qui ne faites que ça depuis toujours, qui ne pensez qu’en termes de personne, qui, au fond, à part trois jours dans vos misérables vies, quand vous créez le NFP par exemple, ne servez que des intérêts personnels (les vôtres ou ceux de vos chefs) ?
Bien sûr, me direz-vous, il y a quelques exceptions. Il y a sans doute, parmi vous, quelques politiciens qui croient encore que la politique professionnelle peut servir à quelque chose. Pourtant, tous, toujours, vous semblez ignorer cette chose si simple : il est plus honorable de perdre que de gagner. Plus honorable et, dans certains cas, plus profitable. Dans cette séquence politique grotesque qui a lieu depuis quelques jours, n’est-il pas cruellement évident que ce n’est pas celui qui remportera la victoire dérisoire d’avoir choisi le nom du futur premier ministre qui gagnera quoi que ce soit, mais, au contraire, celui qui, le premier, dira qu’il vaut mieux accepter la proposition du camp adverse que de rester bloqués ?
Quand on regarde le spectacle auquel vous vous livrez, sincèrement, on se dit que le tirage au sort avait du bon.
Vos facultés à penser sont si clairement limitées par votre voracité de pouvoir qu’il faut sans doute vous rappeler cette autre chose si évidente : pour beaucoup de gens qui votent pour vous, qui vous soutiennent, la politique a encore un sens. C’est-à-dire que personne n’en a rien à foutre que ce soit truc ou machin qui applique un programme : c’est que le programme soit juste et qu’il soit appliqué, que les promesses soient tenues, que les richesses soient mieux reparties, et que le peu qu’il reste de démocratie serve à quelque chose, qui est important pour nous.
À quoi rêvez-vous après vos journées de négociation stériles ? À quoi pensez-vous après avoir écrit vos insultes stupides sur votre compte Twitter ? À quoi croyez-vous réellement que servent vos dénigrations ? N’avez-vous pas encore compris que le mépris est un sentiment qui atteint forcément autant celui qui en est l’objet que celui qui en est le sujet, qu’il salit à égalité celui qui l’éprouve et celui qui le provoque ?
Ayez pitié. S’il vous plaît, ayez pitié de nous, pauvres électeurs qui nous sommes forcés à croire que quelque chose peut se passer. Ayez pitié de nous tous qui, après des décennies de déceptions, avons eu encore la force de nous dire « Oui, on va y arriver ! » Ayez pitié de nous, gens de gauche, gens de la gauche de la gauche qui considérons souvent que, de LFI aux socialistes, vous êtes tous de droite du simple fait que la politique est pour vous une profession. Ayez pitié de nous tous qui pensons depuis si longtemps que vous ne servez à rien, que jamais vous n’arriverez à quoi que ce soit, et qui pourtant avons voté pour vous, car nous préférons nous tromper et nous retrouver, ridicules mais debout, lorsque vous nous aurez montré que nous avions tort.
Ayez pitié – et faites enfin quelque chose.
Santiago Amigorena
Photo : Bernard Chevalier






