Le paysage, les noms, les gens, la sagesse (et l’ethnographe)

Note sur Keith Basso, L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert

paru dans lundimatin#528, le 25 juillet 2026

Publié en 2016 aux éditions Zones Sensibles, L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert est la traduction de Wisdom Sits in Places (1996), chef-d’œuvre du linguiste et anthropologue américain Keith Basso (1940-2013), qui a passé une bonne part de sa vie à l’école des Apaches occidentaux de Cibecue (dans la réserve de Fort Apache, à quelques heures de route de Phoenix, Arizona). Par la justesse de son positionnement, la richesse de ses enseignements et la beauté espiègle de sa narration, ce livre désormais épuisé mériterait amplement une réédition.

Sur le marché de l’édition francophone contemporaine, on croise deux sortes d’ethnographes. Il y a d’abord ceux qui, pour étancher une soif collective d’évasion qui survit à toutes les déconstructions et tous les wokismes, endossent avec plus ou moins de prestance le costume de l’aventurier. Sur les traces des créatures sauvages, ces petits-fils (et petites-filles) de l’Homme-Chasseur devenu Écologiste grimpent aux arbres ou aux montagnes, tutoient les forces cosmiques et déboulent comme le destin là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied. Et puis il y a les autres. Celles et ceux qui, pour des raisons de politesse et de politique narrative, choisissent plutôt de se portraiturer en anti-héros, pour ne pas dire en empotés. Celles-là se perdent en forêt en partant cueillir des champignons, se disputent mesquinement les pastilles d’iode ou de zéolithe en zone contaminée, décrivent leurs emplettes au Vieux Campeur et leurs haltes diététiques au Burger King. Sans la gentillesse (ou la pitié) de leurs hôtes et informateurices, on a quelquefois le sentiment qu’elles et ils ne tiendraient pas trois jours sur le proverbial « terrain ». Keith Basso appartient clairement à cette deuxième catégorie (à ceci près que L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert, son seul livre traduit en français, a disparu prématurément de la circulation [1]) :

« Un samedi autour de la fin du mois de juin, alors que je m’apprêtais à passer un week-end paisible à Cibecue, je me suis fait piquer à deux reprises par un frelon, j’ai égaré ma dernière paire de lunettes et je me suis fait mordre par une scolopendre contrariée en faisant une partie d’"agacement", un jeu de société local populaire, en compagnie de trois amateurs apaches ; je suis également parvenu à tomber en panne d’essence, ce qui, à Cibecue, est perçu comme le signe d’une intelligence gravement limitée. » (p. 41)

Les empotés de la trempe de Basso ne considèrent pas l’aventure scientifique comme un droit d’accès illimité aux êtres et aux territoires, ni leur charisme naturel comme une monnaie d’échange suffisante. Ils paient donc pour être informés – et le font savoir :

« En retour, il recevra deux sacs de farine, deux boîtes de café MJB, un sac de sucre, un seau de graisse végétale Crisco et vingt dollars en liquide. Qu’est-ce que j’en dis ? En dépit de toutes ses charmantes – et nombreuses – qualités, mieux vaut ne pas contredire Ruth Patterson lorsqu’elle a décidé quelque chose, et Dudley, qui par le passé l’a lui-même remarqué, se range bien vite du côté de sa sœur pour appuyer son projet. Je fais de même. » (p. 159)

Ce petit commerce et ces marchandages incessants n’empêchent ni la tendresse, qui transparaît dans les portraits que Keith Basso fait de ses informateurs, ni (osons les grands mots) l’amour, que ces cowboys apaches ont terriblement vache – Basso a d’ailleurs consacré une monographie aux blagues qu’ils lancent et font circuler aux dépens des Blancs, ethnographe inclus. Au beau milieu d’un travail universitaire publié voici maintenant trente ans, Basso n’hésite dès lors pas à écrire ceci :

« Nick Thompson est de son propre aveu un vieil homme. Il est possible, me confia-t-il un jour, qu’il soit né en 1918. Couronné de cheveux blancs comme la neige coupés courts, son visage est arrondi et compact, ses traits fins et anguleux. Ses grands yeux noirs incandescents sont alertes, et son sourire lui donne un air aussi malicieux que menaçant. Je le connais depuis plus de vingt ans et il m’a beaucoup appris sur la langue et la culture apaches occidentales. […] Décrit par un grand nombre d’habitants de Cibecue comme un véritable Slim Coyote (Ma’ Ts’osé), Nick Thompson est un homme franc, incorrigible et sans complexe. Il est également généreux, réfléchi et profondément intelligent. Son amitié m’est très précieuse. […] Alors que je m’apprête à prendre congé, Nick se fend subitement d’un large sourire tandis que son regard se met à pétiller. Je connais bien cette expression et je me prépare à la plaisanterie d’adieu qui l’accompagne presque systématiquement. Le vieil homme ne perd pas de temps. D’après lui, j’ai l’air de me sentir seul. Il me préconise de me livrer à des rapports sexuels fréquents et prolongés avec de très vieilles femmes. C’est un remède contre les saignements de nez, précise-t-il. Il me dit qu’un jour il écrira un livre sur le sujet. Embarrassé et à court de mots, j’esquisse un sourire gêné et décline sa proposition d’un mouvement de tête. Enchanté par ma réaction, Nick éclate d’un rire profond tout en s’emparant de sa tasse et d’un beignet. » (p. 67-68 et 69)

Basso n’hésite pas non plus à faire état de sa maladresse linguistique – et notamment de son incapacité à répéter les noms de lieux apaches. C’est que, contrairement aux aventuriers (dont on en vient parfois à penser qu’ils sont nés coiffés), les anti-héros sont particulièrement malhabiles :

« Mais après seulement deux jours passés ensemble dans la région, nous rencontrons déjà un problème. Pour la troisième fois en autant de tentatives, j’échoue à prononcer correctement le nom apache de la baissière marécageuse qui nous fait face et Charles, lassé de me le répéter, arbore un regard méfiant. » (p. 33)

Tout malhabiles qu’ils soient, ces empotés sont aussi les champions du malentendu fonctionnel. On le verra, c’est précisément depuis la situation d’échec qui vient d’être décrite que s’opère le tournant de l’enquête présentée dans L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert. Cette enquête porte sur les toponymes apaches. Elle avait trouvé son impulsion dans une demande impérieuse de Ronnie Lupe, président de la tribu apache de White Mountain :

« “Pourquoi ne feriez-vous pas des cartes de la région ?” suggéra-t-il d’un ton ferme alors que nous discutions dans son bureau de Whiteriver. “Mais ne faites pas de cartes d’homme blanc, il y en a déjà beaucoup. Réalisez plutôt des cartes apaches, qui indiquent des lieux et des noms apaches. Cela pourrait nous être utile. Faites des recherches sur la manière dont nous connaissons notre région. Vous auriez dû faire cela depuis longtemps.” » (p. 19)

Au terme d’un travail de terrain étalé sur plusieurs années, et d’une rédaction qui en prendra encore beaucoup d’autres, notre ethnographe ne livrera finalement pas de carte – en tout cas pas publiquement. On pourrait s’interroger sur les raisons de cette absence. La première tient sans doute aux restrictions que Basso applique à la diffusion du fruit de ses recherches, dans une pratique anticipée de ce que Max Liboiron a récemment théorisé comme « évaluation communautaire par les pairs [2] » :

« Ils étaient satisfaits de savoir qu’un certain nombre de leurs connaissances sur le sujet serait préservé et rendu publique [sic], soumis à un ensemble de restrictions bien définies qui n’ont pas été enfreintes – et ne le seront jamais. » (p. 23)

La seconde tient peut-être à sa compréhension croissante du mode d’existence des cartes apaches, qui n’ont pas besoin de papier pour exister :

« À la fin du mois d’août, peu de temps avant qu’un impératif ne m’oblige à quitter Cibecue, Nick me demande de lui montrer les cartes. Il ne se montre guère impressionné. "Les Blancs ont besoin de cartes en papier", remarque-t-il. "Les nôtres, nous les avons dans la tête." » (p. 69)

Si les cartes apaches n’ont pas besoin d’être figurées sur du papier, c’est d’abord parce que les toponymes apaches fonctionnent déjà comme des images fidèles des lieux. Pour le comprendre, il faut revenir à la scène de la baissière marécageuse. Après l’échec de sa quatrième tentative à en prononcer correctement le nom apache, Basso reconnaît sa défaite, promet de s’entraîner plus tard et, pensant calmer le jeu, ajoute que « ça n’a pas d’importance » (It doesn’t matter). Son informateur apache, Charles Henry, lui répond que cela importe et déplore en langue apache occidentale son impatience et son manque de respect pour la parole des ancêtres. Alors que Basso est près de toucher le fond, Charles Henry lui vient en aide en formulant l’hypothèse diplomatique qu’après tout, cette impuissance résulte peut-être moins de l’impatience irrespectueuse de l’ethnographe que du mauvais état de sa propre dentition. Suggérant à son cousin Morley Cromwell d’engager une ultime tentative, il va permettre à Keith Basso de transformer son angoisse en (petite) extase :

« En réponse à la pique de Charles, Morley prononce le toponyme d’une voix tonitruante, en articulant chaque syllabe, avec une telle exubérance qu’il fait s’enfuir à tire d’aile un couple de merles terrorisés. Nous éclatons de rire tandis que les oiseaux disparaissent au loin, mais pour moi le vent a tourné. Instantanément, le nom et sa signification prennent corps de manière cohérente, et je parviens enfin à le prononcer correctement : Goshtl’ish Tù Bil Sikané, L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert. Soulagé et satisfait, je l’articule lentement, puis de plus en plus vite jusqu’à trouver le rythme auquel on l’emploie dans une conversation normale. Charles m’écoute et approuve d’un signe de tête. "C’est ça", dit-il en langue apache. "Voilà comment nos ancêtres l’ont créé il y a longtemps, tel qu’il est, pour nommer ce lieu." » (p. 34-35)

Basso saisit alors que les toponymes apaches fonctionnent non seulement comme des images ou des descriptions précises des lieux mais aussi comme des citations de la parole de ceux qui les ont nommés pour la première fois. Énoncer le toponyme, c’est réoccuper la position à la fois spatiale et temporelle des ancêtres rencontrant le paysage. Comme on le voit en examinant les photographies légendées qui figurent dans l’ouvrage de Basso, chaque toponyme est une description concise et fidèle d’un paysage. Cette description ne se fait pas de nulle part mais depuis un point de vue privilégié, rigoureusement exigé par le nom pour que celui-ci parle et fasse sens. Le nom assigne ainsi une place à l’humain – dans le territoire mais aussi dans le temps. Il permet de voir et de dire le paysage depuis le point spatio-temporel précis d’où les ancêtres l’ont vu et nommé. Le nom est également vecteur de connaissances sur l’écologie du lieu. Il constitue parfois la trace et le seul vestige d’une écologie passée : cela apparaît de manière frappante dans le cas des toponymes mobilisant la présence de l’eau, dans des lieux dont un grand nombre sont désormais asséchés [3].

Si le toponyme apache inscrit celui qui le prononce dans un lieu en le reliant aux générations passées, il est aussi un embrayeur de récits et de contes moraux. Chaque conte est situé dans un lieu ; l’énoncé de son nom suffit à planter le décor de l’histoire – ici celle d’un Apache se comportant un peu trop comme un Blanc :

« Cela s’est passé à Ndee Dah Naaziné (Hommes se tiennent au-dessus ici et là).
Il y a longtemps, un homme abattit une vache dans la réserve. La vache appartenait à un Blanc. L’homme fut arrêté à Hommes se tiennent au-dessus ici et là par un policier habitant Cibecue. Le policier était apache. Le policier emmena le coupable auprès de l’officier de l’armée en charge à Fort Apache. Là, à Fort Apache, l’officier l’interrogea. « Que voulez-vous ? » demanda-t-il. « J’ai besoin de cartouches et de nourriture », répondit le policier. Il ne fit pas mention de l’homme qui avait tué la vache du Blanc. Ce soir-là, certaines personnes parlèrent au policier. « Il vaut mieux le dénoncer », conseillèrent-ils. Le lendemain, le policier revint auprès de l’officier. « Que voulez-vous à présent ? », demanda-t-il. « Hier, j’ai oublié de vous dire bonjour et au revoir », répondit le policier. Une fois encore il ne fit pas mention de l’homme qu’il avait arrêté. Quelqu’un travaillait avec des mots sur son esprit. Le policier retourna avec l’homme à Cibecue. Il le relâcha à Hommes se tiennent au-dessus ici et là.
Cela s’est passé à Hommes se tiennent au-dessus ici et là. » (p. 80-81)

Chez les Apaches occidentaux, l’apprentissage des noms de lieux s’accompagne toujours d’un apprentissage des récits, de sorte que la simple évocation du toponyme suffit à rendre présente l’histoire qui s’y est jouée. Ce lien intime entre nom et histoire est la source d’une pratique très singulière, consistant à « parler avec les noms ». Dans des situations sociales délicates, où il serait inconvenant et potentiellement destructeur de mettre trop de mots sur les choses, les Apaches occidentaux utilisent un discours oblique, d’une condensation extrême, qui se borne à aligner des noms de lieux en les entrecoupant de silences conséquents. Les noms transportent les auditeurs dans les lieux, ceux-ci évoquent des histoires, qui elles-mêmes viennent en aide ou pansent les blessures. Via la médiation des toponymes, les personnes et les relations sont ainsi soignées par les lieux et leurs histoires.

Les histoires apaches guérissent mais peuvent aussi blesser, dans le but de corriger et de constituer une mémoire. Dans un contexte précis, une personne possédant une certaine autorité peut décocher comme une flèche l’un de ces récits situés. Ainsi cette grand-mère qui, au beau milieu d’une fête de famille, raconte l’histoire (citée précédemment) du policier apache pour rappeler à l’ordre sa petite-fille. Peu de temps auparavant, cette dernière avait assisté à un rite de passage coiffée de bigoudis en plastique rose (directement importés de son internat lointain). Au terme du récit de sa grand-mère, la jeune femme mortifiée se lève et s’en va. D’une conversation ultérieure (deux années après l’incident), il ressortira que cette jeune femme a d’emblée saisi qu’elle était la cible de l’histoire, qui la traque désormais à chaque fois qu’elle croise le lieu. En décochant sa flèche, la grand-mère a tiré un trait qui, par-delà sa propre vie, lie sa petite-fille au paysage de Cibecue et à l’enseignement qu’il renferme. Tirer de tels traits, c’est participer à ce tissage des vies et du paysage qui est instauration d’un territoire en même temps que d’une forme de vie [4]. C’est du même coup contribuer à la maintenance d’une humanité distribuée, écologique ou environnementale [5].

En contexte apache occidental, l’assertion selon laquelle « la sagesse réside dans les lieux [6] » peut donc s’entendre littéralement. Instaurés comme foyers des histoires, les lieux sont la sagesse qu’ils recueillent et incarnent, et ils sont aussi la mémoire [7]. C’est la raison pour laquelle arracher un tel peuple à son paysage équivaut à lui arracher la mémoire et les sources de sa sagesse [8]. A contrario, la sagesse se cultive d’abord en apprenant les lieux, les noms et les histoires puis en leur offrant le pouvoir de travailler de plus en plus profondément les vies humaines. Dans des situations de crise, les personnes sages parcourent en pensée une multitude de lieux, se glissant dans les pas des protagonistes de leurs histoires afin d’en évaluer la pertinence par rapport à leur situation actuelle :

« Les hommes et les femmes doués de sagesse sont capables de passer en revue des dizaines de récits édifiants très rapidement. Si un tel effort de concentration n’est pas nécessaire dans des circonstances ordinaires, ils se prêtent instantanément à l’exercice lorsqu’une crise menace d’éclater. Sereins, parfaitement concentrés, ils s’abreuvent alors des lieux (lorsque l’urgence l’exige, on dit qu’ils les "engloutissent") et bientôt, souvent au bout de quelques minutes à peine, ils ont pu voir mentalement la conduite à adopter. La sagesse a fini par tendre la main. » (p. 170-171)

*

Pour conclure, revenons une dernière fois à la question, soulevée par Nick Thompson, du mode d’existence de la carte apache – qui n’a pas besoin de se matérialiser dans du papier. On a dit et répété (après Korzybski) que la carte n’était pas le territoire. On a aussi beaucoup entendu (du côté de la cartographie radicale) que la carte, toujours-déjà politique, construisait le territoire. Dans le sillage de Basso et de ses informateurs, nous avons ici suivi une voie moyenne, en proposant de penser la carte comme instauration conjointe d’un territoire et d’une forme de vie [9]. En terres de vie apache, le mode d’existence de la carte n’est rien d’autre que le mouvement par lequel les fils des vies humaines en quête d’accomplissement sont perpétuellement tramés, c’est-à-dire à la fois traversés et travaillés, par les lieux – eux-mêmes cristallisés dans la série de noms qui les figurent et les instaurent. En un mot, on dira que la carte apache est tissage [10]. Images du paysage, vecteurs de récits et de connaissances, sources de sagesse, les toponymes apaches sont les opérateurs du tissage sans cesse repris des lieux et de l’humanité qui s’y distribue :

« À mesure que ces hommes et ces femmes s’abreuvent aux sources des lieux qu’ils habitent – à mesure qu’ils acquièrent une connaissance de leur environnement naturel, qu’ils la gravent dans leur mémoire et l’appliquent de manière productive à leurs mécanismes mentaux, ils démontrent à travers leurs actions que leur environnement vit en eux. […] Lorsqu’il est question d’individus tels que Dudley Patterson – et avec lui Sam Endfiel, Charles Cromwell et le robuste Talbert Paxton, le soi et le lieu sont indémêlables. Ayant connu un rapide développement conjoint, chacun est une expression positive de l’autre, telles les deux faces de la même pièce rare, et leur capacité à "relier et solidement attacher" n’est rien de moins que considérable. » (p. 177)

Julien Pieron

[1Keith Basso, L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert. Paysage et langage chez les Apaches occidentaux, Zones Sensibles, 2016. – En vertu peut-être de ce sens de l’humour du monde qu’invoque Donna Haraway, la version française de Keith H. Basso, Wisdom Sits in Places. Landscape and Language among the Western Apache (University of New Mexico Press, Albuquerque, 1996) est truffée de coquilles à un degré si embarrassant que l’éditeur avait jugé bon de s’en excuser sur son site web, à l’époque où celui-ci était encore accessible.

[2Max Liboiron, Polluer c’est coloniser, Éditions Amsterdam, 2024, p. 217-226.

[3L’eau constitue une figure centrale dans la pensée apache occidentale ; elle est aussi un enjeu politique majeur. À titre d’exemple de l’intérêt non exclusivement théorique de ses recherches, Basso mentionne les rapports rédigés pour « préparer le terrain » au témoignage des populations natives « dans le cadre d’un contentieux sur le règlement des droits relatifs à l’utilisation de l’eau par les Apaches occidentaux dans l’État d’Arizona » (p. 96-97).

[4Pour un aperçu du concept d’instauration et de ses enjeux, voir le feuilleton « Des pratiques culturelles aux modes d’instauration » publié sur le blog du KHK-CURE : https://cure.uni-saarland.de/en/media-library/blog/des-pratiques-culturelles-aux-modes-dinstauration/

[5J’esquisse cette idée d’humanité distribuée dans « Réparations palestiniennes », LundiMatin#510, 24 février 2026 : https://lundi.am/Reparations-palestiniennes

[6« Wisdom Sits in Places », titre original de L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert.

[7Dans sa préface à L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert (p. 5-12), Carlo Severi établit un pont entre la pragmatique des toponymes apaches occidentaux et la tradition européenne des arts de la mémoire. Élara Bertho reprend également le motif de l’ars memoriae pour introduire aux enjeux géocritiques et politiques du travail de Basso : « Noms de pays apaches : un univers dans un toponyme. À propos de Keith Basso, L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert », Cahiers de littérature orale [En ligne], 81 | 2017 : http://journals.openedition.org/clo/3239.

[8Ce point est souligné et accentué par David Abram dans Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens, La Découverte/Poche, 2021.

[9Convoquant N. Scott Momaday, Basso utilise aussi le lexique de l’appropriation réciproque (p. 91) : « Les rapports moraux qu’entretiennent les Amérindiens avec le monde physique relèvent d’une question d’appropriation réciproque ; des appropriations au gré desquelles l’homme s’investit dans le paysage tout en incorporant celui-ci dans son expérience la plus fondamentale. » – Sarah Vanuxem (La Propriété de la terre, Wildproject, 2018) comme Vinciane Despret (Habiter en oiseau, Actes sud, 2019) ont insisté sur la possibilité et l’intérêt d’entendre l’approprier comme le fait de « se rendre propre à … » plutôt que comme le seul accaparement.

[10On trouve chez Tim Ingold (Marcher avec les dragons, Points/Essais, 2018 et Une brève histoire des lignes, Points/Essais, 2024) une étude anthropologique et philosophique de la figure du tissage et de ses enjeux.

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