La propagande par le sport

Le culte sportif (consensuel et toujours contrôlable) en place de la plus haute culture critique (générant obligatoirement l’antagonisme et le conflit), voilà l’objectif du Sport Spectacle.

paru dans lundimatin#66, le 22 juin 2016

Un lecteur de lundimatin nous a fait parvenir ces curieuses méditations, qu’on aimerait avoir en commentaire audio en regardant les matchs de l’Euro 2016.

La superstition du Sport Spectacle et ses idolâtres

Superstition est un terme utilisé par « la vraie religion » pour désigner les fausses croyances, fétichismes variés, idolâtries foisonnantes et autres animismes, etc., en gros « l’irrationalité ». Mais si « super-stition » signifie, étymologiquement, se placer au-dessus ou en dehors du monde ou de la réalité, alors la superstition suppose la croyance en un au-delà « spirituel » quelconque - comme le fétiche, sexuel ou politique, qui permet de survivre, etc. Dans ces conditions "superstition" désigne bien « l’être sportif », l’être de celui qui est en dehors de lui-même (littéralement : aliéné), mais englué par la réalité si prégnante et devenue magique, et qui se croit autonome à la manière du Baron de Münchhausen. Fausse croyance, sans doute, fausse conscience certainement (l’autonomie étant une illusion), la superstition du Sport mobilise cet existential d’agenouillement qu’est la croyance et ses dérivés : espérance, optimisme, enthousiasme, joie.
Impossible de vivre sans croire. Mais à croire à quoi ?

Le Sport est un simulacre.

Le Sport Spectacle est une simulation et une stimulation, une canalisation et un égarement, une voie autorisée, plus encore recommandée, pour les égarés, ceux qu’on a mené dans l’impasse.

Aussi pour analyser le Sport faudrait-il commencer par étudier le roman des égarés.

Quelle désespérance génère le Spectacle Sportif ? Car le sport n’est ni un jeu, ni une fête (il simule tout cela), ni, surtout pas, un carnaval, avec son inversion ponctuelle des rôles. Le sport est une mascarade : le défilé grimaçant des rôles (re)commandés, attendus, reconnus.

Le Sport fait partie des grandes manipulations étatiques (afin de maintenir les choses en l’état) et des plus banales : le diviser pour régner. Il s’agit d’une forme « post-moderne » de nationalisme ; un quasi-nationalisme, si l’on entend bien par « nationalisme » une construction étatique érigée avec le matériau « peuple »[1]. Le nationalisme est populaire, le sport est populaire. Il s’agit d’un Sport monté en Spectacle, évidemment, comme les grandes messes nationalistes avec leurs défilés paramilitaires, la concentration des masses géométrisées, les chants totémiques, etc.

Reste à comprendre comment on peut « faire peuple » ou « faire masse », reconfigurer, gérer à l’imaginaire, manipuler au mytho-Nomique (la mythologie du sport), contrôler par du spectacle (du décorum et des rituels), mobiliser par des slogans ou des hurlements, etc.

Et, par exemple, pour faire « post-moderne »[2], agencer la plus grande boîte de nuit universalisée, le plus gigantesque tripot.

Cette manipulation des hommes comme un matériau, exige une grande industrie, une immense troupe structurée en corps collaborateur, l’industrie du Spectacle (cadres et techniciens, journaleux et « créatifs » pubards, promoteurs et producteurs, vedettes et seconds rôles, etc.). Cette industrie n’est-elle pas aussi honteuse que l’industrie de l’armement ? Et aussi rentable ? Ce sont, du reste, les mêmes oligarques d’état qui dirigent les deux.

Pourquoi le Sport Spectacle s’agence-t-il de manière économique ?
Parce que le sport est d’abord une question économique. Ce qui veut dire une question politique.

Le sport de compétition (souvent professionnalisé ou étatisé) est un élément fondamental de l’ordre économique (du capitalisme). Il est nécessaire de l’envisager comme miroir, métaphore et pièce fonctionnelle de cette économie (du) capitalisme.

Historiquement dérivé des formations militaires, il prend au 20e siècle une position centrale, tant dans les régimes dits démocratiques que dans les régimes (dits) totalitaires – qui ne sont que des capitalismes autoritaires « extrêmes », pressés et militarisés, là où apparaît le plus simplement possible l’usage machiavélique du « nationalisme ».

A — Indiquons, pour commencer, quelques éléments de l’analyse critique.

 

— Le Sport comme miroir et métaphore ; Sport et corruption.

Les trois éléments fondamentaux de l’économie : pillage (colonisation), corruption (dévalorisation de toutes les valeurs en valeur comptable) et sexe (mise en vente des marchandises vivantes « à sex-appeal », prostitution généralisée), sont concentrés dans le Sport et exhibés comme modèles. Du Sport Spectacle. Le Spectateur sportif. Du « sportif » métaphore du « petit travailleur discipliné » [bien entraîné] et du Sport métaphore de l’entreprise (« qui gagne… car est la meilleure… »). Le Sport comme vitrine tayloriste.
Le « sportif » monté comme « homme-sandwich »
Le déploiement fasciste du Sport. Le Sport nationaliste (et chauvin). La propagande sportive.
Quand les États-Unis « récupèrent » les « meilleures méthodes » des (ex) Pays de l’Est. Les humains chimiquement modifiés.

 

— Le Sport comme métaphore industrielle (et industrialiste).

Où se cache le Travailleur-Soldat ? Le capitalisme nouveau contient, sans dépassement, le capitalisme disciplinaire et « l’universalise ». Il étend la discipline à la totalité de la vie (affective, psychique, intellectuelle, imaginaire — le passage du type ancien au type nouveau correspond à « la colonisation de l’imaginaire », au totalitarisme économique). Travailleur-Soldat et Touriste-Consommateur sont deux figures emboîtées unifiées par le Sport Spectacle.

— Corruption, dopage, le laboratoire des HCM : du Sport comme champ « d’expérimentation socio-psychologique » post-fasciste. Au miroir des Hooligans.

Le business mafieux des J.O.(et autres concentrations) et la « grande fête du Sport ». Hoodlums « sportifs ».

— Sport, Médias et Propagande.

Entertainment, entraîneurs et entraîneuses. La grande discussion sur la taille des jupes des tenniswomen.

 

Commençons par deux citations de Freud :

« On sait que l’éducation moderne fait grand usage des sports pour détourner la jeunesse de l’activité sexuelle : il serait plus juste de dire qu’elle remplace la jouissance spécifiquement sexuelle par celle que provoque le mouvement, et qu’elle fait régresser l’activité sexuelle à une seule de ses composantes auto-érotiques. »

« Ce qui subsiste de créativité individuelle en dehors du processus technique du travail se limite aux hobbies, aux bricolages de toutes sortes, aux jeux. Il y a, bien entendu, l’authentique création politique, artistique, littéraire, musicale, philosophique, scientifique, mais il n’est guère probable qu’elle soit acceptée comme l’apanage de tous, dans ce que l’on nomme « la meilleure des sociétés ». Il reste alors le sport, les amusements et les marottes. »

Freud lance l’idée du Sport comme « nouvel opium du peuple ».
 
De nos jours, tout est mis sur « un même plan » : le beaujolais nouveau et la recherche scientifique, le sport et l’art. Pensons au thème publicitaire du « socialisme » municipal à Lyon : OL et ONL, Olympique Lyonnais et Orchestre National de Lyon.
Cet aplatissement est le signe distinctif du populisme protofasciste.
Et le « même plan » n’est autre que celui de la mise en équivalence monétaire et de l’imposition de la valeur monétaire, et donc du comptable, du calculable, de l’abstrait, comme seule valeur, et donc comme « valeur morale ».
S’opère alors la éduction de l’éthique à l’économique qui peut servir de définition au « capitalisme éthique » (« cultural capitalism »). La finalité du management post-moderne est d’inculquer mentalement (de substituer à toute forme d’éducation) que l’unique valeur est comptable et ainsi de massifier (uniformiser en termes numériques).
Le Sport tient une place essentielle dans ce projet anti-démocratique.

La résolution de la grande question de la mesure de la productivité des services (surtout quaternaires) passe par l’imposition de normes a priori. Ces normes sont essentiellement des contraintes de temps mais se présentent et se mobilisent comme des règles « morales » (néo-religieuses), par exemple de participation ou d’adhésion à un esprit de corps. Ainsi « l’individualisme froid » est-il tourné en « collectivisme chaud », c’est-à-dire en « peuple » composé religieusement. D’où l’importance des « corps » et de leur production. Le Spectacle Sportif est l’exhibition des « corps » disciplinés, entraînés et la démonstration du rôle central de « l’esprit de corps » et de la puissance de la discipline organisationnelle.

Le Sport est donc profondément « réactionnaire », puisqu’il « conserve » dans le capitalisme nouveau les impératifs du capitalisme plus ancien (emboîtement dont nous avons parlé). Mais il est également « moderne » puisqu’il est une pièce essentielle du Spectacle, le grand montage de la propagande, par l’exemple sportif démultiplié, pour la « morale de l’entreprise », idéologie de « la concurrence juste », corporatisme des « fédérations » présenté comme « humanisme », « culture de la virilité », manipulation du fétichisme et infantilisation, taylorisme intégral, compétition, efficacité, rendement, étalon de l’entraînement, sport comme travail « bien fait », sportif de base dans la position de l’OS tayloriste soumis à l’OST

Propagande de type nouveau pour un comportement de type ancien, puisque le Sport « conserve » la figure du Travailleur-Soldat, juste décalée dans le domaine du « jeu »… qui n’est plus du tout ludique !

Le management post-moderne a trouvé aujourd’hui son terrain d’élection et de déploiement idéologique dans l’apologie cynique du sport comme opium de masse. Reprise technologisée du modèle fasciste ou soviétique d’enrégimentement bio-politique et présentée ironiquement comme le top de la « modernité ». Récupération d’un modèle disciplinaire qui est typique du néo-machiavélisme du management politisé et idéologisé en martelant que nous sommes à « la fin » de la politique et de l’idéologie !.

Le Sport doit être relié à la propagande pour « l’esprit d’entreprise » et s’analyse donc comme le cœur du management des loisirs (« domaine des loisirs » qui est lui-même une éducation de masse au management).

Effectuons alors une excursion dans « l’esprit d’entreprise » pour découvrir son homologie au Sport vu comme idéologie et le réseau des renvois en miroir entre « entreprise » (une équipe qui gagne) et « esprit d’équipe ».

« L’esprit d’entreprise » est un ersatz de religiosité : fidélité, dévouement, désir de faire corps, etc. Il légitime l’exigence autoritaire de créer du « collectif artificiel » dans un monde supposé individualiste. L’artificialité du design politique de l’entreprise est déplacée et cachée par le renvoi à une supposée « naturalité » (« nécessité ») des « bandes » dont le Sport d’équipe donne le modèle, présenté comme « humaniste ».

L’entreprise étant une entité non-démocratique voire anti-démocratique (justement pour fabriquer du collectif), la soumission des loisirs à « l’esprit d’entreprise » pose un problème politique ; c’est là qu’intervient l’idéologie du Sport, « de la force par la joie », ou de la discipline joyeuse et humanisante. D’où cet ensemble de renvois illimités en miroir de l’entreprise (des équipes qui gagnent) au sport (des meilleurs concurrents).

L’entreprise est un lieu politique et un pôle de la domination. Le management est un mode d’exercice de cette domination ; il renvoie toujours à la « pensée politique » du « comment contrôler ». Le taylorisme est la forme classique du management en ce qu’il manifeste directement la volonté autoritaire de discipline, de surveillance et d’embrigadement (de séduction). On voit alors simplement l’homologie au Sport. Mais le « miroir du Sport » est censé « légitimer » l’autorité, l’obéissance, l’entraînement.

Plus encore le Sport est une école de la quantification (on y apprend « sur le tas » la comptabilité). Le manager (l’administrateur, le président, etc.) est celui qui utilise cette capacité (socialement et politiquement instituée) de transformer le non-quantifiable en élément comptable (en se désintéressant des « rebuts ») ; ou qui est capable de ramener les grandes aventures affectives à du consommable périssable, qui fait donc fonction de censeur new-look (se présentant comme « anti-censeur » !) au nom du « populaire », du « goût populaire ».

Le Sport a bel et bien cette fonction de neutraliser tout ce qui, dans le domaine culturel ou politique pouvait encore ressembler à de la création : « respecter les règles », « être fair-play », voilà le cri de la propagande politique sportive.

Les clubs de foot dans les filets du sport business.

Toujours plus ; telle est la logique dévastatrice qui mine le football. Rien ne semble pouvoir arrêter cette course au profit qui se solde, à la sortie, par des pertes, en particulier humaines.

D’où vient l’argent du football ? De la télévision, bien sûr !
Le modèle qui fait rêver certains, c’est le football anglais, géré « comme une entreprise », pour reprendre l’expression chère à Jean-Michel Aulas, le PDG de l’OL (Olympique Lyonnais), partisan de l’entrée des clubs français en bourse. Mais quel est le bilan du foot business ? Tous, ou presque, les clubs européens côtés ont vu leur valeur boursière dégringoler… En France, nul ne peut s’aligner sur ces pratiques, mais tous s’en inspirent. À preuve, la défiscalisation d’une partie des salaires des joueurs, récemment votée par l’Assemblée Nationale. Désormais, les footballeurs les plus célèbres bénéficieront d’un « droit d’image ». Résultat : 30% de leurs revenus ne seront plus versés comme salaire, mais sous forme de redevance, ce qui permettra aux clubs et aux joueurs concernés de ne pas verser de contributions sociales.

Le culte sportif (consensuel et toujours contrôlable) en place de la plus haute culture critique (générant obligatoirement l’antagonisme et le conflit), voilà l’objectif du Sport Spectacle.

— Le problème des liens entre Sport et Management.

Analyser les liens qui unissent (1) la « marchandisation du temps libre » (« industrialisation des loisirs » ; « professionnalisation du sport », « appropriation privée des espaces communautaires publics », etc.) et (2) le renouvellement post-moderne du management.

Analyser le rôle du Sport dans la nouvelle idéologie managériale.
Analyser la commercialisation complète de la culture et sa constitution monétaire hétéronomique comme double enjeu : (a) comme modalité particulière de « résolution » de la crise économique, (b) comme rétorsion aux projets de « libération » de l’emprise économique. Encore une fois, montrer que le Sport (à partir de son institution fasciste) tient une place centrale dans le dispositif de « remise en ordre » du circuit monétaire.
En quoi le contrôle totalisant de la consommation (et la définition, réduction, de l’homme comme consommateur) est-il l’aboutissement de la constitution d’un système monétaire achevé ? Comparer ce contrôle du « Spectacle intégré » à celui, expérimental, du « Spectacle concentré » des totalitarismes expérimentaux, tentant de « guider » l’activité humaine, en la con-formant par in-formation.

Comparer le rôle des J.O. de Berlin (1936) et celui des J.O. d’Atlanta, par exemple.
Analyser l’extension des loisirs soumis à la logique économique (et à celle de la corruption sportive) comme une « fuite en avant », comme la « nécessité » pour le management de s’étendre à la totalité de la vie.

Insister sur deux exemples importants :
L’indistinction « public » / « privé » ; tout ce qui est « privé », ce que nous appelons d’ordinaire la « vie quotidienne », est aujourd’hui soumis au contrôle public ou offert en spectacle, télé-poubelle et reality shows. Le Spectacle sportif résulte de la convergence des fêtes commerciales permanentes et démultipliées et du sécuritaire le plus obsessionnel.

B — Puis formulons quelques développements nécessaires pour répondre aux questions qui se posent quant au Sport.

Plaçons l’analyse critique du sport dans l’espace plus général de « l’économie politique du temps libre ».
L’autolimitation de l’État (par l’État) est un acte politique de l’État ; cette autolimitation cache le redéploiement idéologique et le passage à un « capitalisme intégral » dont la fonction « culturelle » (c’est à dire d’intégration religieuse ou de propagande) est « gérée » par l’État.

Le « post-moderne » peut être considéré comme la récupération et la technologicisation de toutes les « innovations » fascistes. Le « post-moderne » est l’état du capitalisme hyperindustriel et hypertechnologique : l’industrialisation du contrôle psychique. La fabrication industrielle des « consommateurs ». L’ère de la propagande « scientifique ».
Le contexte de « la guerre froide » et la course à la récupération des projets révolutionnaires.
Le concept de Tittytainment (Entertainment, Infotainment, Divertissement) ou la « massification » du divertissement. Massification, vulgarisation, abrutissement. 

Le contrôle total par la « libération » totale : tel est le noyau du « post-modernisme ».

Le contrôle TOTAL (intégral, psychique, religieux) des masses ; le paradoxe « du contrôle par la libération » est résolu dès que l’on comprend que ce contrôle total repose sur une définition unilatérale de la « liberté », dans les termes dirigés de « la liberté du commerce ».

L’objet du contrôle est la production du « consommateur » (en place du « citoyen »).
« L’économie du temps libre » est une pièce essentielle de cette production ; appareil idéologique et biopouvoir. Le seul « homme libre » est le « consommateur riche », instauré comme modèle absolu.
De la corruption de la « liberté politique » en « puissance économique ». Du citoyen au consommateur ; du civisme à la relation économique ; citoyen (étudiant), usager, client, touriste. De la névrose à la psychose.
 
Consommation, clientélisme, fidélisation, tourisme, sport, spectacle (entertainment ou infotainment, la nouvelle propagande) sont des éléments politiques de maintenance du circuit.
 L’économie du temps libre doit être envisagée comme une zone de « gentrification » dans un monde qui redécouvre l’esclavage, la servitude et les diverses formes de « travail désaffilié » aussi bien que l’évanouissement du droit définissant le « travail socialisant ». Le loisir mercantilisé et publicitaire possède toujours une face grimaçante, celle des soutiers et des prostituées. Il représente un « état technologique avancé » de la manipulation directe de la jouissance (bien avant le désir et a fortiori le besoin : le loisir [se faire plaisir] est un impératif surmoïque télé-commandé cf. Videodrome de David Cronenberg[[3]])

Le tourisme de masse est un élément symptomatique du nouvel âge du capitalisme. Capitalisme achevé (effectif) prenant le contrôle de la pensée, générant l’administration totale spectaculaire par des moyens post-fascistes, essentiellement la propagande massive dont participe « l’économie des loisirs », l’ancien encadrement idéologique.

Il est impossible d’analyser le tourisme sans analyser le système économique dans son ensemble. Si le premier capitalisme était « purement économique » (et marchand), si le second était « industriel et technologique » et exigeait un ordre national-étatique en état de marche militaire, et donc constituait une « société capitaliste » ou une « société de nations capitalistes », le nouveau, hyperindustriel, arrivant au contrôle de la pensée, devient essentiellement idéologique (symbolique, immatériel ou post-industriel) et se constitue en civilisation à base religieuse, avec une Église munie des moyens technologiques de la télé-diffusion.

Si ce que nous examinons dans cette section (temps libre, loisirs, culture, tourisme, sport) se résume sous le titre de TITTYTAINMENT, alors cette industrie est l’activité paradigmatique du capitalisme nouveau.

Le Ministère de la Joie est le plus immense appareil religieux de tous les temps ; son équipement techno-scientifique (à base de psychologie sociale manipulatrice ou de « communication scientifique »), hérité des expériences fascistes, lui permet d’annihiler toute forme d’éducation démocratique. Le scandale permanent que représente « la Télévision » (comme Appareil idéologique de masse) ne sera jamais suffisamment dénoncé.

Capitalismes de types anciens ou nouveaux ne constituent pas des « stades » historiques mais des emboîtements. Les divers types coexistent ; même si se dessine une tendance « contre-révolutionnaire » impliquant toujours plus de surveillance, plus de technologies du contrôle (depuis les expériences fascistes), jusqu’à l’objectif de l’auto-surveillance et du consensus religieux (de la croyance partagée et indiscutable). Fabriquer du consensus, tel est l’objectif de la 1re industrie du capitalisme nouveau (le Tittytainment, l’immense appareil de propagande).

Chaque type maintient le précédent en lui apportant des aménagements ; par exemple et très grossièrement, le type nouveau “post-industriel” renvoie le type “industriel” en périphérie et fracture radicalement l’espace en zones séparées.

Le « temps libre » cache un enjeu décisif qu’il convient de dévoiler.
Quel est l’enjeu décisif recelé par la question de « l’économie du temps libre » ?
Rien d’autre, et rien de moins, que celui de la « démocratie ».
Et, exactement, de « la démocratie à venir », ou de son anti-thèse réalisée « le despotisme économique » (avec ses manipulations sportives).

Ce qui permettra de répondre à la grande question, celle de l’attribution des spectacles sportifs par des fédérations internationales gangrénées par la corruption : il n’y a aucun étonnement à avoir, sur ce sujet de l’attribution des JO (ou de toute autre épreuve mondiale) à la Chine ou à la Russie ou à quelque autocratie esclavagiste.

Suivons l’exemple de la Chine et des JO (2008)

La Chine étant un grand nouvel arrivant dans le club des capitalismes, il est nécessaire de le fêter avec ferveur ! À l’envers l’engagement entier de la Chine dans le barnum des JO (corruption incluse) est un signe clair et rassurant de choix pour le capitalisme. En sus, l’existence d’un tel nouveau capitalisme autoritaire, dénué des droits démocratiques, ne peut avoir qu’un effet bénéfique (en termes de discipline, de menace, de peur) pour tous les autres.

 

Concluons par un « choix » :
SOIT :

Le projet démocratique des Lumières et son centre : la plus haute culture pour se hausser « à l’humain », à hauteur de la compréhension du monde.
L’activité esthéthique pour embellir le monde (pour que « l’homme construise l’histoire »).
La culture de l’autonomie politique, puisque la seule « activité humaine » est l’activité politique de la création permanente et artistique de mondes démultipliés. L’homme est le seul créateur de mondes.
La politique est l’affaire de chacun et ne peut être professionnalisée ou séparée. Le temps libre consacré à la politique devient l’essentiel de la vie (contre la « valeur (du) travail ») et ne peut supporter aucune contrainte économique, ni directe, par l’obligation au travail, ni réciproque, par le divertissement mercantilisé.

SOIT :

L’obscurantisme populiste et son centre : l’anti-autonomisme post-fasciste, technicien ou sportif, technocrate, expertocrate, spécialiste professionnel, etc.
Le divertissement programmé comme marchandise périssable.
Le « laisser-aller » du flâneur hédoniste, touriste, qui laisse se déployer l’hétéronomie radicale, allant de l’autoritarisme au despotisme, puis au nouveau despotisme religieux.
La possibilité de « l’activité libre » est instantanément corrompue par le commerce (du et comme) divertissement ; la politique, devenant oligarchique, se transforme en branche industrielle, professionnalisée, et jumelée à l’industrie du spectacle. La démocratie est corrompue en oligarchie dès que l’usage du « temps libéré » est de nouveau soumis à la contrainte économique, par l’autre côté du moulinet du circuit, par la consommation, par la réduction du « libre » en consommation.

Le divertissement consommable, vendable, prédigéré, ready-made, la foire généralisée, correspond à un renforcement extrême de la division du travail, où le loisir apparaît comme un travail de professionnel et le travail des « services de loisirs » apparaît, lui, réciproquement, comme une involution vers un néo-servage.

 
Terminons par une méditation autour de JJ Rousseau et de son affirmation de la nécessité « d’une religion civile » pour déployer une « république populaire ».

Qu’est-ce que « la religion civile » d’une « république mercantile » ?

Le capitalisme, ayant compris la leçon de Rousseau, a cherché à se donner un fondement religieux stabilisé (une idéologie, un dogme, un catéchisme, une église, une école, etc., tout cela pour fabriquer « un-peuple ») et finalement l’a trouvé dans la consommation (après avoir essayé le travail, dans les capitalismes de types plus anciens). D’où cette religion populiste du divertissement sportif dans l’église consumériste. Avec les vedettes « sportives » du Spectacle néo-ecclésial.

 

Références :

Revue Quel Sport ? de critique du sport.

N° 12/13, mai 2010, Football, une aliénation planétaire.

N° 25/26, juin 2014, Football, la colonisation du monde.

[1] Sur ce sujet du nationalisme, renvoyons à l’ouvrage indispensable de Benedict Anderson, Imagined Communities, Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Verso, 1983, new edition 2006.

[2] Attraper directement sous la ceinture !

[3] L’étude des films de David Cronenberg est hautement recommandée, comme illustration. Il serait intéressant d’étudier les thèses du Pr. Brian O’Blivion (in Videodrome) : “The battle for the mind will be fought in the video arena, the videodrome. The television screen is the retina of the mind’s eye. Therefore, the television screen is part of the physical structure of the brain. Therefore, whatever appears on the television screen emerges as new experience for those that watch it. Therefore, television is reality, and reality is less than television.”

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