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Le premier épisode de notre grand feuilleton feuilleton estival

Vulture - paru dans lundimatin#68, le 22 juillet 2016

1er septembre 2016.

Après un été chaud et convulsif, les troupes de la social-démocratie finissante se mettent en ordre de marche pour la rentrée des classes. Les syndicats combatifs, eux, préparent la rentrée de la lutte des classes, et appellent à une manifestation monstre le 2 septembre. Les lycées vibrent encore de la colère du printemps dernier. On s’agite plus que jamais dans les ministères. Les rayons jardinage des magasins de bricolages sont déjà vides de masques à gaz. L’année 2017 sera une guerre, et l’on voit déjà venir la première bataille.

Mais les jeunes contestataires ne sont pas les seules à préparer leur offensive ...

LE PERE

—  Sophie ? Je suis rentré.

Pierre claque la porte. Il ôte ses chaussures et regarde sa fille descendre l’escalier intérieur du loft.

Comme tu as l’air gai ma fille. C’est dans ces moments-là que tu ressembles le plus à ta mère. Et qu’à tout coup mon plaisir de te voir se teinte d’amertume, aussitôt suivie de la culpabilité de ne pas profiter pleinement de ta présence parce que ma femme m’a quitté, sur quoi arrivent la colère, la tristesse et la tristesse d’être triste, etc. La Caravane du Tour des états d’âmes répertoriés par les magazines, le train-train de la misère affective post-moderne aggravée par la pseudo-science psychologique. Le genre de réflexions que je dois garder pour moi, dans mon moi de post-gauchiste passé au service de la réforme raisonnable.

—  Tu as passé une bonne journée ?

—  Ca va, papa. C’est surtout demain qui va être bien !

Demain. J’avais presque oublié. Elle veut aller à la manif… Heureusement qu’elle est dans un lycée sérieux, le proviseur ne les laissera pas bloquer. Je crois que c’est le moment de sévir.

—  Tu vas me faire le plaisir d’aller au bahut, oui, c’est tout de même la rentrée. Hors de question que tu mettes un pied dans la rue. Tu sais que je suis dans l’opposition, à la CFDT, j’étais contre la loi-travail, même dans sa version amendée sur la demande de ma centrale. J’ai même défilé dans les premières manifs, mais là, on entre dans une zone de turbulences où il peut se passer n’importe quoi. Ca devient trop dangereux. On n’a même pas pu travailler avant 14h aujourd’hui, des sauvages ont balancé de l’huile de vidange sur la façade ce matin.

Sophie sourit devant l’expression sombre de son père.

—  Encore ? Eh bah dis donc, il y en a qui ne désarment pas. Pourtant la police passe chez vous toutes les heures pour « sécuriser », non ?

—  Ils sont malades. On se croirait en 1934. Que ce soit les fascistes ou l’ultra-gauche antidémocratique, en tout cas les ligues extrémistes font la loi dans la rue. Plus personne ne fait rien pour améliorer le vivre-ensemble, alors les bas instincts se relâchent. C’est la 14e attaque contre la CFDT. Dont trois incendies volontaires.

Sophie ne sourit plus.

—  Papa, t’es pas en réunion. Tu causes à ta fille, là… Je suis sûre qu’à la manif demain tout le monde parlera de ça en rigolant.

Ma grande, comme elle est sérieuse, tout à coup. Si je ne me retenais pas, je la prendrais dans mes bras et on causerait d’autre chose, on préparerait le dîner ensemble. Il faut quand même que je lui dise ce que je pense…

—  Pour moi ce sont des comportements fascistes ! Brûler des locaux, vandaliser, intimider, terroriser, casser … C’est ça le fascisme. La démocratie existe pour nous permettre de dialoguer, de mettre au clair nos désaccords ; au lieu de ça tes petits copains irresponsables s’amusent de la voir reculer.

Est-ce vraiment ce que je pense ? Bah, ce qui compte, c’est la conclusion :

—  Tu n’iras nulle part ailleurs qu’en cours, demain.

Elle le défie du regard avec cette drôle de moue butée que Pierre connait trop bien. Pour l’avoir vue bien avant sa naissance, sur le visage de sa mère.

—  On verra.

Elle lui tourne le dos, et remonte l’escalier vers sa chambre. En surplomb de mon appartement et de mon existence.

Pierre se sert un whisky en songeant à sa vie de famille en même temps qu’à la situation politique et sociale. Verre en main, il contemple l’ampleur du désastre.

LE HAUT FONCTIONNAIRE

La réunion avait été longue. La manifestation du lendemain s’annonçait très tendue, et la coordination du dispositif policier avait pris un temps fou. Selon l’appel syndical, il s’agissait encore de protester contre la Loi Travail mais, honnêtement, il devenait difficile de faire la liste des raisons et des revendications qui poussaient les gens dans la rue, un 2 septembre. A la fin, comme toujours, le préfet de police avait promis à la presse un dispositif inédit, mobile et massif. Mais, comme toujours, il tirait la gueule en réunion et avouait en off ne plus vraiment savoir quoi faire pour calmer le mouvement.

— Trop lâche pour démissionner, marmonna Damien.

Et trop faible pour prendre les mesures qui s’imposent.

L’autre jour, au marché des Bagatelles, assez chic pour que Bérénice le fréquente de temps à autre et où il était allé en sa compagnie (« chéri, pour une fois, si on vivait comme un couple normal ? »), Damien avait entendu le marchand de tomates cerises à 20 euros le kilo s’énerver contre les casseurs.

— Tous en camps ! Et pas à rien foutre, comme les étrangers, les soi-disant réfugiés qui ont préféré venir profiter de nos prestations sociales plutôt que de se battre chez eux ! Je leur ferai casser les cailloux, moi ! Et pas avec le RSA. A coups de triques, je les réinsérerai, moi, les casseurs. Sinon, à quoi ça sert de les choper ? Et les fichés « S », pareil ! Sinon, à quoi ça sert de les ficher, hein, si c’est pour les laisser traîner dans la nature ?

—  C’est un peu facho comme discours, mais il faut reconnaître qu’il pose les vraies questions, non ? lui avait dit Bérénice avec cet air de dinde BCBG effrayée de sa propre audace, qui dissimulait en réalité – il avait payé pour le savoir – un naturel d’oiseau de proie.

Damien ajusta sa cravate du Faubourg Saint Honoré et soupira en descendant de sa voiture de fonction, pas une C6 V6 HDI Exclusive avec toit ouvrant électrique et « pack lounge » comme son patron, mais tout de même une BMW 740Le xDrive. Lors d’une de ces soirées sniffette-escorts qu’ils s’accordaient deux ou trois fois par an, Charles-Henri et Kamel, ses complices habituels, deux collègues de la promotion Voltaire qui pantouflaient dans le privé pour un revenu quatre fois supérieur au sien, l’avaient charrié en lui demandant s’il n’en avait pas marre de servir l’Etat, et s’il allait se décider enfin à se servir, lui. Il avait voulu plastronner en évoquant les performances de la voiture mise à sa disposition, les projecteurs laser de plus de 600 m de portée pour les feux de route, la commande gestuelle et la nouvelle tablette amovible intégrée dans l’accoudoir central mais Kamel répliqua en vantant le système Actiflow TM de sa Ferrari 599X, inventé par Niki Lauda, et les 3, 1 secondes qu’il lui fallait pour passer de 0 à 100 km heures, tandis que Charles Henri vantait le confort de sa Porsche 911 Targa 4S. Sur quoi, en désespoir de cause, Damien avait lancé : « oui, d’accord, mais les motards, hein, les motards ? » et de décrire la sensation enivrante, naguère chantée par Régis Debray, de la circulation qui s’ouvre devant vous, par le miracle des gyrophares et des gestes policiers gantés de blanc. Ça leur avait cloué le bec au moins trois secondes, à ces cons.

Mais depuis deux jours, il devait se passer de motards : « nos hommes sont épuisés, tous accaparés par le maintien de l’ordre et ceux qui sont encore en fonction sont réservés aux ministres », lui avait répondu son chef quand il s’était plaint. Un de ces quatre, je vais devoir conduire moi-même.

Il devait maintenant aller faire son rapport au ministre. Lui non plus n’avait pas le courage de démissionner. Il regarderait passivement les ravages dans la rue, et irait ensuite plastronner devant les caméras en promettant « une justice ferme », voire même « expéditive » ; remercierait les forces de l’ordre pour leur « grand professionalisme » et leur « sérénité », tout à fait remarquables étant donné les « conditions extrêmement éprouvantes » de l’exercice de leur fonction ; puis il réaffirmerait la détermination « sans faille » du gouvernement à mener à bien des réformes « nécessaires » pour le pays. Il était au bord du volcan et invitait chacun à faire un pas en avant. Ca n’en finissait pas.

C’est ça qui est catastrophique : ça n’en finit pas. En France on était habitué, tous les 4 ou 5 ans, hop, un « mouvement social », c’était parti pour deux mois de manifs, une soupape nécessaire à ce vieux pays toujours partagé entre tentation pétainiste et humeur sans-culotte. On cassait quelques crânes, on crevait quelques yeux, on lâchait des concessions mineures et puis les centrales annonçaient que l’action se poursuivait sous d’autres formes et la « réforme » l’emportait. L’adaptation aux normes européennes, elles-mêmes soumises aux normes de la Bourse et de l’Entreprise, bref l’adaptation au monde réel, se poursuivait.

Mais là, non. Ça ne se calmait pas. Si les manifestations syndicales s’étaient ralenties pendant l’été, les centrales qui n’avaient pas capitulé avaient promis une rentrée musclée. Contre toute logique, elles continuaient à réclamer le retrait de la loi qui avait été pourtant votée après le deuxième 49-3 de juillet. Il avait fallu recruter en hâte 1500 policiers, et les former à l’antiémeute dans le courant de l’été. Les nouvelles troupes seraient testées le lendemain, encadrées par des escadrons plus expérimentés.

Et exténués. Ils vont se faire bouffer.

Selon les services, des milliers de personnes allaient monter de province pour ce que les réseaux sociaux appelaient déjà « la mère de toutes les manifs ». Damien avait regardé la liste qu’on lui avait fournie : des vieux noms, des chevaux de retour de la militance autonome ou anarchiste. Il doutait qu’arrêter la totalité de ces gens changerait quoi que ce soit à la violence qui s’annonçait. Car sur l’identité des autres, de tous les autres qui, en dépit des centaines d’arrestations, semblaient apparaître à chaque manifestation plus nombreux et constituaient le vrai danger, pas moyen d’avoir des indications fiables.

Damien entra dans le bureau du ministre qui l’attendait debout devant son bureau. En le dévisageant, le haut-fonctionnaire, habitué à conseiller les princes et donc à percevoir leur humeur du jour, se sentit en zone dépressionnaire. Derrière les grandes lunettes noires, l’œil était plus sombre que d’ordinaire et la lippe hautaine du représentant de l’élite démocratique, crispée au-delà du possible.

—  Alors, Foucard, à quoi s’attendre pour demain ? En quelques mots.

—  Il y aura du monde. 50 lycées appellent à bloquer en région parisienne. Plus du double en province. La tête sera conséquente.

—  Le dispositif ? Fouilles, barrières, présence massive, comme d’habitude ?

—  Oui, monsieur le Ministre. Mais c’est là où le bât blesse. Je ne suis pas sûr qu’il suffise de faire comme d’habitude. Au moins une dizaine d’appels donnent des rendez-vous secondaires qui risquent de se transformer en autant de manifs sauvages bien en amont du cortège officiel. Et certains émanent de lycées de banlieue ... Cette « jonction des colères » dont parlent tant les activistes, voilà ce qui est à craindre.

—  Je vois. Les interdictions de manifester ?

—  250. Trop peu, monsieur le Ministre. Et, si je puis me permettre, moins d’une centaine concernent des lycéens. Or c’est de leur part que nous attendons le plus de dégâts.

—  Pourquoi si peu ?

—  Trop peu de renseignements nous arrivent des services. C’est à se demander…

Il faut le tenter. Je n’ai pas le choix.

L’œil du ministre se fit inquisiteur.

—  Quoi ? Allez-y, parlez sans réticences.

—  C’est à se demander si une fraction des services ne joue pas une partie toute personnelle. Je suppose que vous vous doutez qu’à l’approche des élections, beaucoup ont déjà choisi le camp de nos adversaires.

Il y eut quelques secondes de silence. Le ministre regardait devant lui, front plissé. Quand il reprit la parole, ce fut d’une voix complètement changée. Calme, déterminée :

—  Parlez clair, Damien. Le moment est venu de parler clair. De quel jeu parlez-vous ?

Il m’appelle par mon prénom. J’imagine que c’est bon signe.

—  Je pense que si demain, cette manifestation tourne mal, une fraction de la DGSI, et ses alliés de la DGSE et du renseignement militaire commenceront par obtenir que soit enterré le projet de réforme concernant les services de renseignement proposé par le Parlement. Et qu’ensuite ils imposeront leur propre agenda au gouvernement. En vue de la présidentielle. Si tant est…

—  Si tant est quoi ?

C’est le moment de vérité. Espérons qu’il morde.

—  Si tant est que la présidentielle ait lieu.

—  Qu’est-ce que vous racontez ?

Le haut fonctionnaire inspira profondément avant de lâcher :

—  Monsieur le Ministre, je pense que l’heure est grave et qu’il va falloir prendre des décisions drastiques. Pour que vous soyez tout à fait en mesure d’entendre ce que j’ai à vous dire, je dois vous présenter quelqu’un. Je l’ai fait venir dans l’antichambre. Un allié chez l’ennemi.

Un seul. Ce sera peut-être suffisant.

Le ministre le fixa quelques secondes. Puis il passa derrière son bureau.

— Un allié. Qu’il entre. Nous n’en avons pas tant que ça, après tout…

LE CHARO

Achille vérifia encore une fois sa liste de course pour demain. Il lui restait encore trois heures avant la relâche. Il avait passé son été à travailler, pour pouvoir prendre ses congés les jours de manifestation. En regardant par la fenêtre, il se remémora encore une fois ce printemps irréversible.

Bientôt l’heure de l’apéro …

Il ne s’était jamais intéressé à la politique. Il travaillait depuis dix ans déjà, dans le même bureau, occupé à des tâches auxquelles il était assez indifférent. Le 9 avril, sa vie avait changé. Il avait pour une fois accepté l’invitation de ses collègues les moins sinistres, et les avait suivi place de la République, pour traverser la Nuit Debout avant d’aller prendre un verre. Assis à s’ennuyer au son de la socialité de milieu de soirée, il contemplait la rue presque vide en s’efforçant de ne penser à rien. C’est alors qu’une clameur avait monté, qu’il n’oublierait pas, pas plus que les évènements qu’elle annonçait. « Paris, debout, soulève-toi, Paris, debout, soulève-toi ! ». C’était un cortège, une manifestation sauvage.

Quelle beauté … Je me demande ce que les collègues ont pensé quand je me suis levé pour les suivre, sans payer ni parler. Sur le moment, ils n’existaient plus. Pas plus que maintenant, ceci dit.

Il avait suivi les manifestants, modestement, depuis le trottoir, fasciné par cet étrange spectacle. En rentrant chez lui il avait eu du mal à trouver le sommeil. Il se rappelait les inscriptions sur les murs, le bruit des paumes sur les barrières de chantier, les barricades en feu, les cris de joie et les bris de verre. Toute la semaine qui avait suivi, il avait traîné sur la place, espérant voir partir d’autres cortèges sauvages. Le 15 avril, un peu ivre, un peu triste, il avait jeté sa première bouteille sur un flic. Tout s’était ensuite fait naturellement, avec la vitesse propre aux vocations. Il avait participé à toutes les manifestations du printemps au sein du cortège de tête, venant seul, avide et précis, repartant seul, toujours seul. Le 14 juin, manifestation nationale à Paris, avait été le plus beau jour de sa vie. Pour la première fois il s’était équipé, pour la première fois il s’était armé.

Les flammes … Trois pas d’élan, cinq secondes, et puis les flammes. Ils reculaient … Trêve de rêverie. Demain sera beau.

Il avait décidé de frapper un grand coup pour la manifestation du 2 septembre. L’été, dans la torpeur des bureaux, il avait réfléchi comme jamais. Comment leur faire peur. Comment leur faire mal. Comment les faire fuir, briser leurs lignes. Comment leur prendre leur tonfa ridicules, leur arracher leurs casques. Comment les piétiner, les renvoyer à la caserne en pleurnichant au sergent-chef. Comment gagner.

Il n’y a pas trente-six moyens. Il faut des armes, des armes qui n’existent pas, qui n’appartiennent qu’à nous-mêmes.

C’était l’heure d’arrêter le travail. Il devait passer à Leroy-Merlin. Il manquait encore quelques petites choses sur sa liste de courses.

LE MILICIEN

Xavier dégrafa maladroitement son holster et accrocha son arme de service au porte-manteau. Il quitta son uniforme et enfila des vêtements civils. Il ne serait sans doute pas le seul flic présent à la réunion mais en restant discret, il avait bon espoir de ne pas se faire remarquer outre mesure.

De toute façon, nous n’avons plus le choix. L’uniforme ne sera bientôt plus d’aucune utilité.

La lutte était épuisante. Tous les jours, il fallait faire le tour de la jungle, contrôler tout ce qui bougeait, passer dans tous les magasins pour virer les migrants excédentaires, quant ce n’était pas tout simplement le moment d’enfiler une armure et aller assister les compagnies de CRS qui repoussait les assauts sur la rocade.

Ils finiront par nous jeter à la mer. Et nous sommes une poignée à vouloir se défendre.

Il sortit de chez lui. La réunion se tenait dans un bar miteux dont le propriétaire était membre des Calaisiens en Colère. Il pouvait marcher jusque là bas, en passant par la zone industrielle. En chemin, il s’arrêta chez son jeune frère. Son cadet de six ans, il avait rejoint les CRS après le 13 novembre, quand la police était encore acclamée dans la rue et célébrée sur les réseaux sociaux. Le mouvement contre la loi Travail l’avait vite fait déchanter, avant de le briser complètement. A la grande manifestation du 14 juin, il avait été filmé démasqué en train de tabasser loin devant ses lignes une gamine de 16 ans qui portait une banderole « Génération Bataclan ». Il avait été mis à pied ; peu après, sa femme, Lolita, l’avait quitté le jour même où elle avait appris sa mutation à Marseille. Il végétait depuis dans la cave de la vieille maison de la famille.

Il faut lui trouver quelque chose à faire, avant qu’il sombre complètement. Si Père savait l’âge des putes qu’il négocie avec ces imbéciles de routiers. Quoi que. Tant qu’elles sont blanches, peut-être qu’il s’en fout …

Il frappa à la porte de son frère.

—  Martin ? Martin, c’est moi. Ouvre.

—  Quoi ? Ah, Xavier. Ca va ? Les races inférieures se portent bien ?

—  Tu le sais bien. Viens, habille toi, je t’emmène quelque part.

—  Encore une réunion, j’imagine. Bah, je n’ai rien de mieux à faire, et toi non plus j’imagine.

Elles ne mènent à rien parce que les vrais soldats les dédaignent. Je ne peux pas dire que je ne les comprends pas.

Ils marchèrent en silence jusqu’au bar.

Une cinquantaine de Calaisiens se serraient au sous-sol. La plupart étaient des commerçants du centre-ville ; prompt à proclamer leur patriotisme, mais jamais là quand il fallait cogner. Il y avait quelques personnes plus sérieuses tout de même ; quelques têtes qu’on croisait au cercle de chasse et au club de tir, des encartés FN, qui téléguidaient les réunions du groupe sans en être les animateurs officiels, et deux collègues, eux aussi en civil. Xavier les regarda dans les yeux, mais ils ne se saluèrent pas. Ils n’avaient pas besoin d’afficher leur appartenance aux forces de l’ordre plus que nécessaire. C’était un secret de polichinelle.

Un de plus. Si les Français se taisaient au lieu de se mentir, nous savourerions un beau silence.

Son frère s’assit nonchalamment au fond. Xavier le rejoignit, après avoir serré la main de celui qui les avait invités. Francis Matte était le chef officieux des Calaisiens en Colère. Il animait les réunions, il choisissait qui inviter, et, dans le fond, prenait la plupart des initiatives. Xavier ne le connaissait pas très bien, mais il ne l’aimait pas. A ses yeux, c’était le genre de bureaucrates qui jouait au fasciste mais n’était au fond qu’un républicain. Il faisait dernièrement beaucoup d’efforts pour donner au groupe toutes les allures d’un honnête lobby ’citoyen’ et ’apolitique’.

Alors que c’est d’une armée dont nous avons besoin.

Matte prit la parole.

—  Je sais que nous étions censés aborder des problèmes urgents. Mais aujourd’hui, nous parlerons des élections. Les derniers sondages les plus favorables au FN ne nous laissent tout de même que peu d’espoir de voir Marine arriver au pouvoir. Et quand bien même elle y arriverait, nous ne partageons pas tous la confiance de nos camarades du Front National quant à sa capacité à réellement défendre la patrie. Mais peu importe. Elle n’y arrivera pas. Nous avons donc un problème, avec ces élections. Nous ne pouvons les gagner. Et nous ne pouvons pas les perdre, parce que dans 5 ans, il ne restera rien de la France – et donc, rien de nous – si nous la laissons aux mains de l’UMPS. Je ne vois donc qu’une solution. Nous ne pouvons accepter qu’elles se tiennent.

Enfin.

Sophie ira-t-elle à la manif ? Quel est ce mystérieux « allié » que Damien veut présenter au ministre ? Qu’y a-t-il sur la liste de courses d’Achille ? Qui l’emportera chez les Calaisiens en colère ? Les fascistes républicains ou les fascistes fascistes ? Et cette manif du 2 septembre, sera-t-elle « la mère de toutes les manifs » ? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de notre feuilleton « La présidentielle n’aura pas lieu ».

Vulture se repaît des lambeaux de la culture de masse contemporaine.
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Flash-ball : le lycéen nantais jugé co-responsable du tir qui l’a éborgné

L’état condamné à ne verser que la moitié des indemnités.

- 5 déc. 16 - Positions, Rencontres, Terreur - 9 min

au hasard
le monde ou rien - comité d’action - 16 mars 2016

(Publié en milieu de semaine dernière)
« Nous, c’est ça qu’on a éprouvé mercredi dernier, et qui a quelques raisons de faire flipper les gouvernants : il y avait du courage parmi nous, la peur s’était dissipée, on était sûrs de nous. Sûrs de vouloir marcher sur la tête de ceux qui nous gouvernent. Sur la tête de ceux qui, toute l’année, nous marchent sur la gueule. »

replay du - 16 mars 16 - Mouvement, Positions - 10 min

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