Pas une tête, pas une pierre,
pas une tente, pas un toit,
pas un cri, pas une voix
ne doivent dépasser à Gaza.
Tout est nivelé.
La vie, l’espace, la parole.
Tsahal s’est donné la tâche
de tuer le temps, de le décomposer.
Ils l’ont attrapé une nuit
et ne l’ont plus lâché
le temps.
Ils s’amusent avec dans une torpeur hostile,
lui arrachant les ailes, les pattes,
pour voir s’il marche encore.
Et je tremble,
en songeant à mon arrière grand-oncle
déporté à Auschwitz dans le convoi 69.
Ma mémoire se renverse sur une table orpheline.
Ô Alaa, j’ai reçu ta lettre de Gaza.
J’entends le bruit des drones pulvérisant les corps
de causes létales,
les criblant de mystères
impossibles à percer.
J’entends les obus tomber sur des foules
immenses dans les nuits étoilées de Gaza.
Est-ce que tu survis aux détonations
constellant le sol de cadavres ?
Tsahal a d’abord détruit vos serres et vos champs,
pour décider ensuite de vous nourrir, ou de vous affamer.
Moi, j’implorerai la lune
qu’elle puisse moudre les étoiles
et remplir vos sacs de farines célestes.
Leurs chars sont incapables d’abattre la nuit !
Ô Alaa, tu évoques ta « terreur »
en songeant aux trois étages
effondrés sur ta fille.
Tu n’as pas pu l’ensevelir dans un rituel funéraire,
mais tu l’as enveloppée de pensées,
et les anges descendent du ciel en pèlerinage
pour lui rendre visite.
Ô Alaa, s’ils refusent de te rendre ta terre, la Palestine,
je te laisserai mon âme en guise de territoire.
Je m’effacerai pour te laisser la place, et ta Palestine vivra.
Et tu dresseras une table de fête
pour tout ceux qui ont faim et soif de Justice.
Mathieu Yon






