Alors fracassée, au sol,
vitres brisées, verre répandu,
croix écorchée, déchiquetée,
ossature à vif bras tendus,
écartés,
tessons de verre qui appellent
le sang,
mastic vieilli, inutile,
décollé, tombé par endroits
sous l’érosion du temps,
déjà, bien avant.
Est-ce lui ou moi,
soudain sauté à pieds joints
dans la rue,
de lucarne à fenêtre
dans les débris ?
Ça y est, j’y suis,
le nez à la rebique,
relevé, piquant
les étoiles,
taon sur les flancs du cheval
majestueux, constellé.
Ça chante aveugle,
les mains obstinées, agrippées
sur le cadre relevé
à hauteur,
hauteur de rien.
Les deux rideaux noués,
deux gnômes, goguenards,
à genoux, qui rigolent,
mon œil les invente.
Ça chante, la nuit
chante,
engouffrée par la fenêtre
qui laisse tout passer,
bourrasque, pluie, chauve-souris,
cafards, le chat,
le voleur,
la vie restituée
sans discernement,
noire.
Vie aveugle, tactile,
débordante, le cadre
dérisoire d’une découpe
en ruine
rappelle juste
la tenue
sur deux pieds,
sur la pointe des pieds
effleurant le sol
qui se dérobe.
Pas même un rideau bleu
déchiré,
pour attendrir
la lyre.
Tenir le cadre
pour mieux l’abolir,
mais ce n’est pas moi
qui le veux,
un souffle puissant a
pulvérisé
la fenêtre,
héritée entre mes mains,
que j’accroche encore,
tel le naufragé sa planche,
jusqu’à
cette heure fatale, attendue de moi
avec impatience,
où les clous cèderont
et les battants s’envoleront,
fouettés par le vent,
percutant le sol par bonds,
vers la décharge.
Tout enveloppé de nuit,
n’ai plus rien à bâtir,
revenu à la terre,
mon regard aveugle
observe désormais,
longtemps,
d’un étrange clair-obscur,
avant de parler.
S’il faut parler,
ou bien plutôt se taire.
Un enfant ligoté
par une armée fanatique
fredonne
une ritournelle,
un chœur entonne
le chant sublime
de la première nuit,
celle d’avant.







