La campagne de Russie

Des caravanes contre la métropole.

paru dans lundimatin#10, le 8 février 2015

Depuis 2011, un curieux groupe d’architectes et d’artistes a entrepris de mettre sur pied un Doctorat Sauvage En Architecture.

On trouve sur leur site, cette déclaration d’intention :

"Le Doctorat sauvage en Architecture est né au moment où les écoles d’architectures françaises, dans un sacro-saint mouvement, s’alignaient sur l’européenne trinité du LMD (licence, master, maîtrise) sans pour autant fournir le dernier pied de ce tabouret bancale : un doctorat en architecture.

Doctorat ou pas, les écoles comme les universités ont fait la preuve de leur incapacité à générer la ville de Tous ainsi qu’à casser les logiques de séparation, discrimination, contrôle, guerre, inhérentes à la pensée de l’espace occidental postdémocratique. Et aucun de leurs docteurs ne saura curer le mal de cette ville là. Au mieux s’appuieront-ils sur les discriminations sociologiques en cours pour élaborer l’espace d’un Tous
partiel dans l’attente que s’y intègrent ses propres marges.

Le rapprochement récent des universités et du monde de l’entreprise comme le mariage ancien des écoles d’architectures avec les bétonneurs ne promettent que ceci : les choses deviennent intéressantes quand le marché s’y intéresse. En leur ceint, nulle promesse d’intellectuel organique, capable de produire et travailler avec les siens n’est possible. Alors leurs mots, notre monde. Et ce doctorat sauvage comme la création
de nos propres moyens de connaissance.

Echelle Inconnue propose depuis 2011, dans ce doctorat sauvage, conférences, séminaires, ateliers et projets ouverts à tous. Plombier, couvreur, étudiant, chômeur, chauffagiste, architecte, historien, citadin, SDF, Voyageur... sont les bienvenus.

Ici, nul savoir dispensé, à ingérer, nulle simplification démagogique mais un lieu et un moment de rencontre, d’échange, d’accès. Et une affirmation : il est plus que temps de fabriquer Nos intellectuels, de Nous fabriquer en intellectuels aussi, refusant de trahir. C’est avant tout avouer et explorer collectivement notre ignorance et la difficulté d’appréhender à hauteur d’homme notre propre espace : la ville ; de la comprendre et la refaire à la hauteur de nos impossibles.« C’est dans ce cadre que depuis l’hiver 2014, le projet Makhnovtchina est né : »Pourquoi ? Pour vérifier une intuition. Celle d’une histoire clandestine qui unirait, par delà le temps et les frontières, la Makhnovtchina, royaume sur roues des insurgés ukrainiens de 1917 à 1921, et le peuple mo-bile et nomade qui se reconstitue aux lisières des utopies métropolitaines.

Pourquoi encore ? Parce qu’aujourd’hui, un autre Orient, oublié, se rappelle à nous. Il fait trembler les fron-tières de l’Ukraine, et fait croire aux villes de France à leur invasion par des Tziganes, Roumains, Bulgares ou Hongrois terrés dans les bidonvilles de leurs périphéries. L’image même du peuple mobile, jusqu’alors incarnée en la figure du Manouche, ou celle plus méditerranéenne du Gitan, s’est orientalisée.

C’est donc naturellement dans cet Est, que notre vieille affaire orientaliste fantasme, qu’il nous fallait aussi interroger, explorer, co-naître, représenter et comprendre la Ville Mobile, Nomade ou Foraine."

Voici une interview de Stany Cambot dans laquelle il nous explique l’origine du Doctorat Sauvage En Architecture et expose leur récente Campagne de Russie.

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