La bac pour empêcher les blocages lycéens

« Empêcher les blocus de se tenir revient à empêcher le premier geste politique qui se développe au sein des lycées... »

paru dans lundimatin#73, le 20 septembre 2016

Depuis le début du mouvement contre la loi travail, beaucoup a été dit sur la répression mise en oeuvre contre les manifestations. Il est cependant assez étonnant qu’aucun média n’ait relevé cette nouveauté du maintien de l’ordre : envoyer systématiquement la Brigade Anti Criminalité devant les lycées afin d’empêcher les élèves grévistes de bloquer.

Il y a bien eu une couverture médiatique et indignée de la « bavure » de Bergson mais comme souvent, la mise en lumière d’une acte « illégitime » occulte le caractère systématique de la méthode.

La semaine dernière, des appels à bloquer les lycées et à « perturber sa ville » le 15 septembre avaient inondés les réseaux sociaux. Le matin même, des centaines de lycéens s’apprêtent à bloquer leur établissement mais là encore, la BAC est là pour les intimider.

Nous avons demandé au Mouvement Inter Luttes Indépendant de nous résumer la matinée. Une nouvelle journée de blocage est annoncée pour jeudi selon cet évènement facebook.

La bac pour empêcher les blocages lycéens

Le jeudi 15 septembre, nous Mouvement Inter Luttes Indépendant avons appelé à une journée de blocages dans les lycées et facultés, mais c’était sans prévoir que ça effrayerait à ce point la préfecture de Paris et les services de police.

La veille un arrêté circule et interdit aux gardiens d’immeubles de sortir les poubelles dans la rue, c’est-à-dire que l’action est purement politique. Empêcher les blocus de se tenir en empêchant les jeunes de se saisir de ce qui permet de mettre en place un blocage efficace. C’est un argument qui sera en vigueur toute la matinée, car la police est aux entrées des établissements et s’octroie le droit de débloquer et ça au nom de la protection des poubelles ou encore des jeunes qui pourraient être victimes d’un attentat. On a pu entendre que « des bombes peuvent être cachées dans les poubelles ». En gros, le ridicule de la situation démontre encore une fois que les prérogatives de l’état d’urgence sont détournés et utilisés contre une jeunesse consciente de l’avenir néfaste qu’on lui promet.

D’ailleurs, parlons-en un peu de cette fameuse jeunesse que les politiciens de tous bords aiment tant considérer comme dépolitisés ou du moins arguer qu’elle le serait. S’il y a bien une chose qu’a démontré ce mouvement c’est que la jeunesse n’est pas dépolitisée, mais dispose d’une conscience politique bien plus élevée que les hommes politiques, qui prétendent nous gouverner. Le problème réside plus dans l’orientation politique des jeunes. Autrement dit, que la conscience soit révolutionnaire ou tende à l’être, en rejetant massivement les caractéristiques de cette société capitaliste en perdition. Empêcher les blocus de se tenir revient à empêcher le premier geste politique qui se développe au sein des lycées, car c’est grâce aux blocus qu’une rupture avec les rythmes habituelles est consommée et permet d’expérimenter collectivement des possibilités pour s’affronter au monde qui nous entoure, ce monde hostile et où la jeunesse est clairement préparée à devenir une main d’œuvre. Perturber les cours et le cour des choses c’est entamer une gréve tout en se niant comme future producteur et consommateur, comme partie intégrante à la société marchande et sa reproduction, ainsi qu’à s’opposer à la marchandisation de nos vies.

Revenons aux blocus du 15 septembre, ou plutôt devrait-on dire aux non-blocus, car la police et la préfecture les ont empêché de se tenir, en couplant l’intimidation devant les lycées, la destruction des barricades devant les entrées, puis en contrôlant toute personne qui aurait une tête de « bloqueur » aux abords des bahuts. Mais, un seul lycée a réussi à bloquer, car une partie des jeunes y ont convergé : le lycée Bergson. Là où un jeune avait été tabassé par un CRS. Des poubelles devant l’établissement, une barricade enflammée sur la route, des tags aux alentours et la bac qui observe au loin. Une très bonne ambiance, jusqu’à ce que les pompiers arrivent et éteignent le feu. Logiquement, la réponse est immédiate, une pluie d’œufs sur la bac, l’administration et les pompiers, puis s’en suit un départ de 200 jeunes en cortège pour faire un tour des autres lycées lors des récréations et essayer de grossir les rangs.

On attrape le métro, quelques slogans retentissent et des tags viennent recouvrir les panneaux publicitaires. On arrive au lycée Voltaire, sous bonne escorte policière, avec des voitures à chaque coin de rue, mais ce n’est pas tout, car on pige rapidement que les élèves sont confinés dans le lycée et n’ont pas le droit d’en sortir pour rejoindre les gens devant. Sans doute encore une menace terroriste … Quelques personnes enfilent des cagoules et leur plus beau kway noir, puis défoncent les caméras situer à côté de l’entrée principale. Une jeune lycéenne refait la décoration en inscrivant sur les murs « notre éducation nous prépare à la soumission ». Marre d’attendre, d’autres se saisissent d’un poteau et enfonce la porte en bois pour pouvoir allumer l’alarme incendie et sortir les poubelles confisquées plus tôt par l’administration conjointement avec la police. C’est à ce moment que quelques flics courent et commencent à gazer pour disperser la foule, qui se retrouve rapidement au bout de la rue.

Le cortège se remet en branle, direction le lycée Dorian. Cette fois si, on décidé d’y aller à pieds, suivi de près par des renseignements généraux en motos, ce qui n’empêchera en aucun cas qu’une banque se fasse casser ses vitrines et que des tags viennent couvrir le gris si terne des murs. On a pu lire « 15 septembre, on revient », « Perturbe ta ville », « Casseurs pride », « Antifa », « nique la pub » et le fameux « le monde ou rien ». Encore et toujours des flics devant le lycée, puis également une interdiction formelle de laisser sortir les élèves à la pause. Petite nouveauté, quelques CRS se pointent équipés de leurs casques, boucliers et tonfas.

Ni une ni deux, ça repart de nouveau en direction du cours de Vincennes, où se trouvent les lycées Maurice Ravel et Hélène Boucher. En passant à nation, on capte rapidement qu’un comité d’accueil nous y attend, c’est-à-dire plusieurs dizaines de camions de CRS et un camion à eau. On décide de rester en groupe et d’avancer droit sur eux pour passer collectivement, ça fonctionne plus ou moins, car deux groupes se dispersent et se retrouvent dix minutes plus tard. C’est aussi les premières interpellations. Une fois devant le lycée, ce n’est pas des voitures de police que nous retrouvons, mais une bonne grosse compagnie de CRS, mais ça ne fait pas peur aux jeunes et décident de prendre le temps pour attendre un peu de monde. Un journaliste de BFM-TV se fait dégager copieusement et pleurniche, car il ne peut pas faire son travail. Pendant que deux flics des renseignements généraux se pointent et expliquent à d’autres qu’il y a deux possibilités : accepter un parcours pour aller jusqu’à bastille ou se faire défoncer la gueule par les CRS si un autre départ est tenté.

Tout le monde se réunit, puis ça décide très rapidement et collectivement de prendre le métro pour aller à gare de Lyon et tenter de rejoindre à 13h15 quai de la rappé où est sensé se regrouper le cortège inter-facs. L’idée étant d’être le plus possible pour refuser les contrôles, mais encore et toujours, des tas de flics dans la gare, donc ça court en lâchant des slogans et des tags. Une caméra est encore arrachée. On se retrouve aux alentours de la place de la Bastille et qui est-ce qu’on croise ? Cécile Duflot ! L’occasion est trop belle pour la louper. On essaye tous de s’engouffrer avec elle pour passer sans se faire fouiller, tout ça en criant « C’est qui la casseuse ? C’est Cécile la casseuse ! ». Les flics font les gentils, mais dès qu’elle passe le ton change et on décide de s’engouffrer dans une rue perpendiculaire. La réponse est direct, gazage avant même que la manifestation commence et jet de grenade offensive. S’en suit une déambulation dans le marais, avant de finalement passer les contrôles avec plus ou moins de succès.

Clairement, nous ne voulons et ne pouvons accepter qu’on nous empêche de manifester, sous toutes ses formes, notre désaccord profond avec le gouvernement, sa politique et plus globalement la rupture qui s’opère entre leur vision du monde et nos perspectives de changement.

Nous appelons le jeudi 22 septembre à bloquer de nouveau les lycées en Île-de-France, contre la loi travail, la répression et son monde. Nous invitons surtout l’ensemble des étudiants, des chômeurs et des travailleurs à venir sur les points de blocage dès 7h pour empêcher la bac d’empêcher les blocus. Il n’est en aucun cas possible d’accepter qu’on enlève aux jeunes la première manière disponible pour se mettre en grève et quand bien même nombreux et nombreuses sont ceux à ne plus bloquer, mais simplement à venir aux manifestations, défendre cette pratique de lutte est une nécessité pour les luttes présentes et futures. Si jamais les blocages ne tiennent pas, tout le monde est appelé à converger au lycée Bergson pour discuter des suites de la journée, c’est-à-dire la possibilité de passer saluer l’intersyndicale et de lui filer un petit coup de pouce pour ne pas stopper la lutte ou du moins ne pas la réduire à des recours juridiques.

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