La Rochelle, le 20 juillet : nassage, gazage, matraquage…

« C’est l’écrasement à la verticale des corps les uns contre les autres. »

paru dans lundimatin#438, le 2 août 2024

Nous sommes plusieurs milliers à constituer le cortège... Jusque là, la progression est ponctuée par les annonces en tête de cortège, une gestuelle particulière vient ponctuer le temps. Tour à tour différents signes se posent : silence, grouper, tout droit... La situation évolue au gré de la présence des forces de l’ordre. Jusqu’à 13H30, jusqu’à la charge brutale et démesurée qui fait suite à des ordres de dispersion vite balancés par haut-parleur par un membre des robocops... Quelques secondes avant la charge des lacrymos sont balancées. Nous sommes faits comme des rats. Cette charge prévisible nous entasse les uns contre les autres. La dispersion est impossible.

C’est l’écrasement à la verticale des corps les uns contre les autres. Certain(e)s commencent à crier. Il suffirait que iel tombe et iel serait piètiné(e). En tête de cortège les forces de l’ordre sont aussi présentes. Nous sommes nassés et compressés. Déjà les robocops sont sur nous, en queue de cortège. Je suis arraché à mon trinôme et expulsé vers la droite. Des gaz partout. Je sens un choc contre mon dos. Une matraque est venue atterrir là. J’ai le temps d’apercevoir il ou elle se prendre des coups de matraques assénés violemment sur le haut du corps, sur les bras levés pour se protéger. Puis, sans en avoir pris la décision, je me retrouve dans une cour d’immeuble avec 20, 30 personnes. C’est un vrai cul-de-sac. Iels courent partout, cherchant une issue. A droite un mur élevé en béton, en face pareil. Le mur de gauche est moins élevé. C’est un vieux mur en pierre, coiffé de tuiles romanes. Il doit faire environ 2m50. En faisant la courte échelle j’aide 4 ou 5 personnes à le franchir. A ce moment là nous ne savons pas ce qu’il y a derrière ce mur. Pendant ce temps, les lacrymos continuent à pleuvoir. Je ne suis pas trop gêné car équipé... Je me retourne et vois que personne n’est là à proximité pour m’aider à mon tour à franchir ce mur. Pas loin, côté rue j’entends les forces de l’ordre, des cris. J’aperçois une poubelle au pied d’un mur donnant sur un jardin d’une maison côté rue. Je la couche et réussi à monter sur un cabanon de jardin, puis sur le toit de la maison. Au dessus, l’hélicoptère tourne. A quelques mètres en dessous des lacrymos tombent dans le jardin. Je n’ai qu’une peur : je suis très visible d’en haut et les FDO peuvent me localiser grâce à l’hélico. Rapidement je passe sur le toit suivant. Je me rends vite compte qu’il surplombe une maison abandonnée. Peur de passer à travers. Il faut que je descende. Une verrière en très mauvais état est accolée au mur de la maison côté jardin. Je repère que le jardin ressemble à une friche, partout des ronces, des lauriers sauces... Je m’assoies sur les armatures en fer de la verrière et tout doucement je glisse vers le bord. A nouveau peur de passer à travers. Enfin je mets les pieds au sol et me dirige comme je peux à travers les ronces vers la partie la plus couverte par des végétaux afin de souffler et me planquer. J’y retrouve 4 des personnes que j’avais aidées à franchir le mur. Elles sont tapies, essayant de se faire les plus petites possibles. Le bruit que j’ai fait en me frayant un chemin leur à fait peur. Elles pensaient que des forces de l’ordre arrivaient. Elles pensaient violence et garde à vue. Comme moi. Rapidement nous décidons d’attendre là. L’hélico continu à tourner au dessus de nos têtes assez régulièrement. Il revient toutes les 15 minutes. Impossible de bouger pendant 2 heures. J’aperçois à deux mètres un vieil escabeau en métal. Je l’arrache des ronces et autres végétaux en me disant qu’il pourrait peut être servir plus tard. Le temps passe. Nous n’échangeons que quelques mots de temps en temps.
Subitement nos têtes se dressent. Un bruit de crépitement. Comme du bois qui brûle dans une cheminée . Nous comprenons qu’un feu est là, à quelques mètres. Puis des voix se font entendre, et rapidement le bruit spécifique d’un extincteur. La maison abandonnée est le siège d’un départ de feu. Sans doute en raison des lacrymos... De l’autre côté du mur, dans la cour d’immeuble que nous avons fuis, dans la rue, encore des déflagrations de grenades, des cris…

Au bout de deux heures je décide de pousser plus loin la reconnaissance du jardin. De même, pendant ces deux heures, j’ai pensé aux deux autres avec qui je constituais un trinôme. Embarqués, blessés ???
L’hélico n’est plus présent au dessus de nos têtes. Planqué au fond du jardin, je découvre un cabanon qui devait ressembler jadis à une petite maison, à un atelier. A l’intérieur, iels sont une vingtaine. Coincé(e)s comme nous. Nous échangeons nos points de vues sur l’évolution de la situation. Parmi eux, une personne est blessée. Elle dit avoir une entorse du genou. Je leur parle de l’escabeau. Iels m’apprennent que sur le côté gauche du jardin il y a un portail noir, assez haut, fermé par une chaîne. Que de l’autre côté du portail se trouve une autre cour d’immeuble ayant accès sur la rue.
Il est temps de prendre des décisions. La personne blessée ne souhaite pas bouger et attendre le moment où des médics pourront venir sans risque. Deux ou trois décident de rester avec elle.
Je retourne vers mon « groupe » planqué dans la végétation. Nous décidons d’évacuer les lieux ensemble. J’applique l’escabeau contre le portail et nous passons par dessus l’un(e) après l’autre. Nous longeons le mur d’un immeuble afin de ne pas être vu depuis les fenêtres qui donnent sur la cour. Et, enfin nous rejoignons la rue où en début d’après midi nous avons été nassés. J’imagine que le reste du groupe plus important à fait de même…
Ensuite, notre attention a été mobilisée pour éviter tout contrôle même si nous avions jetés nos masques dans une poubelle.

Pourquoi ce choix de la violence, de la criminalisation des activistes du climat ? Pourquoi les Etats Européens, les uns après les autres, durcissent leurs législations, réduisent les libertés, condamnent et enferment des personnes qui ne font qu’être au diapason avec le monde scientifique ? Pourquoi ce glissement de plus en plus vertigineux vers un État policier qui ne fait que préserver un capitalisme mortifère ?

Nous ne nous laisserons pas abattre, intimider, menacer. Nous sommes des David contre un Goliath !!!! Ce n’est que le début…

Meadows

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