L’innommable

« Bousiller le matos de l’ennemi »

paru dans lundimatin#520, le 19 mai 2026

On démarra avec le fusil, en bandoulière, puis en joue,
on finit par un sabotage, pas même un explosif, juste une tentative
de bousiller le matos de l’Ennemi, réduit à sa propriété, à son art
de manipuler, son agit-prop à lui, sa pub bombardée sur
sa clientèle à chaque seconde, à toute heure anéantie.

Ne reste que Demain le feu,
puisque désarmés, même pas frontal même à l’oblique
on se paye les keufs, très cher,
ils ne sont pas donnés les salauds, le kilo de viande,
l’œil, la joue, le cul, la noyade, tout y passe, en monnaie de leur pièce.

On rappelle l’ancêtre – « il faut les tuer, pas moyen autrement,
c’est-à-dire les buter, c’est-à-dire la guerre légitime-défense-attaque
contre l’Ennemi, sa violence illégitime,
écrasante, démesurée, incommensurable,
exterminatrice, et encore il n’a pas tout donné, il lui en reste,
et les servants aspirent aussi ».
On referme le livre, on sort à poil dans la rue
avec des allumettes.

L’Époque se mord la queue.

Car en face, les plus voraces carpettes veulent un Ordre juste,
enfin apaisé sous la dictature Nationale,
sous l’effusion ordinaire du sang ordinaire,
police et auxiliaires, les balles et les coups,
et ils trouvent l’Ordure incarnée, là Maintenant, qui les fusionne,
les galvanise, hystérise, électrise, selfise,
râles de foutre et hurlements d’ovaires,
spectres frustrés compressés idolâtres,
entre BD Musclor et séries Gore en string.
Dévoreurs d’images exécrées, lacérées à jouir.
Porno-police, milices mi-flics, pleins flics nervis.
Civils si vils, matons de quartier.
Canon d’ivrognes musclés du béret, du pinard dans les veines.

Ils ont compris, ont répondu à l’appel
des « voisins vigilants »,
il y a des crimes salutaires à commettre,
des milices vertueuses à ériger en remparts contre l’abjecte,
ils sont prêts, ils cognent déjà, tirent, et l’Ordure n’y voit rien à redire,
la brutasse normale, banale quoi : « ils n’avaient rien à faire là
ces putain de mioches ».

Et il y en a un paquet, pour l’Ordure et ses nervis, qui « n’ont rien à faire là »,
de Calais à Perpignan.
Sous la force adorée de l’Ordre, la lâcheté sanctifiée :
tous ces râles et hurlements.
La Reconquista cogne d’abord les faibles, les éternels désarmés,
les « forts en gueule mais faibles en corps »,
les « Touche pas à… », ben voyons, tu vas voir si j’y touche pas,
tiens prends ça dans ta gueule.

Demain dès maintenant ne pas oublier de cogner les théoriques,
les catastropheurs, les snipers en chambre
ou commandos nocturnes, artistes de la balle au bond,
fuyards avertis, brûleurs d’émeutes en meutes,
hors compte, en pure perte et Gloire
au pavillon des combats perdus.
Ah oui, on va leur faire payer à ELLEUX aussi
leur manie de perdre avec panache,
leur impuissance verbeuse.

À l’heure du grand règlement de comptes,
à peine ressuscitée l’image
de l’ancêtre le fusil à l’épaule, puis en joue,
sur la barricade ou ailleurs, en défense de sa vie,
on termine avec des gnons, l’empreinte des poings américains
dont Nos fanatiques de l’Ord(u)re usent,
en bons acteurs fidèles et dévoués
de films d’horreur.

Ça va saigner, « il faut que ça saigne »
disaient les bouchers de la Villette
dans la chanson, ça y est,
le chansonnier est arrivé,
râclant le fond de gamelle
d’une voix de rat délavé, sinistre et fadasse,
presque honteuse de ne plus savoir hurler
devant un micro dans les tribunes d’un stade.
Elle se sent petite l’Ordure malgré tout,
pas à la hauteur de la tâche.
Elle n’aura que des coups bas à ordonner,
fraîche épluchure fanée, frelatée, planquée
à la moindre odeur de roussi
entre deux antiques reliures
qui puent la mort cérébrale.

L’Ordure s’appelle…que dalle,
son vrai patronyme,
le faux dégôute au point
que nul ne veut le nommer, sauf le jour où,
par la fureur d’un feu adverse,
il serait désigné assassin du jour, de milliers de pauvres gens
qui « n’avaient rien à faire là »,
alors nommé par son Nom,
devant le peloton d’exécution.
Enfin les fusils, réels, des partisans,
de leurs détonations chanteraient
la revanche des Anges.

« Voyez, ils veulent ma mort ! ».
Non, ils et elles veulent ce qu’un jour tu mériteras,
à hauteur des crimes approuvés, encouragés
par toi, si par malheur la faiblesse
de tes émules morts de trouille, paranoïaques,
représentés bleus blancs,
te déroule le tapis rouge, de sang,
que tu réclames, à crocs et à cri.

« face à la gauche Gaza,
nous en appelons à la France bleu-blanc-rouge »,
j’ai écouté deux fois, pour mieux t’entendre,
ces mots – ces mots assassins, les tiens-les leurs,
tes mots crachés resteront gravés
pour l’éternité
sous ton portrait fringuant,
ornant ta misérable tombe.

El sub-caporal

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