L’humanité délaissée

« Ils ne nous laisseront pas passer. Mais nous connaissons des souterrains »

paru dans lundimatin#488, le 16 septembre 2025

« L’humanité ? » se demande Atom alors que le jour peine à se lever, « l’humanité ? Mais ce n’est plus qu’un nom banni ». « Ou presque », ajoute-t-il, « il y a encore des effluves de l’humanité, des signes, qu’on a de plus de plus de mal à déchiffrer, des hiéroglyphes à demi profanés. Il y a encore des images, des films à nouveau muets qui donnaient corps à des sentiments équivoques ». Quelque chose pèse sur lui et ce n’est pas la nuit, ni la nuit de la nuit, mais une obscurité pleine de machines.

« À force de vouloir la fin de l’humanité, de le vouloir jusqu’à nier ce qui en elle refusait de rejeter des humains dans le non-humain et le moins qu’humain », un animal peut-être le frôle, « ce qui en elle savait reconnaître le mal et le contenir, certaines oreilles malintentionnées ont fini par l’entendre », se dit Atom en regardant autour de lui, à la recherche de cette présence furtive. Était-ce un animal ? Sûrement, pense-t-il, « les preDicts sont toujours à la même place car ils n’ont qu’à nous attendre ».

La clarté vient par nappe mais se retire presqu’instantanément. Il semble qu’une tentative cosmologique soit en cours, un essai d’éclairage par un soleil rebelle. « Le posthumain, affirmaient-ielles, en ne sachant peut-être pas assez bien ce qui alors serait perdu dans ce « post ». Pourtant », cherche-t-il à se rappeler, « quelle était cette formule, déjà ? L’humain, « rêve d’une ombre » ? Et cette autre, plus tardive : l’humain, « image d’une espèce qui passe » ? Mais, passer, c’est transmettre et pas seulement disparaître ». Il y a alentour comme un combat entre différents degrés d’ombre et de clarté, les deux s’enroulant l’une autour de l’autre, d’amour et de colère.

« Car disparaître sans transmettre, c’est cela, l’impératif d’acier et d’électricité qui s’est abattu sur les humain.es », se dit-il en apercevant quelques instants deux femmes avec trois enfants autour d’elles. « Un anthropocide », mais le terme lui semble trop fort, aveuglant, il sait qu’il doit descendre en-dessous du niveau des explosifs pour dire ce qui est.

« Un délaissement de l’humanité, au nom des intelligences synthétiques, servantes d’êtres insensibles qui ne voulaient plus passer », essaie-t-il de dire, « et quand nous apercevons quelques humaines, des enfants, nous savons que chacune est une rescapée. Qu’elle n’en a pas pour longtemps, où qu’elle soit. Que sa terre sera incendiée ».

Il continue son chemin, à tâtons. « Que va-t-il se passer ? », se demande-t-il, « saurons-nous passer outre ? Traverser le mur du temps ? Inventer de nouveaux jeux sacrés ? Rompre la laisse ? » Le doux bruissement des arbres le réconforte. « Ils ne nous laisseront pas passer. Mais nous connaissons des souterrains ». Un vent léger, pour personne et pour chacun(e). « Nous saurons comment nous adresser ».

Peut-être faudra-il attendre le lendemain pour que le jour revienne.

Atom de Seth

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