#JusticePourTheo Des manifestations un peu partout en France.

Manifestations contre les violences policières. Bobigny. La police assume ses exactions. Erreur sur la personne.

paru dans lundimatin#93, le 16 février 2017

Des manifestations un peu partout en France

A Paris, après un premier rassemblement à Ménilmontant, qui était parti en manifestation sauvage vers le 3e arrondissement, deux autres rendez-vous ont eu lieu en soutien à Théo. Les deux (à Ménilmontant, puis au forum des Halles), ont été soumis à une forte pression policière.

Pour le rassemblement de vendredi 10 février, le journal le Monde raconte :

Le centre commercial, lieu inhabituel pour une manifestation, a été plongé dans un nuage de gaz lacrymogène peu avant 19 heures. Toutes les issues menant à la place Carrée, dans le sous-sol du Forum des Halles, ont été fermées et les clients des magasins étaient encouragés à se diriger vers les sorties.

Les policiers ont repoussé à plusieurs reprises les militants regroupés, qui criaient « Flics, violeurs, assassins » et régulièrement « Zyed, Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas ». Quelques projectiles ont été lancés par les manifestants contre des portes vitrées dans le centre commercial.

A Marseille, le même vendredi, et toujours selon le journal le Monde :

A Marseille, quatre personnes ont été interpellées, vendredi soir, après une manifestation de soutien qui a rassemblé 250 personnes sur le Vieux-Port, a indiqué le préfet de police des Bouches-du-Rhône, Laurent Nuñez.

Rassemblés derrière une grande bannière noire avec le slogan : « Mais que fait la police ? elle viole, tue, mutile », les manifestants se sont ensuite dirigés vers le commissariat de Noailles, sur la Canebière, où les forces de l’ordre, visière baissée, ont essuyé plusieurs tirs de projectile.

Une centaine de manifestants a ensuite marché vers la gare Saint-Charles, scandant « Flics, violeurs, assassins », puis a cheminé en direction du quartier de La Plaine, « où il y a eu de nouvelles prises à partie avec les forces de l’ordre », a rapporté Laurent Nuñez, qui a indiqué que des manifestants détenaient « une bombe agricole, des pétards et des fumigènes ». Le cortège s’est finalement dissipé peu après 20 heures.

A Lille :

A Rennes, une première manifestation a eu lieu mercredi 8 février.

Un autre rendez-vous était donné le lendemain (jeudi 9 février). Une lectrice de lundimatin raconte :

Rencard à Republique, 20h, du monde s’amasse autour d’une enceinte qui crache du Charles Mingus dans la pénombre. On se pose la question à peine deux secondes de partir défiler, on est là, on y va. Au bout de deux minutes, le pas s’accélère, il s’agit de prendre de court la police, pour ce faire rapidité et ruse sont de mises, les plus connaisseurs prennent la tête. A gauche ou à droite il faut savoir décider sans s’arrêter. Le cortège arrive à s’enfoncer dans le centre, par des petits escaliers. La police mal organisée, coupe la fin du cortège, on se retrouve séparés. Le devant continue sa lancée au pas de course, prend des détours, évite les barrages de flics, et obtient la rue St Michel, coeur du centre ville, les terrasses acclament au passage. Décision est ensuite prise de rejoindre le reste du cortège qui a été repoussé sur les quai, avec qui on est en liaison téléphonique. Mais là, le mouvement de la police nous oblige à prendre une mauvaise décision, on s’engouffre dans une rue qu’il est facile de boucler. Et c’est ce qu’il se passe, ça se referme, devant et derrière nous, on s’engouffre avec ceux qui n’ont pas pu fuir autrement, dans une cour d’immeuble, on cherche des issue, mais c’est une souricière.

La bac arrive à toute blinde dans la cour alors que certains sont perchés sur un mur qu’il est impossible de franchir, de l’autre côté c’est le vide. La bac court sur nous en hurlant des cris de bêtes et surtout en nous traitant de "lopettes", puis elle se retire. On cherche une issue, on en trouve une, il faut grimper, éviter des barbelés et marcher en équilibre. Nous sommes plus d’une vingtaine, ça prend du temps, mais on ne doit laisser personnes derrière, la police peut revenir dans la cour à tout moment. L’hélicoptère se met en place et rajoute à la tension. Le mur franchi, on arrive sur une terrasse qui donne sur une autre cour intérieure. Tout le monde est passé, mais il n’y a toujours pas d’issue. La police arrive dans la première cour, en hurlant avec les torche, tout ceux qui sont restés sur la terrasse s’aplatissent au sol pour éviter d’être vus par le balayage des torches de la police. Là dans la cour intérieure où les autres sont retranchés, une voix s’élève, pas sympathique mais elle propose une issue. Je comprends que c’est un habitant qui va nous faire sortir. On arrive à faire descendre tout le monde dans cette deuxième cour. Certains auront réussi à se faire accueillir chez des habitants qui ont ouvertsleur fenêtre depuis la terrasse.

L’homme à la voix pas sympathique commence par nous demander de fermer nos gueules, il jure qu’il est de notre côté, mais qu’il faut lui obéir. Il nous entraine dans un garage, nous devons être très discrets parce qu’il y a des portes de garages qui donnent sur la rue et à travers lesquelles nous voyons les gyrophares. Si les flics nous voient ou nous entendent on est cuits. Celui qui se fait notre guide nous emmène dans une autre cour intérieure, là on se met tous sous un porche parce que l’hélico tourne encore, tout le monde éteint son portable pour éviter qu’il sonne et nous fasse repérer. Le guide nous dit qu’il va aller voir si les flics sont encore dans la rue, précaution un peu idiote, parce que de là où on est on les entend et on voit les gyros. Je lui dis alors que nous on reste planqué, on ne bougera pas. Lui veut nous inviter à le suivre jusqu’à la porte, c’est là que je comprend que soit cet homme ne comprend rien à ce qu’il se passe, soit il est méchant. Il revient et dit bon bah on attend, ils sont encore là. Quelques instants plus tard je constate avec inquiétude que le guide n’est plus là. A peine une minute plus tard, on entend un grand bruit de porte et des hurlements de policiers, tout le monde cherche une planque mais c’est foutu. On se retrouve coincé sous un porche, certains prendront des coups de matraques, et on se fait tous alignés sur le mur.

Là la bac commence son show habituel, humiliation, "tiens toi droit", "joue pas au con avec moi", il y en a un on ne comprend même pas ce qu’il dit, il a l’allure d’un ivrogne et n’articule pas. Notre moyenne d’âge est de vingt ans et tout le monde sait qu’il ne faut pas moufter dans ce genre de situation, attendre que ça passe, s’écraser. Le guide arrive et la police se calme, là il nous explique qu’il n’avait pas le choix, il fallait qu’on sorte de sa cour donc, il a fait rentrer la police, le mec se confond en justification mais sûr de lui, après nous avoir infantilisé et livré à la police il attend de nous des remerciements. Nous sommes ensuite tous filmé par les caméras piétons, et nos identités sont relevées. Ceux qui n’ont pas leurs papiers sont menacé d’aller au poste, ce qui au final n’aura pas lieu. S’en suit une bonne leçon de morale incompréhensible "vous avez le droit de manifester y’a pas de problème, on est pour, mais par contre maintenant on a vos gueules et vos identités, et si on vous revoit, c’est la garde-à-vue, ce soir vous avez de la chance, mais la prochaine fois..." Puis les portes s’ouvrent sur une rue remplie de policiers qui encerclent la porte en mode opération commando, certains on le genou à terre flash ball en visée.

L’intimidation de ce soir là se prolongera le soir d’après par un contrôle massif des passants à l’heure et au lieu du rassemblement prévu, aucun cortège n’en partira. La police se sent toute puissante, elle s’autorise même des blagues pendant les contrôles.

A Lyon, Samedi 11 février, une centaine de manifestants ont été rapidement encerclés par la police, selon le journal le Progrès, dont nous vous laissons découvrir le style inimitable :

C’est aux cris de "policiers assassins" qu’une jeunesse habillée de noir s’est rassemblée ce samedi place du Pont dans le quartier de la Guillotière suite à un appel lancé sur Facebook. "On n’est pas des bamboulas !", ont crié des gens de couleur tandis que sont présentes aussi des personnes se réclamant anarchistes qui rappellent "détester la police".

A Toulouse samedi 11 février, et selon le Figaro :

Une manifestation a rassemblé 250 personnes dans le calme sur la place du Capitole, selon la police et les organisateurs. « Le négrophobie tue institutionnellement, mécaniquement, froidement, sournoisement », a dénoncé Margesse, une jeune femme membre d’un des collectifs à l’origine de cette manifestation. Une banderole proclamait « Justice pour Théo. Nous ne sommes pas du gibier à flics. Nos quartiers ne sont pas des stands de tirs ».

Le 7 février, une manifestation avait déjà eu lieu, comme le raconte iataa :

Nous étions autour de 150, tout-e-s les pieds mouillés mais motivé-e-s quand même ! Une prise de parole au mégaphone interpelle les passant-e-s et résume l’agression et la révolte qui s’en suit. Quelques slogans fusent, et on se motive vite à partir en manif sauvage.

On s’achemine via les boulevards en direction d’Arnaud Bernard. Deux camions de police nous escortent, quelques poubelles sont renversées, des fumis sont craqués, quelques klaxons retentissent en soutien.
Ça reste sage mais bonne ambiance

A Rouen, samedi 11 février, selon normandie-actu :

Bilan de la manifestation : environ 300 personnes rassemblées, plusieurs tags en centre-ville, quelques échanges musclés entre policiers et manifestants et une belle frayeur pour les riverains présents sur la place du 19-Avril-1944 au moment de la charge policière. Après avoir été dispersés, des manifestants se sont retrouvés devant l’Hôtel de ville et ont emprunté la rue de la République, où des poubelles ont été incendiées, indique une source judiciaire.

Contactée par la rédaction de Normandie-actu, la police a par ailleurs indiqué avoir procédé à l’interpellation et au placement en garde à vue de deux personnes pour « participation à un attroupement ». Les policiers indiquent par ailleurs avoir essuyé de nombreux jets de projectiles.

A Grenoble, selon France Bleu, « ils étaient environ 200, plutôt jeunes, des militants syndicalistes, de parti politiques, comme de simples citoyens rassemblés » à manifester vendredi 10 février place Notre-Dame :

"Les violences policières, le racisme quotidien, les contrôles au faciès que les jeunes de quartier subissent tous les jours, décompte Amine, étudiant en droit. Maintenant ça va jusqu’au viol, à ce niveau là c’est même de la torture." Au fur et à mesure que la place se remplit, se font entendre les premières explosions de pétards, l’ambiance est tendue. Avant la déambulation, plusieurs personnes prennent la parole devant la foule. Les noms d’Adama Traoré, de Jean-Pierre Ferrara sont évoqués comme d’autres faits de bavures policières.

Le cortège démarre, un passage par la place Victor-Hugo, et les deux cent personnes entament une remontée du cours Berriat. C’est là que quelques individus commencent les dégradations. Les vitrines et les distributeurs de plusieurs banques et assurances sont ciblées

A Nantes :

A Bordeaux, une première manifestation de soutien à Théo et « contre la police » avait lieu mercredi 8 février. Selon le Facebook de Bordeaux se lève :

Une centaine de personnes se retrouvent et décident de partir en manif sauvage dériver une banderole ou est écrit "D’Aulnay à Bordeaux, Tout le monde déteste la police" et aux cris de "Flics violeurs assassins !" ou encore "Théo, Adama, on n’oublie pas". De nombreux tags sont posés durant le parcours, un dab [distributeur automatique de billets] d’une banque vole en éclat puis la banque est elle-même repeinte cours Victor Hugo. Le comico du quartier St Pierre voit sa vitre partir en milles éclats et la déambulation se paye même le luxe d’être applaudi par les clients des bars de la place de l’Apollo (désolé pour la pub, on se souvient plus du nom de la place). Quelques rues plus loin les gens décident tranquillement de se disperser. Bien vu, la police arrive en trombe à deux rues et tombera sur... personne. Déso les nazes !


Une autre manifestation était donc organisée le lendemain, toujours à Bordeaux :

Suite à leur impuissance de la veille, les flics ont tenu à marquer le coup par une surprésence aux alentours. Une dizaine de voitures de keufs cours Victor Hugo de Sainte Cat à Saint Mich, une dizaine de fourgons près du pont de pierre, des baqueux cagoulés près des capus. Au final, bien 200 personnes ont répondu à l’appel express et ont décidé de partir en manif en direction des capus, de la Victoire, cours de l’Argone, puis après Saint Nicolas, direction Kleber, Cours de l’Yser et dispersion au niveau du cours de la Marne. La direction du cortège était hésitante mais les gens motivés, joyeux et déterminés à chanter, à taguer la ville. A de nombreux endroits les passants se sont mis à applaudir, comme la veille. Seuls les baqueux nous ont suivi, se faisant régulièrement insulter de pointeurs [violeurs]. C’est nous ou malgré l’énorme dispositif vous vous êtes encore fait bolosser [google trad sèche…] ? D’Aulnay à Bordeaux, courage à tous ceux qui luttent ; à bientôt dans la rue !

BOBIGNY

Après la semaine, le week-end.
Qui fut évidemment marqué par le rassemblement émeutier de Bobigny.

Nous relayons ici des extraits d’un récit publié sur le facebook du Mili :

Dès 16h des milliers de personnes se réunissent sur l’esplanade en bas du tribunal de Bobigny. Pendant ce temps la police quadrille le quartier et une bonne partie de la ville. Une foule assez jeune, mais également beaucoup de familles et essentiellement des gens qui viennent des quartiers populaires. De nombreux militants des centres villes ont également répondu présent à l’appel.

La tension est palpable. Une voiture prend feu aux abords du rassemblement à 16h15. Les prises de parole s’enchainent. De nombreux militants des quartiers populaires rappellent les agissements de la police qui ne sont pas des actes isolés, mais bel et bien récurrent : contrôle au faciès, insultes racistes, violences policières, attouchements pour humilier lors des contrôles, plainte de la part des policiers contre les habitants lorsqu’ils osent se rebeller et bien d’autres choses. [...] D’autres parlent de voter pour agir en politique et les jeunes communistes essayent de faire leur petite propagande politique pour vendre des cartes, mais la foule peu enthousiaste à cette idée préfère scander : « tout le monde déteste la police », « flics, violeurs, assassins », « violeurs en prison », « Zyed, Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas, on ne pardonne pas » et bien d’autres. Des collectifs présentent la marche pour la justice et la dignité comme la date où il faudra être massif.

Tout d’un coup, des groupes courent sur le pont au-dessus de l’esplanade où sont positionnés des dizaines de CRS, des gars de la bac et des RGs. [...] Des centaines de personnes se ruent aux abords du pont. Les tags commencent à fleurir sur les murs : « justice pour Théo », « justice pour Adama », « soyons ingouvernables », « acab », « tout le monde déteste la police », « la police viole », « la police tue » et bien d’autres. Les locaux du conseil général de seine saint Denis sont défoncés, les flics mitraillés de cailloux, les slogans résonnent de plus en plus fort, la foule compacte ne bouge pas, un groupe incendie le véhicule de RTL (rien d’étonnant quand on s’intéresse aux quartiers que quand il y a des affrontements), puis les CRS commencent à gazer. Les gens qui désirent participer à la marche blanche le font et sont gazés par les flics eux-aussi.

Dispersion d’une multitude de groupes composés de centaines de personnes dans les rues autour du rassemblement. Les panneaux publicitaires sont défoncés, les flics tenus en respect, et eux ne manquent pas de tirer en rafale au flashball et des gaz lacrymogènes. Un mouvement de foule se dirige vers la gare de Bobigny, puis vers le centre commercial. Le macdo est défoncé, la police continue de se prendre des cailloux et la gare devient un grand champ de bataille.[...]

Vers 18h45, il y a de moins en moins de monde et la foule reflue vers des petites rues, puis les gens se retrouvent de l’autre côté des barrages. Des grosses enseignes bancaires se font littéralement défoncer, les camions et voitures de police qui passent voient leurs vitres brisées par des énormes pavés, des poubelles sont de nouveaux incendiées. Il reste de moins en moins de monde, mais les gens sont toujours déterminés, tout en étant contraints de reculer vers un genre de parc et pas très loin du périphérique. La cible est logique, bloquer au maximum la circulation. Tout ce qui peut servir pour faire des barricades est méthodiquement disposé sur la route, une station d’essence se fait défoncer, toutes les voitures de police ou de la bac qui passent sont attaquées et obligées de faire des marches arrières dignes des séries qu’on voit à la télé, puis une personne dit qu’il y a un commissariat pas très loin.

La foule se déplace de manière groupée et remarque un décathlon. D’après les informations qui circulent sur internet, chacun a pu refaire sa garde robe et pour couronner le tout un franprix permet de reprendre des forces en bouffant gratuitement – on te l’avait dit, avant d’être franc baisse tes prix. De l’autre côté de la ville, des affrontements éparses continuent et la révolte semble se diffuser à divers points. Toutes les conditions nécessaires semblent réunies pour un embrassement généralisé. Une brèche a été ouverte pour une jonction entre les jeunes des quartiers populaires qui mènent la révolte et ceux des centres villes qui viennent les aider.

On a pu observer tout au long de la journée l’unité d’une diversité, des pratiques similaires, d’autres différentes, un échange tacite dans une bataille pour la dignité et la justice. La rue gronde, espérons que ça ne s’arrête pas là et comme on a pu le lire sur un mur « les flics y boivent du sprite sa mère » ! Ce compte rendu subjectif est sans doute incomplet tant les affrontements étaient étendus.

SUITES

A l’heure où nous cloturons cette revue de presse, dans la nuit de dimanche à lundi, des affrontements semblaient reprendre en banlieue parisienne.

OU L’ON DECOUVRE QUE LA POLICE EST VIOLENTE

Cette semaine on a pu voir de nombreux journaux faire semblant de redécouvrir la violence quotidienne exercée par les forces de l’ordre, notamment en banlieue.

Le journal Le Monde relate les propos d’un policier, qui décrit ingénument l’impunité dont il semble bénéficier :

Si vous avez cru déceler cette semaine du mensonge ou du déni dans les paroles des représentants syndicaux de la police nationale, que direz-vous de l’« explication » donnée par un « simple flic » à une journaliste des Jours, quant à ce qui est arrivé à Théo :

Enfin, voici l’avis de l’anthropologue Didier Fassin, qui a eu la « chance » de patrouiller pendant quinze mois (en 2009), avec des agents de la BAC en banlieue parisienne : 

Les contrôles qu’ils y font servent moins à vérifier des identités qu’ils connaissent qu’à imposer une forme d’autorité brutale et potentiellement à provoquer des interpellations pour outrage et rébellion. La virilité mise à l’épreuve dans les longs moments d’inaction retrouve un peu de son éclat dans ces démonstrations de force. Dans le cas présent, le fait de se mettre à quatre policiers armés pour frapper un homme à terre qui ne se défend pas et de continuer à le rouer de coups alors qu’il est menotté ne leur apparaît nullement comme contradictoire avec cette image virile. Probablement éprouvent-ils une forme de jouissance dans la démonstration de leur toute-puissance face à un homme impuissant

.

ERREUR SUR LA PERSONNE

Sur les réseaux sociaux, cette semaine, on ne pouvait pas passer à côté de la colère qui a accompagné la médiatisation de l’agression de Théo. Colère accompagnée parfois d’un désir de vengeance. Qui s’est l’espace d’une journée concentré sur la personne de Marc-Antoine Coppin, policier, et que certains internautes soupçonnaient d’être le violeur d’Aulnay.

Selon LCI, « plus de 13.000 tweets [ont été] échangés à son sujet. » Qui poursuit :

D’après nos informations, si cet homme est bien policier, il n’a jamais été affecté en région parisienne et ne fait pas partie des quatre policiers mis en cause.

Inquiète pour la sécurité de son agent, la police nationale a lancé un message d’avertissement peu après 16 heures via Twitter : "Aucun des mis en examen à Aulnay ne s’appelle Marc-Antoine Coppin. Une enquête judiciaire est en cours. Faites preuve de mesure sur les [réseaux sociaux]. »

LCI, tout en avouant ne pas connaître l’origine de cette rumeur suppose que c’est la parution d’un article du Parisien qui aurait poussé certains internautes à chercher l’identité du principal mis en cause. En effet, si l’on savait déjà que l’homme accusé de viol avait 27 ans et qu’il venait du Nord de la France, le journal va révéler son prénom, ainsi que ceux de ses collègues (poursuivis eux pour violences).

Marc-Antoine, Tony, Maxime et Jérémie, patrouillent dans leur voiture. Ils appartiennent à la brigade spécialisée de terrain (BST).

Un autre élément biographique avait aussi été utilisé par les syndicats de police pour excuser leurs collègues : les 4 agents de la BST ont peu d’expérience, l’homme accusé de viol n’est policier que depuis 2014, ses collègues depuis 2014 et 2016. On peut imaginer que c’est à partir de ces éléments (peut-être erronés d’ailleurs) que certains internautes ont cru bon de chercher l’identité du mis en examen. Sur Twitter, on brandissait ainsi (telles des preuves) les listes des personnes admises au concours d’entrée dans la police. En effet, dans la promotion 2014 du concours externe de gardien de la paix, il n’y a qu’un seul Marc-Antoine, qui répond au nom de Coppin, et qui a passé son épreuve à Lille.

Mais cela n’explique pas totalement pourquoi c’est ce M. Coppin qui a été ciblé. Car il n’est en fait pas le seul Marc-Antoine reçu au concours cette année là. Et si l’on regarde les listes d’admission de 2013 (pour entrée en fonction l’année suivante) on trouve encore la trace d’un Marc-Antoine du Nord…


Peut être que d’autres éléments biographiques, sur le compte facebook de Coppin, ont rendu ce dernier « supect » aux yeux des Reno Raines de l’interweb. A vrai dire, nous n’avons pas voulu creuser plus avant ce sujet.

Mais cela pose quand même la question suivante : pourquoi les journalistes ne se sont pas sentis autorisés à révéler les noms des mis en examen, une pratique pourtant courante dans la presse, lorsqu’une affaire judiciaire fait la Une. On peut penser que c’est dans le but de les protéger, eux et leurs familles. Outre le fait que cet « anonymat » a surtout donné envie à certains de mener leur enquête eux-mêmes, et donc de (potentiellement) mal diriger leur vendetta, on peut juste constater que nos amis journalistes ne prennent habituellement pas les mêmes pincettes. Notamment dans des affaires qui ont le don de rendre haineux ; typiquement celles de terrorisme. On peut citer cette affaire, parmi tant d’autres, dans laquelle l’Est Republicain avait révélé en toutes lettre le nom d’un Français suspecté de « terrorisme » et arrêté sur le sol ukrainien : la famille de son… homonyme s’était retrouvée harcelée (notamment par d’autres journalistes).

A cela s’ajoute l’embarras de voir ses photos, notamment une tirée du blog de son ancien lycée, reprises en ligne par la fachosphère. Pierre S., créateur du site Fdesouche, s’étonne par exemple qu’un "terroriste d’extrême droite" puisse "aimer Kev Adams, Rihanna et Benzema", sans savoir qu’il a consulté le mauvais profil Facebook.

Peut-être que les journalistes, avec l’affaire d’Aulnay (notamment ici ceux du Parisien) sont en train, soudainement, de changer leurs pratiques... En attendant confirmation, ils accréditent l’idée que les flics sont décidément des mis en examen pas comme les autres.

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