des affects tristes, des passions tristes, des fantasmes,
de l’ignorance, de la soif, de la faim,
du désir, de la frustration, de l’insatisfaction, de l’échec,
des « je veux », des « je souhaite », des regards hautains,
des conneries déguisées en empathie,
des conneries déguisées en sympathie,
des conneries déguisées en union des peuples opprimés,
des intérêts personnels qui n’osent pas dire leur nom,
des « je suis solidaire » qui ne coûtent rien,
des analyses géopolitiques de comptoir,
des nostalgies d’empire inversées,
des anticolonialismes qui reconduisent le colonial.
Fourre-tout.
Je n’aime pas trop l’impérialisme — vas-y, mets ça dedans aussi.
Je n’aime pas les USA — l’ennemi de mon ennemi, c’est bon, y’a l’Iran.
Je n’aime pas Bibi — l’ennemi de mon ennemi, y’a l’Iran.
La paresse m’habite — c’est bon, y’a l’Iran.
Fourre-tout.
Transformer tout en symbole : la femme, la liberté, la vie.
Trois mots, un slogan, un hashtag, une story — suivant.
Perdre la singularité du réel au profit des clichés.
Perdre la singularité au profit des récupérations.
Perdre la singularité au profit d’une lecture coloniale.
Perdre le visage au profit du drapeau.
Perdre le corps au profit du discours.
Iran, signifiant vide.
La voie est libre.
Y fourrer des discours d’extrême droite,
de campistes, de douteux,
qui doutent de l’assassinat des Iraniens,
qui doutent du fascisme de la République islamique,
qui planent dans leur paranoïa,
aveuglés par le discours d’un régime qui tue
et n’ose même pas assumer sa tuerie,
qui parle de « terrorisme » quand il y a soulèvement,
qui dit « complot étranger » quand il y a des corps dans la rue,
qui efface les prénoms, les âges, les visages.
Qui tue.
Et tue.
Et tue.
Et tue.
Et tue.
Tue, dans le black-out.
Fourre-tout.
Gauche, droite, centre : tout y est.
Tout et son contraire y sont.
Tout s’annule !
Quel foutoir !
Quel bordel !
En même temps que tu es ébloui par le symbole,
en même temps qu’à Montreuil ou ailleurs, dans ta cave, tu parles aisément de ce que tu ne sais pas,
en même temps qu’à Paris, dans ton cercle qui déchire, tu nuances ce qui ne se nuance pas,
en même temps que Roger Waters devient le porte-voix de la République islamique
— preuve qu’au moment voulu n’importe quel révolutionnaire de salon peut parler dans la langue de l’ennemi,
confondre anti-impérialisme et complaisance avec les bourreaux —
en même temps que, dix jours après, l’Internet n’est toujours pas rétabli en Iran,
en même temps que le téléphone ne sonne toujours pas,
en même temps que le silence de là-bas pèse plus lourd que tous les discours réunis,
en même temps que les cadavres de centaines de personnes sont encore par terre en Iran,
enfants, adolescents, tués par des armes de guerre, par des snipers,
en même temps que les mollahs se moquent de ce que tu penses dans ton petit cercle éclairé,
en même temps que ta nuance ne sauve personne,
en même temps que ta prudence est une lâcheté qui s’ignore.
Une seule question, maintenant :
Tu te prends pour qui ?
Parham Shahrjerdi






