Incendie de la gendarmerie de Grenoble

La police menace deux sites internet indépendants de fermeture

paru dans lundimatin#115, le 30 septembre 2017

Dans la nuit du mercredi 20 septembre, une caserne de gendarmerie de Grenoble est partie en fumée. Nos confrères du Parisien évoquent un bilan catastrophique : « Au total 40 véhicules ont été incendiés dont huit fourgons de gendarmes mobiles qui valent 120 000 euros pièce, et qui contenaient du matériel d’intervention coûteux dans leurs alvéoles. Le feu s’est ensuite propagé aux locaux techniques, dont le laboratoire. Le préjudice sera colossal, il a été évalué à 20 millions d’euros. »

Dès le lendemain, une lettre d’explication est publiée sur les sites internets indépendants et collaboratifs Indymedia Nantes et Grenoble. Des noctambules y développent leur hostilité vis-à-vis des forces de l’ordre ainsi que leur soutien aux neuf personnes jugées depuis la veille pour l’incendie de la voiture de police quai de Valmy.

Solidarité incendiaire
Ce jeudi, à trois heures du matin, deuxième jour du procès de la voiture brulée.
Avons pénétré dans la caserne de gendarmerie Vigny-Musset. Avons incendié 6 fourgons d’intervention et deux camions de logistique. Le garage et l’entrepôt ont été ravagés sur plus de 1500 mètres carrés.
Cet acte s’inscrit dans une vague d’attaques de solidarité avec les personnes qui passent en procès ces jours-ci.
Forte accolade à Kara et Krem.
Une pensée pour Damien, récemment tabassé par les flics.
Quel que soit l’issue du procès, on continuera à s’en prendre à la police et à la justice.
Notre hostilité est un feu qui se propage.
Des nocturnes

Il relève en effet des us et coutumes de la gauche que de soutenir par l’action directe ou la pétition des personnes poursuivies par une justice jugée inique voire illégitime [1].
La nouveauté ici, c’est que l’OCLCTIC, judicieux acronyme de l’Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l’Information et de la Communication a jugé bon d’envoyer une lettre de chantage aux deux premiers sites ayant relayé l’information. Les accusants de « provocation à des actes de terrorisme ou apologie de tels actes » le service de police leur offre la possibilité de censurer eux-mêmes le contenu litigieux sous 24 heures ou bien d’être rayés de la carte des internets :

Date : Thu, 21 Sep 2017 20:00:34 +0200
From : DCPJ SDLCODF OCLCTIC LISTE interieur.gouv.fr>
To : abuse@indymedia.org
Subject : [OCLCTIC] - Notification demande de retrait de contenus illicites
Bonjour,
L’Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l’Information et de la Communication (OCLCTIC) a constaté la présence de contenus qui contrevient aux dispositions de l’article 421-2-5 du code pénal : provocation à des actes de terrorisme ou apologie de tels actes.
Ces contenus sont visibles aux adresses suivantes : /
/T2017092108623//- https://grenoble.indymedia.org/2017-09-21-solidarite-incendiaire
Des éléments techniques laissent à penser que vous êtes l’hébergeur des contenus.
En conséquence, et conformément à l’alinéa 1 de l’article 6-1 de la L.C.E.N, nous vous demandons de retirer ces contenus.
En l’absence de retrait de ces contenus dans un délai de vingt-quatre heures, nous pourrons mettre en œuvre les procédures de blocage et de dé-référencement prévues par les textes suivant :
- Article 6-1 de la loi N°2004-575 du 21 juin 2004 modifiée pour la confiance dans l’économie numérique, tel que modifié par l’article 12 de la loi N°2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme
- Décret N°2015-125 du 5 février 2015 relatif au blocage des sites provoquant à des actes de terrorisme ou en faisant l’apologie et des sites diffusant des images et représentations de mineurs à caractère pornographique
- Décret N°2015-253 du 4 mars 2015 relatif au dé-référencement des sites provoquant à des actes de terrorisme ou en faisant l’apologie et des sites diffusant des images et représentations de mineurs à caractère pornographique/
Merci de votre coopération.

Rappelons en effet que depuis un décret du 5 février 2015 l’OCLCTIC a le pouvoir de bloquer un site internet sur simple décision administrative, c’est-à-dire de police, et donc en dehors de toute autorité judiciaire si elle juge qu’un contenu pourrait provoquer « à des actes de terrorisme ou en faisant l’apologie et des sites diffusant des images et représentations de mineurs à caractère pornographique ».

Malgré la politesse de rigueur et les remerciements pour la coopération, ce courriel résonne étrangement avec la fermeture musclée cet été d’Indymedia Linksunden. Fâché du fiasco que fut le G20 d’Hambourg, le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière avait accusé le site internet du chef d’« organisation illégale dans le but de détruire la Constitution Allemande » justifiant ainsi légalement la perquisition de ses locaux et la saisie de ses serveurs.

Pour revenir aux menaces envoyées aux deux indymedia, elles sont doublement alarmantes. Tout d’abord parce qu’elles impliquent que l’institution policière s’octroie désormais le pouvoir d’effacer de l’internet les sites dont le contenu ne leur plaît pas, à sa seule discrétion et à partir de critères aussi lâches et indéfinis que l’apologie du terrorisme. Mais aussi parce que cette nouvelle prérogative semble être exercée à la légère : quel juge indépendant aurait visé deux sites indépendants tout en laissant ceux de BFMTV ou du Dauphiné Libéré diffuser librement et dans l’indifférence générale l’exacte même apologie de terrorisme ?

Notons pour finir qu’un autre fait divers semble avoir échappé à la vigilance de l’OCLCTIC. Dans la nuit du 18 septembre, trois fourgons de gendarmes mobiles et deux bus de la gendarmerie étaient incendiés dans une caserne de Limoges. Un communiqué de revendication signé par des gendarmes exaspérés était alors diffusé sur les réseaux sociaux sans que les policiers chargés de l’enquête ne semblent le prendre au sérieux. Force est de constater que prévaut ici, un deux poids deux mesures effarant dans la lutte contre le terrorisme.

Dans la nuit du 18 septembre 2017, nous, ex-gendarmes de l’escadron de gendarmerie mobile 41/2 avons décidé collectivement d’incendier, trois fourgons de GM et deux bus de gendarmerie stationnés dans l’enceinte de la Caserne Jourdan à Limoges.
Par ce geste, nous quittons définitivement la gendarmerie.
Nous souhaitons également adresser toute notre solidarité aux inculpé-e-s dans l’affaire de la voiture de police brulée quai Valmy, dont le procès commence aujourd’hui, 19 septembre 2017 à Paris.
Nous quittons la gendarmerie car nous ne voulons plus tuer, mutiler, réprimer, contrôler, obéir.
Depuis l’assassinat de Rémi Fraisse nous nous sommes réunis pour réfléchir ensemble sur le sens de notre métier de Gendarmes Mobiles.
Le meurtre d’Adama Traoré a confirmé nos doutes sur la pertinence de notre mission.
Nous ne voulons plus tabasser les manifestant-e-s lors des manifestations.
Nous ne voulons plus terroriser la population en Nouvelle Calédonie ou en Guyanne.
Nous ne voulons plus servir de garde-chiourme dans les tribunaux.
Nous ne voulons plus faire office d’armée d’occupation en banlieue ou dans les anciennes colonies.
Nous ne voulons plus obéir au politiciens et servir de bras armé du Capital.
Nous ne voulons plus de chef du tout.
Notre caserne est une prison, cette mutinerie est un premier pas vers la conquête de notre liberté.
Nous appelons tout nos collègues, qui du haut de leur appartement de fonction, ont pu contempler le feu de joie de la nuit dernière à nous rejoindre.
Répandez la R.A.G.E !
Révolte Anarchiste des Gendarmes Exilés.

Gageons que nos confrères de la presse libre et subventionnée partageront notre indignation face à une telle ingérence de la police dans les choix éditoriaux d’indymedia tout autant que dans le laxisme avéré des agents de l’OCLCTIC vis-à-vis de BFMTV. Nous les appelons évidemment à cosigner cet appel à se solidariser avec les indymedia de Nantes et Grenoble.

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