#GiletsJaunes, Acte IX, Tour de France

Pendant que les Gilets Jaunes parisiens se faisaient nasser place de l’Etoile, leurs camarades provinciaux restaient nombreux, libres et déterminés.

paru dans lundimatin#174, le 15 janvier 2019

Après cet acte IX du mouvement des GJs nous revenons avec un tour de France des manifestations. Ce que l’on a pu constater ce samedi c’est que la mobilisation avait bel et bien repris, avec plus de monde dans les rues - ce que l’Intérieur, et donc la presse, n’a pas pu nier - et, contrairement à ce qui fut claironné un peu partout une détermination similaire à celle du week-end dernier.

Encore une fois nous invitons nos lectrices et lecteurs à nous envoyer leurs récits, car le mouvement des Gilets Jaunes en province subit un traitement très « léger » dans la presse nationale (qui ne cesse pourtant de noter qu’il est constitué en grande partie d’habitants des « territoires périurbains ou ruraux »). C’est particulièrement flagrant cette semaine où le "redoux" parisien a rapidement été généralisé à la France entière, alors même que les affrontements entre GJs et forces de l’ordre se sont multipliées "en régions".

S’il est pour l’instant en grande partie constitué d’une recension de tweets, cet article sera mis à jour au fur et à mesure de notre récolte d’informations.

Paris

Pour la première fois depuis le début du mouvement le 17 novembre on a vu se dérouler à Paris une manif déclarée, allant sans dévier de son point de départ, Bercy, à son point d’arrivée, la place de l’Étoile.

Cela faisait plusieurs samedis que l’on n’avait pas vu autant de monde dans la capitale, mais cette foule était, de manière inédite, encadrée par un petit groupe de "sécurisation" composé de GJs. Ce "service d’ordre" avait visiblement été exigé par la préfecture pour valider ce parcours un peu fou. Aucune organisation syndicale, malgré une expérience de l’encadrement plus grande, n’aurait pu (ou voulu) organiser une manifestation traversant ainsi Paris de part en part. Les GJs l’ont fait.

Ce SO de 90 personnes s’était donc organisé au dernier moment, via les groupes Telegram d’organisation francilienne. Il était composé principalement de brassards blancs (des bouts de chiffon) dont le but était de courir un peu partout pour aller faire la chaîne devant les rares CRS que la manifestation croisait. Mais aussi de brassards bleus, qui à l’inverse des premiers cités étaient censés connaître le parcours. Et d’un GO, doté d’un micro-casque et d’un piètre système d’amplification sonore. A noter que les membres du SO ne semblaient pas trop se connaître. Et qu’on trouvait parmi eux 3 ou 4 militaires retraités (et vieux), portant uniformes, médailles et bérets. Ce Service d’Ordre, à l’inverse de ce que peut produire la CGT ou FO, n’était visiblement pas armé, ni même protégé. A aucun moment il ne s’est mis en situation de s’en prendre physiquement aux participants. Il s’agissait plutôt de calmer les esprits, lors des rares moments de tension. Ces moments de tension résultant principalement de la rencontre avec les forces de l’ordre, avec des intersections, ou avec les Galeries Lafayette - rencontre qui produisit une scène unique : leurs vigiles rejoignant la chaîne des brassards blancs.

Quand des manifestants un peu lucides questionnaient l’intérêt de suivre docilement le parcours prévu il leur était rétorqué que de toute façon nous serions bloqués avant l’arrivée, ou à l’inverse que la manifestation était autorisée jusque 17h, ou encore qu’après l’arrivée, les gens feraient bien ce qu’ils voudraient (sous-entendu : des choses un peu plus intéressantes que traverser la rive droite au pas de charge).

A l’inverse de ce qu’il s’est passé ailleurs en province, les journalistes étaient plutôt "tolérés" - la limite à la tolérance se nommant visiblement "BFM". Certains reporters télé, voire radio (!) étaient accompagnés de personnels de sécurité, parfois vraiment crétins, parfois particulièrement agressifs.

Toute cette troupe de GJ et leurs suiveurs arrivèrent rapidement en vue de l’Arc de triomphe. Le parcours impliquait de le contourner partiellement via la rue du Faubourg Saint Honoré avant de s’insérer sur la place de l’Etoile, par la seule voie qui n’était pas condamnée par la police. Tous les autres accès à la place étaient barrés par des camions, des policiers, voire des canons à eaux ou des blindés. Le monument était lui-même entouré de barrières, derrière lesquelles se trouvaient des gardes mobiles et leurs blindés. Les manifestants étaient donc invités pour les 3h suivantes (jusqu’à la fin officielle de la manifestation) à tourner docilement dans cet anneau.

Assez rapidement la police ferma le dernier accès à la place. Les quelques groupes qui, sentant le traquenard, avaient refusé de rentrer sur l’Etoile étaient grandement encouragés par la police (parfois à coup de matraque) à rejoindre la place.

Le piège pouvait se refermer : les milliers de manifestants n’ayant plus qu’à se laisser gazer, flashballer et mouiller, sans perspective de sortie groupée. Une bonne partie des GJs, habituée à cavaler dans Paris toute la journée (il n’était que 14h lors de l’entrée sur la place), était particulièrement déçue par le déroulé des événement et remontée contre les pseudos organisateurs - "qui se prennent déjà pour des ministres", dixit.

Fuyant des affrontements tout de même très violents (si le dispositif statique restait plutôt placide, la BAC procédait à de nombreuses charges à coup de flashballs et de grenades de désencerclement), la foule quittait la place au compte-goutte. Et zonait ensuite dans ce qui est désormais le "quartier des Gilets Jaunes" : les Champs et l’axe Frideland-Haussman. Un groupe d’un millier de personne réussit à remonter au pas de course jusqu’à Saint-Lazare, avant de se faire disperser par la Bac. Jusque tard des groupes de GJs cherchaient un rassemblement rejoindre. Avant de se redonner rendez-vous la semaine prochaine, en se promettant de ne plus jamais se faire berner ainsi.

Pour samedi prochain les mêmes organisateurs ont déposé un parcours au départ d’Invalides à 11h. Ils promettent la présence de brassards blancs et de brassards bleus. Ils ne disent pas encore comment ils projettent de nous amener à nouveau dans une nasse.

Nimes

Pour l’acte VIII, Montpellier avait connu de longs affrontements dans le centre-ville. Les forces de l’ordre avaient lancé des pavés sur les manifestants, savaté à terre un homme inconscient, gazé la foule et tiré dedans à flux tendu. Acte IX à Nîmes, ça continue. Mais les falsificateurs médiatiques raconteront-ils encore que les gilets jaunes de Nîmes étaient là pour blesser, voir tuer, des policiers ? Le Midi (non) Libre donnera-t-il encore la parole à un policier, hypocrite et menteur, titrant un horrible article « La haine les a transformés », insinuant qu’on est tous sous cocaïne ou qu’on a la sauvagerie dans le sang ? Qu’importe. À Nîmes, nous sommes allés chercher « la foule haineuse » dont a parlé Macron et voilà les notes avec lesquelles nous sommes rentrés à la maison.

Instants volés, dans le désordre

Un drapeau pirate fait front avec un drapeau français.
Des femmes portent une banderole blanche contre les violences policières.
Un prof syndiqué n’a pas son drapeau mais porte un gilet jaune.
Des personnels médicaux se font street medics et aident les nombreux blessés.
Un jeune intérimaire du Vaucluse crie « Macron démission » et ça reprend en cœur.
Une vieille dame passe avec un masque à gaz et un casque.
De la musique rythme le tout.
Un ex-légionnaire porte un inquiétant béret rouge.
Nous voulions la préfecture.

Mais les miliciens gazent puis profitent de la panique pour nous tirer comme des lapins.
Je me surprend à fredonner la Marseillaise, chant bien martial, avec un ado des quartiers. Ça alors !
Des jeunes crient « tout le monde déteste la police » et tentent de reprendre position.
Un vieil homme avec un chapeau déclare qu’on est en dictature.
Nous pourrions être plus offensifs, et même passer par d’autres rues.
Mais on ne le fait pas.
Est-ce l’effet épique des arènes ?
Il y a du spectacle qui se joue en dehors.
« Les boucliers devant ! », Les boucliers devant ! »

La bataille pour la préfecture devient strictement symbolique.
Ça s’en va et ça revient.
Tauromachie à l’envers et déformée.
Les taureaux sont armés et portent des uniformes.
Ils ne sont pas les animaux sacrifiés d’une tradition séculaire, mais les bourreaux agréés d’un vieux pouvoir en déroute.
Une jeune fille se prend une balle de flashball en pleine tête.
Un homme d’une soixantaine d’années avec lunettes de vue, insulte copieusement la police.
Je me prends un tir de flashball dans le crâne alors que je tourne le dos à la police. J’ai une casquette de chantier coquée, mais ça me laisse quand même un bel œuf de pigeon.
Tous les chemins mènent-ils à la préfecture ?
La foule est étrange :
il n’y a plus que le premier chemin qui compte, celui bloqué par la police.
On a du mal à s’organiser en fait.

Repli.
Il y a la banque de France, non gardée, juste à côté de nous, mais personne ne la voit. Pas de casse à constater d’ailleurs en ce début d’après-midi.
On entend pourtant une voix : « gilet jaune cherche chariot élévateur pour rentrer dans la banque de France ».
« Arles représente » , « Montpel’ vient aider Nîmes les gars » « Ouech, nous c’est Bézier », et « y’a Alès aussi » !
On échange son blaz comme entre quartiers.
On est à côté des arènes, mais le spectacle sportif n’opère plus comme division entre villes.

Beau cortège que celui qui s’élance autour du centre-ville.
Des milliers de gilets jaunes.
Des discussions inattendues.
Toujours une folle diversité.
Des chants.
Retour aux arènes.
Les taureaux en uniforme tiennent toujours la rue symbolique de la préfecture.
Gaz.
Barricades de fortune.
Mobilier emprunté.

Est-il légitime de casser une caméra de vidéo-surveillance ?
Un débat, des engueulades. Des surprises
Une mère de famille défend l’action face à une autre mère de famille.
Un jeune crie : « En 1789, ce sont les casseurs qui ont pris la Bastille ! »
Des attaques, des blessés, des gaz puis du flashball dans le tas.
Ténacité. Mais reculs successifs.
Deux jeunes super sympas voudraient qu’on rentre dans les arènes.
Pourquoi pas mais risque de nasse.
Un flic des renseignements généraux est dans les arènes et nous filment de haut.
Hélico survole toujours.

Foulards, pantalons de cuir, maquillages.
Un homme à un casque de gaulois sur la tête.
Sur son gilet jaune il est écrit : « l’indien des gaulois réfractaires ».
On est dans Avengers en fait.
Quoique les cagoules colorées rappellent Kick Ass.

Les motards sont arrivés.
Beaucoup rêvent qu’ils passent devant et fassent reculer les forces de l’ordre.
Un motard, qui pensait sûrement être suivi par les autres, est déjà passé.
On dirait un peu une scène de Mission Impossible.
Il n’avait pas l’intention de foncer dans les flics mais eux ont tenté de le blesser.

Manifestation de samedi 12 janvier à Nîmes un motard passe en panique au milieu des CRS

Publiée par Sebastien Petit sur Dimanche 13 janvier 2019

Les policiers nous font reculer.
Il pleut des gaz.
Spartacus avec nous !
Mais la garnison avance.
Des banques ne résistent pas au passage de la jeunesse.
Débats intéressants. Positions inattendues.
En France aujourd’hui.
On arrête des gens parce qu’ils ont des gilets jaunes dans leur voiture.
Et on les empêche de passer quand le feu est vert.

Fin de journée.
Des gens font un feu à la porte du centre des finances.
Séance Pac-man.
Voiture pour le retour, France Info.
Deux « analystes » expliquent que le mouvement gilets jaunes est une attaque contre la diversité et la démocratie.
No comment.

Il y avait bien une foule haineuse à Nîmes samedi.
Elle avait des armes et des uniformes.
Foule haineuse contre foule unie.
Dans le gaz, tout le monde est solidaire.
Des manifestants qui auraient pu charger leurs assaillants, qui auraient pu prendre la préfecture.
Mais une volonté d’éviter de plus nombreux blessés.
Et de la bienveillance, même dans l’affrontement.
Une foule qui, somme toute, n’a pas voulu faire usage de la force qu’elle avait.

Du gouvernement par la police et la presse :
Il y a des foules haineuses en France, payées pour tirer dans la diversité.
Et des journalistes haineux, payés pour désinformer, manipuler l’opinion et récompensés de leur soumission.
Ils nous rappellent une phrase de Jacques Bouveresse.
« Quoiqu’en disent les journaux, la liberté de la presse n’a pas d’ennemi plus pernicieux que la presse elle-même ».

Caen

Vendredi soir c’était l’AG dans un lieu alternatif en périphérie de Caen. Elle a encore rassemblé plusieurs centaines de personnes. Le mouvement ne lâche rien et il s’organise. Toujours sans chef ni représentant, les gens y tiennent dur malgré le fait qu’on y trouve toujours Patrick Bunel. Cet homme, qui s’est prétendu chef des gilets jaunes en décembre pour causer avec le maire, est un ancien proche du gros facho de Bruno Mégret, en plus d’avoir été militaire, directeur d’exploitation chez LVMH, ingénieur de maintenance pour Total au Nigeria… Bref la raclure totale qui tente encore d’avoir une prise. Mais lui comme ses sbires n’enlèvent rien aux désirs des gilets jaunes de ré-inventer ensemble le sens d’un mouvement qui prend ses décisions ensemble et qui prend le temps d’analyser la situation. Et ce qui marque ce début d’année, c’est aussi la répression, des copains sont déjà en taule, d’autres ont subi des perquisition, d’autres sont à l’hôpital ; on ne les oubliera pas. Après l’AG une action de blocage se tient pour se chauffer avant le lendemain.

Samedi matin le tour de la ville réunit encore au moins 3000 personnes dans un cortège festif et lumineux. La présence policière est forte et visible mais tout se passe sans encombre pour cette matinée. Quelques médias se font gentiment chahuter étant donné les kilos de conneries qu’ils balancent depuis des mois. Ce tour se termine sur les marches du palais de justice, en face de la préfecture. Tout le monde s’y retrouve pour écouter le saltimbanque écharper les idées reçues et le gouvernement. La manif est terminée et, à présent, les gilets jaunes vont dialoguer avec le gouvernement avec la seule musique qu’il entend.

Le mot d’ordre passe, nous allons « libérer nos camarades ». Mais littéralement cette fois puisque rendez-vous est donné à la maison d’arrêt ! Un cortège se forme pour la rejoindre, il y a bien 2km, avouez que ça en vaut la peine, la prison devient l’objectif des gilets jaunes.

Il faudra le temps pour que chaque personne fasse sa pause, mais vers midi il y a du monde aux abords de la taule. Les gendarmes gardent les rues adjacentes et nous ne tentons pas de passage en force. C’est par une petite rue qu’on peut s’approcher des murs et même voir les détenus à leur fenêtre. Même si l’on peut regretter que le mot d’ordre ne soit pas de libérer tous les prisonniers, dès qu’on peut les voir, la joie est communicative et ça crie à tue-tête. Parloir sauvage pour un sacré bordel sans doute dans la maison d’arrêt. En espérant que les détenus ne paient pas la frousse qu’on a flanqué aux matons.

Bon, ça ne se jouera pas ici. On retourne vers le centre ville, non barricades car la police nous suit. Les feux se multiplient et on redescend vers le centre-ville. Dès qu’on y est, les forces de l’ordre se font plus présentes, jusqu’à charger au trot quasiment sur 500m. Tout ce qui peut servir de barricade est balancé, le ton est donné et il durera les 6 prochaines heures.

Tandis qu’on arrive au cœur de la ville et sur le chantier du tram, les flics arrivent rapidement à nous en chasser. Mais nous restons groupés et descendons le chantier sur une rue parallèle. La rue Saint-Jean voit quelques vitres de banques être cassées et un camion de police égaré sur le chemin
doit faire demi tour à marche forcée poursuivi par la foule. Ça a revigoré le cortège qui rejoint les ponts et presque le chantier. Une dernière course et nous y sommes. Les flics nous ont viré du centre de la ville mais nous n’en sommes pas loin, à 300m de la gare et à côté des « Rives de l’orne », le nouveau centre commercial du centre-ville. Surtout, nous sommes plusieurs centaines, et nous avons tout le matériel de barricade à disposition.

Alors pour le reste, on connaît la chanson. L’affrontement dure plusieurs heures, les policiers n’ont pas la force de nous disperser, la BAC, elle, doit reculer quand elle tente de nous prendre sur le côté. Le feu est généralisé sur le front et sur les côtés. Nous sommes au dessus d’un pont qui conduit les trains à la gare, ses voies sont envahies et le trafic est bloqué toute l’après-midi.

A quelques centaines de mètres de là, au squat du Marais, se déroule depuis le tout début d’après-midi un Forum des luttes organisé depuis plusieurs mois par l’Espace de Convergences. Quelques personnes présentent leurs luttes (hôpitaux psychiatriques de Rouen et de Caen, l’inter-gare de Paris, les agents territoriaux de Caen la Mer) et finissent par débattre, à une petite centaine, du surgissement des gilets jaunes pendant que les brasiers se consument au bout de la rue du squat.

À la tombée de la nuit, nous avons reculé bien loin du centre-ville et la foule restante se carapate… même si certains en profitent pour se retrouver en plein centre-ville et redonner de la voix et des flammes.

Ce qui se vit ici ne tiendra jamais dans l’urne d’un RIC ou d’une législative. Le basculement qui s’opère consacre les exclus, les réfractaires, les pauvres, les asservis. Ce n’est pas le peuple qui se lève, ce sont celles et ceux qui souffrent de ce monde contre celles et ceux qui les en font crever. Ce n’est pas la France qui se réveille ou qui est « en colère » c’est ce qu’il reste d’humain en nous qui ne veut pas se laisser gouverner.

Marseille

Comme depuis neuf samedis consécutifs les GJ de Marseille ont appelé à une manifestation au départ du vieux port à 14h. Si les dernières manifestations des GJ comptaient 2000 à 3000 participants, cette fois nous étions plus autour de 6000 si ce n’est plus.

L’ autre point notable est qu’aucune autre manifestation du mouvement pour le « droit à la ville » ou contre les politiques de gentrifications urbaines n’étaient appelés ce samedi. Ce mouvement d’importance majeure à Marseille après le mur de la plaine et les effondrements des immeubles à Noailles a pourtant oujours su converger avec certains GJ. D’ailleurs, des Gilets Jaunes de la plaine appelaient à se réunir a 13h sur la place pour un cortège qui rejoindrait le vieux port.

Maintenant que la mairie a transformé notre place en rond-point, les luttes sont liées ! Depuis cette fausse blague et sous une banderole « Gaudin, Chenoz, Vassal, Macron, Castaner : mon rond-point dans ta gueule ! » c’est un cortège de 200 personnes qui a rejoint la masse de GJ sous les applaudissements et les cris de joie.

Après un bon fourre-tout de slogans et de chants, parfois bien contradictoires, c’est « tous ensemble » que nous nous sommes dirigés vers le tunnel du Vieux Port pour le bloquer. N’étant pas suffisamment rapides parce que trop nombreux, la police a déjoué nos tentative de blocage tout au long du parcours. Mais pour la première fois ici, la manif GJ a tenté d’agir directement et ainsi est sortie des parcours classiques et des revendications à la prèf.
C’est effectivement une vraie randonnée que nous avons fait, d’entrées d’autoroute en centres commerciaux.

Toute l’après-midi s’est donc passée ainsi dans un joyeux bordel, parsemée de quelques affrontements avec la police lors d’une arrestation au cours Belsunce et aussi lors de la dernière tentative de blocage de la Joliette. Vers 18h, le cortège s’est retrouvé devant l’hôtel de ville, cette fois plus de sapin de Noël pour nos feux de joie mais un fumigène lancé sur le balcon du premier étage a fait sensation. Après quelques pousse-pousse avec leurs barrière de protections, la police a fait son travail en lançant gazs et assourdissantes, ce qui a sonné le coup de sifflet tant attendu de la troisième mi-temps. Droit au but c’est un énième saccage de la Canebiére qui s’est joué avec évidemment sont lot de pubs et de banques brisées mais aussi un pillage de SFR dans la joie et la bonne humeur. Fin du match à la plaine, histoire de rappeler qu’on n’aime pas leurs chantiers ni leurs vigiles, la porte est fracturée et ces derniers copieusement arrosées de cannettes innombrables provenant d’un container juste à côté, sauvés de peu par l’arrivée des casqués, en effet ils sont copains comme cochons.Un beau feu de sapins allumé au Cours Julien. Dispersion dans le désordre !

Les constats de cette journée sont multiples mais il est certain qu’on joue mieux que l’OM et qu’on a bien mouillé le maillot, la mobilisation est bien plus large et les manifs tentent d’être opérantes. Pour autant, depuis le 15 décembre le dispositif policier s’est adapté et nous procure quelques difficultés. D’une part, les GM ainsi que la bac se tiennent au corps-à-corps et suivent le cortège tout le long sur les côtés, tellement serrés qu’ils semblent faire partie du cortège. D’autre part, ils tentent le jeu des économies sur les gaz, ce qui étonnement nous pose quelques soucis de sécurité. Ce nouveau dispositif pose effectivement de nombreux problèmes. Au-delà des normes d’hygiène (une distance de sécurité est largement recommandée, en cas de manifestation), c’est souvent aussi les gaz qui produisent de la distance et empêchent la BAC de se tenir trop près. Ainsi, paradoxalement, on se sent plus à l’aise sous les gaz et on a pu constater qu’avec un peu d’insistance leur addiction au gaz les rappelle. Longue vie aux gilets jaunes et vivement l’acte X !

Lille

Le rdv était donné à République pour le debut de la manif "declarée". La place est cernée par la police qui fouille toute personne entrant dans le perimetre à la recherche de serum phy /masque et tout ce qui peut servir à se protéger. La manif reunira beaucoup de monde. Je ne me lancerai dans aucune bataille des chiffres mais le boulevard était jaune de monde.

Après une balade "plan plan", précédée par les flics et suivie de prêt par la BAC, une partie de la manif prend la tangente et arrive en vue du pétiph’ suite à une erreur de jugement des policiers. La manif sauvage étant tout d’abord partie sur une rue à gauche, les flics laissant le champ libre vers le périph’ (mais pas longtemps ) le debut du cortège fait donc demi tour pour se diriger à nouveau sur le periph’. Là, un barrage de CRS se forme en toute hâte, le cortège restera majoritairement pacifique levant les mains devant les flics qui feront tout de même usage de lacrymos pour nous faire reculer. Après dispersion et deux trois échauffourées on se retrouve sur les boulevards non sans avoir laissé quelques "barrages" derrière nous. Ensuite on se dirige vers la place où il y a la grande roue, tallonés de prêt par la BAC, puis bloqués devant par un cordons de CRS qui à nouveau tirera des lacrymos, faisant refluer les gens vers l’arrière où la BAC ferme complètement toute possibilité de sortie. Les policiers font mettre les gens a terre avant de nous délester de nos protection (lunette masque, etc) et alors que je pense être pris dans une nasse et bon pour une gav, ils nous laissent repartir. Je ne sais pas si la manif est repartie ou si elle s’est dissoute j’ai perdu le gros des gens et ne connaissant pas bien Lille après avoir un peu erré je me suis décidé à rentrer.

Lyon

Rassemblement de Fourvière à 10 h.

Cette action avait été décidée en AG du lundi 7 janvier par le groupe de préparation de la journée du samedi 12 cf compte-rendu précédent : pas de rendez-vous à 10 h à Gerland). Le lien FB renvoie alors à cette action et aux autres.

La veille, à 12 h 32, sur la liste du Front social une personne liste les actions prévues dont le rassemblement à Fourvière. À 18 h 40, le même annonce : « Pour des raisons de sécurité, le point de départ de la manif » demain matin à 10 h à Fourvière est modifié. Nous partons de Part-Dieu place Béraudier devant la gare pour rejoindre Gerland et la marche en hommage aux Gilets jaunes victimes de la répression. Il est signé « Solidairement, GJ Lyon Centre »

La page FB des GJ Lyon Centre est alors modifiée en ce sens.

Après quelques échanges un peu vifs, il apparaît que c’est parce que les fafs auraient prévus de parasiter l’action : « mais si tu souhaites manifester aux côtés du GUD/Bastion, des identitaires, etc., libre à toi (elles sont là les raisons de sécurité, pour ne parler que de cet aspect). » Merde, me voilà en odeur de nazification.

La presse locale qui avait eu ses infos par les mêmes réseaux sociaux annonce le rassemblement de Fourvière (Progrès de samedi). Sur place, un dizaine de GJ informés par la presse venus du centre-ville et d’hors de Lyon (Meyzieu). Sur place encore, une visite guidée du site de Fourvière par des ensoutannés et surprise, pas l’ombre de la queue du moindre faf ! La journaliste du Progrès présente apprend alors que la rassemblement a été annulé. Elle fait quelques photos cf. article.

https://www.leprogres.fr/actualite/2019/01/13/l-intelligence-connective-qui-se-federe

Nous descendons pour rejoindre Bellecour pour le RDV matinal organisé depuis le début par les GJ Bellecour.

Après avoir discuté avec les présents sur place, une petite manif (50/60 personnes) s’élance rue de la République. Arrivés aux Terreaux (après une pause pour attendre qu’une personne contrôlée par les gardes mobiles soit relâchée), retour à Bellecour par les quais de Saône. Et là encore pas le moindre faf.

Pour finir, cette citation de 1793 sur la démocratie dite « représentative » : « J’avoue que je n’ai jamais pu réfléchir sur ce système de représentation sans m’étonner de la crédulité, je dirais presque la stupidité avec laquelle l’esprit humain avale les absurdités les plus palpables. Si un homme proposait sérieusement que la nation pissât par procuration, on le traiterait de fou ; et cependant penser par procuration est une proposition que l’on entend, non seulement sans s’étonner, mais qu’on reçoit avec enthousiasme. » John Oswald, révolutionnaire écossais, rallié dès 1789 à la Grande Révolution, mort au combat en 1793 en Vendée.

J-P

Rassemblement à la Part-Dieu à 9 h 30/10h

Reprenons le fil de cette journée, un rendez-vous dans le centre commercial de la Part-Dieu dès 9 h 30 nous avait échappé mais a-t-il eu lieu ? A posteriori pas trace de celle-ci.

Il n’a pas eu lieu et une des personnes qui avait prévu de l’organiser, s’est aperçue (d’après ce qu’elle m’a dit) que leur proposition d’action avait été squeezée, sans qu’ils le sachent) Cela a donné lieu à la Part-Dieu à une explication entre la quinzaine de participants à cette action et les GO (Gentils Organisateurs). J-P

Autre rendez-vous à 10 h devant la gare, place Charles Béraudier, point de rendez-vous signalé donc moins de 24 h avant qu’il ait lieu. On se rend compte rapidement que l’on se trouve avec la bis repetita de la semaine précédente (aux Brotteaux) même heure pour ce cortège et même composition de Gilets jaunes assez réactif aux réseaux sociaux. Speech avant départ afin de rassurer une manifestation « qui doit bien se passer ». Nous apprenons que le préfet n’a pas émis d’objection à ce point de départ malgré tout non déposé (mais la limite est mince en l’occurrence, là). Il y a des forces de l’ordre qui stationnent mais qui ne font ni contrôle, ni arrestations. Démarrage du cortège presque 1 heure après le rdv soit vers 11 h pour faire, classiquement, le plein mais la vérité c’est que nous n’étions pas plus de 120. Direction Gerland par la rue des Cuirassiers, avec passage devant l’entrée du centre commercial de la Part-Dieu mais sans slogan qui résonnerait avec ce parcours. À propos des slogans cela s’est un peu renouvelé par rapport à la semaine précédente avec un « On est là, même si vous ne voulez pas, nous on est là » adapté pour l’occasion qui donne, quand même, une vie à ces manifs au rythme très lent et avec même des points d’arrêts... Nous remontons la rue Paul-Bert, passage par la Guillotière, rue de Marseille, rue de l’Université jusqu’à Jean Jaurès et remontée par cette avenue et une fois passé Jean-Macé son no man’s land pour enfin arriver devant le palais des sports de Gerland vide de monde.

A noter cette grosse différence avec les manifestations Gilets jaunes des trois premières semaines où les manifestations avançaient au contraire très vite ne facilitant pas les regroupements. Bien sûr on peut dire que c’est le fruit de l’expérience, mais comment ne pas remarquer que ces manifestations qui avancent de plus en plus lentement sont aussi celles qui sont déclarées et quasiment autorisées, alors que celles de l’après-midi qui ne le sont pas se caractérisent par leur mobilité ?

G.

Gerland 14 h

Gerland à 14 h manifestation en hommage aux victimes du mouvement, marche silencieuse déposée en préfecture. Il était attendu des cars avec des personnes des départements voisins pour ce cortège « coordonné » même si l’on se demande à quel point cela a porté ses fruits. Départ à a peine 14 h à 300 tout juste avec SO tenu fermement. Un SO ne portant pas de gilets jaunes pour une manif de GJ cela laisse songeur. Le trajet est annoncé et il ne dérogera pas : Jean-Jaurès jusqu’à Saxe-Gambetta avec un petit grossissement des rangs à partir de Jean-Macé. Passage par la Guillotière et son pont avec bifurcation juste après pour les quais du Rhône avec évitement de Bellecour. « Évitement » bien maitrisé par la préfecture pour cette manif qui va passer ensuite par Cordeliers, rue de la République jusqu’aux Terreaux. Il était envisagé sur la presqu’île d’être rejoints par le cortège principal, rien qu’au niveau de la rue de la Barre, rien ne se passe et certains à plusieurs moment vont déroger aux injonctions du SO qui montre la marche à suivre même si cela ne changera rien au final. Le script de la manif prévoyait une mise en scène avec un faux cercueil porté à l’avant rue de la République, lâché de ballons jaunes sur les Terreaux, chants de la Marseillaise et dispersion.

Bellecour 14 h

La manifestation de la place Bellecour démarre à 14 h 10 de la place direction les quais du Rhône. Comme d’habitude on a l’impression qu’il n’y a pas la foule (environ 500) et on prend à gauche en direction des Terreaux mais par les quais. Assez rapidement la foule gonfle ; une grosse majorité de manifestants en gilets jaunes, mais difficile de savoir si c’est parce que de plus en plus de manifestants enfilent le gilet jaune ou si c’est parce qu’il y a plus de « Gilets jaunes » d’origine contrôlée présents.

Dès la passerelle et à hauteur du lycée Ampère, les premiers gazages ont lieu, suite à une attitude un peu offensive d’une petite partie de la manifestation qui essaie de forcer le passage sur la presqu’île. Après une halte et des hésitations nous continuons. La tension descend d’un cran et nous filons en direction des Terreaux en coupant la circulation sur l’axe Nord-Sud. Sur l’esplanade de la place Louis Pradel un accrochage a lieu avec les fascistes qui sont éjectés de la manif. On arrive aux Terreaux. La manifestation a enflé autour de 2000. On repart direction quai de Saône par la rue Constantine et là les flics nous attendent par la rue d’Algérie. Nouveaux gazages. Nous continuons sur le quai St-Antoine et nouvelle agression de la police à hauteur de la rue de l’Ancienne-préfecture avec forces charges. Le gros de la manif rejoint la place des Jacobins pour se diriger vers Bellecour. Mais pour des raisons diverses un gros groupe de manifestants restent à hauteur du pont Bonaparte, peut-être pour échapper au gaz et une quinzaine d’entre eux descendent sur le bas-port où ils se trouvent tout à coup pris pour cibles par une trentaine de flics de la Bac qui descendent et les frappent gratuitement.

À Bellecour, on ne s’en rend pas compte sur le moment et l’agitation est à son maximum. Comment ressortir de Bellecour ? Un groupe d’une cinquantaine de Gilets décident de forcer le passage par la rue Victor-Hugo et ils chargent efficacement en descendant les barrières de travaux au passage puis se dispersent, mais tout à coup les flics sortent de partout et grenadent la place comme, peut-être, ils ne l’ont encore jamais fait depuis 9 semaines. Re-tentative de passage rue Victor-Hugo pour rejoindre ceux qui sont passés et là regazage après engouffrement dans la rue. Certains refluent vers la rue de la République où ils continuent leurs grenadages que les consommateurs venus nombreux pour les soldes dégustent comme nous-mêmes.

Après une accalmie d’une demi-heure, regroupement sur la place Bellecour car le principe de base du Gilet jaune c’est de n’être jamais dispersé et de toujours revenir. Et la mobilité avant tout. Au passage autant dire qu’il y a une difficulté à bien rendre compte de certains moment de l’après midi car la force de débordement de ce mouvement est incomparable et crée des situations non linéaires.

La manifestation redémarre en direction des quais du Rhône direction blocage de l’axe Nord-Sud mais en direction cette fois du sud de Lyon et au milieu des voitures. Mais, alors que nous savons qu’ils nous attendent un peu plus loin, nous faisons demi-tour et reprenons en sens inverse pour aller vers Bellecour où la plus grande confusion règne. Mais les GJ n’aiment pas trop faire du surplace et nouveau départ pour bloquer à nouveau l’axe Nord-Sud en direction du sud.

Après le Sofitel des cars de CRS, semble-t-il vides, cherchent à passer mais nous les bloquons pendant une quinzaine de minutes avant que les bacqueux nous dégagent à coup de gaz. On riposte avec des pierres, ils chargent, matraquent à tout va mais comme ils n’ont aucune logistique cellulaire, ils ne peuvent arrêter personne et relâchent une personne coincée entre les véhicules garés du centre, après l’avoir tabassée à 5-6 pour se défouler un bon coup. Nous sommes très nombreux. Peut être 3000. Au milieu des voitures nous avançons sous un concert de klaxons approbateurs pour un blocage en règle de l’A7. Petite remontée du pont mais redéploiement au niveau du Luna Park de Confluence et nouveaux gazages précédant des charges. Nous nous dispersons un moment pour nous regrouper 100 mètres plus loin direction nord cette fois direction Perrache puis retour à Bellecour vers 18 h 30. Quelques tentatives hésitantes de s’avancer vont suivre mais la journée est globalement finie vue les 200 personnes restantes.

Selon la presse : 22 arrestations, 10 blessés dont 6 policiers.

On peut légitimement s’inquiéter du rôle médiatico-politique négatif joué par les organisateurs de la manif de Gerland. En effet, le compte-rendu du Progrès oppose clairement, les « gentils » (ceux qui ont déposé un parcours et organisé un SO) aux « méchants » (sans SO ni parcours déposé) qui ont foutu le bordel dans Lyon. La Préfecture a elle aussi joué les « bons » contre les « méchants » !

J. et alii

Voir les CR du Progrès qui suivent.

https://www.leprogres.fr/rhone-69-edition-lyon-metropole/2019/01/13/retour-sur-l-acte-ix-des-gilets-jaunes-un-mouvement-a-deux-visages

https://www.leprogres.fr/rhone-69/2019/01/12/en-direct-mobilisation-rassemblement-manifestation-gilets-jaunes-acte-9-acte-ix-lyon-venissieux-genay-villefranche-sur-saone-saint-romain-de-popey-givors-confluence

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