Fourrures vernaculaires

Hiram Loriant

paru dans lundimatin#490, le 1er octobre 2025

De cités leurs mains et leurs fourrures
aiguilles lovées contre l’immense ciel
l’éclair avalé pour laver l’odeur de terre
l’odeur des mouches leur goût amer
soleil invisible chandelle mains héréditaires
avide la toute-brûlure faim de goudron faim de rites

Naissance nucléaire
poison des générations
tête évaporée ventre ouvert
hurlements fleurissant le champ du dicible
et les étoiles se souviennent du sang refusé

Lumière ô sale excroissance
patron de boue fétiche d’eau rance
cultivée sur des épaules des vertèbres tordues
avides arborescences rêvées
les bourgeons brûlent de chair

Mère

Pour qui ces serpents
ces yeux pourris ces cent puis ces mille morts

Tessure de sourire zébrure dans la nuit
fleurissent les sirènes les tanières
odeur de bouche goût de viscères

Mère

Ce jardin a des dents
j’entends ton amour tomber sur moi
ton odeur abandon racines dévotion
mes paupières te crachent mauvaise sève
mes paupières dorment sous la terre

Feu souterrain bonheur inhumé
qui parle les mots sans dents sans gorge
laisse m’être canicule de mensonge
ensemble plus terribles que soleil

Étoile en guise de bouche
seconde nuit sous la nuit
oubliée
ô faillite sabots de cauchemars
citadelles chandelles doigts de cire
ces feux sans offenses le rire transi
sourire où vas-tu chez nos ennemis

Des dents mon arbre généalogique nouveau
hémorragie onirique possession fragmentée
miettes d’extase aux commissures des lèvres
ouvre la chair
vierge
des anges
branches routes vernaculaires
résidence de toutes les ascensions

Membrane
ombre brûlée de nos ressentiments
voix anéchoïques coulant loin dans la discorde
non écrites les mémoires de la guerre portée
des hardes d’acier charnier sous les voûtes du crâne
(guerre) des mouches dans des cheveux propres
(guerre) des mouches dans des cheveux d’enfants

Chante enfant l’anonymat la viande
les mouches les ronces
récitent l’animal dans ta bouche
les livres les aiguilles plein
les yeux plein
la gueule

« Dans vallée où mes amants dorment
solitude après bruit épais
bougies plein intérieur
d’aveugler aux incendies »

Sacrée ! Sacrée ! Sacrée !
loin dans les tanières les coutelas
la foi sauvage lavée au feu
l’autel disparaît

« Dans vallée où mes amants rêvent
cosmogonies brisent sous terre
tout tour s’élèvent arbres-mondes
jusqu’à ce que nuit prenne feu »

Zèle ! Zèle ! Zèle !
milles phalanges défigurant le trône
la fourrure de la nuit
souffle les bougies du rite

Mère

Les temps qui m’ont sculptés
ont perdu de leur tranchant
le soleil qui fait longues les ombres
est passé par-dessus nous

Ne restent que le lait rance
des pierres tendres caresses fossiles
qui courent acharnées
sur nos yeux sans racines
sur la langue
odeur de mouches goût de terre
paupières de cendres
goût amer

Hiram Loriant

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