Personne n’a eu le courage ou l’envie d’écouter le discours du président M. Le discours prononcé le lundi 22 septembre 2025 à la tribune de l’onu. Son discours qui justifie la reconnaissance de l’État de Palestine. Même pas le premier mot. Sauf les journalistes bien sûr. Je n’ai pas fait exception à la règle (je suis pas maso) mais une circonstance amicale a fait que je me suis penchée quand même sur un moment de ce discours. Une amie horrifiée m’a envoyé un extrait vidéo de la tribune au cours duquel le président M. se glorifie d’avoir accueilli des jeunes Gazaouis dans notre pays. Dans son discours, le président M. cite en exemple le nom et le prénom d’une jeune fille qui existe vraiment. Dans le discours, il dit qu’il l’a rencontrée. Cette jeune fille est la fille d’un dessinateur gazaoui. Toute cette famille a été évacuée vers la France, c’est vrai. Le président M. ne ment pas. Il apporte même une preuve sous la forme d’un nom propre de jeune fille pour prouver qu’il a fait preuve d’humanité. Une jeune fille qui a sans doute très médiocrement apprécié d’avoir son identité jetée en pâture à une audience télévisée mondiale.
Le président M. ne ment pas mais en fait il ment quand même. Il ment de ce type de mensonge très particulier : le mensonge par omission. Ne pas dire ce qui est ou alors seulement le dire partiellement. Rien de plus détestable en politique mais aussi dans les relations humaines que cette manière de dire/faire. Je déteste ça.
Ce moment du discours, il me reste en travers de la gorge.
Depuis le mois d’août 2025, le 1er aout, les évacuations des Gazaouis vers la France sont suspendues. Les jeunes, les moins jeunes, les enfants malades, les artistes, les enseignants, les chercheurs, les étudiants, etc., tout le monde reste bloqué dans les ruines sous les bombes, sans bouffe, sans flotte, avec, en plus la poussière des bombardements des tours d’immeubles depuis l’invasion de Gaza city, l’exode subi, forcé, les coupures d’internet etc. En cause : des propos jugés antisémites sur des réseaux sociaux écrits par une jeune évacuée. La jeune évacuée a été depuis foutue à la porte en raison de ces propos. Elle a été accueillie au Qatar. Le président M. n’est pas allé jusqu’à la renvoyer dans Gaza. Je rappelle ces faits pour mémoire. Pour mémoire, ça veut dire « pour plus tard ». Pour celles et ceux qui liront plus tard ces feuillets sur le blocus, quand seront oubliées une à une toutes ces péripéties innommables par lesquelles nous passons depuis octobre 2023 quand il est question de Gaza. « Memento-Blocus », donc.
Dans son discours, le président M. omet de mentionner l’arrêt des évacuations. Il omet aussi de mentionner toutes les tribunes qui s’égosillent depuis août pour réclamer dans ce pays que les évacuations reprennent. Des universitaires. Des journalistes. Des Gazaouis francophones, … J’ai recensé pas moins de 7 tribunes qui hurlent, soit pour accélérer les évacuations (avant août 2025), soit pour la reprise des évacuations (après août 2025). Alors même que le nombre d’évacuations organisées par la France a été microscopique. Des évacuations fondées sur des principes tout à fait discutables. J’aimerais bien qu’on me décrive en toute objectivité les critères d’évaluation d’un projet de recherche ou d’un projet d’écriture quand il est question d’évacuer une personne qui survit en territoire de mort, de famine et de persécution. Cette manière de faire, qui consiste à autoriser que seule une humanité qui sait écrire soit en mesure d’être « évacuée » de la mort, c’est intrigant. Ça pose un monde. Si je suis analphabète et/ou illettré, alors je ne peux pas écrire de projet pour être sélectionné, donc ? … etc…
On a même appris un jour grâce à une tribune qu’un « dossier » sélectionné pour l’évacuation en France est mort à Gaza avant d’être évacué. Un « dossier », c’est une » personne ». Ahmed Shamia, 42 ans. Je peux écrire ici que toutes celles et ceux qui se sont démenés, qui se démènent toujours pour organiser ces évacuations s’étranglent depuis août de rage, de désespoir, d’angoisse. Ils s’étranglent que les évacuations soient gelées. Les dossiers sont prêts. Les hébergements ont été trouvés. Les financements acceptés. Mais non, rien. Rien de rien. « Tout est bloqué ». « Toutes les évacuations sont bloquées ». Des voix éperdues demandent même de faire « profil bas » pour que le président M. ne persiste pas dans ce « gel » inique des évacuations. Traduction : faut pas attirer l’attention, faut rester discret. Parce qu’en plus, une meute médiatique fascistoïde guette . Les mêmes qui ont donné autrefois à la cagnotte pour soutenir le policier qui a tué à bout touchant Nahel sont là pour vociférer contre cet État qui fait entrer sur le territoire des réfugiés de Gaza. En off de off , on nous dit aussi que les évacuations vont peut-être reprendre, peut-être, peut-être pas, on nous dit que si on veut qu’elles reprennent, il faut qu’on continue de mobiliser l’opinion publique dans le bon sens. Oui, c’est la seule solution, sinon ça ne marchera pas, sinon le président M. ne bougera pas.
Arthémis Johnson, 23 septembre 2025.
Tribune du collectif des « Universitaires avec Gaza », 10 août 2025






