Oraison funèbre du Parti Socialiste

Enterré ce week-end à Nantes, un prêtre est revenu sur les 111 années qui ont précédé cette délivrance.

paru dans lundimatin#70, le 29 août 2016

Samedi 27 à Nantes, la foule rassemblée autour du cercueil a pu se recueillir dans le souvenir de ce qu’avait été le Parti Socialiste tout au long de son histoire.

Chers amis, chers camarades,

Nous sommes réunis ici ce soir à Nantes, en ce 27 août 2016, pour rendre hommage au Parti Socialiste. Celui-ci ne s’est hélas pas remis de l’annulation de son université d’été, prévue ces jours-ci.

Tandis qu’une poignée de politiciens zélés s’acharnent encore autour de sa dépouille - feignant d’ignorer sa mort - nous sommes réunis ici ce soir face au château des Ducs de Bretagne pour ENFIN l’enterrer dignement.

Le parti socialiste nous a quitté des suites d’une maladie longue, douloureuse... et incurable. Hier encore, juste avant de passer de vie à trépas, une hémorragie grave lui avait fait perdre cinquante-mille militants en quelques mois. Hier encore, il était saisi de délires sur la déchéance de nationalité, et vomissait tour à tour état d’urgence et lois antisociales.

S’il y a une vocation qui est absolument exténuante, c’est bien celle de la conquête et de l’exercice du pouvoir. Vocation à laquelle il a consacré son existence tout entière, jusqu’à son dernier souffle….

Au moment de l’extrême onction, j’ai senti en lui comme un grand soulagement… Le pouvoir est bien peu de choses face à la mort. Boit un coup

Ce n’est pas sans émotion que je me présente à vous aujourd’hui pour revenir sur les temps forts d’une longue vie de 111 ans rythmée par les soubresauts de l’histoire agitée de ce siècle. Toute sa vie, au confessionnal, c’est à moi qu’il s’est confié, et c’est un immense honneur pour moi avec l’accord de sa famille et de ses proches, de procéder à son éloge funèbre.

Né en 1905, d’une grand-mère sans culotte et d’un grand-père de la bourgeoisie républicaine, d’une mère communarde et d’un père radical-socialiste, radsoc pour les intimes, il restera marqué par cet héritage. Tiraillé toute sa vie par des troubles schizophréniques aïgus, écartelé entre ses idéaux révolutionnaires de jeunesse et un réalisme-gouvernemental-de-petit-épicier.

A l’époque il se fait appeler SFIO, comme Section Française de l’Internationale Ouvrière. Il traîne avec sa bande dans les milieux syndicaux, écume les comptoirs des faubourgs ouvriers, entonne à tue tête l’Internationale entre deux verres de rouges. Ah Il y aimait lever l’coude ce p’tit gars, et s’il y a bien un rouge qu’il aime c’est celui là. Boit un coup

A l’époque, (haaaaa la bonne époque !) il porte un chapeau melon et une moustache. Il harangue sans mégaphone des par terre de grévistes, combat l’impérialisme colonial, et oppose à la guerre mondiale qui se profile, la possibilité d’une grève générale internationale et in-sur-rec-tio-nnelle qu’y disent dans leurs congrès.

Mais, en bon élève de l’école républicaine, pétrifié par le rappel à l’ordre de l’union nationale, il remise bien vite le lyrisme révolutionnaire au placard et rentre dans le rang pour un poste bien placé. Dès la mort de son pote Jean Jaurès, il rallie l’Union Sacré pour s’asseoir sur son premier fautueil ministériel.
Ce revirement restera à jamais le drame de sa jeunesse, le drame de sa vie.

Ô inexorable fatalité, Ô éternel recommencement, Ô spirale infernale des espoirs révolutionnaires déçus et recyclées, des rêves enterrés au prétexte de réalisme et de réforme.

En 1924, à tout juste vingt ans, sa petite bande de pote est devenu un cartel d’ambitieux : le cartel des gauches. Après par un subtil jeu d’alliance digne d’une contorsionniste moldave, il accède pour la première fois aux grandes responsabilités auxquelles il aspire depuis tout petit. Mais sa joie est de courte durée, très vite, en plein numéro de funambulisme, il se heurte de plein fouet au mur de l’argent, et ses potes rad-soc le lâchent à la première réformette.

Pendant ce temps, de l’autre côté du Rhin, son cousin germain le SPD, est aussi aux manettes. Entre deux verres schnaps, il massacre la révolution spartakiste, pend les ouvriers aux arbres, assassine Rosa Luxembourg, et prépare malgré lui l’arrivée du Nazisme en banalisant l’État d’urgence.

En France aussi l’atmosphère est nauséabonde. Le mouvement fasciste prend la rue et encercle l’assemblée nationale en 1934. En réaction, SFIO retourne battre le pavé comme pendant sa jeunesse d’avant 14. Et que je t’entonne l’Internationale, et que j’serre à la chaîne les mains caleuses des ouvriers remontés. Comme il aimait ça SFIO, une machine à serrer les paluches. Il y retrouve ses vieilles connaissances, amis syndicalistes, jeunes révoltés, frères ennemis communistes, etc. C’est l’front populaire !

SFIO -content comme tout- est de retour aux manettes. Mais ses vieux potes de la rue se méfient, et décident de lui mettre la pression. Faut dire qu’il leur a déjà fait l’coup du retournement de veste en 1914 et en 1924. C’est pas tout d’mettre un bulletin dans l’urne avec des zigotos comme ça à la tête du navire, mieux vaut assurer ses arrières. Alors c’est la grève générale avec occupation. Les ouvriers arrachent les congé payés et tout l’monde pense à SFIO en prenant ses premières vacances.

Pendant ce temps de l’autre côté des Pyrénées, un autre front populaire est aux prises avec une guerre civile sans merci contre les franquistes. Les appels à l’aide de son cousin ibère n’y feront rien, SFIO refusera jusqu’au bout d’intervenir. Il ira même jusqu’à parquer les réfugiés politiques espagnols dans des camps.

Pleureuse : C’est honteux, hon-teux, de dire des choses pareilles d’un grand parti de la résistance. Vous mentez mon père, vous mentez, vous devriez avoir honte de bafouer ainsi la mémoire du socialisme.

Je ne dis que la stricte vérité, Dieu m’en est témoin. C’est là précisément que réside l’énigme, toute l’ambivalence, toute la schizophrénie du défunt que nous honorons aujourd’hui. Capable dans un même geste de voter massivement les pleins pouvoirs à Pétain et d’organiser des réseaux clandestins de résistance.

Le diacre lui tend un verre d’eau.

Pouah, je déteste la Vichy. Quelle idée de mettre en bouteille des saloperies pareilles ?

Regardez son pote Mitterrand, par exemple, résistant décoré de la Francisque, capable dans une même vie de manifester avec une banderole « Les métèques dehors » et de porter un badge « touche pas mon pote ».

Pleureuse : Pitié pas tonton.

Quel est donc ce mal incurable qui fait sans cesse vaciller SFIO ? SFIO n’est ni franchement réactionnaire, ni franchement révolutionnaire. Son existence est une somme infinie de revirements. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, SFIO ne croit plus en rien d’autre qu’en la résignation au moins pire… Et si le mal qui le ronge, prenait pendant sa jeunesse la forme d’un réel tiraillement, le cynisme qui le gagne au fil des ans l’amène à ériger ses contradictions en atout pour conquérir le pouvoir.

Le pouvoir, c’est devenu son unique raison d’être. Avec ses nouveaux potes Jules Moch (Jules moche pour les intimes) et Guy Mollet (Guy Molesse pour ceux qui le connaissent), il a délaissé l’rouge pour lui préférer l’jaune. Et s’il faut pour l’attrait des ors du pouvoir écraser une grève et envoyer les parachutistes contre les ouvriers comme il le fit en 1947, alors SFIO n’hésite plus. Et s’il faut pour cela créer les Compagnies Républicaine de Sécurité, on peut encore une fois compter sur lui. C’est encore lui qui envoie le contingent en Algérie en 1956 et y décrète l’État d’urgence. Pendant que ses anciens amis manifestent à Charonne ou portent des valises pour le FLN, SFIO s’enfonce, s’enfonce, agrippé aux fauteuils ministériels, englué dans les manœuvres de couloirs.

Après une avalanche de scissions et de ruptures, plus personne ne donne cher de sa peau. Isolé, discrédité sur le terrain des luttes, son histoire aurait pu s’arrêter là, mais c’est mésestimer sa roublardise que de le croire fini. SFIO sait que pour reprendre le pouvoir, il faut changer de masque. Il entame alors un formidable exercice de transformisme. Il rabiboche tous les groupuscules avec lesquels il s’était embrouillé au fil de ses reniements successifs : PSA, PSU, FGDS, etc. En 1969 à l’occasion d’un grand congrès, il change de look, il se fait désormais appelé PS, parti socialiste, celui que nous connaissons tous si bien, avec le poing la rose et tout l’tintouin.

Laissez moi vous raconter comment PS va mener sa barque jusqu’à prendre le pouvoir en 1981. C’est toujours la même rengaine, reconquérir les âmes en redescendant dans la rue. Il traîne à Plogoff et dans les luttes anti-nucléaires, passe ses vacances au Larzac, rend visite aux ouvriers de LIP, fricote avec tout ce qui remue. Chaque sortie a pour objectif non pas de renforcer les luttes, mais de glaner les électeurs potentiels qu’elles agrègent nom de d’là.

En 1981, l’arrivée au pouvoir de PS marque la fin de la période révolutionnaire ouverte en 1968. Et pourtant, qu’est ce qu’on y a cru ! On en a quand même pris une bonne pour fêter ça. Moi même, j’ai chanté toute la nuit dans la rue cet autre soir de mai où le visage de Mitterrand s’afficha sur le poste télé. J’aurais mieux fait de sonner l’tocsin cette nuit là.

Lève un verre plein de rouge

Vous connaissez le dilemme du verre à moitié vide et du verre à moitié plein ?

Pendant toute cette scène les pleureuses hystériques acclament le prêtre.

Abolition de la peine de mort ! boit un coup
Dépénalisation de l’homosexualité ! boit un coup
Abandon des projets de centrale Nucléaire au Pellerin et à Plogoff ! boit un coup
Semaine de 39h ! Retraite à 60 ans ! boit un coup
Abandon du projet de camp militaire au Larzac ! boit un coup
Augmentation du SMIC et des allocs ! boit un coup
Abrogation de la loi dite « anti-casseurs » ! boit un coup
Autorisation des radios locales privées ! boit un coup
Régularisation de la situation de tous les étrangers en situation irrégulière qui exercent un métier et peuvent le prouver ! boit un coup

Les pleureuses explosent de joie. Puis s’arrêtent devant l’attitude grave du prêtre.

Le curé, attéré, regarde son verre vide et commence à pleurer.

Tournant de la rigueur, conversion du marxisme de façade à l’économie de marché la plus sauvage,
Construction de la centrale nucléaire de Goldfech et Chooz, projet de centrale nucléaire au Carnet
Attaque par les services secrets du bateau Raimbow warrior
Récupération du mouvement de la marche des beurs pour convertir la rage des banlieues en mascarade associative avec SOS Racisme
Soutien en sous main à la montée du front national
Création des premiers centres de rétention administratives
Massacre des partisans du FLNKS à la grotte d’Ouvéa
Soutien au régime génocidaire du Rwanda par la formation militaire des milices hutus qui perpètrent le massacre !

Verre à moitié vide, verre à moitié plein ? Moi j’y comprend plus rien… Personne n’y comprend rien à cette entourloupe du moins pire. C’est sur ce quiproquo que, pendant 20 ans, PS, malgré sa sénilité avancé, va parvenir à faire encore illusion jusqu’à sa mort récente.

Je vais vous faire une confidence. Je crois que je commence à être légèrement pompette, ou quart fin rond comme on dit par chez moi. Mais vous savez 111 ans de confessionnal, 111 ans à écouter les états d’âmes du Parti socialiste ça vous use même le plus vigoureux des curés, et l’picrate moi y’a qu’ça qui m’conserve… 111 ans à s’accrocher à l’idée qu’il avait quand même un bon fond le gars, 111 ans à brasser toute la merde qui le recouvre, sans jamais le trouver ce foutu bon fond… Sans jamais l’atteindre !

Y’a que l’fond d’mon godet que j’ai pu atteindre. Et à mesure que j’buvais pour oublier l’confessionnal, PS continuait d’mener sa barque avec ses nouveaux potes. Jospin l’ancien trostkstard infiltré qui a tellement infusé dans son rôle d’agent double qu’il a fini par privatiser plus que tous les gouvernements de droite réunis. Et bien sur la dégénérescence ultime, je veux parler du gouvernement actuel, le dernier gouvernement socialiste de l’histoire de France. Le dernier, cent mille de crénom de d’là !

Pleureuse : Quelle indécence !

La dernière lueur de vie, vous savez comme les ampoules qui scintillent d’un tout dernier éclat avant de mourir brusquement.
PS est mort. Mort d’être retombé dans ses pires travers préfacistes : état d’urgence, guerres sur plusieurs continents, loi Macron, loi travail, chasse aux rroms et aux migrants, surarmement de la police et organisation de son impunité, répression des mouvements sociaux et des ZADs.

C’est pas parce que j’ai un coup dans l’nez et qu’j’y vois double, mais en ce moment c’est vraiment une période trouble. PS est mort et laisse derrière lui un grand vide. Déjà, un nombre considérable de charognes cherchent à s’y engouffrer, socialio en marinière made in france, écolo aux dents qui rayent la pelouse, méli-mélo à la meluche et autres attrape gogos…

En attendant, PS nous a laissé bien dans la mouise en cassant sa pipe. Regardez un peu dans quel état il nous laisse le marigot politicard dans lequel il a pataugé toute son existence : FNnnn est plus fort que jamais, au point que LRrrr lui a copié son programme et n’hésitera pas à en appliquer une bonne partie une fois avachis à son tour sur le trône.

Ô champ de ruine de la politique classique, ô table rase sur laquelle rebâtir autre chose que leurs programmes préfabriqués, faites que PS ait emmené avec lui dans l’au-delà les dernières illusions castratrices qui nous ont si longtemps acculé au moins pire.

Je voudrais porter un toast, parce que depuis tout à l’heure, j’carbure à 10 litres au cent et que vous devez avoir bien soifs vous autres !

Je lève mon verre à l’inconnu qui s’ouvre à nous,
A cette brèche ouverte par un beau printemps,
A ces rues auxquelles nous avons tant pris goût,
A ces piquets, ces grèves, ces cortèges exaltants.

Je lève mon verre à ceux qui passent les nuits debout,
bloquent fac, usines, lycées et battent le pavé.
aux enragés, aux insensés, à tous ces fous,
qui tendent vers l’horizon d’une vie ingouvernée.

D’une époque de frisson qui s’ouvre sous nos pieds,
Et d’un grand précipice duquel s’élancer
D’une aventure qui semble les emporter,
Vers les rives d’une vie sans cesse improvisée,

Je lève mon verre à ceux qui ne rentreront plus,
dans les cases, dans les pièges, qu’on nous a tant tendus,
Et pour qui l’élection partout tant attendue,
ne préoccupe guère plus qu’un poil au cul.

I have a dream

Alors en hommage au défunt, je vais porter un toast.
Solennel

Mes bien chers frères, mes bien chers sœurs, re-pre-nez avec moi tous en coeur…

Le départ de la marche funèbre se fait sur pas de boogie woogie avant la prière du soir de Mitchel

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