Échantillon Gratuit - François Tison

3e partie

paru dans lundimatin#40, le 14 décembre 2015

Échantillon gratuit est un texte constitué pour l’essentiel de slogans publicitaires, de fragments “publirédactionnels” et d’“éléments de langage” politique. Ils forment d’abord un chaos assez semblable à l’expérience urbaine ordinaire, où les sollicitations, les identités, les espaces se confondent en une masse familière et amorphe.
Cette masse est organisée selon un principe de roulement des voix et des lieux. En tuilant ces échantillons arrachés à leur environnement, le montage fait le pari que leurs rencontres inédites produisent, au-delà de l’étrangeté, plusieurs fils, plusieurs lectures, et que toutes offrent une autre expérience de ces choses publiques. Échantillon gratuit se veut sans doute avant tout une critique de la publicité, du capitalisme et d’un mésusage de la langue, mais aussi une tentative, en parlant cette langue et en la malmenant, pour s’en défaire joyeusement, pour en parler une autre.

Publié en 2012 chez Allia, Farcissures sondait l’ordure et sa topologie, entre la monographie et la narration obsessionnelle. Dans une forme plus minimaliste, délibérément tournée vers la prose poétique, Échantillon gratuit en prend la suite et examine son pendant, la marchandise et son discours.

Pour faciliter la lecture, nous avons divisé le livre en trois parties que nous publions à raison d’une par semaine. Quant aux illustrations, elle proviennent du travail de Môsieur J qui derrière le hashtag #icibientôt, documente ces existences formidables dont les promoteurs immobiliers veulent nous gratifier.

C’est vous qui voyez, glissez-vous dans votre peau. Allez où vos envies vous portent, toutes les envies, vous. Vraiment vous. Tout le monde, personne. L’al­liance unique et l’exception. Elles n’attendent que vous, ciré, patiné, intemporel. Prenez. Devenez vous-même, la joie et l’effervescence. Un browning est caché dans la grange, dans un râtelier. Une histoire vraie. Faites escale en Orient le temps d’une grande carte de dhals. Tous les signes vous sont destinés. Ils vous donnent bonne mine. Barbouillés de cendre, révulsés, les maîtres de vos nuits blanches. Un vent d’exotisme et de magie souffle une explosion de couleurs, de mouvements et de sons. Goûtez un repos bien mérité. Un soin répare l’incurie de nos prédécesseurs. On n’arrive pas à chasser la chouette. Les chats dispa­raissent. Le bon ordre, au millilitre près. La piste interrompue sous l’arbre mort, la vieille muette ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Séduisez également par votre sagesse, audacieux, calme, frais, sensuel, bien frappé. Vous êtes partout. Décuplez votre potentiel, décimez l’ennemi. Consultez-vous. Ne passez pas derrière.

J’ose, je me suis senti un peu d’essence, une douceur de la chair de la mangue. Santé, densité, frein de l’icône, le visage du futur, mon basique de l’œil concentre ma puissance. Je passe l’hiver, je pulvérise trois à quatre jours. Je suis multifacette, je suis susceptible d’évoluer. J’ai l’astuce éclat mat et bien net. Hâtez-vous tant qu’il est temps ! J’en ai assez, je repars à zéro. Je m’applique pour la gestuelle. Je suis touché au cœur, doublement étoilé. Sous le ciel encore noir, je me présente à la ferme, ma casquette à la main. Les rouges font la loi, bordeaux, chocolat ou prune au long cours ? Le troisième jour, je survole la région en hélico. La masse grasse s’étale, tout particulièrement sur le ventre, l’huile issue comme de l’intérieur au petit pinceau plat. On vous dit laquelle il vous faut. Je déguste un pape-clément. Je suis champion du monde, comme après une bonne nuit de sommeil. Je suis une cure de force. Je gagne une tartelette. Je quitte mes sabots, entrouvre ma veste pour montrer mon ceinturon. Je lance mes sabots d’un coup de pied, je vais pieds nus dans le pré. Je repique des godets. Je jeûne, mon réflexe santé. Moi, instantanément plus beau. Dans un écrin à mon image, ma vie entre mes mains, j’utilise mes sourcils. Un succès fou, à l’épreuve du temps, très sophistiqué, très glam rock dans une formule unique, beaucoup plus fun. Je m’en mets jusque-là, je bâfre, goinfre sans me soucier. Un moteur passe couvert par le hurlement de quatre pneus. Le dernier insecte se pose. Pas un bruit. Je retrouve immédiatement ma forme. J’ai toujours refusé les diktats, vécu la montagne autrement. Allons plus loin, je me dope et m’upgrade par nature, j’ai toujours tout pour faire sensation, agir sur tous les fronts, admirable vaisseau de brassées de jasmin. Entre tradition et modernité, je me mets classique et contemporain. Je ne néglige aucun détail. J’éclate de jeunesse, action magistrale sur tous les signes. Le sujet phare, le point culte encore dans la rosée du matin. La beauté, la jeunesse, la perfection, même à froid. Je consulte mon huître perpétuelle, je suis généreux, six en un, généreux avec moi-même. Mon musée intime, ma librairie géante, mon hôtel mythique, ma promenade pour l’amertume, mon restaurant préféré. Six vertus, zone qui prends le plus le soleil, mon âme d’auberge, reçois les plaisirs purs sous les oliviers. Je suis toujours avec vous, un rêve éveillé, soucieux de me simplifier, vous simplifier, même en terrasses, en espaliers de roses. Je ne me reconnais plus.

Elle est toujours à mes côtés, mais elle n’a qu’un défaut, elle est hors de portée du commun, toute en variance, un cas de figure, un kamikaze en attente. Elle rayonne, toujours dans mon sac, un grand verre de smoothie à la main. C’est elle qui réactive le regard acéré. C’est elle le monstre sacré. Elle a trois façons de commander, aux hommes, aux biens, aux éléments, quintessence du sublime au sein de l’acide. Il est difficile, il ne craque pas. Il peut avoir l’esprit libre. Il est difficile de ne pas craquer. Dans des nuances d’automne et de musique méditerranéenne, dans le chant du grillon, elle réanime l’absolu, la magie pourpre, rouge liquide à jamais, elle défroisse délicieusement ses seins. On aime. On a hâte. On l’aime version réglable. On y va vite. Son nouveau système d’intelligence saisit le degré. Plus indispensable, il n’y a pas. Elle est musculeuse, on peut toucher. Elle se tourne vers le régime de l’être depuis 1240. Elle garantit l’excellence et la renaissance à chaque cycle, elle est la femme révolue, la vie future. Elle est immobile et majestueuse en son sanctuaire, sans un mot, mais elle s’évanouit aussitôt qu’apparue au premier coup d’œil. Elle ne passe pas de petites robes blanches, de soie ni de polyamide, tachées de seize types de taches. Elle se voile dans ses cheveux, lissée, veloutée, affirmée, fraîche, robuste. Elle pourrait provoquer. Elle réforme, réinvente, complice de mes désirs, de mes besoins, mes problèmes. Créée par la mer et le talent des hommes, le meilleur de la mer, la mer autrement, elle est à sa toilette, délicate, précieuse, elle baigne la scène. Elle adapte automatiquement son parfum, la délicatesse de ses lignes, un rien de préciosité. Elle pose un petit pied sur le podium des nouvelles. Elle occupe le treizième éon, son lieu dans les hauteurs. Elle fait la volonté du bien. Je suis prêt à affronter la douceur. Je pratique cinq activités physiques par jour. Elle procure d’infinis bénéfices. Depuis la nuit des temps, dans une atmosphère cristalline, elle se livre à l’huile d’immortelle, à la fève tonka, au santal qu’elle pile et mélange, au-delà de l’huile, de l’algue, nouvel eldorado, elle tourne la page d’un air de pudeur et comme de chasteté. Elle est bientôt labellisée spécialité traditionnelle garantie. Elle se multiplie, se rédu­plique, subtile, infusée dans un fluide sans matière, effet perfecteur de sa propre haleine, elle s’engendre et se décline en géométries énergiques, elle se livre à chacun, elle ne se livre qu’à moi.

...

Le saviez-vous ? Elle me prévient, moi son mari devant la loi, que demain matin, il y aura une autre femme dans mon lit. Elle. Une femme d’apparence plus jeune. Peut-être une petite fille. Elle se donne vigueur et coup d’éclat, coup de théâtre, de nombreux universitaires l’attestent. Elle déclare le sinistre. Je serai son ogre. J’accueille l’idole. Il y a ce goût des petites filles, des jeunes filles, d’une approche plus respectueuse. Autre piste dévoilée, le cheminement dans la vie de tous les jours, chineur dans l’âme, de plus en plus pointu. Les services sont sur les dents, les jeunes garçons peuvent dormir tranquilles, ne les laissez plus vous gâcher la vie, le baromètre des préoccupations. Elle imite le corps hu­main. Je serai maître des lieux. Le masque Source de nuit mime quasi l’originel. Surprenant ! Dès la première nuit, les résultats sont visibles. Elle fore ses ma­tières premières. Manon, jeune usagère convaincue. Des millénaires de savoir-faire, d’extraction noble à l’action renforcée, d’entretien de l’os, la seule activité efficace in vivo. Elle se falsifie ou se métamorphose, elle ne cesse de s’incarner, de s’épargner, cela reste une injustice et une violence. Il n’est pas souhaitable d’épouser de gré ou de force une mineure de moins de quinze ans, même pour satisfaire son hôte le rajah, la petite est maquillée comme un cheval volé, mais on se rassasie pour l’œil de ses délices exclusifs pro, de sa richesse fabuleuse. Les actes de malveillance se multiplient sur une fausse idée de l’égalité, soulevez le voile, soulevez le tabou, entrez dans le showroom. Il ne doit pas y avoir de tabou. En un seul geste, elle est ma mère et ma sœur, ma fille, elle est tous les enfants de sept à soixante-dix-sept ans selon le modelé de la peau, les arômes de plantes fraîches et d’humus, de jaune d’œuf, de cuir et d’étable, les notes légères comme celles des pois de senteur, avec une goutte d’eau de poire, trois de vanille et des muscs blancs à profusion, ma tête sur le billot, mon oiseau des îles.
Je ne me le fais pas dire. Mais bientôt, ce soir, brusquement, elle quitte ses airs, elle se fait salope, courte et transparente, résille dans l’escalier, un peu soûle, revenue des caves, avec en plus un très joli poster à afficher. Elle tire un accroc de ses bas, fourre le doigt et tire pour un effet pulpy de sa propre cuisse qui fait saillie. Elle souffle une brume sèche, elle est à la fois ludique et péda­gogique, elle tranquillise. Elle me gifle pour m’apprendre. Elle ne porte pas de bottes, en première mondiale, mais elle m’écrase le visage au talon, elle existe considérablement, intratissulaire ou d’inspiration inca. Choisissez votre offre. Qu’attendez-vous pour profiter de son offre, prenez, attrapez, dégrafez, déchi­rez, arrachez, ligotez, laissez-vous ligoter sans rinçage, appliquez de la base des seins vers le cou, raclez et redéfoliez, giflez à pleines mains, recevez son frôlement, recevez ses gifles, laissez-vous surprendre. Renouvelez la boîte à outils. Entrez en lice. Névrosez-vous, névrosez-la, affolez-vous de sortilèges à consommer immédiatement, de salissures, de petits inventaires des babioles à glisser dans sa trousse, des piques à chignon, des correcteurs fondamentaux, des pinceaux éponymes, des panoplies chien et chat, des masques de frelon, des matraques télescopiques. Car, un petit coup vite fait, c’est excellent pour le couple. Elle tient les clefs du cabinet, incontournable. Elle est indémodable, indéformable, malfaçon luxe et fétiche. Mettez notre expertise au service de sa domination, de sa soumission. Arrachez ses aveux. Votre nouvel art de vivre prêt à savourer, votre nouvelle obsession, le rituel beauté signé La Garde-Robe active en surfaces modulées, bien entendu. Exprimez l’évidence. Soyez votre ordre souverain, soyez le commandement bref, pratique, l’impératif du style, recevez le bâillon-mors. Prenez les devants, prenez une commission. Quittez l’espace jeu. Pressez-la de questions, pressez-lui les mains. Reprenez-en. Il n’y a pas de limites. Couvrez-vous d’elle et de sang, couvrez-la du vôtre, mais du meilleur, écrasez le malfamé, restez câlin, irrésistible, cochez. Devenez le pre­mier. Soyez discret. Mes choix sont pleinement miens, mes biens sont miens, mes choix. Je me bouscule pour me féliciter. C’est ma cage de chasteté inté­grale, au design simple et fonctionnel, c’est mon parachute de bondage. Mon plug d’urètre au grand jour, mon droit de cité, notre longue marche pour la reconnaissance, l’identité. Sain, sauf, consensuel. Pour un effet granité, elle me prive de la structure classique, elle me donne une vertu inouïe.

Un exosquelette à ta portée, c’est plus de la SF ! Glissez-vous encore. Une énergie centuplée, une puissance record. Dès qu’on l’enfile, c’est une manière d’être plus à l’aise sur le plateau. Un armement embarqué sans rival, électrostimulation, tonfa et machette proportionnelles, roulette crantée double, jus intégral de grenade à fragmentation, mitrailleuse lourde et lance-flammes, autres organes sur de­mande, c’est fort, très fort. C’est dans ma nature. Et ce n’est que justice ! En cas de facteur de risque, il fait peser une lourde menace. Il n’y a pas de petites réussites. C’est un don de soi, un don d’amour. Déposez vos statuts. Surprenez vos enfants. Joyau de panache, nous alternons les rôles à cru, nous nous passons le spéculum, nos neurones miroirs, maîtresse, esclave, esclave de l’esclave, outil de l’outil, chose de la chose pour un examen approfondi. Le latex, bien sûr, les jouets, le pouvoir, la possession totale un temps, des règles qui répondent aux aspirations, une discipline sans exception, des semelles orthopédiques personnalisées, des accidents corporels, l’échec de la fusion. La cravache, incontestablement, le knout. L’acier chirurgical, notre métier. Cela dit, j’adore les menottes, le regard bleu piscine, très zorro en noir et or, le trio ga­gnant, le bandeau satin et dentelle rembourré, sensuel et élégant. Soyez réaliste, exigez la qualité. Toute la famille va adorer. Protégez-vous. Des solutions existent. Depuis quelques années, il existe aussi une lotion sans engagement, d’autres questions ? Mais attention, vous avez le droit de solliciter des garanties, des assurances décès, et pour pimenter, des jouets soft, crescendo, hard, pour faire les gros yeux, fesser comme plâtre, laisser pour mort. Une séance par semaine vous fera le plus grand bien, main basse sur les pinces crocodiles lestées. Prenez soin de vous, l’univers vous aime, la force vitale sereine, d’une actualité totale, un moment gratuit d’allégresse, votre prothèse. Demandez vos trois cadeaux. Demandez la seule cagoule étanche avec contrainte cervicale et son galon d’asphyxie pour faire monter la pression, pour réduire au silence, demandez le sac Spartacus sous pli discret, votre panier est vide. Ce sac ne doit pas être avalé.

...

J’ai trois bonnes nouvelles, la première, c’est que la persistance rétinienne n’a pas été mise en jeu, royaume des enfants oblige. Contre le goût de trop ou de trop peu, j’engage toute ma responsabilité sociétale, je la mets sur la table tout entière. J’affiche un chiffre de dingue, une tuerie. Je découpe le disque, je perce deux trous opposés, j’attribue les bouteilles d’eau et les languettes pH. C’est d’abord une belle rencontre humaine, en termes d’homme. Nouer un élastique dans chaque trou, saisir l’occasion ou jamais. Un autocollant indique sa durée. Le concept n’appartient à personne. Tous les enfants aiment faire semblant, se faire photographier à leurs côtés. Il s’agit donc d’une activité scientifique, le fait est là tout nu, la loyauté se construit dès le plus jeune âge, elle suffit souvent à ravir. Tourner vivement. Les deux faces se superposent comme par magie ! Plus déten­dues, rassurées. Nous sommes invités à observer. Les attestations de foudroie­ment font foi auprès de toutes les compagnies. Traiter la masse des données, prendre le temps des questions. Oser la confrontation. Il n’y a pas d’âge précis. C’est là que notre vocation devient évidente, apprendre que ça ne pousse pas dans les arbres. Nous sommes surexcités. Définir les secteurs, croiser les ré­ponses, un festival de concepts bien formés, seuls biens dont la distribution mul­tiplie la valeur, nous n’en sommes pas privés. Mon bonheur, ou celui de mon kid. Mais attention, en cas d’absence d’impact, c’est un non-certificat qui est délivré.

En plus, c’est très facile, tout est rangé par univers. J’ai eu de bons moments, d’autres plus difficiles, d’autres plus tristes. C’est un ensemble. Et à la fin, nous repartons les bras chargés de pourcents de fonds propres, sans chichis, sérénis­simes, le cœur pur. Et quand nous sommes hospitalisés, nous disposons d’un accès illimité, sésame de la décoration, mine d’or de notre naissance, mais la demande est au plus bas. Rien n’est trop beau pour nos amis. Le site est sous la protection de saint Antoine de Padoue. Nous sommes porteurs de la carte. Je nous rejoins. Nouvelle rentrée, nouveaux souliers. Mon nouvel anticapiton, mon pilulier sans pétrole, mon salon du très-bien-être, carré pour moi tout seul. Je n’oublie pas non plus ma sélection, l’adversaire ni les mis en cause. C’est mon contrat fraternité, ce qui me tenaille, me sous-traite, sans mon trouble spécifique, mon propre pronom, sans parler des dizaines d’espèces d’oiseaux, sa majesté la plante, par ici la sortie.

La preuve de cette union ? Je me régale. Je m’assure la recrue des sens, pop, chic et romantique jusque dans l’adversité. J’ai mes techniques de soi, mon ex­périence. D’autres plus. Comment ne pas tomber sous le charme, ne pas entrer en transe. Mais mon corps et ma tête me disent que ma fin est proche. Mon corps souffre, mais l’enthousiasme est là, dans le respect des orangs-outans. Je ne suis pas inquiet, je suis le premier aficionado. La riposte, je sais ce que c’est. Dans des hôtels minables, j’ai ruminé ma décision, le trou dans mon dossier. J’ai été opéré trois fois en début de présaison. En tenant compte des diffé­rences, c’est un changement compliqué. L’hiver aussi est compliqué. Il serait prématuré. Seul le plaisir compte, l’occasion de dresser le bilan provisoire, les perspectives, je continuerai. Je ne sais pas encore. Psychologiquement, je ne vois pas. Mon dernier grand objectif, redoubler de masse musculaire, à com­mencer par le sourcilier, l’orbiculaire et le ventre frontal avant l’été. Je me condamne à l’exploit. Il est temps, il faut le temps, il faut prendre la mesure, c’est une lourde responsabilité. Le diagnostic est d’aller à l’essentiel, d’établir un idéal qui réponde à toutes les normes. Il n’est pas à exclure qu’un léger hématome apparaisse.
Juste parfait. Je sens venir la mort. Dopé par les déclarations, j’inverse la courbe sous trois trimestres. Je me retourne vers les miens, me positionne plus favorablement, sous le coup des aménagements, pour être administrable, pour l’heure à demi satisfait par la réforme de la grande rotation. J’ai campé sur mes positions, j’ai pris part à la journée de la politesse. J’ai discuté à bâtons rompus. J’ai travaillé sans compter, intégré la dimension, le barème en vigueur. J’ai pu tirer parti de modèles, me donner des repères au cœur. J’ai procédé à un suivi. Les indicateurs restent décevants, plombent l’exercice concerné, je les impacte, sans surenchère lyrique aucune, je les canalise et les débouche, je les regorge pour assainir la sphère et les personnes physiques. J’ai de la chance. J’ai envie de dire une chose, l’aventure collective porte ses fruits, le plus grand nombre. C’est elle qui fait chavirer l’authentique trésor haute fréquence, le premier antichute du marché, sans nul doute. Sur le long terme, mon défaut de jeunesse, à l’heure actuelle, porte un regard extrêmement tendre sur la géographie, une totale liberté de mouvements jusqu’à trente mètres.

Les bras ne m’en tombent plus. J’ai même le temps de faire du sport. Le tour est joué ! Je change de vie. Je change d’avenir. J’articule mes temps de vie. Je disparais un an, quatre ans, comme disparu volontaire. Je m’abonne au forfait prolongation. Je fais valoir mon droit à l’oubli. Je navigue entre dix propositions pour la question de la solitude. Du coup, qu’est-ce que ça change à la maison ? Mais tout, l’énergie, les valeurs saines. Leur stabilité. Avant tout, en ne répon­dant pas, je transmets les valeurs saines, dites dégénératives. Ils pourront me visionner. Tout sera prêt, décelé et mesuré quand viendra l’heure. C’est dur d’expliquer, surtout quand on n’a pas les réponses. Encore faut-il que l’effort soit compatible, depuis ce temps reculé. Je m’implique, je m’explique. Je re­trouve la simplicité. Je suis miraculé. Je sauvegarde plus souvent ma mémoire. Je n’ai pas de fausse honte à m’équiper d’un monte-escaliers. Je deviens coach de vie, je suis l’aspirant futurologue. Je n’attends plus, m’archive et me nettoie, je suis pris en charge. Je fais appel à des légistes qualifiés. Tout est approprié, les miens me diront merci, moi leur mentor d’opinion, mon propre bassin de capture, mon propre créateur de recette, l’acteur de la fabuleuse filière. Mon histoire ne me correspondait plus. Je n’étais plus moi, cruelle illusion, plus mon profil type, quelque chose de meilleur. Je me faisais appeler mon oncle Jean. J’aligne aujourd’hui mes coquets rayonnages, fidèle à mes fondements, mes contenus jusqu’à ce que mort s’ensuive, mes osselets et reliques, arrivage per­manent de tresses et de postiches. Si un jour je refais surface, mes biens me seront restitués. Aucun autre générateur breveté. Autant de granules et de liens. Alors, bien sûr, quand on ferme doucement la porte, dans la nuit, mais que le pêne claque dans le silence, on est près de regretter son geste. Mais je me prends en main, je me dresse sur ma tête de bois. Il était nécessaire que je me retrouve, toutes ces épreuves, ces périodes. Des corbeaux téléphonaient. Je pré­sentais une faible stabilité, il faut croire, je n’étais pas instantané. J’ai aban­donné toute trace, sauf liquide, mon amour même. Je l’ai gardé dans mon cœur. J’ai dégivré mes marques. J’ai bénéficié d’une invisibilité unique, exclusivement. Je suis entré dans l’espace et le temps privilégiés du premier anniversaire de ma demi-vie, un peu diminué. Je n’écoute pas les conseils de Viêt-Nam ou de Méla­nésie, je néglige l’offre aéroport, je ne m’exile que dans l’arrondissement, notre cage d’escalier, discret scandale posthumain. Je ne transhume pas, ils ne me chasseront pas, une audience CSP+ sans équivalent, un territoire de croissance, sous leurs yeux, ma ville la plus réaliste possible, élue ville préférée des élec­teurs. Je me conjugue, une avance riche, des formes d’expression, d’exposition, de marche à thème, d’installation, de flashmob gel, situ, zombie, cascade, d’atout majeur, d’éphémère, d’éternel bêta. Je m’appuie sur l’inédit, la modula­rité de ma situation, sur la pointe de mes doigts, la fracture réduite, la singularité d’ores et déjà. C’est là, c’est alors que je suis seul en temps réel, déclaré juridi­quement mort, que je m’implante, que je peux, entre autres, m’adresser aux aériens dans leur langue et dans leur zone, dans leur parcours, au sein de l’homogène inusable. Rien de boutiquaire, de serviciel, de dédié, sur un caprice, qui ne soit capable de tout, qui ne me soit natif, l’idée est stipulée. Il n’y a plus rien que moi et lui, retoqué, augmenté, c’est tout moi, réconcilié, toxique, de plain-pied, calme, lumineux. Ça ne demande que ça. Tout a dû disparaître. Ça ne durera pas, le remords, le retour, la maladie encore, le retour, ma cure, ma croisade. La greffe prise, ma souche de porte-à-porte. Ils ne m’en voudront pas, c’est tout naturel, je me serai racheté. Ils auront vieilli, ils auront grandi, ils seront morts sans moi. Qu’est-ce que ça veut dire, ça veut dire que ma présence est désormais la présence monumentale d’émotions, de fresques digitales, de totems, d’événements à l’intégration parfaite, à la proximité parfaite, l’adhé­sivage intime, l’âme même. Tout est là, les doigts dedans. Quant à la grande ambition, elle n’est pas oubliée, je sais, je saisis, maître de moi, le réel embarqué, les prix sacrifiés, ma résidence, la main dans la main.

Echantillon Gratuit - François Tison - Mai 2015

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