Échantillon Gratuit - François Tison

2e partie

paru dans lundimatin#39, le 9 décembre 2015

Échantillon gratuit est un texte constitué pour l’essentiel de slogans publicitaires, de fragments “publirédactionnels” et d’“éléments de langage” politique. Ils forment d’abord un chaos assez semblable à l’expérience urbaine ordinaire, où les sollicitations, les identités, les espaces se confondent en une masse familière et amorphe.
Cette masse est organisée selon un principe de roulement des voix et des lieux. En tuilant ces échantillons arrachés à leur environnement, le montage fait le pari que leurs rencontres inédites produisent, au-delà de l’étrangeté, plusieurs fils, plusieurs lectures, et que toutes offrent une autre expérience de ces choses publiques. Échantillon gratuit se veut sans doute avant tout une critique de la publicité, du capitalisme et d’un mésusage de la langue, mais aussi une tentative, en parlant cette langue et en la malmenant, pour s’en défaire joyeusement, pour en parler une autre.

Publié en 2012 chez Allia, Farcissures sondait l’ordure et sa topologie, entre la monographie et la narration obsessionnelle. Dans une forme plus minimaliste, délibérément tournée vers la prose poétique, Échantillon gratuit en prend la suite et examine son pendant, la marchandise et son discours.

Pour faciliter la lecture, nous avons divisé le livre en trois parties que nous publierons à raison d’une par semaine. Cette seconde partie est illustrée par la campagne Brandalism

Ça n’est pas négociable. Invisible, une basse de diesel annonce le bac du jour. Les cigales sont encore silencieuses. Je n’entends que le chemin. Il y va de la survie. Mais c’est un cargo. La baigneuse revient de la crique. À l’abri des regards, elle nage nue dans l’eau claire, elle frissonne, la baigneuse qui tient ses promesses. On distingue la chair de poule. Mais elle est suivie. Sur le pont d’un yacht ou d’un porte-avions, elle paraît en deux-pièces. Elle est protégée, elle ne cède pas à la peur, elle a la banane rebelle. Elle remporte un téléviseur, un ordinateur portable, quatre bons d’achat, une tireuse, un appareil à soufflé, deux poubelles garnies, deux jambons désossés et de nombreux autres lots. Elle chiale en lisant le scénario. La flotte terrestre reprend le chemin et fait jaillir les pierres. Il s’effondre après son passage. Elle avale le raidillon, abolit les dis­tances, contourne le port, lui barre la route. Elle inverse la filière. C’est à elle de choisir le premier, l’élu de son cœur, puis l’ordre des suivants des hommes de main. Elle élit sa recette préférée. Elle participe à l’hymne du matin. Elle sait gré de l’instant, friande, elle approuve et salue la nature. Elle connaît la transe panique. Elle rejoint le périple sabbatique d’un cyclotouriste et professeur d’économie. Je retrouve la prière. Mais c’est un porte-avions. Je suis le fils de tous les pères. J’ai l’esprit nomade moderne. Le couloir des avions de chasse ne regarde pas le public. Je lui trouve un usage. Je fais le plein de désirs les plus profonds. J’actionne la porte. Je choisis les escaliers. Je fais la route. Je passe à faible altitude, je traverse des guerres de basse intensité. Dans une petite jupe aux notes de fruits, dans une blouse claire et fonctionnelle, un casque adapté, elle réduit son équipement au minimum, choisit une assurance spécialisée tour du monde. J’aime mieux le fait main. Il faut aussi compter avec les exhausteurs de goût, le mélange des acides l’habille. Je gagne l’espace corporate, gagne l’espace besoins naturels. Ces toilettes se louent. Toutes sont respectueuses. Elle cherche l’art de vivre, elle rencontre l’autre. Elle aussi est ressortissante. Elle profite à tous. J’éternise la mort. Treize morts, un peu plus tard. Elle aussi se rapatriera en cas de coup dur. J’établis le budget d’une année pour sept. Treize victimes. C’est elle qui fait l’opinion. Elle examine les chaînes de produc­tion, manœuvre sa jeunesse, préfère mûrement. Elle n’est pas un appendice. Est-elle un héritage vivant ? Une aubaine, bien sûr, à l’heure de la flambée. Au fil de l’histoire, je décrypte avec l’historien, j’améliore son état sanitaire, son remembrement. Pour qu’elle participe activement, je lui affecte un cadre, limite les problèmes de coulées depuis maintenant trois ans. Je dessine son itinéraire. Et ce n’est qu’un début. Animations loisirs, fanfares anniversaires, comités de pilotage, salons du modélisme, de l’érotisme et de l’emploi, ateliers dégustation, rencontres champignons, cabarets des années cinquante et filles pas farouches, rallyes découvertes, bourses d’échange, banquets et pots citoyens, programmes complets, concours d’élégance, temps de dialogue et de concertation enrichi­ront l’offre des territoires. Une caméra frontale sera sa compagnie. Les études portent sur la définition du plan et les jalons de sa réalisation. Je contribue également aux corridors, à la majorité de ses actions. Je soutiens la plupart de ses initiatives, je les conserve, les restaure, les entretiens et les reconstitue. Je les appuie sur une émanation de l’union, sur l’intérêt que chacun peut avoir, siècle après siècle, le regain d’intérêt. Elles présentent aussi l’avantage de pouvoir être utilisées. Face à ces enjeux, la chambre des expulsés a un coût, nous souhaitons les informer. Je détermine avec elle chacune des étapes du circuit, la première fera recette, le Grand Embouteillage, le rendez-vous désormais incontournable, bretelles et itinéraires bis compris. On est heureux nationale 7. Toute la région débraye pour manifester et décorer les vitrines sur le tas. Les commerçants passent leur costume d’époque. Un spectacle guinguette écarte les aigres et les chatouilleux. Enfin, le quatrième rassemblement géant de véhicules promet une reconstitution complète et longue de cent kilomètres. La route est un produit, que l’on soit deux, trois, quatre, cinq, six, sept, où tout le monde se reconnaît. Elle met encore du ciel d’été, une issue favorable. Une belle concentration automobile et de bonne humeur la première quinzaine.

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Le plafond n’est pas exploité. Je prolonge les vacances, je suis prêt à tout. Pas besoin de penser tenue, la plus simple convient encore. Poutrelles et venti­lation ne sont pas dissimulées. Et comment ! Des planches campagnardes, des tablettes, un bleu propriétaire, des tenseurs sensoriels. Notre compétence au service de votre respiration. Le mot bonheur est aussi la propriété de nos par­tenaires. Le vendredi je suis plus décontracté, plus sport. Un gratuit fait sa une d’une gelée d’août, drôle d’août. Une prune glacée sur la branche. Je suis plus fantaisie. Un preneur de sons chausse le micro de sa peau de chat. Une jeune femme propose des sans-abri. Pour une aspiration confortable et garantie, je viens avec mon skate. Je garde mes écouteurs au cou. L’autopsie, c’est super. J’ai mes adresses. Je m’adapte, je manage mes émotions. La relation médecin-malade est au plus fort dans l’autopsie. Un couple mécontent traverse la foule d’un carnaval. Permettez que je rebondisse. Un autre, aux vestes assorties, pratique la marche nordique et dit chaque pas, je suis plein d’allant. Le garçon se donne de l’activité au bout du comptoir, puis il agite le shaker avec suffisance. A-t-il assez d’attitude ? Des grilles de fer forgé défendent des couloirs condamnés, au sol de terre battue. Les moines ont la classe, grand retour de la robe et des manches longues. Je lis la légende du thé. J’ai mon capital cool, mon capital jeunesse, nouveau nu plus que parfait. Plus d’infos. Je reçois très vite mon jouet à roulettes. Plats et goujons cisaillés des ouvrages de génie représentent une menace pour tous, même testés en incendie réel, même avec la vigilance la plus implacable, l’affaire de tous, l’assemblage tube-tube réduit les états limites ultimes. Une chaîne cliquette. Je pousse avec peine mon vélo dans la petite pente, me retourne, enfourche et descends doucement sans pédaler. Je recommence. Ma longue barbe, pour tirer la langue sans être vu. Mes pieds encastrés et articulés, mousse recouverte de tissu. Sous le vent, sous chargement dynamique, les sifflets continus des éoliennes, le souffle de chaque pale quand elle longe le mât. Je suis le feuilleton budgétaire, facile à faire pour une fin d’été. Les salles sont pavées de dalles carrées de deux pieds, d’un pied en cas de grande presse. Des gages sont demandés. Je n’ai pas le temps de les lire. D’autres pieds ne respectent pas la mosaïque, elle se renouvelle trop vite. Pour paraître à cet emplacement, une scie circulaire, filtrée par la distance des collines, des couloirs. Mon écran revient plus loin, sous des pieds inconnus. Nous faisons connaissance. Eux aussi porteront ma barbe, ma veste à longues basques, ma tronçonneuse intratonale. Ils découvriront mes actions belle peau, mes cheveux. Ils sont les bienvenus dans mon monde, je serai déjà au-delà, une gamme de chaussures italiennes pour le skate, un ensemble réticulé de bielles et de tirants. Je crée dans le créé. Je renforce, accroche, étends, surélève poteaux, murs, plan­chers. Tout chaud, je remets aux normes des enveloppes. Je suis le principal intéressé. Je construis des verrières sur l’existant. Mon attache fusible, ma crème d’absolu font section nette, efficace. Mon revers de col aspect drap de laine, mes chaussons fourrés. Je souligne l’apparition du fil barbelé. Je laisse une note de service au patron sur la fontaine, pourquoi ne pas remplir ce truc de tisane glacée au ginseng ? Je passe sous l’arche d’éveil, évolutif, multiportion, riche de plusieurs siècles. Quatre musiques me récompensent de mon effort. C’est aussi l’occasion de découvrir un film sur le processus. Je suis ironique, je décale le goût. Je suis en vingt-quatre heures chez moi. Je me fais comparse des premiers, des derniers jeux, d’un infime pourcentage. L’illustration troisième âge dans tous ses états. Chaque impact du piston dans le cylindre au loin se noie dans une trame épaisse, instable, réfléchie dans le relief. Il participe de la valeur paysagère. Je communique viral. Moi, l’agent du changement, classique instan­tané. C’est moi l’intrépide. J’épouse la nouveauté, je reviens sur le kitsch, me moque, travaille jusqu’au petit matin. Un esprit nounours amovible avec fausse fourrure et petites oreilles pour me protéger des frimas de l’automne à venir. Je vais donner de la couleur à cet automne. Je me tortille, me tire et me dandine. Je me flatte d’exigences, je recrute un groupe témoin. Je réponds à des besoins identifiés. Un courant vagabond de la charpente claque au sol, ici et là. La foudre ou l’éclair ? Personne ne s’effondre. Mon nom remplace le leur. Ces avantages sont exclusivement réservés à mes amis. La voûte ondule et tremble, efforts critiques en compressions complexes, en flambages et en déversements. Je partage ma passion du métal, du pneu, même des articles volumineux. Devenez sapeur-pompier, enfin sans ordonnance. Je profile l’allure familière de la déformée. Je contrôle en service et hors service, j’exécute l’extrémité des goussets, des raidisseurs, des anguillés, mon univers chambre.

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Autre point marquant, ce qui vous fait broyer du noir ? Je ne supporte pas l’injustice. Des clefs pour approcher du total, du cœur au ventre, favorisent les défenses, formulons le vœu que ces escaliers grillés eux aussi, qui ne font pas l’objet d’une revue minutieuse, trouvent les clefs d’une rentrée euphorisante. Des clefs pour se rendre compte. C’est un métier difficile. Il demande beaucoup de générosité. Mais il faut plutôt s’attendre au pire de la part de ces couloirs condamnés. Il y a à la fois une pudeur et une sensibilité qui se dégagent. Votre principale qualité ? La franchise. Votre principal défaut ? La franchise. Choc dans l’opinion. Un élagueur s’immole par le gibet. Je peux dire que je n’ai pas de regrets. J’explore avec finesse et sensibilité les affres et les joies, mais joie après joie, affre sur affre, je crée des dynamiques sur le territoire, une coopération intense dans le domaine de l’ensemble de la force. Les escaliers en service, les vestibules d’orientation connaissent une moindre fréquence de proposition que les couloirs et les salles, car l’attention balistique est à son comble, les fenêtres d’opportunité, étroites, les frais tactiques, multipliés. Je reste susceptible de recevoir des offres et des informations, un thème illustré, une collection bien pensée de concepts et d’expériences, d’avantages tout doux, de conjuguer l’avant-texte avec sa foncière forte. Il faut rappeler que le meilleur équipement s’y trouve, les canaux logistiques les plus minces, les voies aériennes bouchées. Tout est d’une complexité extrême, on n’aborde pas le processus de désengagement en claquant des doigts, ce sont des manœuvres délicates, une nécessité longtemps attendue. Tout ça sera bien organisé, le cours général des événements, l’accé­lération du mouvement, du calendrier. C’est sans la moindre surprise que le calendrier sera respecté. Ceux qui n’ont pas pu entrer le suivent sur un écran géant. Maintenant, deux remarques. Vous me demandez le livre, le disque de l’île déserte. Pas un coup de feu n’a été tiré. Je n’ai pas offert prise. J’ai pour moi le bon sens de l’histoire, j’ai le temps pour moi, verrou de l’axe de pénétration. Un million d’heures de lecture. Dix millions d’heures de musique. C’est plus que vous n’écouterez jamais. Je n’ai pas pris le bus, pour arriver en sueur et plonger dans l’eau fraîche. Ça ne se refuse pas. Ce qui compte, avoir des émotions au quoti­dien. Nos solutions de stockage dépassent l’entendement. Je balaie d’un revers de main. Je dors dans un bosquet, sur un banc, entre la chapelle et le muret. Nos panneaux solaires offrent dix, vingt mille heures d’autonomie. Sans équivalent dans le monde, l’éclairage nécessaire pour comprendre, vivre et transmettre. Une élégance épurée, douce et subtile. Une montagne de batteries et de contre-batteries. Laissez-vous surprendre. En fait, il s’agit d’un échange. On ne vous le répétera jamais assez. Et Dieu a fait un miracle, j’ai commencé à aimer l’opéra. J’ai suscité des critiques, voire des sarcasmes, des veillées à la bougie et des processions un peu partout. Deux sur trois ont réclamé un référendum. Je me suis retiré dans le creux de prairies engourdies, où j’apporte le poisson cru ou cuit, frais ou séché, sur de nouveaux chemins. Je bois une bière sous l’eucalyptus, écrasé de chaleur. Elle exige de moi des mutations, en témoignent les enjeux formidables. L’initiative est vouée à l’échec, sauf à installer le dispositif en quête de repères. Je crée mon dossier. Je m’inflige un terrible camouflet. Je m’établis dans le premier garage, la première grotte disponible, la ferme de perches et de feuilles. J’étudie jour et nuit, je dors au son des gamelans et de la grande musique, à titre d’exemple, celle des séniors aussi bien que des plus jeunes d’entre nous, l’essentiel, c’est de bien profiter de ses loisirs, à peine de nullité du contrat. Ces statistiques n’entrent pas en discordance, la liste est encore longue. Commence une vie de labeur et d’humiliation, elle ne contribue pas au fonctionnement normal. Je me donne les moyens. Face à l’ampleur du chantier, le maître mot, c’est la confiance, l’alliée de la caféine. Elle fait alors l’objet d’un acte, lequel doit être de qualité. Le philosophe, le moraliste s’en émeuvent. Je suis le saint de la semaine. Je veux être missionnaire et martyr. Je jette de l’huile sur le feu. Les deux sont gagnants, les opinions ne sont pas prêtes. Je regagne le continent, la réglementation en vigueur. Mais, ma bible ? L’inutile, l’indispensable ? Mon livre d’heures de chevet, dans une ferveur palpable, dégage un charme fou. Il en fait plus pour moi, voilà mon coup de cœur pour le quotidien de la semaine, parfait pour mon profil. Mon supplément détachable. Le disque de l’arbre où se pendre, le livre du pont d’où se jeter ? Toujours davantage. Je désire rencontrer le conseiller le plus proche. Il est le fruit de vingt ans de recherches, producteur inventif de fruits. C’est lui qui plafonne, qui détient les clefs des caves. Il est au centre de mes convictions. Il ne présage pas des taux à venir, ce n’est qu’un simple fascicule, mais ode intemporelle à la dignité, c’est lui qui pointe comme potentiellement stigmatisante la visite des ossuaires. Que faut-il penser des stigmates ? C’est lui qui ouvre les portes des journées patrimoine, prévient les comportements à risque. Pour un enfant, naître constitue donc un handicap. Mais il n’a pas dit son dernier mot ! Il regorge de situations, il entre à fond dans cet élan. Ses travaux sont aujourd’hui primés. Je le parcours et oui ! je réponds sous dix jours. J’ai bien noté. Son portrait profondément humain, partager le goût des autres, répondre à toutes vos questions. Il soulève de nombreuses questions. Soucieux d’approfondir, pour en tirer le meilleur bénéfice. Je choisis le versement. Pourtant, la vie y bruisse chaque fin de semaine, programme antigrisaille garanti. Paix, solidarité, abondance. On aura aussi noté l’enterrement annoncé. Je règle en douceur. Les conclusions du rapport d’enquête sont claires, ça ne peut être exigé qu’au décès. Je reçois en cadeau les soixante plus belles. Les lois de la nature changent radicalement, inversibles, bifaces, microencapsulées, si je l’avais dit à ma grand-mère, elle m’aurait ri au nez. Une certaine souplesse de gestion est facultative. On s’inscrit, il fait froid, on se lasse. On s’alimente clandestinement. Une génération optimale de principes bouscule les vieilles gloires du cinéma, l’intestin, le second cerveau. Elle anime enfin un club de progrès, elle exige le remboursement de son vivant. Sur les marchés comme dans les cœurs, vous voulez être nourri chaque semaine ? Touché chaque semaine ? Prenez les bonnes décisions. Comme un garçon. Ça ne coûte pas un bras.

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Ça ne mange pas de pain. C’est source naturelle. L’importance de faire des choix, comme, dire la vérité, trouver les mots justes, oser s’engager, se former à tout âge. La première fois qu’il l’a vue, il l’a trouvée belle, un soupçon sensuelle, il l’a d’abord prise pour un accessoire. Il l’a aussitôt enregistrée. Pour être honnête, les qualités des cartouches Babines rassurent, obtenues à partir de poissons. Mais quand ça coince, il existe des compléments, deux heures avant la dernière. Il ne savait pas qu’elle allait lui devenir essentielle, son bras droit en toutes choses, son autre moitié en moins d’une minute. Vous êtes d’autant plus serein. Vous n’avez qu’à essayer. Sa solution potable est conforme à la réglementation, évolutive, adaptée à chaque étape de l’enfant, de son dévelop­pement, à l’entente des couples, à la température idéale. Vous ne vous brûlerez plus le poignet. Les experts sont unanimes, cinq gestes suffisent. Elle peut encore bercer, chanter, changer, se faire douce, câline, pressée, aimante, heu­reuse, fatiguée, mémoriser dix itinéraires. Il ne reste que le plaisir. Un jeu d’enfant. Nourrir l’enfant n’a plus rien d’impressionnant, il adore sa nouvelle machine, comme son père, ses manches de complet antiadhésives. Ils peuvent en prendre plus. Son habillage tiède, son tendre moelleux, sa muqueuse cousine pour embrasser. Sa rondeur laiteuse, convenable. Préparer d’une seule main le biberon et le café, avec ceci ? Je trouve enfin ma place. Mais que faire hors de la maison ? Que faire en pratique lors du changement d’humeur ? Quand l’enfant a un accès ? Le kit Ritaline et son caisson d’insonorisation pour les coups durs, pour faire face. Ne pas perdre la face. Il y a simplement le nouvel âge que nous devons préparer. Je fais figure de pionnier, je bascule dans une nouvelle ère, marquée par de réels gains de productivité, très fidèle à l’esprit, le contrôle total et l’information permanente, du jamais-vu dans mon métier. Vous aider à vivre. Réaliser le rêve. Réaliser pleinement sa vie. Trois cents clients ont surgi dans le grand vide. Le silence a remplacé le brouhaha. Un document sur mesure et respectueux, un langage témoin. Rien ne lui échappe. En amont, le robot de traite libère d’une astreinte quotidienne, sépare automatiquement des vaches le lait, les nutriments, les graisses et les toxines. Sans eau, sans alcool, sans conservateur, sans colorant. Les vaches se rendent désormais sans résistance. Surtout, elles sont équipées d’un collier. Il est assorti, les belles montbéliardes à la robe pie rouge, les charolaises blanches. En moins d’une minute, d’une seule main, que dis-je, d’un seul doigt, au doigt et à l’œil. Je commande en ligne. Vous avez dit d’un seul doigt ? Elle voulait les bras, il me fallait mes deux mains. Robuste, empilable, facile à marquer. Je pars le cœur léger, je rentre sans inquiétude, responsable de quatre kilos. Je sais que je serai à la hauteur. Je partage mon handicap, ma force. Les comportements sont assez bons. Vous vous êtes battu. Vous avez longtemps senti vos membres fantômes. Vous êtes stressé, épuisé ? Vous vous sentez seul, menacé, diminué, amputé de vous-même ? Vous avez besoin d’évasion, d’authenticité et d’harmonie ? Pour contribuer efficacement à ce combat, une vaste étude menée sur un échantillon de nos plus fidèles arrive à coucher avec une extrême justesse, dans un livre confession entre colère et joie de vivre, la forme la plus développée, la plus appropriée aux besoins de tous.

Mise en ampoules buvables, pastilles, gélules, comprimés, cristaux vert pâle, en spray ou en gouttes, en suppositoires, par voie orale, cutanée ou en diffusion, en intraveineuse, en intramusculaire, en intracardiaque, en patchs ou en implants, la Létadone vous promet une nouvelle vie. Ma nostalgie a un nom. Elle est inodore, fiable à cent pourcents. Elle est directement issue de la technologie aérospatiale. Je ne choisis plus la futilité, je demande conseil. Les résultats sont là. Une agonie douloureuse de cinquante-cinq minutes, les plus précieuses, cinq minutes de vives souffrances des articulations et de l’abdomen, une mort clinique nette et garantie une heure. Après quoi le réveil est brusque, palpitations, bouffées au visage, bouche sèche, alarmes et tiraille­ments ne sont pas à exclure, mais sa formule antioxydante libère des médiateurs de l’apaisement en constante augmentation, des somnifères si besoin, des régulateurs de l’humeur ainsi qu’un équivalent salivaire en sachet-dose. Le spleen qui cabossait ma vie, c’est terminé ! Elle unifie les sens et corrige toutes les imperfections, efficacité démontrée, adaptée à toute la famille. C’est le moment de faire le point. Différentes concentrations pour différents effets recherchés, simple recadrage, prise de recul ou réforme complète. Vous ne prendrez plus les transports en commun, vous retrouverez les essentiels de votre existence. Vous tournerez le dos au superflu, les substances responsables de l’être s’ordonnent à nouveau. Nettoyées, purifiées, délavées. Mais il est sage de souscrire dès à présent un abonnement chez nos partenaires, de lourdes désappétences étant fréquemment observées. La Létadone est reconnue pour soulager dès la première prise. Elle vous permet de traverser dans les meilleures conditions. Vos greffes ne vous pèsent plus. J’ai fait la paix avec moi-même, mes substituts, une solution à tous les désagréments du quotidien. Elle est recommandée par les professionnels. Le réel, la vérité s’offrent à nouveau. La vérité nue, la Létadone n’est pas un médicament. Elle n’est pas reconnue d’utilité publique. Elle ne peut pas vous être délivrée par votre pharmacien. La Létadone est une drogue. Il faut bien comprendre qu’en réalité, la Létadone est une drogue. Il faut que tous l’entendent. Même minidosée, la mythologie associée n’est pas acceptable. Dans les cinq jours succédant à l’oubli, ses ardents promoteurs l’appellent la résurrection. Notez l’heure de leur apparition. Ils se dégagent de tout, multiplient les provocations. Et quel succès en attendre, per­sonne ne se soucie de saper son bien-être, un équilibre chèrement conquis. De plus, la molécule est instable. La distinction de l’unité d’infiltration et de la chambre de dissolution n’assure qu’en apparence le meilleur terrain sanitaire, immunitaire. C’est grotesque, comment un laboratoire aussi excédentaire pourrait avoir le toupet de commercialiser des produits réputés dangereux, réputés sans public, vous me voyez recevoir une enveloppe d’un fabricant de pompes funè­bres. C’est grotesque, je n’ai pas d’autre mot. Il y a d’autres vies à sauver. Il y a d’autres manières de muscler son esprit. D’autres régimes contribuent au bon fonctionnement, prenez l’extrait de tomate, l’extrait de poisson. De vous à moi, d’autres assortiments, d’autres coffrets de pensée clefs en main, de chapelles, de groupes de parole, de cercles de l’âme, de soulèvements d’équilibre, de développements personnels, de dépistages précoces, de méditations pour aider les défunts, de coups de main de l’éther, de programmes détox garnis et d’exercices complémentaires sont déjà disponibles par correspondance et téléchargement. Vous voulez voir le réel ? Posez-vous cinq minutes par jour, jusqu’à ce qu’enfin les signes apparaissent. Le carton d’emballage peut être recyclé. Une philosophie particulièrement ergonomique, une mise en train rapide et intuitive, un grand choix d’arômes. Bientôt à cours ? On vous alerte. À la recherche d’un point ? On vous guide. Les capsules peuvent être détruites par le feu et produire de l’énergie. Elles contiennent l’exact nécessaire. Réglez la température d’un simple effleurement, la machine libère la quantité de combustible requise. Lancez l’opération d’une légère pression, suivez-la au jour le jour sur le tableau de bord interactif de croissance, de disposition et de besoin. L’utilisation du présent incinérateur domestique se fait à vos propres risques et périls, à l’exclusion de toute autre condition. Dix engagements qui font la différence.

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