Échantillon Gratuit - François Tison

Ne peut être vendu

paru dans lundimatin#35, le 8 novembre 2015

Échantillon gratuit est un texte constitué pour l’essentiel de slogans publicitaires, de fragments “publirédactionnels” et d’“éléments de langage” politique. Ils forment d’abord un chaos assez semblable à l’expérience urbaine ordinaire, où les sollicitations, les identités, les espaces se confondent en une masse familière et amorphe.
Cette masse est organisée selon un principe de roulement des voix et des lieux. En tuilant ces échantillons arrachés à leur environnement, le montage fait le pari que leurs rencontres inédites produisent, au-delà de l’étrangeté, plusieurs fils, plusieurs lectures, et que toutes offrent une autre expérience de ces choses publiques. Échantillon gratuit se veut sans doute avant tout une critique de la publicité, du capitalisme et d’un mésusage de la langue, mais aussi une tentative, en parlant cette langue et en la malmenant, pour s’en défaire joyeusement, pour en parler une autre.

Publié en 2012 chez Allia, Farcissures sondait l’ordure et sa topologie, entre la monographie et la narration obsessionnelle. Dans une forme plus minimaliste, délibérément tournée vers la prose poétique, Échantillon gratuit en prend la suite et examine son pendant, la marchandise et son discours.

Pour faciliter la lecture, nous avons divisé le livre en trois parties que nous publierons à raison d’une par semaine. Quant aux illustrations, elle proviennent du travail de Môsieur J qui derrière le hashtag #icibientôt, documente ces existences formidables dont les promoteurs immobiliers veulent nous gratifier.

J’ai sous les yeux une petite araignée descendue de son fil, un groupe de tracteurs et leurs outils, une lentille dépolie, d’autres travaux, les sept mille sollicitations du jour, simples couleurs, logos, jingles, quatre-par-trois roulants, quatre-par-trois lumineux des murs, des abribus, des bas-côtés. Les foins sont faits, le calme revient, l’andaineur et la presse à balles se replient. Je suspends un peu plus loin le fil et l’araignée. Je suis de retour. Le soir tombe. Des hommes circulent, stationnent, boivent un verre, gagnent une année de shopping, ne s’attardent pas, s’attardent, terrasse ombragée. La bouche du métro souffle son air sec jusque-là. J’accède au communiqué de presse en flashant le code. Une femme enceinte, bienheureuse en bas de pyjama, en débardeur trop court, le sourire vide, descend sur la place en soutenant des mains son ventre sans nom­bril. Elle n’a besoin que de choses bonnes et confortables. Je tiens dans mes mains mon ventre. Je tiens une carte d’état-major, je la modifie, déplace un tas de gravier. J’en étale au sol et nous marchons dessus, il nous rappelle un chemin. Je me tourne vers mes terres, d’un geste du bras, l’autre autour d’une épaule. Nous investissons dans le bonheur nature, une station familiale, un cadre de vie unique, un charme patrimonial, un financement authentique, un programme de gestion ski aux pieds, en pleine copropriété, construit sans compromis, le choix d’Ashton T. Staedter, basketteur professionnel, mon fils, notre priorité numéro un.

Nous comprenons vos succès et vos attentes. Une philosophie d’investis­sement sans pareille. Une gestion de fortune indépendante. Une tradition bancaire suisse. Un alpage, la figure de Jean-Jacques Rousseau. Un ERP performant, vous êtes curieux de voir un ERP performant, nos clients sont passés à l’étape sui­vante. Une bergère. Le numéro 49 de Poker magazine, de Passion gourmette, de L’Officiel de la console. Une autre bergère en maillot de bain. Les paysans passent en sautillant sur leur fauteuil, déménagent quelques bœufs premium terroir. Une courbe de croissance, une courbe d’utilité, la colline du plaisir. Au-delà du premier regard, le terroir au cœur de la ville, le bœuf corps et âme. Un grand couturier en homme libre, en punk. Un bœuf s’enrhume. La bétaillère les prend par quatre.

La Lune est levée sur les rues. Il est question de lui trouver de la compagnie. Les galeries sont ponctuées à hauteur d’homme, on le suppose parfois capable d’une longue lecture. Un publireportage et je deviens biomagnétiseur, draino­lymphologue, biochirurgien, surprenants moyens du futur très efficaces. La médecine à mains nues ne coûte rien. Mais, voir nos conditions. Il est riche de ses expériences. Il ne se passe rien. Le voisin répare la clôture, le portail, des poteaux neufs, du barbelé, mais laisse ouvert deux jours puis ferme pour l’année. L’expérience, la différence. La nuée d’étourneaux quitte l’arbre avec un grand froissement, s’en éloigne, revient, s’effiloche jusqu’à l’arbre où elle disparaît. Tout a changé. On n’entend que la pluie, sur le sol, sur les toits, disparaître dans les réseaux des eaux grises. Les collecteurs, les salles, les voûtes en berceau comptent avec la hauteur, les crânes de quelques mètres s’évasent tout en fronts, en cheveux, ou se penchent sur les passants, ou s’adressent à l’autre quai. Le port du casque n’est pas obligatoire. Les tunnels comptent avec la vitesse, la fenêtre s’ouvre sur un ruban de photogrammes lu depuis l’intérieur : elle nage dans l’eau bleue. Elle attend cahotée dans l’inox et le néon. On annonce le record de boudin, le loto de la paroisse, un alpiniste dévisse. Comme hommage à sa grande aînée alors en son croissant, c’est à un annon­ceur de sport que la Spatiale de communication accorde son premier panneau satellite, au diamètre apparent comparable à celui de la Lune.

Moi, je me ressource dans mon nid douillet. L’été je trouve enfin la paix, la chapelle ravagée de glycines et de rhododendrons. Entrez dans la modeste ruine en poussant un figuier. Sous une niche vide, sous le seul cul-de-four encore debout, devant un bassin de carpes japonaises et de crocodiles véritables, un transatlantique laissé dans le chœur tourne vers la nef découverte, vers le ciel d’août, les chauves-souris, les crapauds sonneurs et l’effraie des clochers, la Nuit des étoiles filantes, notre rendez-vous. La rotation de la Terre et son orbite, l’orbite du Soleil dans la Voie lactée, la marche de la Voie lactée même, l’heure est quatre fois venue de vous laisser transporter. Vous ne regarderez plus le ciel comme avant. En règle générale, bel et inutile effort, chacun sur Terre identi­fiant sans faute et quelle que soit sa position le swoosh de l’équipementier, jusqu’à ce que les autres débris de l’orbite basse le réduisent en miettes. Vous ne regarderez plus le ciel. Goûtez la saveur intacte. Il est plus que jamais temps. Retrouvez votre minisite haut et fort, mode d’emploi. Comment reconnaître les plantes, les animaux qui fonctionnent véritablement, petite visite guidée.

Et comme dessert ? Trois générations la perche à la main poussent une quinzaine de veaux et leurs mères, entre deux prés, sur la route. On patiente, on corne, on ouvre la fenêtre. Escroquerie, pas de météore, de feu Saint-Elme, de vision nouvelle de notre bâtiment, façon arche. Un problème ? Pas de problème. On se figure wagon-lit, voiture-bélier. Les chaussures équipées de la technologie avec système de dépla­cement d’air aident à sculpter fesses, cuisses et mollets à chaque pas. Les quatre circulations de notre bolide même, aller, venir, se tenir, peu importe, circuler, stationner se valent pour nous. Parmi nos indispensables santé, libérer notre nez, fatigue, teint brouillé, mauvaise haleine. Il n’y a pas de vague d’étrave, il n’y a pas d’en-dehors, d’alternative, d’échappa­toire, d’âge d’or, de lendemains, de guerre froide, propre, sainte, même civile, il n’y a rien au-delà des murs, il y a le cap que j’ai fixé. Au contraire, nous devons aller plus vite et plus loin. Davantage de Barbies chauves seront distribuées aux enfants atteints du cancer. Cellules et panels par trois quatre, cousus main, responsables d’actions proagrégeantes, mon concentré d’équilibre au cartilage de requin, au champ magnétique pulsé, cliniquement prouvé. Un veau s’égare dans un soupirail, on l’appelle, on l’encourage. Les plus pauvres et les enfants atteints du cancer seront sanctuarisés, mon cercueil personnalisable. Tous lieux se valent tout entiers, une simple pression, une larme dans le creux de la paume, matière noire à tous les étages, tous publics, et tout seuls. Quand des mineurs chiliens sont ensevelis dans le boyau, on leur envoie des chaussettes Cu3+ pour amélio­rer leur bien-être : les bienfaits du cuivre pour une peau jeune, belle et saine. Formule huileuse non synthétique encore plus concentrée. Je sors, elle sort d’un nuage de petites bulles. Elle porte une suite de bain Synergie d’action aux patchs détoxinants, elle n’a pas les talons calleux, elle estompe les outrages du temps. Nous sommes entre nous. Rien n’est moins sûr, je suis elle, ici et là. Elle est née des îles. Une association optimale d’actifs, nos astuces pour voyager fashion et léger. Oser l’infini. Oser briser les limites, épouser des femmes extérieures, quelles qu’elles soient, augmentées, diminuées, quel que soit l’un, il existe l’autre tel que l’un l’autre. Il ne reste plus qu’à choisir. Bien manger, donner la vie, le centre d’information des viandes. L’aventure à trois heures de Munich. Mais ce complexe multi­nutritionnel, ce bouquet détonnant de services, ces cadeaux gratuits soulagent efficacement depuis plus de cinquante ans.

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Un homme minuscule se jette aux pieds d’une femme costumée en gnou. Seul le nom change, pas la formule. Il organise le hasard. Elle est couverte de sable blanc et d’écume, elle avance une jambe, quoi de plus naturel. Un spécialiste des raids en quad et en buggy au Maroc et des raids en buggy au Brésil donne le meilleur à son enfant, la technologie du cylindre à la demande. Huit pour une performance extrême, quatre pour une efficience maîtrisée. Le montant de la tirelire re­démarre, l’isolement, l’endettement. Une machine grince de loin en loin, une autre, une bétonnière tonne. Le vent est fort, turbulences dans les arbres. Elle ne fait pas la moue, elle donne un élan à sa carrière, un monde qui lui va bien. Le chaos n’est plus un inconvénient. Elle se donne carrière, elle n’a plus sa raison. Elle pilote la piscine à distance. Elle assassine le photographe et le patron. Les appels inarticulés d’un idiot. L’hypersalivation peut être responsable de complications psychosociales, même de décès. L’ami fidèle de votre nuque. Il est fan. Pour découvrir pourquoi il est fan, visitez notre store. Le pas dans le gravier d’un autre idiot, chaussé de petit point marqué à la flamme, Limoges, le luxe n’est pas une qualité, un cocon pour votre bien-être. Deux bœufs se répondent du haut et du bas de la colline. Le bonheur, c’est faire fondre. C’est une effusion de bien-être, la plus spectaculaire toute l’année, l’océan céleste, la mer de sable, le tartare Signature d’or, le cocktail professionnel. Une girouette, une petite éolienne, une balançoire vide crient doucement. Un grand couturier en chroniqueur de la campagne. Il se trouve tout à fait normal. C’est lui qui fera la différence, qui fera l’élu. Les Grandes Écuries de Chantilly sont le cadre idéal pour apprécier son élégance innée, le pack Faveur d’argent, qui comprend la finition chêne laqué, le pavillon de toit Morzine Jumbo-Jet et le poste de conduite, tout le raffinement, la grâce et les innovations techniques que vous attendez de lui. Elle part à la découverte du lagon, elle fait danser ses papilles gourmandes avec style, rires et jeux d’enfants au loin, elle plonge dans un océan de tranquillité. Les transferts en limousine privée sont offerts sous réserve. Une petite fille chante et cueille des pavots de Californie. Un compresseur, vraiment plus intense. Un voisin jardine raisonné. Un autre est bien informé, il sait le prix des choses. Le lait de suite, une poudre à doser, diluer, tiédir, verser, succède au lait maternel : depuis trois générations, notre utérus de suite est prêt à l’emploi. Êtes-vous un bébé utérus de suite ? Mais il ignore que nos tondeuses sont abordables, il regarde sous la porte du garage. Elle prévient, identifie, traite. Mais plus près, par intervalles, ça ne peut être un bœuf qui hurle de la sorte, un grand prédateur, un dents-de-sabre. Elle privilégie le naturel sans souhaiter se passer de résultats. Un éditeur de papiers peints décide, et si je prenais soin de moi ? Vous avez rendez-vous avec vous. Il est naturellement responsable, passe d’un outil à l’autre en un rien de temps, il est paysagiste par nature. Il est totalement adapté. Nous man­quaient le savoir-faire, l’outillage, le temps pour le réaliser, ça change tout. Le voir se construire sous nos yeux, c’est très émouvant, profiter, se détendre, jouer, partager, rêver entre la piscine, les buis en boules, le péristyle. Il est livré avec son harnais confort. Des enfants poussent un ballon. Une égérie ayant trashisé sa mise se fait remercier, nous sommes la confiance depuis quatre géné­rations de sels de bains. Nous nous adressons à la famille. Vivre la maison. Vivre jeune, pour la vie, saveurs et santé. Elle est forgée dans l’aluminium. Elle manipule le glyphosate avec précaution. Athlète, esthète. Elle est plus légère de cent quarante kilos. Elle réalise la rencontre de la sportivité et de la beauté. Elle est plus performante, elle offre des sensations exceptionnelles. À l’arrêt, ses lignes et son regard fascinent. Allumée, vous êtes décuplé. Elle est conçue pour stimuler votre cortex moteur. Être en symbiose avec vous. Provoquer une intense réaction dans le cerveau, dans la partie appelée très judicieusement cortex moteur ou homoncule du même nom. En un mot, elle n’est pas une machine sans âme. Elle est aussi vivante que vous, aussi différente que vous. Un homme, une machine. Découvrez-la, laissez-vous emporter et demandez-vous combien vous êtes vivant. Une fleur de grande valeur, non contractuelle, commence toujours par une rencontre, elle est faite pour vous, au-delà de la rencontre. C’est comme si c’était fait.

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Il est compact et dynamique, la liberté est sa seule destination, la petite robe noire, les trois talents. Le nouveau regard griffé. Il a sens entre les mains d’un héros moderne, un athlète d’exception. Comment participer ? Il fait voyager son véhicule. Il descend dans le parking en vis. Au-dessus, le théâtre, le public dedans et dehors, la fontaine et les camélias tremblent. Un garçon dégage trop fort, la balle renverse un service à café. Personne ne proteste. Ils se sont dit oui. Cascades et éclats d’agrumes à ne pas rater. Devinez. Provoquez la passion, le hâle unique, durable, la nature du refroidissement. Faites une cure de raisin. Un bœuf tousse, deux coups de pioche dans la craie et leur écho. Le tractopelle passe avec une lenteur grave, les godets levés. Il s’en envoie à l’infini. Ces quatre technologies sont couplées à des systèmes haute définition. Il ose refaire sa vie, plus ferme, plus élastique, hésite, fortifie, répare et restructure. Les glaçons tin­tent dans le verre à moutarde. Le samovar circule de l’un à l’autre sur son petit châssis. Il s’applique comme un shampooing. Eau sosie de l’eau. Les chiffres sont là. Après un an de romance, on peut se les faire offrir, jolis et pratiques, une fois entamés, l’ail, l’oignon, la tomate, le citron, la crème d’amande au citron. C’est le caprice du mois, maintenant disponible, idéal pour se réchauffer les fesses à la fin de l’été. Êtes-vous prêt ? Pensez en bleu. Ne soyez plus girly, soyez femme en exclusivité pour la première fois, intense, formulée sans combleurs, sans conservateurs, sans ammoniaque. Soyez bouchons antibruit.

Il renforce son employabilité, il a craint pour son emploi, pour les siens. La réaction ne s’est pas fait attendre. Trois corbeaux harcèlent en vol une buse. Je retrouve le sex-appeal. Le progrès au rendez-vous. La vie est belle. Lumière in­fusée, révélateur des poudres, des peaux initiales. Écrivez la vôtre. Je suis beau, entouré, comme on les aime. Le temps passe. J’ai ma nuance éclat. Oui, et alors ? Je cabotine tout l’été. Des résultats tenaces, de nouveaux agents optiques. Je parais reposé, je vaincs la peur, je suis plus foncé, souligné, expres­sion de l’imperfection, du faux pas, unique zone fragile du meilleur contour, dans la dignité. Rien d’autre qu’un peu de noces, de continuelles fiançailles fondues sur une plage de couleur, une campagne vallonnée. Elle est lancée cette semaine. Une seule fois par foyer, une large palette de mailles valables. Il souffle un insecte sur sa main. Ça reste entre nous. Il respecte un strict cahier des charges. Il sauve la face, se mure dans le silence. Il brille de tous ses feux. Rien n’a changé. Il s’explique dans son autobiographie. Il succombe, il se punit en ramassant les feuilles dans la cour. Il renonce maintenant, sous condition de reprise. Il est mis à nu. Fraîcheur d’une fille très haut de gamme, impertinente et nature. Il cède à son tour, avec puissance et sobriété, avec ligne. Mais l’offre est réservée. Il s’évade à table. Il est le moteur de la croissance. Un fermier pousse à pas lents une grange, un pauvre diable. Il cultive un authentique esprit rétro, il retrouve nos parfums. Il faut se faire à l’évidence, il ira loin, très loin. Il parti­cipe à l’effort de guerre civile, les gerçures aux lèvres. Un sportif des plus mâles, les cors, un baume en stick. En tenue de ville, il nettoie les bordures un bras dans le rotofil, un arbre abattu. D’autres se font laver les pieds, prennent le frais fenêtres fermées. Je vais être très clair, laissez-moi être très clair avec vous. Un éternel garçon d’écurie. Il remercie pour ces années d’aventure. Il transpire sur la piste de danse. Il se jette des anathèmes à la figure. Un homme comme un homme. D’autres distribuent des tracts. Il revisite les valeurs du général. Elle avale des cotillons. Cinq pourcents d’ingrédients d’origine artificielle. Elle écoute les confidences du patron de l’Intérieur. Le pronostic vital est engagé. Je m’y mets. Je réveille mon côté depuis cent ans. Une fillette en gilet de fausse fourrure apporte une touche ludique.

Cette famille, c’est la vôtre. C’est dans l’air. Un homme. On ne fera jamais trop de place pour un homme, à partir de trois cents mètres carrés et six mille références de grandes marques. Il grandit en confiance. Le pire est prévisible, il prévient la catastrophe. Il s’installe dans un mobilier signé. Choisissez le vôtre. Concevez autrement. Repensez ce qui existe. Je peux apprendre à dessiner en deux semaines. Je peux souscrire au programme de rééducation alimentaire. Dois-je préférer un site de rencontres pour personnes laides ? Êtes-vous certain de bien protéger vos enfants ? Quoi d’autre ? Rome, début de l’hiver. Succès d’un huis-clos sexuel façon Patagonie. Ayez l’esprit canif. Vous êtes face à la mer, vous contemplez le sable toute l’année. Un couple de promeneurs en congé descend dans le hameau. Vous êtes sur mesure, les pores dilatés en moins d’une minute. Toutes les occasions sont prétexte, sérum précieux de l’âme. Le chapeau, donc, bombe d’hippodrome, vous sera offert. Ce n’est peut-être pas assez onctueux, battre encore, plus de fermeté, traces de fatigue dès la première nuit. Ma sœur, j’ai ce qu’il te faut. Le premier jour à tout moment, en toute situation, partout, par tous les temps. Je te renouvelle, pour lui et pour elle, te sublime et te repulpe. Une démarche plus caoutchouc, plus trophée, perfore les membranes qui empêchent la respiration, tous les jours, toute la vie, huit années en quatre semaines seulement. Pour le reste, vous pouvez agir, hautement accumulé, n’êtes forme rien qu’à vous. Beauté des profondeurs, le temps d’un court ou d’un long séjour.

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Rien n’est plus sacré. Il s’offre et se dérobe entre les arbres, il contient du malt, un soupçon, des articles sympas comme le shampooing à la myrtille, une astuce indécidable. Il n’est pas donné à tous de shampooiner un chevreuil, il se soustrait, tout doit disparaître. Il est bien là, tout est là, mais il est entièrement liquide. Je ne lève pas le regard. Il ne se laisse pas dévisager, ça ne se fait pas comme ça. C’est l’événement food du jour, l’extrait luxure, l’extrait nerveux. Je m’inocule de nouveaux besoins, je souffre tôt ou tard, neuf personnes sur dix souffrent tôt ou tard, huit sont inquiètes, simplement je veux dire une chose, je râpe une volée de demi-noisettes. Je retrouve en un coup de collier les rêves immémoriaux de l’homme sur le terrain, sur le dos de la main. Mes yeux, mes mains, mes chevilles dans la pierraille, mes bêtes. Le bélier se détourne. Un drain verse un jus de bile calcinée dans le fossé, quelles qu’en soient la hauteur, la vétusté, la dégradation. Un chat cherche les caresses. Mon chenil, ma maison de pauvres araignées. Son alpha s’abonne pour recevoir chaque mois un flori­lège de jouets et de friandises, de produits de soin ou de beauté, attentivement sélectionnés pour lui. Je le consulte avant de valider son choix. Il se dresse dans un ramequin. Je ne suis pas le premier à observer que les maisons des pauvres sont pleines d’araignées.

Je veux jouer le match de vivre, vivre ensemble. Je veux en découdre. Je retrouve l’empreinte ou la circonférence, le creux où il se met. Je lui trouve un emploi. Je choisis un aliment pour chat stérilisé, un slogan qui divise. Je suis étroitement cerné. Je cerne. J’observe une distance constante. Je ne suis pas fuyant. Je me réjouis quatorze fois la norme. Les détenus pourront également jouir. La victoire, la confluence et la concertation comme matrices, les résultats seront pris en compte. Je fais un peu de jungle, mais avez-vous fait Bornéo ? Elle pique ma curiosité. Je me pique de curiosité. Je suis sans cesse à l’affût. Il se sauve, rien ne m’arrête. Je prête le flanc, me tiens à la marge. Je me retire, invisible. Il pulvérise les cadences. Je cherche le dialogue avec lui. Je suis invité à dire mon avis. Je le place en nourrice, lui offre de rencontrer ses petits copains, de renseigner des questionnaires étalonnés. Il ne s’en laisse pas conter. Il rime avec toujours. Rien n’a plus de succès, toujours plus de succès, mais le logo dissimule le mot pharaon. Le toilettage mutuel réduit le stress et crée du lien. Je brûle cent deux tonnes de charbon dans la journée, autant d’huiles, de bains et de manucures. Je suis prêt à jouer la carte du temps. À cette occasion, la com­pagnie décide de repeindre le fuselage entier de quarante appareils. J’aime tirer le meilleur parti de la puissance de l’eau. Car, nous aimons tous partager ces moments. Je suis copensé par une équipe pluridisciplinaire, sous le haut patronage d’un médaillé olympique, j’incarne le courage et le déplacement. Je répands les nouvelles du voisinage. Rien de neuf qui ne passe par moi. Je suis une foule de véhicules. Je me donne cinq ans pour détruire le maximum de forces ennemies. Mes commères et compères, nous échangeons de petits coups de langue. Nous créons du lien, procurons bien-être et chaleur au donneur et au receveur, favorisons la coopération, décourageons la transgression, participons à la régulation de manière efficace et pour un coût essentiellement nul. Rien n’est impossible à rassasier. Quatre morts illustrent le fait.

Nous sommes amenés vers un hangar de poutrelles et de tôle. Je suis milliar­daire, le roi du cuivre ou de la viande en conserves. Les filles sont belles, les perspectives claires, le confort inégalé, les soldes monstres. La guerre est à mes portes. Notre premier débouché, la clientèle du rebouteux, les défis de l’avenir, des technologies pour la vie. Un effort de convivialité, des fonctionnalités attrayantes les feront supportables. Les procédés les plus récents d’embaume­ment laissent espérer d’autres expositions, l’infiltration de matière plastique et le thermodurcissement. La première n’a laissé personne indifférent, tous ont pris position pour ou contre les écorchés, plus réalistes et saisissants que l’art du bitume et des aromates. Les enfants se restaurent d’ores et déjà via leur mobile. Mais pourquoi resquiller ? Le portique n’est pas dupe, et toute faim sera satis­faite ou coupée. Je stimule ma routine. Je consulte les lignes et les colonnes de couleur. Les cannibales sont à nos portes. Je suis le guide, je ne lève pas la main, pas les yeux vers les poutrelles, les tuyaux de poêle. J’identifie avec soin les causes, je pose un diagnostic. J’adopte en profondeur les bons réflexes. Les cannibales sont parmi nous, toujours plus nombreux. Je camoufle, je bluffe. Ils seront bientôt les plus nombreux, ils ne se contenteront plus de prélèvements sauvages et cuisinés à la hâte, au hasard de la chasse, nous négocierons les conditions d’élevage, de gavage et d’abattage. Mon voisin en est peut-être. Les tracteurs se recyclent de nouveau comme tanks. La phytopharmacie se tourne de nouveau vers l’arme bactériologique. Ne soyez pas la proie. Suscitez l’envie. Je suis peut-être aussi du nombre. J’excite le désir. J’ai cet air d’invite. Évitez les fuites d’eau. Compensez vos fuites, soyez plus avantageux. Compensez votre pédagogie de petit lapin rigolo. Prenez démesure. J’ai le pied dans la porte. Je soutiens l’effort. Je choisis l’harmonie qui me va. J’assume ma fonction, je l’applique dans le bon ordre, je lisse et atténue. J’utilise une moustiquaire. Je mate les frisottis, j’ai mes hommes en main. J’imagine une distinction sans la­quelle j’ajoute, j’abandonne, j’augmente et je survis. Je ne peux plus m’imaginer m’en passer. Je choisis n’importe quoi. Il ne faut pas se laisser distancer. Ils savent que nous sommes hantés.

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