« Du sujet à caution au statut de chasseuse-cueilleuse en festival »

SNG (Natacha Guiller)

paru dans lundimatin#528, le 25 juillet 2026

Une itinérance poétique du 27 au 30 juin 2025 en Gruau, à l’occasion de la 12e édition d’un festival littéraire, sur l’invitation et organisé par l’association Fromage (Pour des raisons de préservation de l’anonymat des contextes, zones et personnes évoqués, leur identification est remplacée par de la nourriture (dont j’ai peut-être pu manquer dans cette histoire).

Vendredi 27 juin 2025

L’épreuve des bagages habituellement lourds, je brave péniblement le métro jusqu’à Gare Pain Bis, la canicule et la masse des gens. Le voyage vers Panettone est étroit, mes bagages m’étouffent, je révise des textes de slam pour la scène ouverte au soir-même et pour ma performance à venir empreinte du Moyen-Âge, puis je pique du nez jusqu’à destination. Le train a une dizaine de minutes de retard, j’en préviens le président de l’association Fromage qui me récolte en voiture et nous gagnons le parking sous-terrain de la gare pour décoller.

Feta D’Épeautre (Fd’E) me conduit jusqu’à chez Ovalie, hôte Airbnb à Cabécou, dans la librairie du village duquel se tiendra ce soir la scène ouverte.
Dans sa petite voiture blanche, la première chose dont je témoigne, c’est la customisation du véhicule : sur la plage avant, sous la baie vitrée du pare-brise sont dressées en ribambelles des têtes de morts en plastique ou en résine noires et blanches ; il y a aussi un oiseau de type corbeau - on dirait faussement taxidermisé -, soit une ambiance tout en vanités qui me rappelle mes années en écoles d’arts où nous passions un temps lourdement long à étudier ce courant obsessionnel des crânes. Fd’E est habillé tout de noir, comme les punks ou les anarchistes (probablement un mix des deux).

D’emblée, il me vouvoie, ce à quoi se pliera l’ensemble de l’équipe associative de Fromage. On discute de diverses choses pour meubler ce voyage d’une quarantaine de minutes - éprouvant et malaisant pour moi - et où j’essaie de ne pas succomber à la nausée ; ça tient jusqu’à l’arrivée chez Ovalie.

Quel n’est pas mon étonnement en arrivant dans une rue de lotissements, de constater que la dame en personne nous guette, nous ouvre sa porte et nous accueille, alors qu’il m’avait semblé - et de bien l’avoir fait préciser - que j’allais séjourner seule dans le logement. Masquant mon trouble, je rapproche difficilement mes valises pesantes de chez l’hôte, demande s’il faut retirer mes chaussures (elle le préfère, oui), et je m’engage à monter mes gros bagages à l’étage, où figure ma chambre.
Ovalie est donc présente dans sa maison, la télévision grand écran bien allumée. Au départ de Fd’E, elle n’a de cesse de circuler de haut en bas et vice versa, dans toutes les pièces de son habitation, de faire ses affaires ; sa chambre étant pratiquement collée à la mienne, je sens monter un malaise de plus en plus profond, le sentiment d’être piégée chez l’habitante, alors que j’avais bien fait comprendre au préalable à Fd’E que j’avais besoin de me reposer seule dans un espace d’hébergement.
Je n’ose plus sortir de cette chambre - au passage très laide -, j’ai chaud, j’ai transpiré, je passe aux toilettes, me lave les mains, reviens dans la chambre, m’assois par terre, allume péniblement mon ordinateur portable pour essayer de réagir, chercher une solution, mais mon cerveau ne fonctionne déjà plus, m’a lâchée et s’est figé en mode hibernation. Je veux partir d’ici, je me sens mal, sans intimité, je sens cette femme qui me surveille, qui est trop invasive et bien trop présente, je veux quitter ce lieu, quitter le festival, je veux même soudainement crever. ☠

Je prends mon courage à deux mains et m’engage dans la recherche en ligne d’un autre lieu où dormir, alors que je connais rien de cette région ; je farfouille Airbnb, Booking, puis je me dis qu’il faut écrire à Fd’E, qu’il y a eu quiproquo, on s’est mal compris, alors que j’avais bien insisté sur mon besoin de me retrouver seule, en lien à mon handicap, à l’autisme, que ce n’est pas possible de passer trois jours là.
Je lui envoie un texto, auquel il répondra quelques minutes plus tard, confus, désolé, cherchant avec moi une solution à distance, depuis son ordinateur. Malheureusement, en cette période (week-end de début d’été), il y a peu de disponibilités dans le coin. Il y aurait un unique hôtel à Cabécou, mais qui n’est pas disponible sur les trois nuits consécutives. Il y a beaucoup d’autres chambres chez l’habitant, qui ne me conviennent donc pas, et les logements entiers sont soit occupés, soit très loin, soit excessivement chers.

Comme rien ne semble convenir, je m’essaie à appeler l’hôtel des Pains Viennois, car Fd’E a déjà déclaré forfait, sans solution. L’hôtel confirme pouvoir m’accueillir le 27 et le 29 juin au soir, moyennant 70,00 euros par nuit.
Je tente de contacter mon ami Nicola de La Fourme d’Ambert pour lui expliquer la situation, qui est alors déjà en ligne avec sa maman et qui prend un peu plus tard connaissance de ma situation de malaise, et me conseille de « sauver les meubles », en réservant a minima les deux nuits à l’hôtel et de chercher une solution tierce pour la nuit de demain soir. Je confirme donc à l’hôtel et préviens Fd’E. Ce changement de programme s’annonce consécutivement à mes frais, adjoint à deux repas de petit déjeuner à 10,00 euros pièce.

Immédiatement, je plie bagage, me réunis, éprouvée, fatiguée, anxieuse, et convoque Fd’E qui se propose pour me conduire en voiture à quelques mètres dans le village devant l’hôtel, m’épargnant ainsi le poids des bagages roulants. En descendant l’escalier de cette maison laide, je suis en charge d’expliquer à la logeuse pourquoi je déserte sa chambre ; mes troubles, l’autisme et tout le tintouin, et qu’elle n’y est pour rien. Contre toute attente, Ovalie (qui, dans la vie, propose des bains de forêt) s’engage à m’aider à chercher une solution alternative depuis son téléphone portable grand comme une télécommande pour sa télévision, scrollant les Airbnb qui pourraient encore avoir de la place et qui seraient des logements entiers. Elle pense notamment à un pavillon juste en face, qui comporte plusieurs chambres et qui est loué par son beau-frère. Nous constatons toutefois à nouveau que la plupart des logements sont d’ores et déjà très occupés, ou très loin géographiquement.

Au moment où Fd’E arrive en voiture, nous refaisons un état des lieux des réservations et des possibles annulations sur la plate-forme ; Ovalie évoque qu’elle pourra peut-être faire un geste commercial auprès de l’association Fromage qui a réservé les deux premières nuitées, que, de toutes les façons, on a pas bloqué de réservation car deux autres chambres sont disponibles à la location chez elle actuellement ; que pour moi, par contre, il aurait fallait annuler cinq jours avant, mais elle recommande tout de même d’annuler sur le site Airbnb et de voir ce qui est possible.

Il est à peu près 17h30 lorsque nous sommes accueillis par le personnel de l’hôtel des Pains Viennois, qui connaît Fd’E puisque d’autres auteurs conviés au festival sont régulièrement hébergés ici, ce qui aurait dû décidément être mon cas. Il y a un chat orange au dos pelé, un chien à poils longs qui gambade, un jardin bucolique.
Comme on en a vite fait discuté en présence d’Ovalie, je propose au président de l’association d’allumer mon ordinateur dans le jardin de l’hôtel (car Fd’E n’a pas internet sur son téléphone portable).
En amont, je lui avais demandé s’il pouvait m’apporter une souris pour PC, ayant oublié la mienne à Paris. Tout proches d’une terrasse où manger et d’un groupe de musiciens qui se préparent à un concert le soir-même à l’hôtel, on se connecte au compte Airbnb de Fd’E et il annule la réservation de mes deux nuits chez Ovalie, puis il s’en va et je procède de mon côté à l’annulation de la troisième nuit (à mes frais, puisqu’ajoutée au voyage pour pouvoir enchaîner avec un déplacement en Tourte de Meule  ; soit la possibilité de séjourner à la mer, d’où la nécessité de faire une transition entre Gruau et Tourte de Meule qui m’épargnera la multiplication d’heures de train) sur mon propre compte via la plate-forme locative. Je réalise que cette manœuvre estivale moyenne des coûts complémentaires importants qui m’incombent, car le billet de train retour du festival de poésie avancé par Fromage n’a pas pu être échangé. C’est donc à mes frais que je voyage vers l’Ouest, dors une nuit de plus, et reprends un billet qui me servira à regagner Sillon bleu de Vache début juillet.
Il est à présent 18h30, je déplie mes bagages dans la chambre 111, plutôt agréable et propre, et dois déjà songer à une solution pour me nourrir, car Fd’E a bien signifié sur la feuille de route qu’après la scène ouverte, ou dès 20h00, tout sera fermé, me recommandant de fait de me sustenter avant la rencontre poétique inaugurative du festival.
Je m’ébroue, me réunis, enfile mon sac à dos, et, munie de mon GPS, je pars à pied au grand Super U du coin, à 1 kilomètre à pied, pour faire quelques achats de vivres.
Fruits, pain et fromage (pour la performance), yaourts, goûters, je prends ce que je peux et peux porter et qui ne craigne pas trop la chaleur, car en chambre, pas de cuisine ni de frigo, mais la canicule.
Je paye en deux temps, ce que j’assume et un peu moins, sous le regard complice d’une caissière qui, peut-être, a compris mon micmac à l’épaisseur de mes bras, puis rentre à pied avec trois grands sacs, en espérant passer incognito devant l’accueil de l’hôtel.
À mon arrivée, les musiciens invités se préparent, c’est toute leur équipe qui est postée devant les Pains Viennois et qui m’observe avec insistance et suspicion pénétrer l’hôtel chargée comme Santa Klaus ; je file à l’étage planquer mon butin, je n’ai plus de batterie téléphonique et la scène ouverte a déjà commencé depuis une demi-heure, alors je prends sur mon abattement pour me rendre à quelques mètres de là, à la librairie La Tête de Moine, assister et participer à la scène ouverte.

Sur place, la librairie est pleine, petite, et je reste en retrait devant la porte d’entrée, debout pour observer les passages successifs de poètes locaux, mêlés aux membres de l’association Fromage. Fd’E est l’animateur de la soirée, il présente les auteurs, et d’autres de l’équipe modèrent et veillent au bon respect du timing (un slam ou poème de trois minutes). Je fais des photos et on me redemande sans cesse si je veux m’asseoir, mais je ne vois aucun endroit où me sentir à l’aise, si ce n’est par terre. Je ne veux pas me distinguer ici encore, plutôt rester discrète. Le premier set se clôture, Fd’E me dit que je clôturerai le second, et que d’autres personnes, en plus des inscrites, pourront repasser. À la pause, la librairie offre du jus de bissap froid à tous, ça discute et ça prend l’air et ça repart.

Je reconnais quelques verves slameuses parmi les personnes, un mélange de styles propre aux scènes ouvertes que je connais, avec toujours des personnes qui débordent un peu, beaucoup de textes lus sur papier et portable, quelques pépites qui émergent du lot.
Le deuxième set plus bref, je suis appelée à la barre, le cœur qui prend de la vitesse, j’ai peur de faire un malaise et entonne « Biafine » au micro, regagne ma place bien applaudie, puis s’ouvre une plage pour les repassages des unes et des autres.
La soirée se clôture sur la promotion des ouvrages publiés du comité Fromage (une forte production étalée de chez Abigaëlle Farouche qui me surprend, connaissant via une amie poétesse l’activité réduite et très sélective de cette maison), ainsi que quelques opus auto-édités des personnes présentes. J’extrais de mon sac à dos un « Mocassin, je me prépare », sur la curiosité d’un slameur présent, on échange quels mots avec les poètes participants, et, pour certains, on se dit à demain, pour la performance au Château de Beigne. La libraire me demande l’autorisation de publier un petit film de mon slam sur sa story Instagram, je valide, bien sûr.
Fiadone, de l’équipe Fromage, me fait savoir que c’est elle qui m’avait vue en représentation au festival ApéroRavePoésie en 2021 à Bugnes, et qui m’a recommandée pour la 12e édition du festival cette année.
Ça se termine assez tard, les gens continuent de discuter dedans, dehors, je suis fatiguée, j’ai faim, je m’efforce de saluer et regagne l’hôtel. M’installe comme je peux pour grignoter, pianoter sur le téléphone et l’ordinateur, donner des nouvelles à Nicola de La Fourme d’Ambert, je passe aux toilettes, je dors.

Samedi 28 juin 2025

Le matin dans l’hôtel, je profite de mon passage au petit-déjeuner pour questionner l’heure à laquelle je dois libérer la chambre et caresse le chat. Je prépare ma coiffure en six tresses pour que ça matche à la performance du soir et réunis tous mes effets personnels, avec profonds regrets.
Entre temps, hier au soir, la régisseuse désignée au sein de l’association Fromage, Madeleine, qui incarnait également le rôle de photographe-reporter des poètes s’enfilant la scène, a rappelé à Fd’E qu’elle dispose d’un lieu hôte dans son jardin, une roulotte à 70,00 euros la nuit disponible le soir de samedi. N’ayant pas trouvé d’autre solution, j’accepte la possibilité de dormir dans le jardin de cette dame, et elle ajoute qu’elle propose aussi des petits-déjeuners à 10,00 euros.

À 11h00 du matin, Fd’E passe ainsi me prendre en voiture, avec encore plus de bagages (la nourriture trouvée en sus à Super U) et me conduit à Massepain, où est garée la roulotte. Dans la voiture il se confond en excuses mi-sincères, interroge au passage ma possibilité de participer à des événements du même type, du fait de « mon autisme » : « Et tu participes souvent à des festival de poésie, comme ça, comment font les organisateurs ? Ça ne doit pas être simple de comprendre comment accueillir une personne autiste ».
Entre temps, il a rechecké nos mails passés pour vérifier ce qu’on s’était dit il y a quelques mois, car il n’a pas souvenir de mes exigences de logement solo. Il aurait à l’époque compris cette chose étrange : que je ne voulais pas séjourner en présence d’autres poètes invités, mais que je serais par contre disponible à cohabiter avec la propriétaire du logement. Or moi, je le sais, j’avais clairement indiqué que j’avais besoin d’être seule, de pouvoir cuisiner et jouir d’un espace en autonomie ; par téléphone, Fd’E m’avait à cette période bien confirmé que je serais seule et tranquille dans le logement.
Nous arrivons devant le bolide en bois que loue Madeleine, dans le jardin d’une grande maison de type longère avec grange, et, surtout, un jardin aromatique qu’elle entretient et emploie en visites guidées depuis une vingtaine d’années. L’hôte propose, entre autres, des séjours bien-être, des soins, des promenades autour des plantes, et accueille actuellement l’exposition d’une brodeuse issue des Arts Décoratifs, à l’occasion de sa probable dernière année dans cette maison et ce village (elle souhaite par la suite quitter ce bien vers une vie plus littéraire et moins campagnarde à Mille-Feuilles-sur-Crottin.

Sous la tonnelle, Madeleine nous sert de l’eau, du café, et invite Fd’E à déjeuner avec elle, ce qu’il accepte mais annonce qu’après, il devra faire plein de petits trucs d’ici la soirée. On parle de toutes sortes de choses, de son voisin et propriétaire, des violences conjugales locales, de cris, de plaintes, de harcèlement, de troubles psy’ qui ne disent pas leur nom, des huiles essentielles thérapeutiques, de l’association Fromage, de la soirée et des difficultés avec l’appareil photo, du festival et notamment d’une prochaine étape poétique qui se tiendra dans son jardin aromatique, de la météo et de la possibilité d’arroser ses plantes avec une tonne de liquide d’ici la visite combinée ce samedi, et autres sujets.
Les deux me demandent si ça me gène qu’ils mangent devant moi, et je demande si ça ne les dérange pas si je ne mange pas devant eux. Madeleine mange des tartines grillée de pain au petit épeautre, et Fd’E va chercher un tupperware volumineux dans sa voiture de ce qui semble une grande macédoine, en précisant qu’il n’a pas mangé depuis la veille, midi, qu’il a faim et Madeleine dit qu’elle fait un brunch. Elle tartine son pain de diverses crèmes bio’ de noix. Elle me demande par la même occasion ce que je prends au petit déjeuner (en prévision de demain matin). On convient de yaourt de soja, de ce même pain qu’elle m’assure sans gluten, de fruits (elle croit qu’il lui reste une banane), de café, et d’œufs brouillés.

Vers 14h00, Fd’E repart en voiture, Madeleine regagne sa maison, et je me cloître dans la roulotte, avec une chaleur qui monte en puissance dans la cabine en bois, et que je ne sais pas comment gérer, du fait du nombre d’insectes qui circulent autour de la capsule, vis-à-vis de ma crainte d’être piquée (réaction allergique garantie). J’expérimente les toilettes sèches, déballe et m’installe, révise en filage ma performance pour le soir-même, lance le ventilateur. En réunissant mon attirail d’accessoires, je demande par message SMS à Madeleine s’il y a la wifi dans les parages, et également un petit miroir de poche pour ma lecture. Alors qu’elle s’absente en moto pour aller faire quelques courses à la Biocoop, notamment pour assurer le petit déjeuner à 10,00 euros le lendemain, elle m’explique qu’il n’y a pas internet ici, qu’il faut faire un partage de connexion avec son téléphone personnel. J’essaie de recharger mes appareils électroniques, mais tout est infiniment lent, je sue, il fait extrêmement chaud, je révise, me pose, fais quelques points de couture, prends des notes et fais mes comptes, appelle Nicola de La Fourme d’Ambert, prends une douche rapide et c’est déjà l’heure de partir pour Beigne avec Madeleine.
Sur la route, je parviens à nouveau à donner le change, la discussion évolue sur les projets de vie, de déménagement, la recherche d’un lieu nouveau, la vie sociale de Madeleine, et l’importance du collectif de poésie, sa légitimité d’écrire et de dire questionnée, puis de nos difficultés communes dans la reconnaissance faciale des personnes, la mémoire des choses, le burn-out et les problèmes qui découlent du surmenage professionnel, série de sujets sur lesquels nous nous trouvons étrangement des points de connivence. Madeleine me confie qu’il lui a fallu huit à dix ans pour recouvrer sa mémoire, ce qui ne m’étonne pas, mais ne me rassure pas non plus. Elle me raconte ses différentes activités, son engagement intensif dans le travail de jour et de nuit, puis comment le jardinage l’a aidée, sa relation incertaine avec Pélardon, ses actions chorégraphiques de danse pour tous, etc.

Nous arrivons à la propriété privée du Château de Beigne en même temps que d’autres membres de l’association Fromage qui transportent le matériel technique d’amplification, le nécessaire pour les dégustations de vin avec le caviste convié. On rencontre l’un des responsables des lieux qui nous accueille excessivement froid et suspicieux. On agence la salle où aura lieu la scène, teste le micro, les ampli’, installe les éditions de l’association Fromage et les miennes sur des tables. Au compte-goutte parviennent des gens, malgré l’intimidation d’une grille qui filtre les intrus au paysage du Moyen-Âge. Une quinzaine de personnes en tout, dont des personnes qui performaient hier à la scène ouverte, et une moyenne d’âge plutôt élevée, plus de femmes.

L’heure de début dépassée, je m’éclipse aux toilettes locales pour me costumer et préparer le pain et le fromage. De retour dans la salle, le public s’est assis, le maître des lieux se présente brièvement, suivi de Fd’E qui s’essaie à me présenter en passant à la troisième personne un mélange de présentations de moi qu’il semble avoir glanées sur internet ou parmi des informations envoyées au préalable. Je remets mon téléphone à une slameuse présente hier.
J’enchaîne des textes autour de la consommation liquide et alimentaire, des textes sus par cœur, des choses plus inédites, des morceaux de poésie sonore, des passages plus cinglés avec brandissement primitif de pain et fromage, autour des figures de la folie au Moyen Âge, un fragment sur la hanche du Gruau dont j’hérite, puis la lecture d’un extrait mon livre « Mocassin, je me prépare », et où je sens que je décroche et me perds dans mon propre répertoire. La lecture est ponctuée d’un intermède dégustatif dithyrambique avec le caviste Salva Cremasco, qui présente ses bouteilles et les répartit au public.
La reprise survient très vite, je retourne me changer aux WC pour ma deuxième partie, avec « Je stresse », suivi de ma chanson a cappella « Cheveux chus, cheveux chus », soit un passage un peu plus bref. Je termine lyriquement religieuse, le visage masqué par mes 6 tresses défaites et brossées qui font gonfler la coiffe, angoissée par tous les cheveux que je continue de perdre et de répandre, en sus de mes mains qui à présent puent le parmesan.

Acclamation puis échanges variés avec des personnes du public qui s’annoncent à ma table, tantôt surprises, scotchées, tantôt démasquées à travers mes écrits. On parle de pair-aidance, de psychiatrie, de difficultés sociales et de rangement du bureau ; je saisis à travers ces discussions des problèmes de santé mentale qui ne s’évoquent que très rarement en ces termes, mais qui me donnent de cette région la vision d’une population très impactée par des troubles psychiques, avec un déni net. Ma parole brute sur ces questions libère une louche de langues, celles de Mizotte, Mouna, des voisins et amateurs de mots, puis Fiadone gère la demi-table de vente de mes livres, fanzines, auto-éditions et affiches. Comme fréquemment, je suis accaparée par des pairs qui ne prennent pas conscience de leur monologue vampire et envahissant, jusqu’à ce que je dise que je dois ranger et aller me changer.
Ensuite, nous regagnons des voitures, le représentant du Château de Beigne me remercie, comme d’autres du public, et on part en plusieurs véhicules dans un autre village dont je ne connais pas le nom, où siège la maison des associations. À nouveau, je dois assurer une discussion minimum en voiture, dans le noir, la fatigue.

Nous débarquons sur une cour bitumée en parking et ses arbres isolés, pénétrons dans un local à l’ouverture des néons duquel je dois renfourcher mes lunettes de soleil tant ils me font mal aux yeux ce durant toute la période du dîner associatif. Les membres de l’association Fromage descendent des cabas du repas commandé chez une traiteuse locale tout satisfaits, se lavent les mains et dressent la table sur des bureaux associatifs collés les uns aux autres, tout en désempilant des chaises qui s’y assortissent. Je ne sais pas comment participer, tourne en rond, j’ai faim, je suis crevée. Les discussions se mélangent, se hachent et broient, debout, puis l’on s’assoit et certains commencent à se servir des pots de tartinades sur des bouts de pains et de tartines sans gluten.

Le menu que je découvre : une tarte à la farine complète au fromage frais et courgettes, tomates séchées fabriquée, des galettes soufflées de sarrasin industrielles sans gluten, du chutney mangue-curry en bocal, du coleslaw lacto-fermenté, du chou rouge lacto-fermenté, un grand saladier de salade verte, du tartare d’algues marinées à la moutarde, puis, en dessert, des crèmes d’amande au coulis de caramel en verrines.
D’emblée, Fd’E me signifie que la pâte à tarte est à quarante pour cent constituée de gluten : « Mieux vaut ne pas manger de cette tarte, tu as eu assez d’ennuis comme ça en Gruau  », mais le reste, selon lui, pas de souci. En réalité, je ne peux pas manger le coleslaw ni le chou rouge, car, souffrant d’un syndrome d’activation mastocytaire, les produits lacto-fermentés me détruisent le bide ; du reste, je déteste la salade verte et ne la digère pas non plus, le tartare d’algues est bien trop acide ; restent les tartines de sarrasin (je n’aime pas le goût, ni la sensation de croquer de l’air, mais je n’ai pas le choix) avec du chutney mangue-curry. Je suis choquée et profondément inquiète parce que j’ai faim, alors qu’on m’avait demandé par avance ce que je pouvais manger, et que j’avais ensuite fait confiance.

À un moment de ce banquet où la tarte proscrite circule, Fd’E me dit sinon de ne manger que la garniture. Je me laisse servir une part et commence à la manger complètement (je trouve même un cheveu brun enfiloché dans la recette, bien joué la traiteuse de qualité, mais j’ai si faim que ce n’est pas un phanère qui m’arrêtera), ce sur quoi Fd’E renchérit : « mais, c’est du gluten ? » Et j’explique que je n’ai pas de plan B, et qu’il faut bien que je mange, quitte à être malade.
Les autres discutent de sujets divers, de la chasse, de la privatisation de la forêt, de leurs portraits en crocodiles, se servent des verres des restes de bouteilles de la dégustation lors de ma performance, se retartinent des cracottes, des bouts de pain, piochent dans les tartinades, les salades, le reste de tarte, félicitent tour à tour la qualité des mets (pour ma part, je ne trouve rien de spectaculaire, vraiment très bof), tandis que je graille ce que je peux, me force à manger ce qui me rendra plus tard malade, chou et coleslaw, parce que je crève de faim, et que mon dernier repas, c’était ce matin.
Les discussions continuent, les gens ne mangent plus ce qu’il reste de la table, sauf Fd’E, inlassable, qui n’a de cesse de cuillérer jusqu’à la moelle les pots de tartinades pour les finir un par un avec des morceaux d’une baguette de pain spécial que lui a spécifiquement ramené sa compagne. Il mange sans trêve à ma droite, finit les pots, se ressert, ce qui me met à force assez mal à l’aise, l’impression de voir quelqu’un d’affamé finir tous les restes en prévision, et nullement se soucier de mon cas, d’ailleurs personne dans la salle ne se souciera davantage du fait que je porte mes lunettes de soleil pour manger et depuis plusieurs heures. Le dessert arrive, des pots en verre de crème au caramel véganes, vraiment très moyennes et en quantité ridicule.
Puis les personnes se relayent pour faire la vaisselle, ranger et nettoyer la salle, j’essaie de contribuer pour que cela cesse (je grignoterai chez moi -enfin, dans la roulotte-, me dis-je).
On se salue, l’équipe Fromage me remercie et félicite à nouveau, puis Madeleine me raccompagne à la roulotte et on se met d’accord avec Tomme de Yenne pour que je l’appelle demain pour qu’il me reconduise à l’hôtel dans l’après-midi, car Madeleine prévoit d’aller voir ses enfants.

De retour à Massepain, après un énième voyage en voiture, des discussions sur la place récente de Madeleine dans l’association Fromage, son besoin de socialité, je regagne la roulotte, atterris de ces émotions, me dépatouille, mange un bout de mon fromage de performance, quelques abricots U, réunis mes gains des ventes de livres, me mets en pyjama, regarde les photos réalisées par Mizotte, fais une toilette brève et vais me coucher.
Et c’est là que je découvre deux araignées au plafond de l’alcôve-chambre, ainsi qu’une plus grosse cachée derrière une suspension textile murale en tête de lit, recouverte d’une très épaisse couche de poussière. Le matelas est entouré de miettes de lavande, et d’autres insectes qui circulent, fourmis, papillons. Je commence à paniquer, il fait très chaud, je suis épuisée et je ne peux pas envisager de dormir et risquer d’être piquée par une araignée, non que je ne soutienne pas la légitimité d’exister des insectes, mais parce que je suis très allergique à leurs piqûres. Je suis figée un temps, essaie de prendre mon courage pour attraper les araignées dans des mouchoirs, virer ce panneau tissé cracra, checker mes draps, sous le lit, essayer d’aller dormir et de reprendre des forces. Je me couche excessivement tard et anxieuse, d’autant plus atterrée par la chaleur dans cette case en bois dont je n’ose plus ouvrir les fenêtres, au risque d’accueillir de nouveaux voyageurs ailés à aiguillon.

Dimanche 30 juin 2025

Je dors très mal, me lève au réveille-matin pour prendre une douche et me laver les cheveux. J’ouvre comme convenu le volet de la salle de bain pour signifier à Madeleine que je suis réveillée et prête pour le petit déjeuner. Elle toque à ma porte quelques instant plus tard avec un plateau-repas : il y a un œuf brouillé, des tranches de pain au petit épeautre, quelques cuillères de yaourt de soja nature, un verre de jus de pomme, une thermos de café chaud, un petit pot de miel, une petite barrette de beurre, une mince poignée de fruits secs. Elle me dit qu’elle n’a pas mis la banane parce qu’elle était trop mûre. À la place, un jus de pomme, alors que j’avais dit la veille que je n’en consommais pas, idem pour le beurre et le miel. L’œuf brouillé est d’une quantité ridicule. Gênée, mon hôte se propose d’aller voir à la Bioccop s’ils ont des fruits de saison : « Par contre, ce ne sera pas bio’ ». Je hausse les épaules, ahurie : « ça n’a pas d’importance, là, moi, je dois manger quelque chose ».
Elle part illico sur sa moto pour trouver des fruits ; revient presque immédiatement pour conclure que la Biocoop ne fait que de la boulangerie à présent le dimanche matin. Madeleine propose sinon, parce qu’elle va au marché un peu plus tard pour elle, de me prendre des fruits. J’explique que c’est une bonne idée car je n’ai pas les moyens de faire des courses, pas de véhicule, que je vais à l’hôtel dans l’après-midi, que tout sera fermé et je ne sais pas comment je vais faire pour manger le soir. Elle me répond que l’hôtel fait restaurant et je précise que je n’avais pas prévu cela dans mon budget, alors elle me dit de réfléchir à ce que je voudrais qu’elle prenne pour moi au marché (toujours en me précisant que « ce ne sera pas bio’ », mais j’insiste sur la dimension de survie par le fait de se nourrir quoi qu’il m’en coûte).

Plus tard, elle revient et s’engage à lister ce qu’elle peut me prendre : j’évoque les fruits, pain, yaourt, elle me dit alors qu’elle n’a pas de monnaie, qu’elle ne peut pas payer en « CB » et qu’il faut que je lui donne de la monnaie. Je lui tends 5,00 euros de monnaie reçue hier lors de mes ventes de livres, et on part sur du pain et des fruits.
Elle revendra plus tard avec 1,90 euros de pain au petit épeautre (selon elle, sans gluten) frais, un sac en kraft marron de quelques cerises, des abricots trop mûrs et une banane, ce à quoi elle ajoute un tupperware jetable dans lequel elle a transvasé du yaourt de soja. Je remercie. La chaleur monte, Madeleine me propose de visiter la deuxième partie de l’exposition en dentelle dans son hangar, où il y a aussi l’exposition photographique de portraits d’oiseaux de sa sœur, et la sienne d’exposition, des clichés de fleurs ; il y a aussi sa bibliothèque de livres sur les plantes et les jardins, dont elle me parle longuement, ne sachant pas ce qu’elle va en faire, au vu de son projet de déménagement. Elle me livre en effet que cette exposition signe son départ et lui a coûté bien cher, que sa nièce fait du film d’animation, m’expose ses plans dessinés des différents jardins qu’elle a cultivés et ses recueils autoédités, ses tissages, évoque avec émotion l’importance du jardinage dans sa vie, le talent photographique de sa sœur.
Ensuite, elle se prépare à aller voir ses enfants et je retourne dans la fournaise prendre des notes, archiver des photos, répondre à des mails, comprendre pourquoi ma vitamine B6 est si élevée, écrire à mes médecins, faire quelques images au jardin, de la couture, contacter Tomme de Yenne pour convenir qu’il me prenne en voiture à 16h00, faire mes bagages, ranger la roulotte, me réunir, appeler Nicola de La Fourme d’Ambert pour raconter les derniers déboires.

Tomme de Yenne est hyper ponctuel, je suis soulagée d’arriver à la dernière étape de ce voyage, il me conduit tout en me racontant sa vie de cheminot, puis d’initiateur des itinéraires régionaux des trains, son activité entre Kouglof et Sillon bleu de Vache, et l’effondrement de tout son travail au moment du gouvernement Fol-Épi-Abstinent, le sentiment de retrouver une verve militante dans l’association Fromage, le peu d’espoir d’un changement dans les décisions gouvernementales.

Nous arrivons à l’hôtel des Pains Viennois, je remercie, salue la dame de l’accueil, monte mes bagages en deux fois, puis redescends payer à l’avance, car je sais que demain, je vais partir de bonne heure, donc je préfère anticiper les 261,76 euros de ma poche... La dame me dit qu’il y a un spectacle de mime à 17h00 sur la place du village, elle y va avec son fils : « C’est rare que ça marche avec mes horaires ». Je lui demande quand elle dort, et je ne sais pas si je viendrai, car il va faire très chaud. Je monte m’enfermer dans ma nouvelle chambre, la 112.
Plus spacieuse et davantage équipée que la 111. Je suis bien, rassurée, il fait bon, c’est joli, propre, je relance l’association Mirliton de Pont-Audemer sur la relecture de notre texte lu à l’Assemblée Nationale, et reprends la correction des 17 pages jusqu’à piquer du nez. J’ai faim, je mange et fais plusieurs choses en même temps, essaie de vider le stock de nourriture pour alléger mes bagages ; j’aimerais descendre mais je n’oserai plus de la soirée. Je réunis au maximum mes affaires et prépare mon départ matinal du lendemain : vêtements, petit déjeuner, sacs, propreté, poubelle. Je me couche assez tard malgré tout, agitée, j’ai bu trop de café extrait de la thermos de Madeleine vers ma bouteille de cinquante centimètres cubes d’eau offerte par le festival littéraire, car j’avais tout transvasé pour ne rien gâcher.

Lundi 1 juillet 2025

Le lendemain matin, alors qu’il est très tôt, je somnole, m’assoupis très légèrement et dors plutôt mal, j’attends le réveil, puis me lève en sursaut, regarde mon téléphone et découvre horrifiée que, des suites de mauvaises manipulations de l’appareil, mon réveil prévu pour retentir à 6h45 et n’a pas fait le job, n’a pas sonné... et c’est la chance qui me fait tout de même m’extirper d’un très mauvais somme à 7h17, soit 13 minutes avant le départ prévu de l’hôtel des Pains Viennois. Pas le temps pour un yoga.

Gros stress et sueurs, je me lève en vitesse, me pseudo-ébroue et file au petit-déjeuner en rez-de-chaussée où je suis seule. La dame de l’hôtel est dans le jardin, je lui dis que je pars dans 5 minutes, si elle peut me servir. Elle apporte du café et du jus de pommes bio’, me demande si je veux déjeuner sur la terrasse : « j’aurais vraiment aimé... », je dis, mais le temps de bouffer m’est compté, et je m’empresse de couper quelques fruits et de sortir mon attirail de vivres obtenus hier (un récipient sous opercule de yaourt de soja, mes céréales sans gluten (le fond du paquet), pas le temps de sortir des fruits de Massepain, je bois rapidos le jus de pommes, mange une banane mûre et une petite pomme Golden, avale quelques gorgées de café, j’enfourne deux petits pains et deux viennoiseries dans mon sac indien plein de rapiècements maison pour rentabiliser ces 10,00 euros de gâchis (le petit-déjeuner étant mon moment de vie préféré), et voilà que Feta D’Épeautre est déjà arrivé, j’explique que mon réveil a déconné, je suis désolée, il me regarde un peu embêté, constatant mon retard sur ce qui était convenu, comme si j’étais à ses yeux une poète peu responsable, et je mange encore plus mal à l’aise, observée.
Très stressée, le chat n’est pas là en soutien, un couple s’est entre temps installé pour petit-déjeuner paisiblement, quand je dois quitter la salle et le buffet pour réunir mes bagages, me brosser les dents sans douche, et, surtout, ne rien oublier, laisser la chambre clean, rendre sa souris à Feta D’Épeautre, dire adieu à cet hôtel qui a été mon refuge toute la période et y saluer la dame gentille.
J’arrive en bas et nous partons avec un quart d’heure de retard sur ce qui était prévu. Ma lourde valise s’encastre dans le coffre de la voiture du président de l’association Fromage, tandis que je suis parvenue à réunir le reste dans un sac à dos et à l’épaule, grâce à une dissipation conséquente de vivres hier au soir. Les nuits acquittées la veille, nous filons pour éviter les bouchons de l’embauche et les travaux à l’entrée de Pannetone.
Un repas si rapide m’inquiète quant à ma capacité à ne pas vomir en voyage. Je prie pour une conduite pas trop remuante, et nous discuterons de tout un tas de sujets au long du trajet, sur l’initiative notamment d’une série de questions directes de Feta D’Épeautre, qui tantôt me surprennent ou me mettent mal à l’aise, du type :
« Si c’est pas indiscret, l’autisme, c’est ce qui vous vaut le statut d’handicapée » ?
« Et quand vous travaillez comme pair-aidante, vous touchez toujours l’AAH ? »
« Et c’est quoi vos autres problèmes de santé, en plus de l’autisme ? »
« Et ça veut dire quoi les trois lettres de S. N. G. ? »
« C’est quoi, au fait, la pair-aidance ? »
« Finalement, le repas avec gluten, vous n’avez pas eu trop de problèmes après ? »

Ces questions subites ponctuant d’autres apports verbaux, notamment un retour très positif et plutôt unanime sur ma performance de samedi au Château de Beigne : « impressionnante, appréciée, qui a suscité beaucoup de réactions positives ». Mais aussi un état des lieux des lieux de poésie, des environs propices où gambader, des maisons d’édition et programmations des Maisons de la Poésie, de ma région natale Tourte de Meule et des structures de soin accessibles, puis des retours sur discussions que nous avons déjà tenues sur le remboursement Airbnb et la programmation à suivre du festival.
Feta D’Épeautre me confirme d’envoyer ma facture à l’association Fromage, et je questionne sur les divers remboursements possibles liés aux endroits où j’ai essayé de dormir, et à ce que je suis parvenue à grappiller comme repas : « Envoyez-moi les tickets, on verra ce qu’on peut faire ».

Nous parvenons à la gare de Pannetone avant la cohue et les bouchons, et je n’ai pas rendu mon petit-déjeuner. Ma valise glisse sur le parking souterrain, où Feta D’Épeautre me salue. Il ne m’accompagnera pas au-delà, je m’imagine, pour ne pas payer un stationnement dans le souterrain, donc je m’engouffre en autonomie dans la gare, et repère l’arrivée du TER pour la prochaine étape : Préfou.
Soupir de soulagement vers une nouvelle épreuve : la visite en Tourte de Meule par la mer et la famille.

SNG (Natacha Guiller)

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