Discours de M. Bernard Cazeneuve

« Aide la police, tire-toi dessus » (Nouvelles de demain)

paru dans lundimatin#20, le 26 avril 2015

Discours de M. Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur,

Paris, 28 avril 2015

Mesdames et messieurs,

Les événements de la semaine qui s’achève ont une nouvelle fois mis à l’épreuve notre démocratie. Confrontée aux assauts répétés du terrorisme le plus barbare, la France se doit de réagir fermement, dans le respect du droit et des valeurs de la République.

En tant que ministre de l’Intérieur, mon rôle est d’assurer la sécurité de nos concitoyens face à une menace d’un niveau inédit depuis un nombre d’années tellement supérieur à dix que personne ne s’en souvient. Pour ce faire, les services de renseignement disposent d’un budget récemment revu à la hausse et d’outils ludiques destinés à anticiper et déjouer les projets d’attentats, qu’ils soient le fait d’extrémistes isolés et radicalisés ou de réseaux internationaux.

La remarquable incompétence du suspect

Dimanche dernier, un individu âgé de 24 ans qui entretenait de tels desseins a été arrêté par hasard à Paris (Val-de-Marne) alors qu’il venait de se tirer tout seul dans la jambe. Contrairement à ce qui a été affirmé dans un premier temps, lorsque la solidarité gouvernementale et le climat ambiant nous ont imposé de mettre en avant notre capacité à “déjouer” un attentat, cette interpellation résulte d’un concours de circonstances entièrement fortuit, que d’aucuns préfèrent appeler “un énorme coup de pot”.

Sans la remarquable incompétence du suspect, visiblement mal formé au maniement des armes dont il avait la garde, une ou deux églises de notre pays auraient volé en éclat dans les prochaines semaines. Si un tel événement aurait immanquablement permis de légitimer la loi sur le renseignement, on ne peut écarter le risque qu’il aurait dans le même temps fait des victimes et entraîné de violentes critiques de l’opposition dans une période où l’impopularité nous guette.

Les Français n’étaient pas prêts

Après les attentats de janvier, la loi portant mon nom et l’affirmation constante de notre zèle en matière antiterroriste, une nouvelle preuve de l’impossibilité d’empêcher un projet d’attentat sérieux et préparé de longue date sonnerait comme un aveu inapproprié : jamais, en accroissant le niveau général de surveillance et de répression, un Etat n’est parvenu à réduire la conflictualité politique sur son territoire. Habitués à une hypocrisie de longue date entretenue par les gouvernements successifs, dont le nôtre, les Français n’étaient pas prêts à l’entendre.

Je tiens donc à remercier les hommes, les femmes et les coïncidences qui ont contribué à cette arrestation, en confiant cet arsenal à un véritable bras cassé plutôt que de l’attribuer à des mains expertes. Je ne commenterai pas ici le meurtre perpétré par cet individu au préalable. Il apparaît que nous avons réussi à convaincre nos électeurs du caractère inévitable de cet aléa.

Mise au point sur les "fiches S"

En ce qui concerne la connaissance par les services de renseignement de l’auteur des faits, je profite de ma présence devant vous pour une mise au point. Sid Ahmed Ghlam fait partie des quelques milliers de personnes enregistrés dans le Fichier des personnes recherchées en raison de son aptitude supposée à “porter atteinte à la sûreté de l’Etat”. A ceux qui se sont étonnés qu’un homme figurant dans cette base de données puisse se procurer des armes et nourrir des projets funestes, je rappelle que cette mention n’implique en elle-même aucun suivi particulier.

Les objectifs d’une telle mesure sont triples : renseigner l’Etat sur les déplacements, notamment internationaux, des personnes entretenant un désaccord à long terme avec le consensus de notre vie politique ; éviter que tombent en désuétude des outils payés par le contribuable, permettant ainsi d’occuper les hommes et les femmes rémunérés par nos soins dont il faut sans cesse justifier l’existence ; donner l’impression aux Français que “les mailles du filet” existent réellement, lorsqu’une arrestation implique de démontrer l’efficacité et le bon fonctionnement de nos institutions. "La DGSI a fait tout ce qu’elle doit faire", ai-je déclaré plus tôt cette semaine. Je le maintiens.

L’antiterrorisme, notre seul horizon politique

Mesdames et messieurs, j’entends déjà quelques voix s’elever pour demander à ce que l’on mette fin à cet emploi inutile de nos ressources limitées en cette période de crise financière, politique et morale. Je ne peux m’y résoudre et je resterai ferme sur ce point : étant donné que l’antiterrorisme et l’affirmation d’une menace permanente constitue notre horizon politique exclusif depuis une quinzaine d’années, comme c’est le cas pour tous nos partenaires étatiques et privés, il n’est pas question de réaffecter ces fonds à d’autres postes budgétaires.

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