Des militants visés par une enquête pour « association de malfaiteurs »

Rennes : 19 personnes ont été interpellées pour avoir voulu mettre de la mousse expansive dans les bornes du métro. Ils encourent 7 ans d’emprisonnement.

paru dans lundimatin#62, le 28 mai 2016

La gestion policière et la répression du mouvement contre la loi travail semble prendre un nouveau tournant depuis le week-end dernier.

[MàJ : Samedi, les 8 femmes et 12 hommes, âgés de 19 à 30 ans, ont été placés sous contrôle judiciaire strict avec interdiction de contact entre les mis en examen et obligation de pointage. La plupart ont aussi l’interdiction de paraître dans et aux abords d’une manifestation contre la loi travail et les violences policières.]

Après le maintien de l’ordre lacrymal et musclé, les tentatives de nasser les manifestants par milliers, les discours hallucinés sur les « hordes de casseurs », l’expulsion de la Maison du Peuple de Rennes par le RAID et les tentatives plus où moins fructueuses d’instrumentaliser le SO de la CGT afin qu’il se retourne contre le mouvement, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve changent de stratégie. Il s’agit désormais de cibler ceux que les services de renseignements considèrent comme les plus déterminés et de s’appuyer sur la justice pour les frapper.

Si les réseaux sociaux ont beaucoup moqué l’intervention de M. Valls devant le Sénat, fustigeant les « Black Boks » et ces « amis de M. Coupat » qui ne respectent pas la démocratie, on comprend aujourd’hui qu’il ne s’agissait pas seulement d’une imitation fatiguée des meilleurs sorties de Michelle Alliot-Marie mais bien de l’annonce d’une nouvelle stratégie.

Les interdictions de manifester ayant été cassées par le tribunal administratif, on passa aux arrestations ciblées contre l’Action Antifasciste après l’incendie d’une voiture de police, mercredi 18 mai. À présent c’est au tour de 19 militants rennais de se faire arrêter dans le cadre d’une enquête pour « association de malfaiteurs », rien que ça.

De l’intersyndicale…

Il a fallu 24 heures pour que les circonstances entourant les arrestations de Rennes commencent à s’éclaircir.
À l’aube, la police interpelle en fanfare et en flagrant-délit 19 « casseurs » alors qu’ils s’apprêtent à « saboter » les lignes de métro. C’est en tous cas ce qu’annonce Ouest-France, informé par les enquêteurs. Au bout de quelques heures, le ton s’"atténue", le quotidien modifie son article en ligne et évoque désormais des « radicaux de l’ultra-gauche » arrêtés dans le cadre d’une action de blocage économique.

Cependant, la réalité est plus complexe voire embarrassante pour la police comme pour le gouvernement. Il y a d’abord les faits. Selon Solidaires étudiants, l’action qui a précipité ces arrestations n’était pas un acte « isolé », mais émanait d’une décision prise par l’intersyndicale rennaise : appeler à une journée de blocage économique plutôt qu’une manifestation. C’est dans ce cadre que de nombreuses blocages ont été entrepris ce matin-là, dépôts de carburant, axes routiers, etc. L’opération prévue dans le métro consistait à empêcher le fonctionnement des bornes d’accès à l’aide de mousse expansive, cela afin que les usagers puissent circuler gratuitement. Selon un syndicaliste rennais, les personnes interpellées sont des militants politiques connus du mouvement rennais. Trois d’entre eux sont des syndicalistes de Solidaires Étudiant qui se réunissent régulièrement dans les locaux de SUD afin d’y tenir des permanences juridiques.

Comment une action aussi anodine et "non-violente" a-t-elle pu être présentée comme un grave acte de « sabotage » commis par des « casseurs radicalisés » ? Pour le comprendre, il faut connaître le cadre « légal » dans lequel ses interpellations ont eu lieu.

…à l’ « association de malfaiteurs »

En réalité, les policiers rennais n’ont pas interpellé 19 personnes en flagrant-délit, mais dans le cadre d’une enquête ouverte dès le 12 mai pour « association de malfaiteurs ». Selon le procureur de la République de Rennes, les personnes interpellées étaient « préparés et organisés. La police judiciaire enquêtait sur ce groupe de la mouvance ultra-gauche depuis le 12 mai. Ces individus faisaient partis d’un groupe agissant ensemble sur les manifestations. Ils se réunissaient régulièrement pour préparer l’organisation d’action violente".

Si ces informations s’avèrent exactes, c’est toute la narration policière qui s’en retrouve bouleversée. Il n’y a pas eu l’arrestation fortuite de "saboteurs-casseurs-radicaux" d’ultra-gauche, mais bien une enquête préventive ouverte par des magistrats contre un groupe politique public, lié à un syndicat, qu’on a jugé bon de qualifier d’ « association de malfaiteurs ». Qualification qui remonte aux lois scélérates anti-anarchistes du XIXe siècle et justifie des peines de 7 ans d’emprisonnement. Selon nos informations, ces 19 personnes devraient passer devant un juge dans la journée. Reste à savoir si les magistrats maintiendront et soutiendront une qualification aussi ouvertement politique.

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