[1] La forteresse cachée est un collectif et une plateforme naissants. Son objectif est d’interroger de près les enjeux des luttes d’émancipation afin de renforcer les dynamiques internationalistes. De nombreux testes sont à retrouver sur le site laforteressecachee.org
[2] En octobre 2015, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, critiquait vivement la détention des migrant·es et des réfugié·es par la Tchéquie depuis août 2015. Ces détentions étaient souvent de 40 jours, allant parfois jusqu’à 90 jours, et ce, dans des conditions dégradantes. « Selon des rapports crédibles émanant de diverses sources, les violations des droits des migrants ne sont ni isolées, ni le fait du hasard, mais bien systématiques. Elles semblent faire partie intégrante de la politique du gouvernement tchèque pour décourager les migrants et les réfugiés d’entrer dans le pays ou d’y rester », a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein. En effet, en août 2015, un article du Monde relatait la situation politique en ces termes : « En République tchèque, c’est le président Milos Zeman qui a pris la tête de la croisade contre les migrants. Devenu expert dans l’amalgame réfugié-islam-islamiste-terroristes, le chef de l’État veut déployer des milliers de militaires aux frontières du pays à titre dissuasif. Donnera-t-il l’ordre de tirer sur les réfugiés comme ses prédécesseurs communistes, lui qui consacre l’essentiel de ses discours à prôner le bombardement tous azimuts des “islamistes » ? […] L’ex-président europhobe Vaclav Klaus (2003-2013), dont la plupart des collaborateurs et des conseillers figurent à la tête des diverses initiatives xénophobes, a, une fois de plus, fixé les termes du débat :” Nous faisons face, avec cette déferlante de réfugiés allogènes, à la plus grande menace en Europe depuis des siècles. Nous n’avons aucune obligation morale d’accueillir tous les réfugiés, affirme-t-il encore, et la seule solution est que les pays européens décident de renvoyer dans leurs pays d’origine tous ces migrants jusqu’au dernier.” »
[3] En février 1948, après trois années de république faisant suite à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le parti communiste s’empare du pouvoir en Tchécoslovaquie lors du Coup de Prague. Il s’agit d’une crise politique initiée par la nomination de commissaires de police communistes dans la capitale. La prise du pouvoir sans armes par les communistes dans une Tchécoslovaquie qui était un symbole de démocratie dans l’Europe de l’Est de l’entre-deux-guerres, effraie l’Europe occidentale. Le « coup de Prague » est alors un basculement dans la polarisation de la guerre froide. La Tchécoslovaquie devient alors un des pays satellites de l’URSS. Au même titre que d’autres pays, comme la Roumanie, la Hongrie ou encore l’Albanie, la Tchécoslovaquie entretient des liens forts avec l’URSS. Tout d’abord, elle fait partie des membres fondateurs du Conseil d’aide économique mutuelle, qui est l’organisation d’entraide économique entre pays communistes créée par Staline en 1949 en réponse au plan Marshall. Plus tard, en 1955, elle est signataire du Pacte de Varsovie, qui regroupe les pays d’Europe de l’Est et l’URSS dans un ensemble économique, politique et militaire. Le 5 janvier 1968, Alexandre Dubček arrive au pouvoir et entend mener des réformes de libéralisation du pays, notamment l’assouplissement de la censure et de la police politique. C’est le Printemps de Prague, soit la tentative de création d’un « socialisme à visage humain », auquel l’invasion par les troupes du Pacte de Varsovie mettra brutalement fin le 21 août de la même année. Le programme de Dubcek, ce « socialisme à visage humain », comporte un ensemble de mesures politiques – comme les réformes structurelles du Parti communiste qui, tout en gardant sa position de parti unique, démocratisent son fonctionnement et permettent la constitution et l’expression de courants, des mesures économiques comme la diminution de la planification d’État, désormais réservée aux orientations macro-économiques et au commerce international. Est aussi prévu un allègement de la surveillance policière avec la fin de la censure et de l’écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, de l’ouverture du courrier, du quadrillage territorial, institutionnel et professionnel systématique par la police politique (StB). Enfin, des mesures sociales doivent être mises en place, comme la libéralisation des activités culturelles, des médias et surtout du droit des citoyens tchécoslovaques au déplacement sans demandes d’autorisations, soit pour changer librement d’emploi, de domicile, de résidence à l’intérieur du pays, soit pour voyager dans et hors du pays, y compris dans les pays non communistes. L’invasion du pays par les troupes du pacte de Varsovie en août 1968 illustre bien le principe de « souveraineté limitée » des États satellitaires à l’URSS, en cas de remise en cause de la cohésion des États du bloc socialiste. À ce sujet, il est possible d’écouter l’épisode d’Affaires sensible, Le Printemps de Prague 1968 ou de consulter le site Soviet History. Le 16 novembre 1989 débute la Révolution de velours. Ce mouvement pacifiste a conduit à la chute du régime communiste et à la création de la République socialiste tchécoslovaque, le 29 décembre de la même année. Cette révolution, « de velours » en Tchèque et « douce » en slovaque, est nommée de ces façons au regard du peu de sang qu’elle a fait couler.
[4] La lustration est une politique dont l’objectif était de protéger les nouvelles institutions démocratiques des pays de l’Est de l’ex-pacte de Varsovie contre les anciens agents de la police communiste et leurs partisans. En Tchéquie, la loi de lustration définissait les conditions d’accès aux postes que devaient remplir les responsables des organes administratifs, comme la justice, l’armée, voire des institutions névralgiques, comme les médias et la Banque Nationale. Elle interdisait ces fonctions à quiconque avait, avant novembre 1989, servi dans les services de sécurité, s’était impliqué dans la gestion des comités régionaux du parti, les milices populaires ou ayant étudié dans les établissements du KGB.
[5] Les restitutions des biens ont été l’un des éléments marquants de la transformation de l’économie tchèque à partir de l’année 1989. Le terme restituce désigne la restitution à son propriétaire d’un bien nationalisé ou confisqué entre le 25 février 1948 et le 1er janvier 1990, le propriétaire pouvant être un particulier, l’Église ou d’autres institutions. Cela concerne, par exemple, des biens immobiliers que leurs propriétaires initiaux auraient perdus en raison de leur émigration, ou bien d’une expropriation sans compensation, d’une nationalisation contraire à la règlementation alors en vigueur ou réalisée sur la base d’un contrat de vente ou de donation conclu dans des conditions visiblement abusives. (Radio Prague International)
[6] À la sortie de la guerre, la répression exercée par le pouvoir stalinien était particulièrement brutale et a vu la purge et l’exécution des officiers de l’armée soupçonnés d’être pro-occidentaux, la répression de l’Église catholique, l’exécution de nombreuses personnalités politiques, l’emprisonnement ou l’envoi dans des camps de travail de milliers d’autres, accusé.es de diverses activités antiétatiques, de « déviationnisme nationaliste », de « titisme » et de nationalisme bourgeois. (Britannica)
[7] Komunistická Strana Čech a Morava, il s’agit du Parti communiste de Bohême et Moravie.
[8] La tendance au rejet des idées communistes est observable dans les territoires post-soviétiques. À titre d’exemple, en Lituanie et en Lettonie, les partis communistes d’État, liés au pouvoir soviétique, ont été dissouts au moment de l’indépendance en 1991, puis se sont reformés sous les noms de Parti démocratique du travail lituanien et Parti socialiste de Lettonie. Mais l’idéologie communiste, bien qu’impopulaire, n’est pas interdite. En Ukraine, le Parti communiste d’Ukraine (KPU) est lui aussi dissout en 1991, mais se reforme deux ans plus tard. Il est accusé de soutenir l’annexion de la Crimée, puis les séparatistes prorusses pendant la guerre du Donbass. Il est interdit en 2015 ainsi que deux autres partis nés de scissions du KPU dans le début des années 2000. L’interdiction se fait sur la base des lois de décommunisation qui condamnent la mise en valeur de l’idéologie communiste ainsi que l’usage de symboles communistes, comme la faucille et le marteau. Au même titre par ailleurs que les symboles nazis, dans de nombreux pays de l’ex Union soviétique, en Hongrie, en Pologne ou en Ukraine. En 2022, lors de l’assaut de l’armée russe en direction de Kyiv, le dirigeant du KPU, Petro Symonenko, s’est enfui en Biélorussie puis en Russie avec l’aide des forces spéciales russes. (rtbf.be, bbc.com)
[9] Selon une enquête menée en 2019, 38 % des personnes âgées de plus de 40 ans estiment que leur vie était en réalité meilleure sous le communisme. L’enquête a été menée par l’agence NMS Market Research pour Post Bellum. Il semblerait que les élections de l’automne 2025 confirment une tendance d’affaiblissement du centre et de renforcement des partis populistes. Dans cette dynamique, le KSČM exploite les frustrations économiques en faisant vivre une forme de nostalgie de la période soviétique. En outre le parti s’oppose à la livraison d’armes à l’Ukraine et tient une ligne anti-OTAN en faisant valoir une position pacifiste dans un pays majoritairement en faveur du soutien à l’Ukraine. Pour comprendre mieux les tendances politiques tchèques, il est possible de lire les articles de Balkan InsightetJournal of Democracy.
[11] Quelques mois après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par les troupes russes, les antifascistes tchèques publiaient dans Freedomnews un long article expliquant leurs positions quant à la guerre qui débutait et leur sidération face aux réactions de la gauche d’Europe de l’ouest. « Si nous disposions d’une machine à remonter le temps et pouvions vous ramener dans le passé, dans un passé lointain ou récent, savez-vous ce que vous verriez autour de vous ? L’Empire russe à l’est, l’Empire allemand à l’ouest et l’Empire ottoman au sud. Trois empires, de nombreuses formes historiques et une ambition trop souvent partagée, le mal de tous les empires, à savoir la nécessité d’étendre leur sphère d’influence, d’occuper les espaces qui les entourent, de conquérir. Et savez-vous ce que vous verriez parmi eux, dans leur ombre ? De petites régions et entités politiques diverses sur le plan historique, géographique et linguistique, s’étendant de l’Estonie à la Roumanie, de la République tchèque à l’Ukraine, qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui malgré les empires, et parfois malgré elles-mêmes. Bienvenue dans notre région, l’Europe centrale et orientale (ECO). Une région historiquement façonnée par la pression exercée par trois empires. Une région définie non pas par ses côtes océaniques, mais par des facteurs externes et géopolitiques, à savoir la volonté de l’un des empires voisins de s’étendre et de subjuguer certaines parties de l’Europe centrale et orientale, comme en Tchécoslovaquie en 1938 et 1968, en Pologne en 1939, dans les pays baltes en 1940 et en Hongrie en 1956. Dans une région où les petits pays doivent parfois former des alliances controversées pour résister aux empires. Dans une région dont la voix et le point de vue sont systématiquement négligés et ignorés. Dans une région qui n’est ni l’Occident ou le Nord riches, ni l’Orient peuplé, ni le Sud pauvre. Dans une région où la vie et l’identité sont à nouveau menacées – si la Turquie contemporaine oriente ses ambitions impériales vers l’Est et si l’Allemagne a subi une transformation qui, espérons-le, a mis fin à ses aspirations impériales pour longtemps, c’est la Russie de Poutine qui continue de mener une politique impériale à l’encontre de l’Europe centrale et orientale, ainsi que d’autres régions qu’elle considère comme sa sphère d’influence. »
[12] La chaîne YouTube Russian Media Monitor fait un travail de collecte et d’analyse des sources d’informations diffusées par les médias russes.
[13] Glavnoe Razvedyvatel’noe Upravlenie (GRU) est la Direction Principale du Renseignement. Ce service de renseignement militaire date de l’Union soviétique et a peu perdu de sa structure. « Le GRU a survécu aux bouleversements de ces dernières années grâce à son statut de simple direction au ministère de la Défense. Tout laisse penser que ce sont des agents du GRU qui ont préparé et encadré l’invasion de la Crimée en 2014, qui ont tenté d’empoisonner le transfuge Sergueï Skripal en mars 2018, à Salisbury, déclenchant une vive crise diplomatique entre la Russie et l’Angleterre, et qui assistent les forces soviétiques stationnées en Syrie ». KGB, la véritable histoire des services secrets soviétiques.
[14] En 2021, la Tchéquie a renvoyé 18 diplomates russes de son territoire quand l’enquête à mis à jour que l’explosion de 2014 n’était pas un simple accident. Il s’agirait de l’action de l’unité 29155, responsable de la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal en 2018, d’une tentative de coup d’État au proserbe au Monténégro en 2016, ainsi que d’opérations de déstabilisation en Moldavie la même année, etc.
[15] « Bellingcat est un collectif indépendant de chercheurs, d’enquêteurs et de journalistes citoyens réunis par leur passion pour la recherche open source. » Peut-on lire sur le site. « Fondé en 2014, nous avons été les premiers à utiliser des méthodes de recherche open source pour enquêter sur divers sujets d’intérêt public. Ceux-ci vont du crash du vol MH17 au-dessus de l’est de l’Ukraine aux violences policières en Colombie, en passant par le commerce illégal d’espèces sauvages aux Émirats arabes unis. Nos recherches sont régulièrement mentionnées par les médias internationaux et ont été citées par plusieurs tribunaux et missions d’enquête ». Un article de France24 abonde, « Le site d’investigation numérique Bellingcat est devenu en huit ans le pire cauchemar du Kremlin, assure son directeur exécutif, le journaliste Christo Grozev, en lutte contre les lacunes du droit international ».
[16] Journaliste finlandaise travaillant pour la chaîne publique finlandaise Yle et auteure d’un ouvrage documentaire intitulé Putin’s Trolls. En septembre 2014, elle a commencé à enquêter sur les trolls pro-russes sur Internet, puis est elle-même devenue leur victime après une visite à Saint-Pétersbourg où elle a interviewé des employés d’une l’usine à trolls. Le récit est écoutable dans Jessikka Aro, enquête sous pression.
[17] Historien britannique spécialiste de la criminalité transnationale et des questions de sécurité russe. Il est également directeur du cabinet de conseil Mayak Intelligence, « une société britannique spécialisée dans la recherche, la rédaction, la formation et le conseil, qui se concentre sur la Russie ainsi que sur certaines questions thématiques plus larges liées à la criminalité organisée et transnationale, à la guerre, à la politique et à l’histoire. »
[18] Historien américain spécialiste de l’histoire de l’Europe centrale et de l’Est et de la Shoah. Il est titulaire de la chaire Richard C. Levin d’histoire à l’université Yale et membre permanent de l’Institut des sciences humaines à Vienne.
[19] La guerre hybride est une stratégie militaire qui allie des opérations de guerre conventionnelle, de guerre asymétrique, de cyberguerre et d’autres outils non conventionnels, tels que la désinformation. L’expression hybrid warfare est apparue pour la première fois aux États-Unis en 1998 et fut popularisée par Frank G. Hoffman à partir de 2005 pour faire contrepoids au déterminisme technologique qui marqua à l’époque les débats. Dans son optique, il s’agit de caractériser une « guerre irrégulière complexe », une guerre mêlant acteurs étatiques et subétatiques ; et des formes régulières et irrégulières de guerre. En 2009, il définit la menace hybride ainsi que « tout adversaire qui emploie simultanément et de façon adaptative un mixte d’armes conventionnelles, de tactiques irrégulières, de terrorisme et de comportements criminels dans l’espace de bataille afin d’atteindre ses objectifs politiques ». Une définition élargie de la guerre hybride postule que son objectif est non pas la destruction des forces armées adverses, mais la déstabilisation d’un pays en attaquant ses structures gouvernementales et ses institutions, ainsi qu’en affaiblissant sa cohésion nationale. Les moyens utilisés à ces fins seraient par conséquent non cinétiques, allant de la propagande aux fake-news, en passant par les cyberattaques. (Les Champs de Mars) (La revue stratégique). Pour des spécificités liées à la guerre hybride et le cas de la Russie, Wikipedia est un bon point de départ.
[20] Solidarity Collectives est un groupe anarchiste ukrainien formé à la suite de l’invasion à grande échelle et qui soutient les anarchistes présents sur les lignes de front en leur envoyant le matériel dont ils ont besoin. Ils sont aussi actifs dans d’autres champs, notamment l’aide humanitaire et l’aide aux animaux à extraire des zones de front. Solidarity Collectives anime aussi un atelier d’assemblage de drones. Ils déclarent : « Les soldats que nous soutenons sont des militants de diverses convictions : anarchistes, défenseurs des droits humains, syndicalistes, éco-anarchistes, anarcho-féministes, punk-rockers, réfugiés politiques de Biélorussie et de Russie, etc. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas d’accord avec les visions et les idées des autres avant la guerre. Cependant, ils ont été unis par un ennemi commun, car la machine impériale russe ne permettra à aucun d’entre nous d’exister. Nous resterons unis jusqu’à la fin de la guerre, jusqu’à ce que le dernier occupant quitte le territoire de l’Ukraine indépendante. »
[21] « Au cours des deux dernières années, alors que l’Ukraine est confrontée à l’agression russe, les drones sont devenus un outil important pour assurer la supériorité sur le champ de bataille. Chaque mois, les défenseurs consomment des dizaines de milliers d’avions sans pilote, car un tir précis avec un drone peut mettre hors de combat un char beaucoup plus coûteux et paralyser l’avancée des occupants ». Les pages de solidrones sont répertoriées ici. En septembre 2025, Solidarity Collectives publiait une vidéo montrant une livraison de drones de Solidrones en Ukraine.
[22] Le 9 septembre 2025, 19 drones non armés, supposément lancés depuis la Russie, pénètrent dans l’espace aérien polonais. L’incursion provoque la réaction de l’armée de l’air polonaise et de l’OTAN. Quatre drones sont confirmés abattus. Peu de temps après, le vice-premier ministre polonais Radosław Sikorski déclare : « Nous sommes confrontés à un cas sans précédent d’attaque non seulement contre le territoire de la Pologne, mais aussi contre celui de l’OTAN et de l’Union européenne ». Quelques jours plus tard, la Roumanie affirmait qu’un drone avait violé son espace aérien lors d’une attaque russe contre des infrastructures en Ukraine voisine. Deux F-16 roumains ont décollé pour surveiller la situation. Puis, le vendredi 19 septembre 2025, trois MiG-31 russes sont entrés dans l’espace aérien de l’Estonie. Ils ont été interceptés et escortés hors du territoire par des avions de chasse de l’OTAN. (LaPresse.ca)
[23] Dans le texte publié sur freedomnews, le chapitre Le vaisseau fantôme de l’Europe centrale et orientale statue : « En examinant les textes qui ont été rédigés sur la guerre depuis son déclenchement en Occident, et en particulier par la gauche occidentale, nous identifions trois cadres principaux qui façonnent les évènements en Ukraine : la symétrisation, la généralisation et l’idéologisation ». Les paragraphes suivants s’attachent à expliquer le contenu de ces trois termes, puis concluent : « Qu’est-ce que ces cadres ont en commun ? Deux caractéristiques clés : le mépris des voix de l’Europe centrale et orientale et l’adoption de la logique de Poutine. En ignorant complètement les perspectives, les positions et les voix de l’Europe centrale et orientale, notre région est implicitement considérée comme un espace dépourvu de capacité à agir et à décider librement, et donc comme une région sans autonomie ni pertinence pour le monde… un réceptacle vide dans lequel les grandes puissances peuvent verser à leur guise leurs versions de l’histoire. La région de l’Europe centrale et orientale est ici considérée comme trop petite, fragmentée, diversifiée, fade, dépourvue d’histoire propre et trop insignifiante pour influencer activement le cours de l’histoire. Elle devient ainsi un objet passif, réduit à une simple “sphère d’influence et d’intérêt, unezone tamponou unespace sacrifiable”. Ce mépris pour l’Europe centrale et orientale et le cadre décrit ci-dessus font également le jeu du Kremlin. Comme l’ont démontré Smoleński et Dutkiewicz. Dans le cadre du westsplaining, les préoccupations de la Russie sont reconnues, mais celles de l’Europe de l’Est ne le sont pas. En effet, c’est le Kremlin, comme l’a montré Poutine lors de la conférence sur la sécurité de Munich en 2007, qui envisage le monde comme un choc entre de grands empires tirant les ficelles de leurs sphères d’influence et un monde où les petites régions de l’Europe centrale et orientale n’existent pas en tant qu’entités indépendantes, distinctes et dignes d’avoir leur propre voix et leur propre respect. Quiconque symétrise, généralise, idéologise dans une telle constellation en temps de guerre devient un allié opportun pour Poutine. »
[24] Le drone FPV, pour First Person View, est issu du milieu droniste amateur, principalement utilisé dans des activités de loisir, telles que des courses et parcours d’obstacles. Contrairement à des drones plus stables, principalement développés par la marque chinoise DJI, qui sont utilisés pour l’observation, mais également le largage de charges et munitions explosives, le drone FPV se démarque par son agilité, sa vitesse et sa précision. L’usage militarisé de ce type de drone a vu le jour au cours de la guerre en Ukraine, quelques mois après l’invasion russe du 24 février 2022. Sa première utilisation filmée date de juillet 2022. (Revue Conflits)
[25] La production en masse coûte cher ramenée à l’échelle de ce que des groupes et initiatives autonomes peuvent mobiliser comme fond. En effet, un drone kamikaze relativement basique coûte entre 200 et 300 euros. La rupture que constitue la guerre des drones est à la fois en raison de leurs capacités opérationnelles en termes de profondeur d’action et de flexibilité, de leurs coûts de production très faibles en regard des systèmes d’armement habituellement utilisés par les armées. Pour autant, aujourd’hui, l’industrie du drone est massivement dépendante du marché chinois, qui en contrôle environ 80 %. Dès lors, les politiques économiques internationales ont un impact considérable sur l’approvisionnement. En effet, la Chine qui, comme l’exprimait son ministre des affaires étrangères en juillet 2025, « ne peut pas s’offrir une défaite russe »,tend à durcir les possibilités d’importation de composants à destination de l’Ukraine, via Kyiv et ses alliés en même temps qu’elle entretient des liens de plus en plus forts avec la Russie, qui dépend elle aussi massivement de la production de matériel chinois pour ses propres drones. STMicroelectronics, société franco-italienne basée en Suisse, fait figure d’exemple dans ce jeu, puisqu’elle produit la puce STM32 embarquée dans la quasi-totalité des contrôleurs de vol. L’entreprise compte 14 sites de production dans 9 pays, mais environ deux fois plus d’employés en Chine qu’en Europe. Le prix des composants en provenance de Chine et à destination de l’Europe a quasiment doublé à cause des restrictions douanières et de la bataille commerciale que les États-Unis livrent à la Chine. En conséquence, l’Ukraine, comme le reste du monde, s’efforce de développer une production locale de contrôleurs de vol et autres éléments d’électronique embarquée à l’image de Elarion en Lituanie, Odd System, Motor-G, 603700, en Ukraine ou Drone Français en France.
[26] Les technologies liées à la guerre menée par ce type d’engins évoluent rapidement, tant sur les plans de l’attaque que de la défense. Qu’il s’agisse de la transmission des données entre la machine ou l’opérateur pour contrer les dispositifs de guerre électronique, le type de charges qu’ils transportent ou tout bonnement du type de machine. Si les plus médiatisés sont ceux utilisés par des opérateurs sur la ligne de front, du fait de la dureté des images produites et de leur mise en circulation, ce ne sont pas les seuls types de drones kamikazes. Les drones de 7 pouces sont aujourd’hui remplacés par des 10 pouces qui peuvent porter des charges plus puissantes et ont une portée de quelques dizaines de kilomètres. C’est sur ces modèles qu’est notamment de plus en plus fréquente l’utilisation de fibre optique. Mais des drones kamikazes sont aussi utilisés à grande distance, comme dans le cas de la destruction de la flotte nucléaire russe par des machines contrôlées via le réseau de téléphonie mobile, à longue portée, comme les ailes volantes de différentes tailles qui frappent les réseaux énergétiques en Ukraine comme en Russie. Les drones kamikazes trouvent leur origine dans les années 80 dans du matériel israélien autrefois nommé munition rôdeuse et qui était vu comme des types de missiles particuliers. C’est toutefois en Ukraine qu’a été généralisée la modification de drones grand public et que l’usage de la vue à la première personne a considérablement influencé les tactiques sur le terrain.
[27] Un drone hexacoptère est généralement un appareil aérien sans pilote équipé de six moteurs. Contrairement aux drones à quatre moteurs (quads ou quadricoptère), cela lui permet de rester en l’air même si l’un des moteurs tombe en panne. Ce sont par ailleurs de plus gros porteurs de charge que les quads.
[28] Les drones à voilure fixe sont de petits avions radiocommandés. Ils peuvent donc planer et sont utilisés pour des missions à longue portée.
[29] L’entreprise chinoise Shenzhen DJI Sciences and Technologies Ltd, est spécialiste de la fabrication de drones de loisirs, équipés de caméras pour des prises de vues aériennes. L’entreprise est le leader mondial dans les drones grand public et elle produit des machines stables et faciles à piloter, ce qui en fait aussi un des leaders sur les normes en usage dans le domaine, notamment en ce qui concerne la transmission vidéo en haute définition. Elle produit notamment la série Mavic, très utilisée pour la reconnaissance, mais trop chère pour être utilisée comme drone kamikaze.
[30] Les Shahed sont des drones kamikazes iraniens initialement développés par Shahed Aviation Industries et fournis massivement à la Russie, qui aujourd’hui produit sa propre variante, les Gueran-2. Le Shahed-136 mesure environ 3,5 mètres de long, avec une envergure de 2,5 mètres. Pesant jusqu’à 240 kg, il peut emporter 40 kg d’explosif et parcourir 1 700 à 2 500 km à une vitesse de 185 km/h. Sa motorisation thermique, bruyante, mais économique, illustre une philosophie « low-cost » accessible à de nombreux États. Estimé entre 20 000 et 40 000 dollars l’unité, le Shahed coûte jusqu’à 50 fois moins cher qu’un missile classique, tout en offrant une précision et une portée comparables. Ce rapport coût/efficacité en fait une arme privilégiée pour saturer les défenses aériennes. Son usage en essaims oblige Kyiv à dépenser des missiles antiaériens bien plus coûteux que les drones abattus.
[31] L’anthropologue Daria Saburova a mené une enquête sur les initiatives bénévoles qui permettent de suppléer l’État ukrainien dans ses défaillances qu’elle présente dans son livre Travailleuses de la résistance, les classes populaires ukrainiennes face à la guerre, aux éditions du Croquant, sur Lundisoir ou sur Radio France.
[32] Les racines idéologiques de la 3e brigade d’assaut, héritière du régiment Azov, sont des idéologies d’extrêmes droites. Fondé en 2014 au début de la guerre dans le Donbass, le bataillon Azov est créé par Andriy Biletsky, leader de l’organisation ultranationaliste Patriotes d’Ukraine ainsi que du groupe politique Assemblée sociale-nationale. Azov a d’abord attiré l’attention par ses étranges insignes faisant allusion à la symbolique du Troisième Reich et ses phalanges, comme la SS. Certains de ses combattants ont d’ailleurs pu parfois se mettre en scène dans des clichés ne laissant aucun doute quant à leur affiliation politique. Le bataillon, par la suite devenu régiment, était initialement constitué de volontaires et a acquis une grande popularité en participant à la reprise de la ville de Marioupol face aux séparatistes prorusses en 2014 et plus encore lors du siège de la même ville en 2022. Progressivement, une distinction claire s’est établie entre la branche militaire et la branche politique du mouvement. Les individus les plus politisés, dont l’expérience militaire avait perdu son sens une fois éloignés du front, ont cherché à prolonger leur engagement sous une autre forme. Cette séparation a donné lieu à deux trajectoires : d’un côté, ceux qui restaient dans le régiment Azov et se définissaient comme militaires professionnels ; de l’autre, ceux qui quittaient l’armée pour se consacrer à la politique ou qui réintégraient la vie civile. En se concentrant exclusivement sur la dimension militaire, le régiment Azov s’est peu à peu dépolitisé. Son identité restera néanmoins intrinsèquement liée au nationalisme radical ukrainien. Selon le chercheur Nonjon : « Mais Azov reste ce qu’il est et ne peut totalement faire table rase de ses origines. Il est normal qu’on y retrouve encore un certain nombre de profils politisés, quand bien même la majorité des combattants de cette brigade sont aujourd’hui étrangers aux idées extrémistes. » […] (Mediapart) (Nonjon Adrien, Le régiment Azov, un nationalisme ukrainien en guerre, Éditions du Cerf, 2023). Concernant la troisième brigade, les chercheur·euses Anna Colin Lebedev et Bertrand de Franqueville affirment qu’on voit que « l’idéologie n’est pas absente des pratiques quotidiennes. Elle est par exemple clairement visible dans la récitation rituelle de la « Prière du nationaliste ukrainien », texte qui ne comporte pas en lui-même d’appels extrémistes, mais qui était un texte de référence des mouvements nationalistes ukrainiens du XXe siècle. En revanche, à ce jour, il semble que l’on n’observe pas, dans les actions de la brigade, de pratiques violentes, telles que des attaques contre des civils sur des critères ethniques ou nationalistes. La posture anti-russe est bien sûr très présente – dans toute la société ukrainienne comme dans les forces armées – mais il s’agit d’une hostilité d’ordre politique, non ethnique. Le crédo politique est « L’Ukraine avant toute chose », mais pas « L’Ukraine aux Ukrainiens ». Cela se comprend d’autant mieux que les profils mixtes, multilingues, ou d’origine russe sont très nombreux en Ukraine et dans les unités combattantes. (Le Grand Continent)
[33] Aujourd’hui, la popularité de ces brigades est due à leur large communication et aux nombreuses batailles remportées. Elles constituent une entité militaire qui semble avant tout attirer du monde pour sa puissance, sa formation, son matériel militaire et les chances de survie qu’elle procure plutôt que pour ses principes idéologiques. Selon le chercheur·euses Anna Colin Lebedev et Bertrand de Franqueville « Beaucoup de volontaires qui rejoignent Azov ou la Troisième brigade d’assaut le font parce qu’ils recherchent des unités perçues comme efficaces et professionnelles, commandées par des vétérans expérimentés et formés au combat, attentives à la gestion des recrues. […] L’image d’un leadership fiable, qui ne sacrifie pas inutilement ses soldats, joue un rôle clé dans ce choix, et Andriy Biletsky a su capitaliser dessus. L’image de ces unités a été renforcée par une campagne médiatique extrêmement bien menée, voire même une émergence d’une sous-culture propre à la Troisième brigade. […] Cette importance de la confiance dans une unité et un commandant est un des effets d’une certaine autonomie laissée aux unités militaires ukrainiennes, non seulement dans le combat, mais aussi dans la construction de leur identité que dans l’organisation de la formation ou du recrutement. À cet égard, on peut se poser la question des contours de cette identité des bridages, et le rôle qu’y joue l’idéologie. » (Le Grand Continent)
[34] Les fonctions militaires et politiques ne sont pas cumulables. Par exemple, le Colonel Andriy Biletsky, commandant de la 3e brigade d’assaut et anciennement de la brigade Azov, a été député de 2014 à 2019, il a ensuite cessé son activité politique parlementaire pour se concentrer sur son activité militaire, néanmoins chargée d’idéologie politique et d’activités politiques extraparlementaires. Il en est de même pour Dmytro Iaroch, ex-chef de file de Pravi Sektor, aujourd’hui commandant de l’armée des volontaires ukrainiens du secteur droit. On observe tout de même l’existence de groupes néonazis en dehors de l’armée, à l’image de Centuria créé par des vétérans du régiment Azov ou la présence parfois alarmante dans les rues de symboles nazis malgré leur interdiction. Il est certain que leur présence et la qualité croissante de leur organisation sont à surveiller, puisque les machines de mobilisation qu’ils ont créées au sein et autour des brigades dans lesquelles ils se sont regroupés pourraient leur servir de plateformes politiques dans l’éventualité d’une fin de la guerre ou d’une extension de leurs activités dans le champ politique institutionnel. En effet, tout comme les unités Azov, puis la Troisième Brigade d’Assaut ont été massivement rejointes pour leur efficacité par des personnes pourtant plus du côté libéral, voire carrément à gauche du spectre politique, il est possible qu’une génération grandissant dans la guerre rejoigne peu à peu ce type d’organisations dont l’esthétique néonazie est bien souvent de prime abord perçue comme une contre-culture d’opposition à l’héritage soviétique. Rappelons que l’Holodomor, la grande famine de 1932-1933 organisée par le pouvoir soviétique, a tué entre 3 et 5 millions d’Ukrainien.ne.s et que, depuis leur point de vue, le nazisme n’est pas le seul fabricant de génocides. La dynamique engendrée par la déstructuration des formes armées ukrainiennes et la nécessité pour les Ukrainien.ne.s de créer leurs propres structures de défense a permis depuis 2014 à des unités comme Azov et aujourd’hui la Troisième Brigade d’Assaut de devenir des machines de guerre d’une grande efficacité tant sur le terrain militaire que sur les plans communicationnels et économiques. Leur histoire d’engagement et leur capacité à saturer l’espace visuel et culturel, à des fins de financement et très certainement dans une dynamique de soft-power, leur donne la capacité de recruter massivement. Aussi, il est certain que plus la guerre durera et moins les forces progressistes sur le sol ukrainien seront soutenues, plus l’ultranationalisme aura des chances de se répandre.
[35] Selon les chercheur·euses Anna Colin Lebedev et Bertrand de Franqueville « si la présence de certains combattants ultranationalistes dans les rangs ukrainiens est un fait avéré, le capital symbolique payé de leur sang n’a jamais trouvé de traduction politique. […] Entre 2014 et 2022, alors que des élections ont bien eu lieu en Ukraine, les partis d’extrême droite n’ont pas su transformer leur rôle dans la révolution du Maïdan ni leur participation au conflit du Donbass en succès électoraux. Ils sont restés essentiellement des mouvements de rue, occupant une place très marginale sur la scène institutionnelle, ne faisant qu’autour de 2 %, tous mouvements confondus, aux élections de 2019. […] On a observé en Ukraine une forme de dissociation entre la structuration du champ politique et celle du champ militaire. Certes, l’engagement dans la guerre pouvait constituer une clé d’entrée dans le champ politique, l’aura ou la légitimité liée à un engagement militaire peut effectivement être revendiquée, mais elle ne détermine pas, à elle seule, l’accès aux responsabilités politiques. Le champ politique ukrainien ne se réduit pas aux questions militaires, et demeure organisé autour d’enjeux propres – sociaux, économiques, idéologiques – qui préexistaient à la guerre. »
[36] Dans son message à la nation du 24 février 2022, date du déclenchement de l’opération militaire spéciale, Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie et commandant en chef des forces armées russes, a défini la dénazification de l’Ukraine comme l’un des principaux objectifs de cette opération. Le terme « dénazification » n’est pas dû au hasard. Il renvoie à la conférence de Potsdam qui mit fin, en 1945, à l’idéologie nationale-socialiste en Allemagne.
[38] Concernant la censure des voix d’Europe de l’Est lors des évènements anarchistes en UE Ces dernières années, plusieurs organisations et groupes ont émergé au sein du milieu anarchiste, excluant activement les militants de Solidarity Collectives, de l’ABC-Belarus et de nombreuses autres organisations anarchistes et anti-autoritaires des évènements publics. Ils les empêchent d’y participer et publient diverses « déclarations » condamnant leur soutien à la résistance ukrainienne face à l’invasion russe. Ce comportement repose souvent sur une vision déformée de l’opinion des militants d’Europe de l’Est. Les anarchistes sont accusés de militariser, de soutenir la guerre et de ne pas être suffisamment critiques envers l’État ukrainien. À notre avis, un tel comportement est indigne du mouvement anarchiste. Nous croyons en la nécessité du dialogue dans les controverses. Toute tentative visant à contraindre les anarchistes à tenir le « bon » discours afin que les camarades occidentaux soient disposés à les écouter et à les soutenir financièrement s’apparente à de la coercition. Nous ne considérons en aucun cas le travail de Solidarity Collectives et de l’ABC-Belarus comme étant pro-guerre ou soutenant le militarisme d’État. Nous condamnons catégoriquement toute tentative d’isoler les collectifs anarchistes d’Europe de l’Est sur la question de l’expansion militaire du régime russe. Nous appelons les autres collectifs anarchistes à manifester leur solidarité avec les anarchistes qui luttent ici et maintenant contre les régimes de Poutine et de Loukachenko, armes ou pierres à la main. La résistance à l’État est impossible sans solidarité, esprit critique et dialogue sur les questions politiques complexes. Liste des signataires de cette déclaration (si vous souhaitez y figurer, veuillez contacter l’une des organisations de la liste)
[39] Toujours dans le texte publié sur Freedomnews, les antifascistes tchèques complètent leur position : « Pour être clairs, nous ne suggérons pas d’écouter les oligarques ukrainiens. Nous ne suggérons pas non plus d’écouter les ultranationalistes comme le Secteur droit, dont l’influence en Ukraine, au profit de Poutine, est grandement exagérée et ne peut être comparée, par exemple, à celle de partis parlementaires comme l’AfD en Allemagne, Russie unie en Russie ou de politiciens comme Orban en Hongrie ou Le Pen en France. À cet égard, nous sommes tout à fait d’accord avec les antifascistes autonomes d’Ukraine qui affirment : “Quelques milliers de nazis, avec un soutien électoral minimal dans un pays de 40 millions d’habitants, ne constituent ni une menace ni une raison d’envahir… Oui, il y a des nazis en Ukraine, comme dans d’autres pays. Non, nous n’avons pas besoin de l’aide de Poutine ou d’autres autoritaires pour nous occuper d’eux. Nous le ferons nous-mêmes”. Nous vous suggérons d’écouter principalement les voix des citoyens ordinaires et des militants organisés qui, de manière pratique, discrète et sans médiatisation, ont rejoint la défense armée de l’Ukraine et les réseaux d’entraide, en partant de la base, contre les autorités, dans un esprit antifasciste et dans la lignée d’anarchistes ukrainiens engagés, tels que Nestor Makhno. Nous pensons à des initiatives et des activités, telles que l’Opération Solidarité, qui déclare : “Nous ne voulons pas mourir, nous ne voulons pas fuir, nous ne voulons pas obéir, nous n’avons pas ce privilège. Nous sommes extrêmement en colère et nous voulons notre liberté !” ou le Comité de résistance/Union anti-autoritaire, qui déclare : “Nous avons tous été amenés à la guerre par le désir de nous opposer à l’agression impérialiste russe. Nous sommes ici pour vaincre les occupants et défendre le peuple ukrainien, sa liberté et son indépendance.” »