Décaméron-19

Le Decameron de Boccace, chaque matin, à 8H00.

paru dans lundimatin#236, le 30 mars 2020

Nous avons demandé à des acteurs d’enregistrer depuis chez eux les nouvelles du Décaméron de Boccace. Ils ont répondu. Une série de miniatures sonores, de petites histoires du XIVe siècle. À partir du mardi 24 mars 2020, tous les jours à 8h, lundimatin publiera une nouvelle, lue par des acteurs français, mais aussi allemands, autrichiens, italiens, et autres. Cent nouvelles, une par jour, au petit déj pour les abdos et les zigos. [1]

Sylvain Creuzevault

Vendredi 3 Avril

[Pour lire La jument du compère Pierre, cliquer ici.]

Jeudi 2 Avril


[Pour lire L’enfer des amantes cruelles, cliquez ici.]

Mercredi 1er Avril

[Pour lire La mignarde ridicule, cliquez ici.]

Mardi 31 mars

[Pour lire Le rossignol, cliquez ici.]

Lundi 30 mars

[Pour lire La punition esquivée , cliquez ici.]

Dimanche 29 mars

[Pour lire La caspienne ou la nouvelle convertie , cliquez ici.]

Samedi 28 mars

[Pour lire La justice est la vertu des rois, cliquez ici.]

Vendredi 27 mars

[Pour lire Le repas des gelinottes, cliquez ici.]

Jeudi 26 mars

[Pour lire Le mari jaloux et cruel, cliquez ici.]

Mercredi 25 mars

[Pour lire Le reproche ingénieux, cliquez ici.]

Mardi 24 mars

[Pour lire l’introduction à la première journée, cliquez ici.]

* * *

COVID-É.ES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-NOUS (heu… EN TANT QUE SÉPARÉ.ES)

C’est le printemps ! Maintenant qu’un milliard d’individus est tenu de rester chez lui, je me suis dit qu’il serait simple et vrai de faire enregistrer chaque nouvelle par des actrices et des acteurs de plusieurs pays, en plusieurs langues. J’ai écrit aux acteurs que je connais en France, mais également en Autriche, en Allemagne, en Italie, en Suisse, au Royaume-Uni (eux, je sais pas pourquoi ils n’ont pas répondu), une connaissance avait même une amie islandaise, j’invite encore. Ils m’ont répondu. Qu’ils soient ici remerciés. Ils sont 100, ils pourraient être 1000. D’ici à la fête de la Saint-Jean, nous aurons écouté ensemble Le Décaméron de Boccace [2], recueil de cent nouvelles, écrit entre 1349 et 1353, après la pandémie de peste noire de 1348. Alors là, les amis, vraiment, c’est à deux pas, presque 700 ans. Sept femmes et trois hommes sont retirés à quelques kilomètres de Florence, confinés. Et que font-ils ? Ils se racontent des histoires.

Dans l’histoire de l’Art, je cherche toujours ce que lie deux œuvres, le fil invisible qui attache l’une à l’autre. Quand je l’ai attrapé, je tire dessus, parfois il casse. Entre mes doigts se dessine ainsi une cartographie fugitive que j’arpente. Dans l’histoire des sociétés, je cherche toujours les passages, les chemins qui semblent s’être refermés parce qu’on ne les emprunte plus, les coins peu fréquentés passés de mode, je cherche dans le passé des éclats ignifugés de présent, les lieux communs oubliés, suspendus. Et je farfouille. Il y a quelques jours, à l’annonce par les chefs d’États du confinement général des populations, lorsque le virus s’est mis à monologuer, une petite routine traditionnelle m’a mené vite et bien vers Boccace et son Il Decameron.

Je vous donne rendez-vous. Un bête rencard, simple, et qui ne doit pas entrer dans la folie culturelle en milieu confiné… comme à table, ou au lit, comme on se raconte une histoire, un petit détour, un raccourci. Tel pourrait être du monde entier le bulletin quotidien : tisser des histoires par gros temps, toute couture dehors. Dans l’éloignement, nous nous lions à vous par une œuvre et son Nom. Depuis Eymoutiers, je vous lance des courages comme des guindes. Comme on dirait : ça part en Décaméron… juste une autre manière de chanter aux fenêtres…

Sylvain Creuzevault

Les voix qui nous sont parvenues, d’autres viendront :

Elma Stefania Ágústsdóttir [3], Christian Benedetti, Anne Benoît, Fiora Blasi, Bardo Böhlefeld*, Cyril Bothorel, Maya Bösch, Raphaèle Bouchard, Nicolas Bouchaud, Valeria Bruni-Tedeschi, Benoit Carré, Bénédicte Cerutti, Antoine Cegarra, Laurence Chable, Éric Charon, François Chattot, Charlotte Clamens, Yann-Joël Collin, Sylvain Creuzevault, Daniel Delabesse, Adama Diop, Lionel Dray, Valérie Dréville, Servane Ducorps, Alain Françon, Louis Garrel, Jean-Luc Godard, Michèle Goddet, Julien Gosselin, Pierre-Félix Gravière, Norman Hacker*, Maria Happel*, Johanna Hess, Mavie Hörbiger*, Arthur Igual, Florence Janas, Alexander Kerlin*, Norah Krief, Frédéric Leidgens, Sava Lolov, Pierre-Yves Macé, André Marcon, Pierre Meunier, Frédéric Noaille, Katharina Pichler*, Gilles Privat, Félix Rech*, Dominique Reymond, Blanche Ripoche, Markus Scheumann*, Jean-François Sivadier, Alyzée Soudet, Sylvain Sounier, Anne-Laure Tondu, Dominique Valadié, Marie Vialle, Julien Villa, Andrea Wenzl*.

et du son

Julien Boudart, Pierre-Olivier Boulant, Mathias Bourre, Gabriel Durif, Léonard Françon, Hugo Hamman, Sylvaine Hélary, Sylvain Jacques, Nicolas Jacquot, Clémence Jeanguillaume, Mikaël Kandelman, Juliette Lamas, le duo encore Maria Laurent et Clément Chanaud-Ferrenq, Pierre-Yves Macé, Antonin Rayon, Kaspar Tainturier-Fink

« Nous avons besoin d’une pandémie métaphysique », a récemment requis le philosophe Markus Gabriel en réaction au Corona virus et aux mesures politiques de confinement des États-nations. Et de poursuivre : "Pourquoi le virus devrait-il être impressionné par le fait que la frontière entre l’Allemagne et la France est fermée ? Pourquoi l’Espagne est-elle une entité qui doit maintenant être séparée des autres pays afin d’endiguer le virus ? (...) La pandémie touche tous les hommes. Elle prouve que nous sommes tous liés par un lien invisible, notre condition humaine. Face au virus, tous les hommes sont égaux. Oui : face au virus, tous les hommes sont a priori des hommes, c’est-à-dire des animaux d’une certaine espèce qui s’offre, pour beaucoup, comme l’hôte d’une reproduction mortelle.

Nous remercions Sylvain Creuzevault pour son initiative et ce beau geste d’infinie solidarité. La troupe du Burgtheater est heureux de pouvoir apporter sa modeste contribution à cette action.

Alexander Kerlin, Burgtheater Vienne


COVIDER*INNEN ALLER LÄNDER, VEREINIGT EUCH (ÄHM ... ABER MIT ABSTAND)

Es ist Frühling ! Jetzt, da eine Miliarde Menschen zu Hause bleiben sollen, dachte ich mir, es wäre ein einfaches und wahres Unterfangen, alle Novellen in mehreren Sprachen von Schauspieler*innen aus verschiedenen Ländern aufnehmen zu lassen. Also schrieb ich an alle Schauspieler*innen, die ich kenne – in Frankreich, aber auch in Österreich, Deutschland, in der Schweiz, in Großbritannien (ich weiß nicht warum, aber von letzteren kam keine Antwort), eine Bekannte hatte sogar eine Freundin in Island, und ich lade weiterhin dazu ein. Sie haben geantwortet. An dieser Stelle möchte ich ihnen dafür danken. Es sind 100, es könnten auch 1000 sein. Bis zum Johannistag werden wir gemeinsam das Decamerone von Boccaccio gehört haben, eine Sammlung von hundert Novellen, die zwischen 1349 und 1353, nach der Pandemie der Schwarzen Pest von 1348, geschrieben wurden. Freunde, das ist wirklich nur ein paar Schritt weit von uns weg, knapp 700 Jahre. Sieben Frauen und drei Männer haben sich bei der Ausgangssperre aufs Land zurückgezogen, ein paar Kilometer vor Florenz. Und was machen sie da ? Sie erzählen sich Geschichten.

In der Geschichte der Kunst suche ich immer nach dem Verbindenden zwischen zwei Werken, nach dem unsichtbaren Faden von einem zum anderen. Habe ich ihn gefunden, ziehe ich daran, manchmal reißt er. So entsteht unter meinen Fingern eine flüchtige Kartographie, die ich vermesse. In der Geschichte der Gesellschaft suche ich nach Durchgängen, nach Wegen, die versperrt scheinen, weil sie niemand mehr nimmt, nach aus der Mode gekommenen, verlassenen Ecken. Ich suche in der Vergangenheit nach feuerfesten Splittern der Gegenwart, nach abgesperrten, vergessenen Gemeinplätzen. Ich suche und suche. Als das Virus zu monologisieren begann und vor ein paar Tagen die Staatschefs die allgemeine Ausgangssperre für die Bevölkerung ausriefen, kam ich durch meine traditionelle Routine schnell auf Boccaccio und sein Decamerone.

Ich lade euch ein. Eine simple, ganz einfache Verabredung fernab der kulturellen Verrücktheit in Zeiten der Ausgangssperre, so wie man sich beim Essen oder vor dem Schlafengehen eine Geschichte erzählt : eine kleine Abschweifung, ein Nebenschauplatz. Wie eine Tageszeitung von der ganzen Welt : Mit großen Nadelstichen genähte Geschichten, die Naht nach außen gekehrt. Weit weg voneinander verbindet uns ein Werk und sein Name. Ich lasse euch von Eymoutiers aus wie an einem Seilzug Mut zukommen. Sagen wir : Begeben wir uns aufs Glatteis des Decamerone … Eine andere Art und Weise, an den Fenstern zu stehen und zu singen …

Sylvain Creuzevault

[1Ces enregistrements ont d’abord été publié sur la plateoforme soundcloud, vous pouvez désormais les écouter et vous y abonner sur Itunes et Apple podcasts ainsi que sur les différentes applications dédiées : TuneIn, Overcast, Pocket Cast, Castro, Castbox, Podchaser. Ils seront disponibles sur Spotify et Google Podcast dans les heures qui viennent.

[2Selon la traduction de Sabatier de Castres.

[3Les acteurs dont le nom est suivi d’un asterisque appartiennent à l’Ensemble du Burgtheater, Vienne, Autriche.

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