Composition, indignés et mouvement du 15M - Retour sur le mouvement des places en Espagne

« S’il y a au moins un aspect qui a été complètement transformé pour ceux qui ont participé au mouvement, c’est la relation avec la police »

paru dans lundimatin#56, le 11 avril 2016

Le collectif Mauvaise Troupe ont eu la judicieuse idée, en plein mouvement #nuitdebout, de nous proposer une re-publication d’un entretien qu’ils avaient réalisé à l’occasion de la réalisation de Constellations. Bonne lecture.

(Barcelone)

Marco : Au printemps 2011, quelques mois après l’occupation de la Banque d’Espagne et la journée explosive de grève générale [1], il se monte un collectif tout neuf qui s’est à la base retrouvé à travers internet et les réseaux sociaux. Il s’agit de « democracia real ya »auquel participent aussi au début quelques camarades assez proches. Entre-temps il y a eu Tahrir, la Tunisie et toute une effervescence autour de facebook…

À Madrid il y a un groupe d’hacktivistes [2] qui décide de lancer une occupation de la place centrale, la Puerta del Sol. Deux jours plus tard la police essaie de les en expulser, mais elle doit abandonner parce que des milliers de personnes les soutiennent. En parallèle il y a des occupations de place, appelées par le même genre de collectif informel, dans plein d’autres grandes villes. Avec l’échec de la tentative de répression à Madrid, cela prend médiatiquement, socialement. Sur les réseaux sociaux, facebook et twitter principalement, c’est la folie et tout le monde parle de ça. C’est là que commence cette espèce de mouvement complètement hétéroclite, hybride et mal situé politiquement qui va servir de plate-forme commune à un certain nombre de mouvements préexistants. Fin avril on avait fait un week-end de réflexion en groupe sur le contexte politique et les perspectives du moment à Barcelone et au niveau international. On avait fait un planning des moments de lutte à venir avec le premier mai… On avait évoqué « democracia real ya »en se disant que ça pouvait être intéressant, sauf que quand certains d’entre nous annoncent qu’ils veulent occuper les places, là on est plein à rigoler en disant : «  vous êtes fous, les gens veulent garder leur petit confort, rester chez eux, ici ça va jamais marcher ». L’occupation de la place, je l’ai apprise sur la radio publique espagnole.

Inès : Moi j’habitais à côté de la Plaça Catalunya, le lieu de l’occupation, donc je suis passée le premier jour, mais beaucoup de gens des milieux radicaux l’ignoraient ou jugeaient que ce n’était pas intéressant, trop étranger à notre culture militante. Et puis je me suis rendue compte que c’était en train de prendre une tournure spectaculaire, le jour suivant il y avait le double de personnes et ça continuait comme ça à se multiplier.
Marco : Cela a eu la force de sa faiblesse politique de base. Nous, en tant que militants aguerris avec notre vocabulaire si précis dont se foutent les gens qui n’ont pas ce parcours, on aurait eu beaucoup plus de mal à toucher de manière large. Par exemple, le fait que les indignados se revendiquent de la démocratie sans questionner plus que ça cette idée-là, ça nous a pas mal choqués, on ne s’y retrouvait pas du tout, mais ça rouvrait un débat et une libre interprétation du terme pour plein d’autres personnes…
Inès : Un des aspects très forts de ce mouvement-là, c’était de ne pas donner un modèle idéologique clé en main et une liste de choses à faire, un programme. Il y avait un espace qui s’ouvrait où se disait : « libre à toi de penser que la démocratie c’est le fait de pouvoir élire des gens de la manière la plus intelligente possible ou de ne pas en élire du tout. » Il y avait plein de manières de se réapproprier l’espace politique qui n’étaient pas marquées par un cadre dogmatique. Depuis la première grève générale (cf. la seconde partie de l’entretien), la dégradation matérielle très concrète du quotidien des gens s’était encore bien aggravée, avec le sentiment d’être happé par leur « crise ». Et puis sur ce marasme, l’occupation a réanimé le fait de rêver collectivement à une autre société, de se réapproprier un débat politique, et pas seulement se le prendre dans la gueule tous les jours à la télé en voyant les taux de suicide et de chômage qui augmentent. Et puis la place publique c’est génial, c’est beaucoup mieux qu’un espace fermé comme espace de rencontre, comme possibilité de venir vomir ton malaise… Ce n’était pas forcément beaucoup plus que ça au début, mais c’était déjà beaucoup. Se rendre compte que plein de gens le partagent avec toi et qu’éventuellement ce n’est pas seulement le malaise que tu partages mais des aspirations à autre chose, c’est la base pour commencer à s’organiser.
Des camarades français qui étaient passés à Barcelone pendant l’occupation de la place étaient fort critiques en retenant surtout de ce mouvement, non pas tant une subversion possible mais sa participation, de par ses modes d’organisation et ses utopies, à une étape de la mise en place de ce que serait la gouvernementalité cybernétique. Ils partaient du principe que ce mouvement, avec ses idéaux de transparence, d’hyper-formalisme, de rêve d’une écoute démocratique avec un forum géant où chacun s’exprimerait dans une tolérance molle et postmoderne, représentait finalement un peu du pire de la démocratie à venir. Vous semblez plus enthousiastes…
Inès : J’ai eu des moments d’enthousiasme sur le 15M, plutôt en dehors des grandes réunions : la manière dont les gens partout dans la ville parlaient de politique, analysaient ce qui se passait. Mais j’ai effectivement aussi trouvé que sur d’autres aspects c’était un mouvement dangereux. Par exemple le discours sur les 99% homogénéise tout et gomme un tas de conflits qui se jouent à l’intérieur de la population et pas seulement avec le 1% fantasmé de « vrais dominants ultra-capitalistes ».
Et cette idée qu’une démocratie se mettrait en place d’elle-même pourvu que les opinions arrivent à émerger dans le champ social alors qu’elles auraient été auparavant confinées ? C’était assez présent au début du mouvement ?
Marco : Je ne crois pas que tant de gens pensaient que l’État allait nous écouter simplement parce qu’on s’exprimait. Plein de gens étaient de plus en plus conscients de la nécessité d’actions collectives, même si on n’était pas toujours d’accord sur les moyens. Pour reprendre un autre exemple, quand on a voté la fermeture des centres de rétention comme une des revendications du mouvement, il y a eu 30 personnes pour s’opposer face à 3500. Pour nous cette revendication faisait partie de l’essence du mouvement, mais quand tu y penses, c’est pas si évident en période de crise. Après on a pu dire : c’est bien beau de voter ça, mais maintenant il va falloir s’organiser contre les rafles. Et c’est vrai que, pendant cette période, il y a eu à plusieurs occasions des rafles empêchées dans le centre-ville, soit parce que les sans-papiers se réfugiaient d’eux-mêmes sur la place en sachant que la police n’allait pas les suivre jusque-là, soit parce qu’on y allait à 200 et que les flics partaient en courant. C’est là que l’on passait d’une demande virtuelle à la mise en place d’un rapport de force pour faire obstacle à l’État.

Inès : Moi j’ai quand même ressenti cette chimère selon laquelle si on était nombreux à être d’accord et à l’exprimer on allait gagner. Pour moi c’est clair que l’on passera par des temps de confrontation dure, parce que ceux qui ont le pouvoir ne vont pas le lâcher ; c’était un mouvement assez immature par rapport à ça. Mais la Plaça Catalunyaétait un moment de rupture si exceptionnelle, malgré tout, qu’il a cassé la médiocrité du quotidien pour plein de gens.
Marco : C’était un moment très intense mais aussi dans un premier temps très pacifié dans son rapport au pouvoir. Cela proclamait la révolution à tout va, et en même un temps au début, quand on a essayé de bloquer une grande rue, on s’est fait prendre la tête par la moitié des gens. Il y avait un état d’esprit hyper citoyen, de respect des normes, de ne pas vouloir choquer afin qu’on « reste tous ensemble ». Comme beaucoup partaient du principe que la force de ce mouvement c’était la masse critique, plus que sa capacité de perturbation économique directe, un des dangers c’était la peur des sujets de division qui le fragiliseraient, la paralysie imposée par la recherche du plus petit dénominateur commun.

Inès : Il faut garder en tête que la plupart des indignés partaient d’une haine – ou d’une indignation – qui était dans le fond une interpellation des pouvoirs publics et qui signifiait en substance : « Vous nous avez promis un certain statut social, une certaine vie en tant que classe moyenne. Mes parents ont travaillé, ont eu accès à une maison. Vous nous avez dit d’aller étudier à l’université. J’ai fait ce que vous m’avez dit de faire, j’ai été jusqu’au master, je l’ai payé, j’ai appris l’anglais, mais je n’ai accès ni à un contrat de travail, ni à un logement. L’État social ne tient plus ses promesses et pourtant il me le doit en tant que classe moyenne. » Il y a des gens qui ont fait du chemin depuis, mais à la base c’était ça et c’est très important pour comprendre ce qui se partageait communément au départ : c’était un mouvement de classe moyenne blanche déçue. Et il faut bien en voir les limites : tu ne veux pas forcément tout changer, mais recevoir les miettes et le confort qui t’a été promis.

Après, on peut dire aussi que les points de départ du mouvement remontent plus loin : il y a eu la transition démocratique après la dictature qui a fait beaucoup de mal en ce qui concerne la façon de faire de la politique en Espagne. Tout ce qui était un peu offensif vis-à-vis des pouvoirs en place a été absorbé par les partis politiques de la démocratie ou réprimé. Il y a un problème d’amnésie absolue, un oubli de la dictature. Nous sommes d’une génération qui est née dans ce cadre politique démocratique et qui pense qu’on ne peut pas le remettre en question, que l’on peut juste bouger à l’intérieur. Dans le mouvement des indignés, il y a eu des moments de dépassement de ce cadre mais ce n’était malheureusement pas linéaire. Là par exemple, on recommence à voir dans des rassemblements plus récents liés au 15M des expressions très fortes d’un cadre citoyenniste et légaliste.

LA TENTATIVE D’EXPULSION DE LA PLACE

Marco : En tout cas, ce qui a néanmoins changé un peu la donne sur le moment, c’est de sentir la pression liée à l’illégalité de l’occupation de l’espace. Depuis les premiers jours, les autorités répétaient que ce que l’on faisait était interdit, d’autant plus interdit que l’on était en période électorale. C’est censé être une période apolitique où rien ne doit se passer dans la rue afin que les électeurs ne soient pas influencés. Et là, alors qu’on veut nous l’interdire, on commence à affirmer : « Votre démocratie nous impose des trucs que l’on n’a pas envie de respecter : en l’occurrence cet espace public apolitique et du coup exclusivement commercial. »

Le second aspect qui va donner une teinte particulière à l’occupation, la mettre en porte-à-faux, c’est l’autogestion, le fait que des dizaines de collectifs autonomes qui ont une existence dans la ville depuis des années, que ce soit des centres sociaux autogérés, des radios pirates, des journaux, des cuisines, se retrouvent là. Cet événement a permis à tout un secteur autogestionnaire, libertaire, autonome, foisonnant à Barcelone, de se rassembler sur la place et de commencer une espèce de dialogue « Do It Yourself » avec cette classe moyenne. « Vous pensez que l’État ne vous donne pas ce qu’il vous doit ? Hé bien on peut le faire aussi, le prendre en charge nous-mêmes : on peut faire une cantine, un hôpital, une école… »

Et puis il y a le mot d’ordre « personne ne nous représente ». Même si ça reste un slogan et que ça ne signifie jamais que sa radicalité habite totalement les personnes qui les reprennent, il implique l’idée selon laquelle la démocratie ne marche pas parce que la représentation, ou en tout cas ce type de représentation, ne marche pas. Et ça c’est quelque chose dont les autonomes, par leur présence active, ont réussi à imprégner le mouvement du 15M. Les quinze premiers jours il y a donc cette effervescence, ce rapport de force qui grimpe avec les autorités vu qu’elles interdisent l’occupation de la place. Jusqu’à ce que le 27 mai, le ministre de l’Intérieur de la Catalogne ordonne l’expulsion. Ça a été un tournant, parce que justement, pour cette classe moyenne déçue des politiques, il y avait bien jusque-là le sentiment d’avoir été abusée, mais c’est autre chose que de se faire défoncer par la police, et là les gens se sont vraiment faits défoncer par la police. Il y a plus de cent personnes qui ont fini à l’hôpital ce jour-là. Je n’avais jamais vu autant de coups de matraque, avec en face une force collective qui se tenait globalement à l’idée de ne pas vouloir répondre aux coups.

Inès : S’il y a au moins un aspect qui a été complètement transformé pour ceux qui ont participé au mouvement, c’est la relation avec la police. Quand on a commencé les réunions, beaucoup de gens voulaient qu’on dise aux flics de nous rejoindre parce que dans le fond c’étaient nos camarades. Alors autant dire qu’il n’était pas facile de dénoncer leur fonction de répression et de défense du pouvoir. Cela s’est effectivement renversé le jour où les gens se sont fait tabasser en défendant la place, et ça a continué dans ce sens par la suite dans le mouvement de blocage des expulsions locatives dans les quartiers. Cela ne veut pas dire que tu te mets définitivement à te foutre des cadres légaux, mais au moins il y avait une ligne de partage claire qui s’était dessinée entre la police et nous.
Marco : Parce que ce jour-là les gens ne partent pas : les blessés sont passés à l’arrière ou évacués, mais il y a toujours du monde qui revient, de plus en plus, à tel point qu’à un moment cela devient de plus en plus ingérable pour la police. Elle finit par être complètement débordée et l’espèce de dogme non-violent devient de plus en plus flou : des gens avaient bien commencé assez tôt à crever les pneus des véhicules pendant que la majorité s’asseyaient sur la route, et puis à la fin plein de monde se décide à aller pousser la police, voire à lui taper dessus, à lui voler ses matraques, jusqu’à ce qu’elle se résigne à partir sous les huées de la foule et que la place soit reprise. Un grand moment de bonheur.

Il y a quelque chose d’assez chelou à ce moment-là pour nous qui n’étions pas du tout habitués à participer à des mouvements avec ce prisme idéologique non violent. Je ne sais pas trop comment le dire, on a l’impression que ça apportait parfois une ouverture surprenante : la participation de gens de toutes les générations, des personnes non-valides… C’est venu bouleverser un peu ce que l’on peut se représenter habituellement du révolutionnaire qui court, saute, avec la méga patate. Il y avait là d’autres manières de participer au mouvement. Après ça, pendant trois jours, la police a disparu du centre-ville. Dans d’autres situations de confrontations plus violentes de notre côté la police était débordée sur le moment, mais le lendemain on était enfermé chez nous avec la peur que les flics débarquent. Là, la ville était à nous, on pouvait aller boire des bières sur l’artère touristique principale [3] sans se faire emmerder, parce qu’ils étaient enfermés dans leur commissariat sans oser la ramener après ce qui s’était passé. Il faut imaginer aussi que le soir de la tentative d’expulsion l’assemblée générale est un délire, la place est remplie, les rues aux alentours sont remplies, les gens écoutent la réunion qui est retransmise sur les différentes radios pirates de la ville depuis leur petit poste et là on se dit : les choses ne seront plus jamais comme avant. Cela représente une telle rupture avec la normalité que ce qui est en train de se passer là, personne ne l’oubliera jamais.

LE BLOCAGE DU PARLEMENT

Est-ce que vous pouvez retracer les quelques dates importantes qui marquent alors l’évolution du mouvement ? Et la manière dont il se projette dans des actions ailleurs que sur la place comme le blocage du parlement, le 15 juin ?
Marco : Cette journée de résistance sur la place marque un saut qualitatif. On passe d’actions type die-in, d’occupations de cinq minutes de banques à la possibilité de démarches collectives plus offensives. Avant, on était une telle masse mais sans aucune capacité à déranger. Enfin, on peut dire que symboliquement, médiatiquement, cette masse bouillonnante et indéterminée perturbait fort le pouvoir, c’était assez évident. Mais il n’y avait pas de volonté d’aller plus loin, de bloquer concrètement, de faire mal au porte-monnaie par exemple. Juste après ce premier rapport de force victorieux et l’échec de l’expulsion, naît l’idée d’aller empêcher 15 jours plus tard le débat au parlement de Catalogne sur les questions du budget. Il faut dire qu’un des sujets qui faisait le plus consensus, c’était la question de la destruction de l’État social, les baisses cash de 20% des budgets de l’éducation, de la santé… Une des conséquences de la crise c’était par exemple une réduction de moitié du budget alloué à la santé en cinq ans. S’y opposer renvoie évidemment à la question de l’État, de l’institution et d’un tas de choses sûrement très critiquables pour nous, mais ce sont aussi des enjeux très basiques qui affectent tout le monde et sur lesquels il y a un consensus autour de la nécessité de se battre. Avant le 15M, dans les deux ou trois dernières années sur Barcelone, il y avait toujours au moins un hôpital occupé, des mouvements incessants dans les écoles, etc. Et puis avec l’éducation et la santé, entre les professionnels, les gosses, les parents, les malades et les proches des malades, c’est assez poreux et ça crée beaucoup de liens.

Donc on décide d’aller bloquer le parlement de Catalogne. C’est l’exemple type d’un certain volontarisme de notre part, l’idée de sortir de la place pour aller bloquer autre chose est pensée depuis le pôle autonome et par une partie des mouvements anticapitalistes. C’est un appel complexe : au final, l’action est annoncée comme pacifique, massive et déterminée, puisque c’est le mode de fonctionnement qui peut faire consensus dans le cadre du 15M. Évidemment l’interprétation de tout ça restait très subjective… Ça s’est organisé avec différents groupes de blocage aux différentes entrées. Le parlement a finalement plus ou moins fonctionné ce jour-là, mais le gouvernement a été obligé de rentrer en hélico, un bon paquet de députés ont fui en courant les manifestants, c’était assez dingue. Il y a notamment l’ancienne ministre de l’Intérieur qui s’est fait taguer. De fait il y a eu pas mal de bousculades, de coups portés, de crachats sur eux. Rien de bien dramatique et pas de blessés, mais cette confrontation physique directe a été montée en épingle dans les médias et a créé beaucoup de tensions au sein du mouvement. C’est le seul moment dans son histoire où le groupe de communication du 15M a pondu un communiqué de dissociation vis-à-vis de certains actes, alors que ça n’allait pas tellement plus loin qu’au moment de la résistance à l’expulsion de la place ; c’était surtout beaucoup moins violent que ce qui se passera 6 mois après lors d’une grève générale sans qu’il y ait cette fois de dissociation (cf. deuxième partie de l’entretien). Des gens qu’on connaissait se retrouvent donc à lire un communiqué à la télé qui se dissociait des actes d’autres potes qui avaient essayé de participer à la journée à leur manière.

C’est là aussi que l’on a vu la folie de la non-violence. Il y avait des centaines de milliers de personnes qui se sont retrouvées au chômage ces derniers mois, qui vivent des situations d’une violence terrible socialement et là, d’un seul coup, parce qu’on met un coup de peinture sur une personne, cela devient grave et tend le mouvement.

Quelles sont les suites de cette journée-là ? Quand survient le déclin de la Plaça Catalunya ?
Marco : Cela ne décline pas tout de suite. Après le blocage, il y a 3 jours de campagne de lynchage médiatique sur la violence du mouvement, avec tous les partis politiques qui cosignent un communiqué pour condamner l’action, des déclarations solennelles du ministre de l’Intérieur qui dit qu’il va procéder à des arrestations avec des chefs d’inculpation bien lourds. Et là, contre toute attente, le 19 juin, pour une nouvelle action appelée par le mouvement du 15M, il y a 290 000 personnes qui manifestent dans le centre-ville de Barcelone. Franchement, là, on ne comprend plus rien à ce qui se passe !

Avant on s’était dit, si on arrive à rassembler 50 000 personnes ce sera génial. Après le parlement, on se disait : « c’est vraiment la merde, si on est encore 10 000 c’est bien », et puis 5 jours après on était 290 000, avec des gens de partout ailleurs en Catalogne. C’est le moment où on s’est rendu compte que le mouvement avait commencé à sortir de la place pour se répercuter dans plein d’assemblées de quartier sur Barcelone mais aussi dans plein de villages. Il y avait plus de 180 assemblées de ce type au mois de juin. Il y avait des villes de 2000 habitants avec 300 personnes en train de parler sur la place de chez eux. Ce jour-là, les gens arrivaient de partout dans la capitale avec leurs pancartes « personne ne nous représente », et{}on sentait qu’entre eux ils vivaient un truc de dingue.

Inès : On avait vraiment eu peur que le mouvement ne soit pas assez mûr pour cette histoire de parlement, que l’on n’ait pas assez avancé sur la question du rapport à la conflictualité, sur les divisions produites par le pouvoir entre les bons citoyens et les autres, et au final on s’est retrouvé avec cette manif énorme qui soutenait ce qui s’était passé au parlement.
Marco : Enfin, « soutenait » en partie : cette manif reflétait bien toute la complexité du moment parce qu’il y avait aussi des gens avec des pancartes « les violents, hors du mouvement ».
Inès  : C’est vrai (rires), je me souviens m’être pris la tête avec eux. J’ai dû idéaliser cette manif a posteriori

LA PLACE ET LES MILITANTS

Avant de parler de la retransposition du mouvement dans les quartiers, est-ce que vous voulez revenir sur certains aspects marquants de l’occupation de la place ?
Inès : Il faudrait reparler de la relation des militants avec la place. C’était vraiment incontrôlable pour les syndicats, les partis politiques ; mais pas que : ça a fait beaucoup de mal à certains qui venaient avec des idées préconçues sur ce qu’il fallait faire et penser, avec des prismes anarchistes, indépendantistes ou autres. Cet aspect incontrôlable, je pourrais le rapprocher de tendances libertaires, pas dans le côté idéologique, mais juste dans la manière de faire, de participer, de s’organiser sans hiérarchie. C’était une telle foire…

Dans notre relation avec la place il y a un niveau que l’on a vécu en groupe, mais un autre aussi de manière plus individuelle. Tu viens avec ton expérience de dix ans de réunions toutes les semaines, et tu te retrouves face à une femme de 50 ans qui n’a jamais pris la parole comme ça de sa vie dans un espace politique et qui te dit : « OK c’est bien beau, ça tu le fais dans ton groupe, mais ce qui se passe ici c’est quelque chose d’autre » et tu te rends compte que c’est le cas. Ce n’est pas seulement parce que dans ton groupe habituel tu es dix et pas mille, mais parce que ce qui se déroule est vraiment différent. Un autre point marquant, c’est que les gens avaient une capacité d’écoute que je n’ai jamais vue avant, ni dans nos espaces ni ailleurs. Les gens arrivaient sur cette place beaucoup pour comprendre et écouter. Il y avait un tel désir de politique que c’en était presque choquant.

Évidemment cela prenait beaucoup de temps et c’était souvent impossible de décider de quoi que ce soit parce que tu ne parles pas un langage commun. Cela peut être terriblement agaçant, mais d’un autre côté c’était important de se prendre dans la gueule que malgré nos années d’expérience, on n’arrivait pas à expliquer des trucs qui nous semblaient très basiques, parce qu’on est habitué à faire de la politique avec des gens avec qui il y a déjà énormément de commun partagé. À partir de ça, certains d’entre nous sont partis de la place en se disant que plus jamais ils n’essaieraient de faire de la politique en dehors de leur petit groupe affinitaire. On avait une copine qui déclarait  : « le pire du 15M c’est que ça nous a fait perdre notre identité. »Pour beaucoup d’entre nous, à l’inverse, c’était ce qui nous était arrivé de mieux depuis un bon moment.

Marco : Ce grand coup dans la gueule de l’identité militante a remué tout ce prêt-à-penser, toutes ces projections fermées sur la manière de changer le monde qui sont au fond assez méprisantes. Là tu devais bien te rendre compte que la révolution serait sûrement très différente de tout ce que tu avais pu imaginer. Après, on peut dire que ce qu’il y avait de génial, comparativement à plein de mouvements traditionnels, c’était cette attention à ce qu’il n’y ait pas de leader. La presse attendait que quelqu’un incarne le mouvement, et cela ne s’est pas fait. Il y avait un sentiment partagé que ça n’allait pas dans le sens de ce qui se vivait. Et puis les amis à nous qui auraient pu glisser vers ça avaient la pression de leurs quinze potes autour qui n’allaient de toute façon pas les laisser faire (rires). Un des aspects forts aussi qu’a amené le 15M, ce sont ces immenses manifs sans drapeaux et banderoles d’orgas ni de partis, mais une multiplicité de messages faits main. Si le 15M a bouleversé l’identité des révolutionnaires, on sent bien qu’il a fait de même avec l’identité des réformistes et des non-politisés.

AUTRES GROUPES : LES « IAIO FLAUTAS » ET LES FEMMES DE LA PLACE

Vous parliez aussi d’autres exemples de groupes qui ont existé et persisté après le 15M. Est-ce que vous voulez dire un mot du groupe de vieux du 15M ?
Inès : Le groupe de vieux s’appelle « Iaio flautas ». Cela vient d’une désignation méprisante donnée dans la presse aux occupants de la place les « pero flotta », ça signifie quelque chose comme les « hippies à flûte » mais c’est un peu l’équivalent de la désignation « punk à chien ». Et ce groupe de vieux a décidé de s’appeler « les vieux à flûte ». Ce sont eux qui se sont maintenus le plus longtemps sur la place. Ils l’ont réoccupée seuls pendant des semaines quelques mois après. Ils portent un gilet jaune fluo, ont généralement plus de 60 ans. Quand on me demande ce qui reste du 15M, c’est un des exemples les plus joyeux pour moi. C’est un groupe qui continue à croître et s’étendre. C’est génial parce que vu qu’ils sont à la retraite, ils ont plein de temps et ça donne un gros potentiel révolutionnaire (rires). Et puis ça a des effets symboliques. Durant la grève générale de mars, il y avait ces images d’un policier qui frappait un homme de 70 ans et lui le regardait en mode « non mais mon gaillard, je vais pas dégager, tu me manques de respect là ». Ça a fait beaucoup de mal à la police, c’est pas la même chose que de taper un jeune encagoulé.
Marco : Contre la répression, ils ont squatté les bureaux du ministère de l’Intérieur, ce qui est quelque chose qu’on n’imaginerait jamais faire comme ça. Et puis eux avec toute la légitimité du monde, ils débarquent là-bas tranquillou. Bon il faut dire aussi qu’à la base ce sont des vieux issus de l’histoire politique locale. La plupart sont des militants antifascistes qui ont lutté dans les années 60/70 pour un État social et qui maintenant se rendent compte qu’ils se sont un peu embourgeoisés et qu’il faut continuer à se battre. C’est aussi des gens qui sont habitués à des modes de résistance assez radicaux, quelques-uns sont passés par la prison ou la clandestinité sous Franco… Et à côté de ces vieux militants qui s’organisaient déjà avec d’autres, il y a aussi plein de mamies et papis qui vivaient leur vieillesse dans leur coin et ont trouvé des camarades, amis et amoureux…
Inès : Moi la dernière action où je les ai vus, c’était lors de la grève générale d’octobre. Ils ont squatté une banque sur la grande artère et tu voyais l’amitié entre les mamies qui faisaient des tags, qui chantaient les tubes révolutionnaires des années 70/80, qui dansaient. C’était leur action, nous on était juste là en soutien. Il y a eu une annonce « maintenant vingt gilets jaunes vont rentrer et 20 resteront dehors », et fallait voir ces petits vieux qui passaient la barrière, avec pas mal de difficultés, et la tête des employés ! Et les trois femmes qui faisaient les tags au marqueur et se prenaient en photo devant pour envoyer à leurs petits-enfants !
Marco : Ils ont aussi un système de porte-parole tournant chaque semaine, avec des bases communes mais une forte autonomie de parole de la personne. À la base, on n’avait pas toujours confiance parce que beaucoup étaient issus du parti communiste catalan. Il y avait d’anciens libertaires aussi. Mais, alors que pour d’autres secteurs c’était pas gagné, eux ont annoncé direct : « tous les prisonniers de la grève générale sont nos prisonniers. » Et quand les vieux disent que tout le monde, même ceux qui sont accusés d’avoir brûlé le McDo, sont nos prisonniers, ça impulse une ligne générale dans le mouvement et ça facilite les choses pour qu’il n’y ait pas de dissociation.
Et le groupe des féministes indignées ?
Inès : C’est une histoire très spécifique à Barcelone où il y a des mouvements féministes ancrés dans le temps et dans des lieux. Cela n’a pas forcément marché sur les autres occupations du 15M. À Valencia, les féministes se sont fait virer de la place. Ici quand les commissions se sont formées, il y a eu une proposition de commission non-mixte pour les meufs et lesbiennes, ce qui a provoqué pas mal de débats parce qu’il y a toujours un paquet de gens qui voient ça comme l’envers du masculinisme ou du sexisme… Et puis le débat s’est arrêté parce que ça marchait hyper bien, elles organisaient des ateliers, des interventions aux assemblées générales du soir. C’est un des groupes issus de la place qui a continué et formé un réseau intergénérationnel.
Marco : Il y a aussi le fait que le gouvernement est en train de remettre en cause le droit à l’avortement, alors ça repose forcément la nécessité de l’auto-organisation.
Inès  : C’est vrai, mais ce que je trouve encore plus important c’est qu’elles ont su immiscer leur pensée féministe dans des sujets autres, en faire quelque chose de transversal dans les luttes. Par exemple, lors de la manif anniversaire du 15M, il y avait ce mot d’ordre de ne pas se masquer suite aux émeutes, et pas mal de gens étaient tombés dans le panneau sur cette manif : ils portaient des brassards marqués « citoyens »et tout ça. Et la réaction des féministes indignées c’était de se masquer avec des foulards de couleurs, et de l’assumer en entonner des chants et des slogans avec une grosse patate. Et elles portaient cette réflexion sur le fait de se masquer, sur la violence et la nécessité d’auto-défense pour les femmes, mais le reliaient aussi avec la criminalisation du foulard islamique et avec une date anniversaire de l’intifada. Du coup, elles revendiquaient le fait d’être masquées pour un tas de raisons à la fois, en ouvrant sur des contenus qui allaient parfois un peu loin pour le 15M. Mais elles le faisaient sans dire que les autres étaient tous des imbéciles citoyennistes, avec un discours qui leur était propre, mais qui invitait de manière très ouverte à participer.
Marco : Et puis elles ont produit des analyses renouvelées sur les liens entre capitalisme et patriarcat avec des actions à l’appui. Par exemple, lors de la dernière grève générale, il y a eu ce piquet non-mixte de femmes qui est allé piller un supermarché.
Inès : Ouais, c’était le meilleur piquet. C’était pas en mode gros bras à la « moi je vais te péter la gueule et te traiter de traître si tu fermes pas ton magasin ». Là avec les meufs on a fermé tous les endroits, mais sur un mode plus collectif et avec moins de testostérone, et ça marchait d’autant mieux.

LA LUTTE CONTRE LES EXPULSIONS LOCATIVES

Après l’évacuation de la place, il y a eu ce mouvement de blocage des expulsions locatives, comme un prolongement de la lutte ?
Marco : À Barcelone, ils te donnent la date à laquelle ils vont venir procéder à l’expulsion, alors l’idée des assemblées, c’était d’inviter tous les voisins à déjeuner devant la maison et d’empêcher la police de passer. Avant le 15 mai, il y a une Plateforme d’Affectés par les Hypothèques (la PAH) qui commence à prendre corps et à organiser ce genre d’actions de blocage des expulsions dans tout le pays. Suite au 15M, sur les deux dernières années, dans l’État espagnol c’est sûrement arrivé quelques centaines de fois que des expulsions soient empêchées suite à des rassemblements de ce type. Il faut dire que la loi chez nous a un caractère doublement scandaleux parce que non seulement tu te fais expulser, mais tu dois continuer à payer des traites à la banque. La loi n’a pas changé, mais la situation est devenue explosive à ce sujet et petit à petit on est arrivé à neutraliser fortement son application.

Il y avait par contre déjà une forte tradition barcelonaise de se rassembler quand tu sais que la police va venir expulser un squat, de tenter de les empêcher, de manifester, parfois de provoquer une émeute… Le 15M a amené à agir aussi pour les locataires en rupture de paiement.

15 Octubre – « DE L’INDIGNATION À L’ACTION »

Comment le mouvement converge-t-il de nouveau pour la manifestation du 15 octobre 2011 avec le slogan « de l’indignation à l’action » ?
Marco : Entre notre départ de la place et la manif de 200 000 personnes le 15 octobre, il y a 6 mois où ça bosse à fond. Il y a des collectifs très actifs dans tout le pays, des centaines de milliers de personnes qui s’auto-organisent, des assemblées de quartier florissantes. Tout ça alors qu’il n’y avait pas d’actualité particulière, de nouvelles lois ou quoi. En face, je pense que ça les fait pas mal flipper.
Inès  : L’idée c’était que la manif se sépare à la fin en trois cortèges qui partent pour trois actions sur trois thématiques : santé, éducation, logement. Une des actions consistait à aller occuper l’université, l’autre à aller soutenir un hôpital déjà occupé et la troisième à reprendre un grand bâtiment vide pour des personnes qui avaient été expulsées de leur logement.
Marco : Précisons que deux semaines avant la manif, il y avait eu une vingtaine d’arrestations sur des procédures anti-terroristes. Des gens qui avaient participé quelques mois avant au blocage du parlement se sont fait embarquer par des types cagoulés qui les attendent au bord de la route alors qu’ils rentraient chez eux. C’était une grosse opération politico-médiatique et le premier gros coup répressif sur le 15M en Espagne. Forcément cela marque beaucoup la manif, la première banderole, c’est « passons de l’indignation à l’action »et la seconde c’est « amnistie pour les inculpés du parlement ». La manif arrive aussi dans ce contexte de bouillonnement dans la ville. Vu que l’on sait qu’il va y avoir plusieurs dizaines de milliers de personnes et que l’on souhaite que le plus possible d’entre elles puissent participer aux actions, cela demande pas mal d’organisation préalable. Je ne suis pas sûr qu’il y en ait eu assez (rires).

Pour que la manif se divise en trois, il y avait des codes de couleur. Notre cortège, celui du logement, était assez chaotique. Il fallait marcher jusqu’à une bouche de métro, sachant que l’immeuble ciblé était à l’autre bout de la ville. Il y avait trop de monde pour entrer dans un seul métro. La station était bondée, la rue aussi. Les gens montaient successivement. C’était la fête. Et puis on est sorti dans le quartier de Nou barrisoù on a attendu les arrivées successives. Nou barris c’est un quartier populaire avec une forte tradition de lutte. Dans les années 70 par exemple, les gens du quartier avaient organisé des prises d’otages armées de bus avec leur chauffeur pour qu’ils viennent jusqu’au quartier, afin d’obliger la mairie à leur installer les transports en commun. Bon ce genre d’histoire, ça date, mais ça marque. Bref, les flics passaient mais ne s’arrêtaient pas trop et une fois qu’on a été environ 1000, on s’est dirigé vers l’immeuble. On pensait qu’on n’y arriverait pas parce qu’il y avait eu des mouvements de vigiles la veille devant l’immeuble qui était sous alarme, et puis les flics nous observaient. Mais on est parti d’un pas déterminé jusqu’à la porte d’entrée qui a été crochetée vite fait. On a fait une fête sur la place devant, les familles se sont installées et on a barricadé avec elles.

Cela a donné lieu à d’autres occupations de ce type à Barcelone ?
Inès  : La semaine juste avant les élections au mois de novembre, il y a eu 10 immeubles occupés par le mouvement 15M dont la moitié pour faire des centres sociaux pour les assemblées de quartier, d’autres pour des logements. La plupart des maisons se sont fait expulser dans la semaine. À part le bâtiment du 15O (du fait de la manif massive, le juge, pourtant connu comme étant systématiquement du côté des proprios, n’avait pas osé signer l’ordre d’expulsion), et un lieu à Gracia dans une ancienne banque qui est devenu un centre social. À Gracia, c’est parti d’une manif typique de squatteurs barcelonais à l’ancienne : masques, tags insurrectionnels partout sur les murs, petits sabotages divers et variés sur les banques et caméras, et occupation en direct du bâtiment avec les applaudissements des voisins… Alors que ce type d’apparition, ça devenait difficile. Le squat est redevenu un phénomène populaire et soutenu, alors que ça s’était sclérosé et marginalisé depuis la grande époque des années 90 et début 2000. Le 15M a recréé le besoin d’espaces de rencontres. Et puis de manière très pragmatique, le changement de contexte économique à Gracia, c’est aussi 50 personnes qui passent chaque jour dans la zone de gratuité du squat…

[1cf. seconde partie de l’entretien

[2Activistes qui agissent par le biais des outils informatiques.

[3Il est interdit de boire de l’alcool sur l’espace public à Barcelone.

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