Ils moquent les rétropédalages de ceux qui rechignent finalement à se vautrer dans les eaux brunes, après avoir prétendu devenir les premiers à profiter de la baignade promise au public. Ils signalent que ces derniers n’ont plus eu qu’à faire barrage, et conseiller de nouveaux vaccins à ceux qui oseraient plonger. Ils rappellent aussi qu’en lieu et place du rayonnement fastueux prévu pour la France, règne une certaine honte d’avoir un temps fait le lit du fascisme. Peut-être même attendent-ils avec délectation la scène finale : quand, au déluge, les riches profiteurs seront violemment emportés par les eaux usées – sans filtre.
Mais de notre côté, nous ne pensons pas assister à un tel spectacle. Car même si le pouvoir avait parié que le relai des océans apporterait une onde nouvelle à toute la population, et qu’il voit aujourd’hui surgir une vague différente, nous craignons qu’il trouve une énième occasion de quadriller le territoire avec des zones interdites et des codes à réponse rapide, histoire de préparer le terrain. Ce sera en tout cas la faute des autres si la fête est gâchée : quand ses nuages assombriront les eaux, le pouvoir accusera les rats qui flottent, avant de prétendre encore faire l’unité du peuple par la guerre à ce qui lui est étranger.
Nous savons d’ailleurs pertinemment que le pouvoir a en propre de maîtriser les apparences : en plus de surveiller, ses caméras embellissent tout ce qu’elles autorisent, et captent le moindre reflet sur l’eau pour se renvoyer une belle image – à l’écran, l’arrivée des nageurs au Pont Alexandre III sera assurément somptueuse. Nous préférons donc éviter de penser que tout va partir à vau-l’eau, et qu’il suffirait de nous asseoir pour regarder passer l’adversaire, emporté par le courant.
Qu’il nous soit seulement permis de souligner que si les gouvernants ne sont pas en mesure d’aimer la nature, les sportifs sont contraints de la chérir : pourvu qu’ils désirent gagner, ils doivent en épouser les contours sans jamais s’acharner à la maîtriser.
Les puissants veulent certes se montrer écologistes. Ils organisent des épreuves en « milieu naturel », de la Seine à l’océan pacifique. Mais ils annoncent aussitôt vouloir obtenir un « gain de performance » dans l’épuration des eaux. Or ils oublient qu’en la matière, ceux qui pour rester aux commandes réduisent les éléments à des extériorités à contrôler n’en finissent pas de perdre.
Les athlètes, eux, ne pourront pas l’oublier. Ils auront fait beaucoup d’efforts pour se tenir à la limite de leur capacité d’expression corporelle. Et dans ce moment de vérité à venir, affûtés et pleins d’espoir, habités aussi par la possibilité de la défaite, ils devront continuer de chérir l’eau, l’air, la pesanteur et la résistance, s’ils veulent entrer en résonance et gagner.
Leurs corps le montrent, et nous nous appliquerons à le signifier. Évidemment, ce ne sera pas sans savoir que les sportifs aiment le regard envieux de l’autre, et qu’ils masqueront bien des choses avec leurs sourires intéressés – au risque de se noyer dans l’événement. Mais comme certains footballeurs ont récemment eu la décence de sortir de leur réserve pour inviter à voter du bon côté, nous espérons que d’autres oseront se mouiller pour défendre le vivant.
Et si nous savons que nous ne pourrons pas inverser le cours des choses, nous aimerions changer le sens de leur écoulement. Convaincus que les puissants ne pourront pas cette fois dissoudre les eaux, au prétexte qu’elles sont ingouvernables, ni prétendre rejouer la partie démocratique après avoir usé du passage en force, nous voudrions aider la nature à se déployer dans les esprits. De l’amont écologique jusqu’à l’aval sportif, nous voudrions par exemple faire le lien entre le Peuple de l’Eau, qui va bientôt se rassembler sur les terres des Deux Sèvres, et certains athlètes courageux, qui se tiendront ensuite sur les berges de la Seine.
Équipe Terrestre d’Écologie






