Entre 2001 et 2006, neuf hommes d’origine turque ou grecque sont assassinés un peu partout en Allemagne par la même arme à feu. Le mode opératoire reste toujours le même : toutes les victimes travaillent dans de petits commerces de proximité, comme des fleuristes, des cybercafés ou des snacks. Elles sont tuées en plein jour, leurs magasins ne sont pas pillés et les assaillantes laissent peu de traces. Tous les meurtres ayant été commis avec un pistolet semi-automatique CZ 83 assez rare, la police établit rapidement un lien entre ces crimes.
L’enquête sur ces meurtres s’étend sur une décennie, mais ne parvient qu’à botter en touche, malgré la mise en place d’un dispositif considérable – à certains moments, plus de 150 agentes de la police participent à des unités d’enquête spécialisées sur cette affaire. Illes examinent plus de 11 000 personnes, interrogent 900 petits commerçantes d’origine turque et analysent plus de 3 500 preuves, ainsi que des millions de paquets de données électroniques (téléphonie mobile, transactions financières, etc.). La police bavaroise va jusqu’à installer des snacks à Nuremberg et à Munich afin de « reconnaître les pratiques commerciales liées à l’origine ethnique des commerçants turcs. Reconnaître les contraintes auxquelles sont soumis les commerçants turcs (par exemple, les accords territoriaux) » [1]] – sans résultat. Les autorités chargées de l’instruction investissent même du temps et de l’argent pour étendre leurs recherches au domaine métaphysique. Ainsi, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Süleyman Tasköprü à Hambourg, la police fait usage des services de voyance d’un homme en Iran. Cet homme affirme pouvoir entrer en contact avec les morts. Lorsque la police le fait venir en Allemagne en avion, il déclare que « le suspect aurait le teint mat (sud-européen), les yeux marron et les cheveux noirs » [2].
Au cours d’une décennie, l’enquête privilégie systématiquement l’hypothèse du crime organisé au sein de la communauté turque pour expliquer ces meurtres. Elle tente d’établir une relation entre les hommes assassinés et des réseaux mafieux actifs dans la prostitution, le trafic de drogues, les jeux d’argent ou la vente d’armes. Lorsque la Soko Bosporus, l’unité de recherche de la police, soupçonne l’entourage des victimes d’avoir tué leurs maris, leurs frères ou leurs pères, elle les soumet à de longues enquêtes intrusives. Elle invente alors des histoires de tromperies et de participation au crime organisé de la part de leurs proches.
L’affaire fait l’objet d’une couverture médiatique importante en Allemagne. La presse lui attribue plusieurs surnoms qui vont dans la même direction stéréotypée et raciste que l’enquête policière. On parle des Dönermorde [assassinats de kebab], la Mordserie Bosporus [la série de meurtres du Bosphore], ou aussi la Halbmond-Mafia [mafia de la demi-lune]. Malgré l’absence de preuves établissant un lien entre les victimes et le crime organisé, la Abendzeitung de Munich titre, après le septième cas, « la mafia turque a encore sévi ». Après les huitième et neuvième assassinats, l’entourage des victimes programme des manifestations et accuse l’État allemand de s’en tenir aux mêmes pistes racistes. Les familles et les proches réclament que l’on explore la possibilité de meurtres commis par l’extrême droite. Leurs voix, comme celle d’un profileur criminel de la police qui évoquait en 2006 la piste des tueries à motivation raciste, restent ignorées.
Le 4 novembre 2011, à Eisenach, deux néonazis allemands en cavale depuis 1998, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhard, sont retrouvés morts. Ils se sont suicidés, dans un camping-car de location, intégralement consumé par les flammes. Peu de temps après, l’appartement qui s’avère leur avoir servi de base opérationnelle est également incendié. Le lendemain, la Česká 83, l’arme utilisée dans la série de meurtres, est découverte dans les décombres, établissant un lien direct entre les néonazis et celle-ci. Le 8 novembre, Beate Zschäpe, une néonazie recherchée depuis plus de dix ans, se rend au commissariat d’Iéna. Après avoir entrepris cela, elle avait pris le soin d’envoyer une quinzaine de copies d’une vidéo revendiquant la séquence d’assassinats au nom du NSU à plusieurs médias, à des mosquées et à la police. L’énigme entourant cette longue série de meurtres semble enfin résolue. Rapidement, il s’avère que le trio est responsable d’au moins un meurtre en plus : celui de la policière Michèle Kiesewetter, assassinée en service en 2007.
Cependant, la fin des treize années de la clandestinité pour ces néonazies qui ont commis au moins dix homicides, trois attentats à la bombe, quinze vols avec violence et blessé au minimum 26 personnes, dont plusieurs gravement, suscite un malaise généralisé dans la société. Comment ont-illes pu opérer durant une période aussi longue ? Pourquoi, alors que neuf petits commerçants d’origine étrangère sont tués avec la même arme, aucune instance n’a-t-elle sérieusement envisagé la possibilité de meurtres racistes ? Pourquoi les services de renseignement allemands, solidement implantés dans la scène néonazie depuis la réunification, n’ont-ils pas exploré cette piste ? La thèse selon laquelle les trois membres officiels du NSU auraient procédé seuls, sans soutien logistique ni financier pendant plus d’une décennie en clandestinité, est-elle crédible ?
Dans l’entretien qui suit, Marco, militant antifasciste actif en Allemagne, revient sur ce sombre chapitre de l’histoire allemande du début du XXIe siècle. Dans un contexte de montée en puissance globale de l’extrême droite, cette interview illustre comment les démocraties occidentales d’après-guerre froide se construisent et se stabilisent à travers des idéologies racistes.
Nous introduisons l’entretien par un bref résumé de l’évolution de l’extrême droite dans les deux Allemagnes après la Seconde Guerre mondiale et de la situation politique, économique et sociale de l’Allemagne de l’Est après la réunification. Pourquoi ce territoire anciennement communiste, bâti sur la défaite du régime hitlérien, est-il devenu un haut lieu du néonazisme dans les années 1990 ? Ce contexte est essentiel pour comprendre l’émergence du groupuscule NSU.
L’entretien aborde le NSU, le racisme systémique dans la police et les scandales liés au service de renseignement allemand, le Verfassungsschutz, qui a traité la vie de personnes d’origine étrangère comme une priorité secondaire. En annexe, nous présentons des extraits d’initiatives antiracistes et solidaires lancées suite à cette affaire.
Longtemps oublié et perdu, puis retrouvé, l’entretien a trouvé sa forme finale dans le projet La Forteresse cachée : une conversation entre camarades, annotée pour préciser et contextualiser les propos.
Marseille, 2026
Introduction aux enjeux économiques et politiques de l’intégration de la RDA dans la RFA
L’héritage nazi dans la RDA
En 1945, suite à la défaite de l’Allemagne, de nombreuxses dirigeantes et gradées de l’armée nazie présentes à l’est du pays fuient vers les territoires occidentaux pour échapper à l’Armée rouge. Dans la zone d’occupation soviétique, la dénazification entraîne effectivement l’internement d’environ 150’000 [3] personnes et le licenciement de quelque 500’000 membres du NSDAP [4] : non seulement les politiciens nazis sont poursuivis et expropriés, mais aussi de grands propriétaires terriens, les propriétaires d’usines ou les banquiers [5].
Depuis la création de la RDA en octobre 1949, l’antifascisme y est promu comme l’un des piliers de l’idéologie étatique. La RDA tient à marquer une rupture nette, et plus marquée qu’en RFA, avec le national-socialisme [6]. La RDA condamne plus de criminels nazis que la République fédérale pendant cette période et la dénazification de la police, de la justice et de l’administration intérieure mène ultérieurement à une absence de réseaux nationalistes significatifs dans la nouvelle république. Dans la société et la politique est-allemande, l’antifascisme est omniprésent : il figure en slogan sur les banderoles lors des grands défilés, est le thème de films et d’ouvrages littéraires, et est enseigné dès l’enfance comme la valeur suprême de l’État.
Néanmoins, en RDA, il existe un fossé entre les revendications politiques et la réalité. L’antifascisme est-allemand sert au SED [7] à consolider son pouvoir et à justifier de nombreuses décisions étatiques, comme, par exemple, en 1961, la construction du mur de Berlin, ledit « rempart antifasciste ». Malgré sa dénazification, la RDA mènera aussi une politique de réintégration des nazis dans l’ordre socialiste, y compris de celles et ceux ayant participé aux massacres [8]. En 1947, d’anciennes nazis retrouvent déjà leur droit de vote et peuvent adhérer au SED. Cela s’applique même dans des cas où ils et elles avaient occupé des postes de direction au sein du NSDAP. En 1954, 27 % des membres du SED avaient auparavant appartenu au NSDAP et 32,2 % des employés de la fonction publique de la RDA avaient été des membres d’organisations national-socialistes [9].
L’idéologie antifasciste de la République naissante découle de la défaite militaire de l’Allemagne nazie et non pas d’une victoire politique des militantes antifascistes. Le projet antifasciste étatique reflète l’opinion d’une minorité de partisanes ayant survécu au Troisième Reich, et la RDA impose le consensus antifasciste par le haut. Malgré les valeurs proclamées, la construction de l’État s’appuie sur des valeurs nationalistes et des préjugés xénophobes ancrés dans l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle et vise ainsi à flatter le sentiment d’appartenance au nouvel État communiste : en RDA, la nationalité se définit par la naissance et les stéréotypes raciaux sont perpétués – bien que le contact entre les Allemandes de l’est et les étrangerères ne soit pas interdit, il est généralement découragé. Entre 1945 et 1989, cette politique entretient et nourrit une méfiance généralisée des Allemandes de l’est envers les Vertragsarbeiter:innen [travailleureuses contractuelles] [10].
La jeunesse des années 1980
Cette méfiance se manifeste dans les années 1980 par des expressions racistes, xénophobes et antisémites, des agressions physiques ou des graffitis de croix gammées dans des cimetières juifs dans les années 1980 en RDA. Les autorités est-allemandes banalisent, étouffent et ne punissent que très peu ces actes racistes.
Par exemple, en octobre 1988, des néonazis attaquent un concert dans la Zionskirche de Berlin-Est. Dans la salle, environ un millier de personnes assistent au spectacle des groupes punks « Die Firma » (de Berlin-Est) et « Element of Crime » (de l’ouest de l’Allemagne). Les 30 agresseurs ivres prennent d’assaut la nef en criant « Skinhead Power ! », « Les Juifs hors des églises allemandes ! », « Bande de porcs rouges ! » et « Sieg Heil ! » et blessent plusieurs personnes. [11]
En RDA, les jeunes des années 1980 sont la première génération qui n’a pas de lien direct avec le national-socialisme. Elle est plus distante et moins critique à son égard, manifeste un faible attachement aux valeurs antifascistes et est ouverte aux tendances sousculturelles en provenance de l’Allemagne de l’Ouest. Celles-ci incluent les milieux punks, skinheads et hooligans de football. Le transfert des sous-cultures se fait depuis la Grande-Bretagne, à travers la RFA, puis vers la RDA. Les scènes musicales locales se différencient politiquement : les punks continuent à se positionner à gauche, tandis que les skins et les hooligans s’orientent plutôt à droite. On constate alors la formation de groupes de skinheads néonazis dans les deux Allemagnes.
On décrit cette décennie à l’échelle de l’Europe comme celle de la « renaissance de la question nationale » [12]. Cette période est marquée par la résurgence et l’intensification des discussions sur l’identité, l’appartenance et la conscience nationale et produit un important renouveau des idéologies nationalistes. En RFA, dans les années 1970, l’attention des groupes d’extrême droite se dirigeait principalement contre tout ce qui pouvait être assimilé au communisme. En revanche, les années 1980 marquent le début des attaques xénophobes et notamment contre des foyers pour requérantes d’asile. [13] À l’approche de la réunification des deux républiques, le néonazisme avait déjà commencé à s’établir en tant que mouvement en s’appuyant sur le nationalisme latent. Ce phénomène se manifestera de manière beaucoup plus virulente dans les années qui suivront la chute du mur.
Comment la RFA a-t-elle annexé la RDA ?
Le 3 octobre 1990 marque la fin définitive de la RDA et son absorption totale dans la RFA. Du jour au lendemain, les 17 millions d’Allemandes de l’est, vivant depuis 1949 sous un régime communiste, voient leur réalité politique, économique et sociale basculer vers le libéralisme.
L’annexion de la RDA par la RFA s’opère à travers plusieurs mesures clés :
- Unité monétaire : le Deutsche Mark de la RFA remplace l’Ostmark de la RDA
- Transformation économique : les structures économiques est-allemandes sont converties en une économie de marché
- Unification du système de protection sociale
- Transfert des dettes : un fonds spécial prend en charge les dettes de la RDA
- Création d’un ministère fédéral des Relations intra-allemandes
- Intégration militaire : la Nationale Volksarmee [Armée populaire nationale] de la RDA est intégrée à la Bundeswehr [Force de Défense fédérale] de la RFA.
Ces mesures visent à intégrer l’ancien territoire communiste dans l’économie capitaliste globale et se traduisent par la privatisation de 14’000 entreprises d’État et coopératives sous la supervision de la Treuhandanstalt [l’agence fiduciaire]. Cette dernière gère une surface foncière représentant 57 % de la RDA, devenant ainsi, en une nuit, le plus grand conglomérat du monde. Elle privatise ou liquide presque l’intégralité du Volkseigentum [patrimoine du peuple], allant des aciéries aux colonies de vacances, en passant par les épiceries et les cinémas de quartier. La Treuhandanstalt vend 85 % des anciens actifs productifs de la RDA à des propriétaires privés ouest-allemands, 10 % à des propriétaires privés étrangers, et seulement 6 % à des investisseureuses est-allemandes. Elle est dissoute le 31 décembre 1994.
L’absorption de la RDA dans la RFA ainsi que les activités de la Treuhandanstalt ont eu des conséquences économiques immédiates pour les Neue Länder [nouveaux États fédéraux] : on retrouve le territoire de l’ex-RDA désindustrialisé avec un nombre officiel de chômeureuses qui grimpe de 7 500 en janvier 1990 à 1,4 million en janvier 1992. Si l’on inclut les travailleureuses au chômage technique, en reconversion ou en préretraite, ce chiffre double [14]. Au milieu des années 1990, les Allemands de l’est se retrouvent exclues de ce qui constitue la base essentielle du capitalisme occidental : le travail et la propriété.
Entretien avec Marco, été 2016
- Salut Marco ! Tu es un militant antifasciste allemand et, aujourd’hui, on va parler ensemble de l’histoire du NSU. Mais avant ça, pourrais-tu te présenter brièvement et nous dire quelques éléments concernant ton rapport à l’antifasciste en Allemagne ?
- Marco : Je suis, au sens large du terme, un antifasciste autonome actif dans une grande ville au sud de l’Allemagne. À l’origine, je viens d’une région rurale et je m’y suis depuis toujours fortement engagé contre les fascistes, les nazis et la violence raciste. Il est important de clarifier que maintenant, j’habite et milite en ville et dans le sud. Les violences racistes de la part de la police y sont systématiques, mais les agressions racistes de la part de citoyennes sont relativement rares. En Allemagne, le problème flagrant du racisme et du fascisme existe principalement dans les zones rurales et certaines villes dans l’est. Cela s’aggrave souvent par le fait que les personnes qui sont cool quittent les régions rurales parce qu’elles s’y sentent isolées. Dans les villes, tu trouves tous les mouvements un peu radicaux de gauche, et c’est le cas depuis très longtemps. C’est une évolution historique qui existe en Allemagne depuis les années 70. Si en France, il existe depuis longtemps un mouvement de communautés politiques installées à la campagne, à quelques exceptions près, cela n’existe pratiquement pas chez nous.
Dans la grande majorité des régions métropolitaines, il existe plutôt une grande sous-culture de gauche, mais là aussi, il y a des exceptions, c’est notamment le cas en Allemagne de l’Est – à Leipzig, à Dresde, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie et en Mecklembourg-Poméranie, le nazisme pose encore de grands problèmes.
Si la lutte contre l’extrême droite fait donc toujours partie de mon travail politique, ce n’est plus le sujet principal dont je m’occupe en permanence. Néanmoins, ce sujet fait évidemment partie de nos préoccupations, nous suivons les actualités et les évolutions, et, si nécessaire, nous nous organisons en conséquence.
- L’histoire du NSU débute dans l’Allemagne de l’Est, quelques années après l’absorption de la RDA dans l’ancienne RFA. Pourrais-tu nous expliquer, en guise d’introduction, à quoi ressemble le contexte politique en Allemagne réunifiée ?
- Après la réunification forcée [15] des deux Allemagnes – la RDA et la RFA –, on a assisté dans les années 90 à une forte montée du nationalisme allemand au sein de la population. On peut considérer la réunification comme un véritable accélérateur de celui-ci. Elle a permis l’émergence d’une conscience nationale allemande complètement nouvelle et transformée.
Dans ce contexte, on a observé au début des années 1990 une importante augmentation de la violence d’extrême droite et des agressions dans la rue [16], notamment, mais pas uniquement, en Allemagne de l’Est. Ces attaques ciblaient les migrantes, les homosexuelles, les personnes supposées de gauche, et, en général, toutes celles qui ne correspondaient pas à la vision méprisante du monde des nazis. On appelle cette époque, durant laquelle on recense de nombreuses attaques xénophobes en Thuringe et dans la Saxe voisine, y compris des incendies criminels sur des foyers [17], les Baseballschlägerjahre [les années des battes de baseball].
Cinq personnes ont été tuées lorsque, le 29 mai 1993, des militants d’extrême droite ont incendié une maison à Solingen. Source : Il y a 25 ans, l’incendie xénophobe de Solingen sur dw.com Pendant toute cette période où la brutalité néonazie régnait dans les rues, l’État allemand minimisait ces crimes racistes, les présentant comme de simples bagarres entre adolescents. Les médias font souvent passer les agressions pour des rixes entre bandes de jeunes rivales ou ivres.
L’événement le plus connu des Baseballschlägerjahre est sans doute l’attaque raciste qui a eu lieu à Rostock-Lichtenhagen en 1992 : on se situait juste après la chute du mur et l’effondrement du bloc de l’Est, et au début des guerres en Yougoslavie. De plus en plus de personnes cherchaient refuge en Allemagne, et le nombre de demandeureuses d’asile augmentait subitement, de 190 000 en 1990 à 440 000 en 1992. Lors de l’été 1992, les nouveaux Länder [18] ne géraient pas l’afflux de demandeureuses d’asile, et 1500 parmi ceux-ci et celles-ci se retrouvaient à dormir dans la rue à Rostock.
L’immeuble connu sous le nom de Sonnenblumenhaus abritait le centre d’accueil central pour les demandeurs d’asile et un foyer pour les travailleurs contractuels vietnamiens. L’immeuble fait partie du grand ensemble résidentiel à Rostock-Lichtenhagen. Dans un climat xénophobe où de nombreuses attaques contre des centres d’hébergement de demandeureuses d’asile ont déjà eu lieu, fin août 1992, des milliers de personnes se rassemblaient autour du Sonnenblumenhaus [maison de tournesol]à Rostock. Cet immeuble, faisant partie du quartier Lichtenhagen, abritait la Zentrale Aufnahmestelle für Asylbewerber [Centre d’accueil central pour demandeurs d’asile], un centre d’accueil ainsi qu’un foyer pour travailleureuses contractuelles vietnamiennes [19]. Pendant plusieurs jours, des jeunes lançaient des pierres et des cocktails Molotov sur le bâtiment, tandis que des milliers de riveraines assistaient à ces événements, les applaudissant même [20].
Une foule se rassemble devant le Sonnenblumenhaus à Rostock-Lichtenhagen le 23 août. Photo : Frank Hormann. Source : Nie hat es keinen Rassismus gegeben in Deutschland sur tagblatt.ch Suite à ces événements, l’État est allé à l’encontre des néonazis qui ont commis des actes de violence et des pogroms racistes. On se souvient du moment où Angela Merkel a visité les néonazis. À l’époque, elle était ministre de la Jeunesse au niveau fédéral, un poste relativement peu influent. Dans une vidéo, on la voit discuter avec des jeunes d’extrême droite, leur serrer la main et montrer une certaine compréhension pour leur mécontentement. Elle déclare : « Mais la violence, la violence ne devrait pas avoir lieu. Il faut d’abord épuiser tous les moyens pacifiques. » Cette déclaration laisse entendre qu’on pourrait considérer comme acceptable de jeter des pierres et des cocktails Molotov sur des demandeureuses d’asile si on avait exploré toutes les voies légales au préalable [21].
Après l’attaque du centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Rostock-Lichtenhagen en 1992, Angela Merkel rencontre de jeunes skinheads d’extrême droite dans un centre pour jeunes. La présence des nazis dans la rue, un monde médiatique raciste et une agitation de droite au niveau parlementaire marquent l’ambiance sociopolitique de l’époque. En réponse, les élues choisissent de présenter cette génération montante de néonazis comme de jeunes incompris, et la solution proposée vise à traiter le problème migratoire sur le plan politique. Sous le gouvernement d’Helmut Kohl, l’État se droitise [22], ce qui a conduit en 1993 à la réforme de la législation sur l’asile, connue sous le nom de Asylkompromiss [compromis sur l’asile]. Cette réforme entraîne une limitation massive des possibilités d’invoquer avec succès le droit fondamental à l’asile. La nouvelle loi sur l’asile a remplacé l’ancienne loi fondamentale et s’est depuis continuellement durcie. [23]
- Peux-tu décrire ce qui se passe dans la scène néonazie de l’époque ?
- À l’époque, les milieux nazis allemands étaient engagés dans une discussion stratégique générale, réfléchissant à l’avenir de leur mouvance. Ils entretenaient des liens avec d’autres groupes d’extrême droite à l’étranger [24], dont plusieurs se voyaient réprimés et pratiquaient la clandestinité et la violence. Une des idées débattues à l’échelle internationale voulait que la clandestinité facilite une meilleure préparation à la lutte raciale. Selon leur vision, tôt ou tard, des personnes immigrées viendraient envahir l’Europe blanche, et il faudrait se rendre capable face à cette confrontation. Les nazis croyaient également que les élites dirigeantes refuseraient de s’impliquer dans cette lutte, ce qui justifiait leur organisation clandestine.
En même temps, ils s’attelaient à s’attaquer aux personnes migrantes présentes sur le territoire, à répandre la peur et l’angoisse parmi elles et eux, et, dans l’idéal, à les pousser à partir d’eux et elles-mêmes.
- Nous allons maintenant parler des trois membres officiels du NSU : Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Bönhard. Quel est leur rapport avec ce milieu néonazi ?
- Les trois sont nés dans les années 1970 et viennent de Thuringe, un des nouveaux Länder où le mouvement raciste prend de l’ampleur dans les années 1990. À ce moment-là, illes sont des figures bien connues de la mouvance néonazie. Uwe Mundlos s’était déjà impliqué dans la sous-culture skinhead de la RDA dans les années 1980 [25]. Les services de renseignement surveillaient de près les mouvements des groupuscules néonazis à l’époque, car on observait dans la période qui suivait la réunification allemande une croissance significative de cette mouvance, avec des actions antisémites et racistes qui étaient régulièrement menées en Allemagne de l’Est. À la fin des années 90, les deux Uwe et Beate Zschäpe attiraient de plus en plus l’attention de la police : illes participaient à des concerts et à des manifestations d’extrême droite, ils commettent des agressions racistes. Un jour, les trois se sont rendues au camp de concentration de Buchenwald, vêtues de tenues similaires à celles de la SA.
- Pourquoi les trois disparaissent-illes soudainement de la surface ?
- Le 26 janvier 1998, des policiers effectuent des perquisitions dans leurs domiciles ainsi que dans trois garages loués par le trio. Les perquisitions font suite à une enquête liée à de fausses alertes à la bombe. La police fouille les appartements et deux garages sans trouver quoi que ce soit d’intéressant. Uwe Mundlos, qui est le seul des trois à assister à la perquisition, demande s’il peut partir, il prétend avoir un autre rendez-vous. On lui accorde cette demande, alors que continue la perquisition du troisième garage. C’est le premier scandale d’une série qui ne cessera de s’allonger ! Dans le garage, la police découvre de grandes quantités d’explosifs, des bombes artisanales en état de marche, ainsi que des plans pour des attentats contre des institutions publiques.
Les anciens garages loués par le NSU à Iéna, ville dans le Land de Thuringe, à l’est de l’Allemagne. Source : Zu spät sur faz.net/ En conséquence, le parquet ordonne la mise en détention provisoire de Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Bönhard. Quelques jours plus tard, le tribunal d’instance d’Iéna émet des mandats d’arrêt contre les trois. Néanmoins, les trois s’échappent. Alors commence leur période de clandestinité.
- Aujourd’hui nous savons qu’entre 2001 et 2006, après son passage en clandestinité, le NSU a tué dix personnes en utilisant la même arme, vadrouillé dans toute l’Allemagne, vécu dans différents appartements et dans des campings. Comment se fait-il qu’illes ne se soient jamais faites prendre ?
- En Allemagne, les homicides sont peu fréquents et considérés comme un crime grave. Pour cette raison, la police entame généralement une enquête approfondie en cas de meurtre. Ce qui fait ressortir le caractère troublant de cette affaire, c’est que, pendant une période de dix ans, neuf personnes ont été abattues sans que l’enquête ait donné le moindre résultat. Cela pose un véritable problème pour la légitimité de l’État, car ces meurtres non élucidés soulèvent des questions sur l’efficacité des forces de l’ordre.
Les enquêteureuses de la police ont basé leurs investigations sur de fausses hypothèses. Les faits se révélaient pourtant clairs : des personnes d’origine étrangère étaient tuées, toujours avec la même arme, et les analyses ont tout de suite montré sans difficulté un lien entre tous ces assassinats.
Durant dix ans, la police a systématiquement enquêté dans l’entourage des victimes, partant du principe que, parce qu’elles étaient d’origines étrangères, ces victimes devaient forcément avoir quelque chose à se reprocher. La police s’est montrée extrêmement intrusive. Ils n’ont cessé de supposer que les hommes tués étaient impliqués dans des activités criminelles, comme le trafic de drogue ou des rivalités de clans. La méthode de la police, qui consistait à insinuer aux proches que leur mari, leur père ou leur ami cachait sa véritable nature de criminel, se révélait très éprouvante pour ces derniers.
On peut trouver frappant de constater qu’il n’est venu à l’esprit de presque personne, à part les familles et les communautés des victimes, de réfléchir au point commun évident entre toutes ces personnes abattues : leur origine étrangère. En 2006, un analyste de cas de la police, Alexander Horn, a soulevé l’hypothèse que des extrémistes de droite pourraient être les responsables des assassinats [26]. Cependant, les enquêteureuses n’ont pas assez suivi cette hypothèse. On doit souligner que ce n’était pas seulement l’autorité policière qui a échoué, mais toutes les polices de Länder qui ont perpétuellement soutenu cette même thèse. Elles ont prétendu que ces affaires constituaient des querelles entre des membres d’une communauté, sans lien avec le racisme [27]. On a observé ce même raisonnement raciste dans toutes les instances policières, révélant ainsi une structure raciste sous-jacente au sein des forces de l’ordre.
La police a tenté de se défendre en affirmant qu’aucune revendication politique des meurtres n’avait été formulée. Ils soutiennent que, normalement, lorsque des individus commettent un acte pour des raisons idéologiques, les auteurs annoncent leurs motivations. [28] [29]
- Une policière, Michèle Kiesewetter, a aussi été tuée, elle n’était pourtant pas étrangère…
- Michèle Kiesewetter était une jeune policière de 22 ans que le NSU a assassinée en 2007 dans la ville de Heilbronn, au sud de l’Allemagne. Les enquêteurs soutiennent aujourd’hui l’hypothèse que l’acquisition d’armes serait probablement le mobile de ce crime [30].
Mais dans cette affaire aussi, l’investigation a été extrêmement raciste : on a trouvé de l’ADN sur le lieu du crime, et cet ADN a ensuite été retrouvé partout en Europe centrale, c’est-à-dire en Suisse, en Autriche, aux Pays-Bas, et ainsi de suite [31]. Cela a conduit à l’émergence de la rumeur du Heilbronner Phantom [fantôme de Heilbronn]. On a détecté un ADN féminin qui semblait provenir d’une femme d’Europe de l’Est. On l’a cherchée de toute part, en affirmant que si quelqu’une commettait des crimes dans différents pays européens, c’est probablement parce que cette personne appartient à un peuple nomade. On a donc pourchassé une femme tzigane qui voyagerait en Europe et commettrait une série de crimes, dont le meurtre de cette policière allemande.
Lieux supposés de crimes commis par le « fantôme de Heilbronn ». Source : Die angeblichen Tatorte des Phantoms sur tz.de En 2009, et après de multiples analyses, il a été découvert que l’ADN trouvé sur les lieux des crimes était en fait issu de cotons-tiges utilisés par les enquêteurrices. Il s’est avéré que l’usine qui produisait ces cotons-tiges n’avait pas respecté les procédures d’hygiène, entraînant leur contamination par de l’ADN d’une employée polonaise travaillant en Suisse et qui fabriquait ces cotons-tiges. La thèse du « fantôme d’Heilbronn », selon laquelle une femme gitane se promènerait quelque part en Europe et commettrait un nombre incroyable de délits, s’est alors complètement effondrée. [32]
- Pourquoi les deux Uwes se sont-ils suicidés en 2011 ?
- L’hypothèse principale dit que le NSU s’est auto-dévoilé parce que les deux Uwes avaient été repérés par la police suite à un braquage de banque : le matin du 4 novembre 2011, les deux hommes avaient une banque à Eisenach et s’étaient enfuis à vélo avec leur butin vers leur camping-car garé un peu plus loin. La police a immédiatement lancé une chasse à l’homme pour retrouver les voleurs et a reçu un indice d’un passant qui disait avoir vu deux hommes ranger leurs vélos dans un camping-car près de la banque. Lorsque, vers midi, les policiers ont trouvé le camping-car et s’en sont approchés, ils ont entendu deux coups de feu provenant de l’intérieur. Les deux hommes s’étaient alors suicidés, tout en incendiant leur camping-car.
Peu de temps après, Beate Zschäpe a elle aussi mis le feu à leur domicile, détruisant ainsi une partie des traces de leur vie commune. Elle s’est rendue à la police pas longtemps après ça.
Camping-car du NSU en flammes, le 4 novembre 2011. C’est ici qu’il est important, d’un point de vue politique, de parler d’auto-dévoilement : ce n’étaient pas les flics ou l’État qui ont découvert et confirmé que des nazis en cavale depuis plus de dix ans semaient la terreur dans tout le pays en exécutant des innocents, et quil serait donc impératif de les attraper. Insister sur ce terme « d’autodévoilement » permet d’éviter que la police puisse se vanter d’avoir réussi ou d’avoir empêché quoi que ce soit. Au contraire, on souligne qu’elle n’a pas rempli sa mission sociale, qui est théoriquement de prévenir les crimes et de conduire des enquêtes. Les nazis se sont eux-mêmes dévoilées : les deux Uwe ont choisi la voie du suicide spectaculaire, tandis que Beate Zschäpe s’est rendue [33].
Il y a tout de même des incohérences à propos de cela : pourquoi des nazis, armés jusqu’aux dents, auraient-ils eu si peur d’une voiture de police qui passait par là, au point de se suicider et d’incendier leur camping-car ? Ils auraient pu simplement aller en prison pour avoir braqué une banque, ou tirer sur les policiers qui passaient.
- Le NSU opérait dans la clandestinité. Est-il possible que la scène nazie ou d’autres personnes aient été au courant de leur existence ?
- Le NSU a pu opérer en toute discrétion jusqu’à ce que ses membres se dévoilent elle et eux-mêmes. Et pourtant, ceux et celles d’entre nous qui sont familieres avec les activités parfois illégales savent que ces actes n’auraient pas pu être menés à bien sans soutien local. Il est absolument impensable que ces personnes de Saxe ou de Thuringe aient commis des meurtres en série, se soient cachées dans des villes allemandes et aient traversées tout le pays sans pouvoir compter sur l’aide d’autres personnes. Toutefois, les autorités policières allemandes ont toujours affirmé que ces individus ont procédé seules. Aucune investigation approfondie n’a été menée pour vérifier s’illes recevaient un soutien dans les zones où illes opéraient. Lors du procès, la justice n’a inculpé que quatre hommes, dont le célèbre politicien du NPD (Nationaldemokratische Partie Deutschlands) Ralf Wohlleben.
Mais on peut de toute façon partir du principe que les trois étaient connues dans le milieu nazi. En effet, plusieurs indices ont émergé lors de l’enquête. À ce moment, l’abréviation NSU n’était pas encore sue publiquement, mais on a trouvé des références au NSU dans un magazine d’extrême droite, par exemple. [34]
Photo du bébé Adolph Hitler en couverture du magazine néonazi « der weisse Wolf », 2001 « Der Weisse Wolf », n° 18, 2001, avant-propos avec salutations au « NSU » : « Merci au NSU. Cela a porté ses fruits – le combat continue…) Pendant les premières années de leur clandestinité, les trois sont parvenues à se procurer des fonds et des armes. Cela n’aurait pas été possible, encore moins pendant une si longue période, sans le soutien de divers nazis [35], de complices opérant dans la légalité. [36]
- Pourrais-tu nous en dire plus sur le rôle du Verfassungschutz, le service de renseignement intérieur allemand, dans l’histoire du NSU ?
- Durant les Baseballschlägerjahre, les années 90, le Verfassungsschutz recrutait régulièrement des V-Personen [37], c’est-à-dire des informateurrices, parmi des activistes de la scène nazie, et leur achetait des informations contre de l’argent. Dans les milieux nazis, le fait de filer des informations banales contre rémunération n’était pas forcément vu comme une mauvaise chose, c’était même souvent accepté. Des organisations nazies disaient « oui, si le Verfassungsschutz* vous contacte, prenez l’argent et faites-en don ». Des nazis ont reçu des centaines de milliers de marks à l’époque [38]. C’est ainsi que le Verfassungsschutz* a participé à financer des structures nazies.
Dans le cas du NSU, le réel scandale se situe précisément dans le rôle du Verfassungsschutz – sa passivité [39] a incontestablement facilité la situation des néonazies. Le fait que des nazis tuent à travers le pays constitue le premier problème. Cependant, ce qui a suivi, c’est que l’État a couvert grossièrement ces nazis : les trois du NSU n’ont pas fait l’objet de véritables recherches, au contraire, les renseignements ont entravé les enquêtes. Entre les différentes institutions, on a constaté du sabotage. Le Verfassungsschutz avait des V-Personen qui entretenaient des contacts étroits avec ces trois personnes et il a averti la scène néonazie qu’une investigation était en cours, et ainsi de suite [40]. Il a aussi donné de fausses indications à la police concernant les lieux de séjour du trio [41].
Il existe plein d’histoires révoltantes liées au Verfassungsschutz. Par exemple, après l’auto-dévoilement du NSU, un de leurs employées a tout simplement déchiqueté massivement les dossiers concernant cette affaire. La première action des services de renseignement suite à l’autodévoilement des néonazis a consisté à détruire des informations ! [42]
Et finalement, un autre dossier bizarre est celui de Kassel, où le NSU a tué Halit Yozgat, le gérant d’un cybercafé, en 2006. Au cours de leur enquête policière concernant ce cas, les flics ont cherché à savoir qui était dans ce cybercafé au moment du meurtre. Illes ont alors trouvé et identifié un type qui était le seul client du cybercafé pendant le meurtre. Illes l’ont approché en tant que suspect et potentiel assassin. Illes se sont rendues compte qu’il s’agissait de Andreas Temme, un fonctionnaire du Verfassungsschutz régional qui s’occupait précisément du suivi des V-Personen en Hessen. Malgré le fait qu’il était seul dans le cybercafé au moment du meurtre, ce type n’aurait alors pas remarqué que le propriétaire s’était fait abattre [43].
Reconstruction de Forensic Architecture du moment où Andreas Temme, fonctionnaire du Verfassungsschutz, laisserait quelques euros sur le comptoir, derrière lequel se trouvait le corps abattu de Halit Yozgat Pour voir la vidéo entière de Forensic Architecture, cliquez-içi C’est invraisemblable… Mais, qui sait, peut-être c’est vrai… En théorie, il aurait pu simplement être assis dans ce cybercafé.
- Comment réagir quand on entend des histoires comme celle-là ?
- Il y a tellement de choses louches, de coïncidences troublantes dans tout ça… Quand on suit ce genre d’histoire, des idées conspirationnistes nous viennent évidemment à la tête.
Par exemple, dans le procès contre Beate Zschäpe, plusieurs personnes devaient comparaître, notamment issues des milieux nazis. Mais les témoins, et parfois des personnes proches de ceux-ci, sont décédées jeunes et en bonne santé d’accidents, de suicides, d’un diabète non détecté, etc. [44]Il y avait, par exemple, un type néonazi qui voulait faire une déposition et qui a annoncé à d’anciennes camarades de classe : « Je vais témoigner et ma déposition va s’avérer importante ». On l’a retrouvé mort le jour de son témoignage dans une voiture incendiée – il se serait suicidé. La police scientifique a alors été d’une si grande incompétence que la famille a sorti des objets de la voiture sans que celle-ci les confisque. La famille les a ensuite ramenés aux flics en disant : « C’est important pour cette affaire » [45]. Entre-temps, sa copine est décédée d’une embolie pulmonaire. Celles et ceux qui veulent comparaître meurent [46], et celles et ceux qui témoignent prétendent souffrir d’amnésie… Parmi les nazis qui ont comparu devant les tribunaux, aucun ne se souvient de quoi que ce soit et tous continuent de couvrir Beate Zschäpe et le NSU !
On se rappelle ces enquêtes au nombre de fois où le travail a été bâclé. On pense au nombre de fois où les nazis ont bénéficié du soutien de leur entourage, au nombre de fois où les recherches ont foiré si grossièrement… C’est bien sûr difficile de croire au cours normal des choses et nous sommes devenues très prudentes entre-temps vis-à-vis de la version des autorités. Tout nous paraît souvent si peu crédible.
Mais nous devons toujours nous le dire : nous ne sommes pas des flics, nous ne maîtrisons tout simplement pas certaines choses. Des gens prétendent, par exemple, que les Uwe ne se seraient pas suicidés, mais que les renseignements les auraient abattus. Que devons-nous penser de cette hypothèse ? Je sais que les policiers mentent, mais pourquoi mentiraient-ils à ce point ? Cela signifierait que les flics protègent quelqu’un qui aurait tué les nazis. Certes, c’est envisageable, mais pour qui et pour quoi ?
Nous ne voulons pas non plus tomber dans des théories du complot. Si nous nous battons contre les nazis, alors nous luttons aussi contre le conspirationnisme. [47]
- Formuler des hypothèses sur l’action ou les motivations du Verfassungsschutz* depuis une position de l’antifascisme autonome semble en effet difficile. On doit faire face à une asymétrie au niveau des informations qui est trop importante… Mais peux-tu quand même nous dire quelles pensées vous animent aujourd’hui sur son rôle dans cette affaire ?*
- La question de savoir si les services de renseignement ont juste toléré ou même encouragé de manière proactive que cela se produise fait l’objet d’un débat dans lequel différentes attitudes existent. On peut évoquer l’hypothèse que des institutions étatiques auraient soutenu le NSU jusqu’au plus profond de l’État. Personnellement, je doute de cela, car, d’une part, il me semble inimaginable, impensable, que les services de renseignement donnent réellement des armes aux nazis et leur disent « tuez des étrangers », et que ceux et celles-ci le fassent ensuite. Dans quel but ?
Mais en même temps, on doit constater que le Verfassungsschutz a protégé le NSU, ou l’a du moins toléré durant toute son existence. Le NSU aurait pu être démasqué à plusieurs reprises, et c’est déjà un énorme scandale en soi.
Ce que l’on peut dire à mon avis, c’est que différentes institutions et différents acteurs défendent différents intérêts, à certains moments concurrents. Leur intérêt demeure toujours que leurs propres actions, quelquefois foireuses, restent secrètes pour que rien ne bouge contre eux. Cela s’exprime, par exemple, dans la destruction des dossiers après l’auto-dénonciation du NSU.
En fin de compte, le scandale a éclaté au grand jour. Ici, on a vu noir sur blanc à quel point l’État constitue une institution durablement raciste. En tant que mouvance antifasciste autonome, nous avons toujours dit que l’État soutenait la droite, que l’État incarnait une institution raciste. Je pense que nous savions cela, de nombreux camarades défendaient depuis longtemps cette analyse que « l’État tue », ce n’était donc pas forcément une surprise en soi.
- Comment l’opinion publique a-t-elle réagie ?
- Pour les médias bourgeois ou pour la société bourgeoise, cela aurait dû constituer un bien plus grand scandale. Pourtant, la réponse s’y est montrée quasiment inexistante. Peut-être, le sujet s’avère tellement complexe qu’on doit s’y intéresser de plus près pour arriver à comprendre ce qui s’y joue. Les informations ne sont venues qu’au compte-gouttes, peut-être la réaction aurait été différente si on avait tout su en même temps… ?
L’histoire a été rendue publique, mais il n’y a pas eu de conséquences importantes, alors que c’est un scandale flagrant, que cela ébranle les piliers de l’État moderne. Ce qui se passe va à l’encontre de toutes les idées conçues sur ce que seraient les valeurs fondamentales de la société. Et pourtant, on observe une quasi-absence de réaction au sein de la société civile et des parlements, à l’exception près de quelques parlementaires de gauche. Ces dernierères ont mis en place des commissions d’enquête [48], se sont agitées et se sont indignées. Mais naturellement, les dirigeantes ont tout avantage d’empêcher par tous les moyens que ces révélations aient de grandes conséquences. Car, bien sûr, quand l’État se manifeste comme une institution raciste qui soutient les nazis, il n’a pas intérêt à ce qu’on en fasse tout un foin.
Un bâtiment vacant destiné à accueillir des demandeurs d’asile est ravagé par les flammes le 24 août 2015 à Weissach im Tal. Source : Bedrohung von Unterstützerinnen und Unterstützern sur bpb.de Dans ce sens, on doit considérer la révélation des meurtres du NSU dans leur contexte. À l’époque, en 2011, nous nous trouvions au début du glissement massif à droite à l’échelle européenne. La situation politique se détériorait à nouveau lourdement. Pour nous, antifascistes, cela s’est principalement ressenti en ce qui concerne le travail quotidien contre les nazis et contre les racistes. Un an après l’auto-dévoilement du NSU sont réapparus des pogroms racistes en masse [49]. La société s’est en général beaucoup plus retournée contre les réfugiées.
L’approbation sociale du racisme a augmenté et l’attention prêtée au NSU a diminué. Le fait que l’État assassine d’une manière ou d’une autre perdure. L’acceptation sociale de l’État meurtrier existe, elle est validée dans toute l’Europe. Je veux dire que les gens approuvent que, avec la complicité de l’Europe, les polices aux frontières de l’Europe tirent sur des réfugiées dans des bateaux. Globalement, la société ne s’y oppose pas, elle le tolère, et une partie d’elle trouve même cela tout simplement normal. L’histoire du NSU en constitue une nouvelle illustration.
Si nous nous souvenons de l’ambiance des années 90, on peut alors se poser la question suivante : est-ce que le glissement à droite au niveau de l’État représente une réponse à la violence raciste dans la rue, ou la violence raciste découle-t-elle de la tendance de l’État à se droitiser ? On peut voir cela comme on veut, mais les deux se révèlent vrais à mon avis.
- Dans quelle mesure cette histoire a-t-elle préoccupé le mouvement antifasciste avant l’auto-dévoilement ?
- Nous savions simplement que quelqu’un avait tué plusieurs personnes durant une longue période avec la même arme. Malgré le fait que des manifestations de proches ont eu lieu au milieu des années 2000 pour dénoncer « ce n’est pas possible ! Nous ne sommes pas des criminels ! C’est autre chose ! « Nous n’avions pas conscience que c’était un sujet spécifique qui nous concernait. Nous ne les avons pas écoutées non plus. Ce sont eux et elles qui ont affirmé « ce sont des meurtres racistes », mais il n’y a même pas vraiment eu de journalistes de gauche pour le soutenir.
Marche de deuil, à Kassel, en 2006, Source : capture d’écran du film ‘Kein 10. Opfer’ En tant qu’antifas, nous devons procéder à une autoréflexion autour de ça. Nous disposions de l’expérience des années 1990 et de l’analyse qui en découle, c’est-à-dire que l’État et les nazis sont organisés main dans la main. Malgré cela, nous n’avons pas compris ce qui se passait. Nous devons aussi reconnaître que quelque chose a sûrement changé dans l’antifascisme autonome depuis l’auto-dévoilement du NSU. Cela a certainement ouvert les yeux. On pense maintenant à d’autres personnes migrantes que des tueurs ont abattues et dont les auteurs auraient pu être des imitateurs ou de diverses structures nazies. En tout cas, de telles choses doivent devenir envisageables.
En 2012, un jeune racisé a été assassiné en pleine rue dans le quartier de Neukölln, à Berlin. La police est encore partie de l’hypothèse qu’il devait forcément y avoir quelque chose à se reprocher. On a vu le même schéma d’enquêtes impossibles, etc. À ce moment, on s’est dit : « Attention, des parallèles avec le NSU et tout ça existent » [50]. Donc, oui, la gauche radicale s’en occupe davantage aujourd’hui.
Peut-être aurions-nous pu intervenir dans l’histoire du NSU. Nous devons nous poser la question : de quoi avons-nous les moyens et quel travail antifasciste souhaitons-nous mener ? Si des nazis organisés tabassent quelqu’un dans notre ville, nous pouvons essayer de les repousser, nous pouvons essayer de les intimider et de faire en sorte qu’ils cessent leurs agissements. Mais s’attaquer à une petite structure nazie en cavale et en mouvement s’avère nettement plus difficile. Nous n’avons malheureusement pas eu connaissance de son existence ou nous l’avons ignorée.
Le NSU ne constitue en effet qu’un exemple d’une organisation particulière de quelque chose qui se passe toutefois déjà depuis tout le temps en Allemagne. Depuis 1990 jusqu’à 2023, des nazis ont assassiné environ 200 personnes en Allemagne, dont dix par le NSU [51]. Et pourtant, les statistiques officielles de la police disent qu’on dénombre une centaine de meurtres racistes ou fascistes. Le constat doit être : « Ce n’est pas parce que le tribunal ne conclut pas à la fin qu’on a commis un meurtre raciste que ce n’en est pas un. »
La seule initiative autonome de réponse à cette histoire qui a duré quelques années, c’est la campagne « Verfassungsschutz auflösen »[dissolution du Verfassungsschutz]. Son approche consistait à dire : « L’institution du Verfassungsschutz a échoué, elle ne doit plus exister. » Mais disons les choses comme elles sont, ça n’a pas été un grand mouvement. On peut dire qu’on a peut-être raté quelque chose à ce moment-là.
Différents groupes s’organisent autour de cette affaire : par exemple, le NSU Watch [52]. Illes observent le processus et les commissions d’enquête à ce sujet : illes essaient de documenter et de mettre en évidence les incohérences de l’histoire. Le NSU Watch révèle beaucoup de choses que les autorités ne rendent pas publiques et démontre régulièrement que les trois néonazies n’ont pas pu perpétrer les assassinats sans le soutien que leur entourage leur a fourni.
Entretien mené en Suisse, en 2016
Mise à jour sur l’évolution de l’extrême droite en Allemagne
Depuis l’entretien, l’influence de l’extrême droite allemande n’a cessé de croître.
En 2014, le mouvement Pegida, Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes, a vu le jour et a organisé des manifestations jusqu’en 2024. Ces dernières ont attiré jusqu’à 25 000 personnes, principalement à Dresden.
En 2016, on a mis au jour un groupe néonazi survivaliste nommé « Nordkreuz ». Ses membres s’attendaient à l’effondrement imminent de l’État et planifiaient un massacre massif des personnes aidant les réfugiés et des militants de gauche.
En 2017, on a dévoilé le réseau « Hannibal » : une coordination de groupes de discussion cryptés rassemblant des policiers et des membres actuels et anciens de l’armée allemande. Ces derniers échangeaient des informations sur une crise à venir en Allemagne qui pourrait donner lieu à un coup d’État armé qu’ils devaient préparer. On pourrait alors s’emparer du pouvoir, arrêter ou tuer les politiciens et militants de gauche.
En 2019, un néonazi a tué le président du gouvernement régional de Kassel, Walter Lübcke, membre du parti de droite CDU. Il l’a tué pour le punir de ses prises de position sur l’accueil des réfugiées et pour dissuader les autres de mener une « politique d’ouverture au monde ».
En 2020, à Hanau, Tobias Rathjen tue neuf personnes d’origine étrangère dans deux endroits différents, puis sa mère et lui-même.
Le parti AfD, Alternative für Deutschland, fondé en 2013, est devenu, après les élections fédérales de 2025, la deuxième force politique du pays.
En outre, le mouvement antifasciste s’interroge sur l’utilisation de la violence en tant que tactique pour contrer des personnalités influentes de la sphère néonazie. Plusieurs procès en cours visent à réprimer des militants antifascistes. Nous nous efforcerons de donner un aperçu de la situation et des débats en cours dans un futur article consacré à ce sujet.
Annexes : initiatives antiracistes et solidaires créées après l’affaire du NSU
Annexe 1 : Partie civile dans le procès NSU [53]
« Le procès contre Beate Zschäpe et d’autres suspects du NSU s’ouvrira le 17 avril 2013 devant la chambre de la sûreté de l’État de la Cour d’appel de Munich. Il a été précédé d’un débat émotionnel sur le déroulement du procès et sur la politique d’admission des journalistes, que de nombreuses personnes d’origine turque ont perçu comme une exclusion de la presse turque.
À ce jour, plus de 70 proches des victimes des meurtres et des attentats à la bombe se sont joints à l’accusation du parquet fédéral en tant que parties civiles. Ils sont représentés par une cinquantaine d’avocats.
Le procès portera principalement sur la question de savoir si les accusations portées par le parquet fédéral contre les accusés Beate Zschäpe, André Eminger, Holger Gerlach, Ralf Wohlleben et Carsten Schulze peuvent être prouvées.
Il faut s’attendre à ce que ce procès soit au centre de l’attention des médias nationaux, voire européens. Cependant, nous avons constaté que de nombreux articles de presse cherchent avant tout à scandaliser plutôt qu’à éclairer. Même pour les personnes intéressées, il est souvent difficile de garder une vue d’ensemble des différentes informations. C’est pourquoi nous voulons, à travers notre blog, essayer de décrire le déroulement du procès du point de vue de la partie civile, si possible jour après jour, semaine après semaine.
En tant que représentants de la partie civile, nous défendons les intérêts des victimes des attentats meurtriers. Ceux-ci ne coïncident pas toujours avec l’intérêt du ministère public, qui souhaite voir les prévenus condamnés conformément à l’acte d’accusation. Du point de vue de nos clients, l’échec des autorités judiciaires, les enquêtes menées contre les familles des victimes et le racisme institutionnel manifestement présent dans les autorités responsables doivent également faire partie du traitement pénal des meurtres du NSU. Si des informateurs des services de sécurité ont effectivement été actifs dans l’entourage des meurtriers, voire qu’ils les ont soutenus, cela doit être abordé.
Nous voulons essayer de présenter le déroulement du procès, la présentation du déroulement de l’instruction et les efforts des différents représentants des parties civiles de manière aussi compréhensible que possible pour tous les lecteurs. À cet égard également, nous nous considérons comme partie prenante dans la lutte des victimes des meurtriers du NSU pour sortir du rôle de victimes et participer activement à l’examen des crimes. Cela inclut également la question de savoir qui, outre les accusés actuels, a soutenu l’organisation NSU, si d’autres personnes sur le territoire fédéral ont participé à la préparation ou à l’exécution des meurtres et dans quelle structure organisationnelle les meurtriers étaient intégrés. »
Annexe 2 : NSU Watch [54]
« La série de meurtres racistes commis par le “Nationalsozialistischer Untergrund” (NSU, groupe clandestin national-socialiste) marque un tournant dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne. Les actes du NSU, son réseau et le rôle des autorités restent encore largement méconnus, même après la fin du procès pénal du NSU à Munich.
NSU-Watch est soutenu par une alliance d’une douzaine de groupes et d’individus antifascistes et antiracistes de toute l’Allemagne qui travaillent sur ces questions depuis plus d’une décennie.
De 2013 à 2018, le travail de NSU-Watch s’est concentré sur l’observation du procès à Munich. Nous étions présents dans la salle d’audience pendant chacun des 438 jours du procès. Nous avons rendu compte de l’événement sur les réseaux sociaux et rédigé des procès-verbaux détaillés. En outre, l’observation des commissions d’enquête parlementaires sur le complexe NSU a été et reste un élément central de notre travail. À cette fin, des groupes régionaux NSU-Watch se sont formés dans plusieurs Länder. En 2020, nous avons publié notre livre “Aufklären und Einmischen. Der NSU-Komplex und der Münchener Prozess” (Informer et s’impliquer. Le complexe NSU et le procès de Munich).Même après le tournant que fut le complexe NSU, le racisme, l’antisémitisme et la violence d’extrême droite restent virulents. L’attentat raciste perpétré au centre commercial Olympia de Munich en 2016, le meurtre de Walter Lübcke en 2019, l’attaque antisémite, raciste et misogyne à Halle en 2019 et l’attentat raciste à Hanau en 2020 en sont des exemples particulièrement tristes.
C’est pourquoi NSU-Watch continue ! Nous continuons à surveiller de près les tentatives d’enquête de l’État, nous continuons à documenter, à rechercher et à intervenir. Nos réseaux sociaux et notre podcast “Aufklären & Einmischen” (informer et intervenir), publié régulièrement depuis 2018, sont des outils importants à cet effet.
Outre l’observation des procès pénaux et des commissions d’enquête, la transmission de connaissances sur les néonazis, le complexe NSU et le terrorisme d’extrême droite est une tâche importante de NSU-Watch. En tant que projet de groupes (de recherche) antifascistes et antiracistes, NSU-Watch a accès à des connaissances approfondies sur la scène néonazie, les structures impliquées dans le NSU et d’autres structures du terrorisme d’extrême droite. Nous mettons en réseau des projets et des personnes compétentes dans le domaine de l’antifascisme, y compris des avocats de la partie civile, et élaborons des évaluations et des expertises communes. »
Annexe 3 : Initiative 6. April [55]
Le 6 avril 2006, Halit Yozgat a été assassiné à Kassel pour des motifs racistes. C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative « 6 avril » à Kassel. L’objectif commun de toutes les personnes impliquées est d’aborder les meurtres du NSU, leurs causes et leurs conséquences. L’initiative « 6 avril » souhaite examiner ces actes, en particulier dans le contexte local de Kassel. Il s’agit pour nous de nous interroger de manière critique sur le climat social qui a permis à cette terreur de perdurer si longtemps sans être découverte. Nous pensons que le traitement juridique devant la Cour d’appel n’est pas suffisant et souhaitons une réflexion plus approfondie ici, sur place.
Venez nous rendre visite et discuter avec nous !L’initiative regroupe un large éventail de militants. Certains de ses membres sont liés professionnellement aux organisations qui la soutiennent. Cependant, la majorité des militants n’agissent pas en tant que représentants et sont pour la plupart actifs à titre bénévole dans la ville de Kassel.
Annexe 4 : Appel du mouvement Verfassungsschutz auflösen [56]
La coalition « Dissolution du “Verfassungsschutz” » appelle à une manif le 10/11/2012 à Cologne-Chorweiler devant le « Bundesamt für Verfassungsschutz » (BfV) sous le slogan « Dissolution du “Verfassungsschutz” – combattre le racisme ».
Il y a un an, on a appris que les terroristes néonazis du « Nationalsozialistischer Untergrund » (NSU) ont assassiné dix personnes et perpétré deux attentats à la bombe sous les yeux des forces de l’ordre. Pendant des années, la police a nié les motifs racistes des assassinats. De plus, elle a fait des victimes des bourreaux en suivant la piste de « criminalité des étrangers ». Une proche d’une victime a dû comparaître neuf fois devant la police en tant que suspecte, d’autres ont été observés pendant des mois.
Les enquêteurs ont surnommé la commission d’enquête spéciale « Bosphore », les médias ont inventé et propagé le terme « assassinats-kebabs ». Les deux expressions sont des stéréotypes racistes qui contribuent à banaliser les actes de violence et à humilier les victimes. Il ne s’agit là que de quelques exemples du racisme quotidien et institutionnalisé qui touche de nombreuses personnes en Allemagne.
Le racisme, on ne le trouve pas uniquement dans les lois, mais aussi chez le personnel des services de renseignements qui ne cache pas ses sympathies. Non seulement divers départements des services de renseignements étaient au courant des crimes du groupe terroriste, ils soutenaient également l’entourage du NSU avec des indics payés, dont un a même livré les explosifs aux terroristes néonazis. Alors que les forces de l’ordre avaient à plusieurs reprises des pistes où se cachaient les terroristes recherchés en vertu d’un mandat d’arrêt, ils n’ont rien fait.
Après la révélation des crimes du NSU, une politique effrayante de dissimulation a été mise en place : des dossiers ont été tenus en secret ou bien détruits, des mensonges ont été répétés dans les commissions d’enquête, les démissions restaient rares et tardives.
On veut nous faire croire qu’une série de pannes a gêné les enquêtes. Il est désormais clair pour tous comment les services secrets fonctionnent au quotidien : ils rassemblent des renseignements qu’ils détournent ou partagent en fonction des besoins, tandis que des groupes individuels au sein d’un service secret ou entre plusieurs services décident arbitrairement de la gestion de ces informations.
Les idées de droite ne sont pas neuves au sein du service de renseignements. Crée en 1950 avec de nombreux anciens nazis, il a participé à ce que d’anciens Résistants et Résistantes soient de nouveau emprisonné(e)s en Allemagne. Dans les années 60, il a combattu le mouvement étudiant. Dans les années 70 et 80, il a fourni le matériel pour les interdictions professionnelles visant les militants de gauche. Il y a neuf ans, l’interdiction du NPD a notamment échoué à cause de ses indics et agents informateurs au sein du parti.
C’est pourquoi : Tous à Cologne ! Siège de « l’Office fédéral de protection de la constitution » et du service de renseignements militaires (MAD) et ville où deux attentats à la bombe ont été perpétrés.
– Pour la divulgation de toutes les informations concernant les services de renseignements et le NSU et le soutien des néonazis par « l’Office fédéral de protection de la constitution » et les autres services secrets ! – Pour une commission d’enquête où toute personne a accès aux informations par le biais de représentants de son choix et de sa confiance ! – Contre le racisme et l’exclusion ! – Solidarité avec les victimes du NSU et leurs proches ! Dédommagement pour les enquêtes policières racistes et diffamatoires ! – Dissolution de « l’Office fédéral de protection de la constitution » – Abolition des services de renseignements
Coalition « Dissolution du “Verfassungsschutz” » Site internet : www.vs-aufloesen.de









