En Iran les peuples veulent la chute du régime. Cette aspiration est la plus centrale et la plus consensuelle dans le pays. En attestent les mouvements populaires de 2017 et 2019, le mouvement Femme vie liberté surgi en 2022 et le mouvement de masse du mois iranien de Dey (décembre à février 2025-2026). Lors de ces mouvements, le régime islamique n’a pas tenu parce que sa base sociale (qui est réelle) est majoritaire, mais parce que la répression a écrasé l’opposition dans le sang et (par la pendaison).
Clamer sa solidarité avec les Iraniennes c’est d’abord rappeler qu’en Iran, les peuples veulent la chute du régime. Et c’est à partir de cette affirmation que nous exprimons une opposition à l’agression militaire des États-Unis d’Amérique et du régime génocidaire israélien, avec toute la force qu’exige la situation.
Du 28 février au 16 mars 2026, l’alliance américano-israélienne a tué plus de 1330 civils iraniennes, dont au moins 206 enfants et elle a forcé plus de 3 millions d’iraniennes à se déplacer, jusqu’à ce qu’il devienne compliqué le faire parce que les dépôts d’essences ont été détruits. Dans les bombardements au moins neuf hôpitaux iraniens, comme l’hôpital Ghandi à Téhéran, ont été touchés.
Cette violence n’est pas sans nous en rappeler une autre alors que les 8 et 9 janvier 2026, le régime islamique tuait plusieurs dizaines de milliers d’iraniennes à l’arme de guerre. Dans les jours suivant ce massacre, le régime islamique arrêtait ou tuait à bout portant dans les hôpitaux les manifestants qu’il venait de blesser. Quelques mois plus tôt, entre juillet et octobre 2025, c’est-à-dire juste après la guerre des douze jours, le régime islamique expulsait 900.000 réfugiés afghans du pays.
À la suite du mouvement de Dey plusieurs dizaines de milliers d’arrêtés sont venues remplir les prisons déjà pleines à craquer, à tel point que le régime ne les nourrit pas tous. Aujourd’hui, les opposants libres reçoivent des messages qui les menacent sur leurs téléphones, au cas où il leur viendrait l’intention de manifester dans la rue entre deux bombardements. Les bassidji sillonnent les villes pour empêcher les rassemblements. Tandis que les bombes israéliennes ciblent les checkpoints que le régime installe partout, touchant les habitants attendant d’être fouillés.
Les banques sont bloquées, internet est bloqué, la totalité de la vie est suspendue à l’hypothèse qu’une bombe ou un missile tombe sur des proches ou sur soi-même, ou que des membres du régime viennent vous arrêter. Quitter les grandes villes c’est prendre le risque d’être bombardé, rester dans les grandes villes c’est prendre le risque d’être bombardé. Sortir de son appartement à Téhéran c’est respirer les hydrocarbures qui pleuvent sur la ville après les bombardements sur les raffineries.
Si la terreur est le quotidien des Iraniennes, c’est par l’alternance constante d’une menace à une autre : des bombes américano-israéliennes aux tirs et aux arrestations du régime.
Bien sûr, l’opposition iranienne est fragmentée. Les tendances les plus variées se disputent, parfois se battent, dans un rapport de force tendu qui est largement nourri par le sentiment d’urgence ressenti face à la violence du régime, et maintenant face aux bombes américaines et israéliennes. Après la mort du bourreau Ali Khamenei et les réjouissances qui l’ont suivi, et alors qu’internet est bloqué et que les manifestations sont impossibles, il est dur de dire le rapport des Iraniennes face aux bombardements des États-Unis et d’Israël. Mais il est certain que les partisans de Reza Pahlavi, fils du Chah déchu réclament ces bombes. Ils vivent majoritairement à l’extérieur du pays, loin des bombardements et des victimes civiles dont ils nient parfois l’existence même. Leur mauvaise foi poussent une partie d’entre eux à contester le meurtre de dizaines d’élèves tuées par les bombes américaines à Minab, ou à refuser d’admettre que les images des rues de Téhéran détruites sont réelles, et pas des opérations médiatiques du régime. Mais cette frange royaliste est loin, très loin, de représenter les Iraniennes.
La perspective d’un changement de régime est la seule qui permet à nombre d’Iraniennes de pouvoir imaginer un avenir, aussi incertain soit-il. Ce n’est pourtant pas avec les bombes américaines et israéliennes que leur vie peut s’améliorer. Aucune expression de l’extérieur du pays (de la diaspora ou d’un pays soi disant libérateur) ne peux offrir une réponse politique et sociale adéquate après deux guerres et un massacre de masse. Car l’expérience de la violence sépare les iraniens de l’intérieur du pays et ceux de la diaspora. Cela, les pahlavistes ne le comprennent pas, tandis que le régime génocidaire israélien et son allié américain ne s’en préoccupent pas.
On ne peut, par ailleurs, oublier les populations des pays voisins, touchées par la guerre. Les bombardements des différents bélligérants sont loin de n’atteindre que les militaires. Presque toutes les armées engagées se sont déjà rendues coupables de crimes de guerre dans la région. Les pratiques de nettoyage ethnique et génocidaires de l’armée israélienne en Palestine et au Liban faisant redouter l’extension sans limite du domaine de l’horreur. De plus, indépendamment des critiques qu’on peut légitimement formuler sur l’industrie pétrolière et sur les conditions de travail des travailleurs immigrés des pays du golfe Persique (qui sont les premières victimes des bombardements iraniens sur les voisins arabes), la destruction brutale des infra-structures économiques et les conséquences écologiques des bombardements mettent en péril la capacité à simplement pouvoir survivre dans certains endroits de la région.
Nous faisons le choix de ne pas nous appuyer sur des pouvoirs constitués pour construire la paix entre les peuples. Nous pensons que seul un internationalisme par le bas pourrait aujourd’hui freiner la dévastation guerrière du capitalisme contemporain. Une position qui implique d’être attentifs aux soulèvements et aspirations des révoltés de ce siècle. De là, il nous semble essentiel de faire nôtre la parole des Iraniennes ayant pris part aux derniers mouvements, pour éviter les écueils des instrumentalisations multiples.
Voir dans les opposants iraniens des « complices de l’agression » et dans les opposants occidentaux des « ennemis de l’intérieur » c’est accepter de se soumettre à l’ordre guerrier du monde. Nous ne pouvons nous y résoudre.
Depuis les centres du capitalisme néo-colonial de nombreuses formes de pressions politiques peuvent contraindre nos gouvernements et acteurs économiques à ne pas participer au jeu de massacre actuel. Le cynisme des dirigeants français laisse craindre que la seule focale économique conduise leur action. Un retour à la normale commerciale après une réouverture du détroit d’Ormuz — objectif affirmé du gouvernement Macron — n’a rien de satisfaisant. Que le commerce suive son cours pendant que les bombes pleuvent sur les peuples, voilà l’obscénité du capital.
De concert avec le mouvement iranien qui se réclame de Femme vie liberté et qui refuse autant le régime islamique que l’hypothèse royaliste, nous déclarons qu’il est urgent de mettre fin au désastre actuel. Avant toute chose, l’agression américaine et israélienne doit cesser immédiatement.





