Chi ha toccato Milano ? [Qui a touché Milan ?]

Noeuds ouverts sur le conflit, le consensus et la participation

paru dans lundimatin#77, le 25 octobre 2016

Le 1er mai 2015, une grande manifestation a pris place à Milan pour protester contre les conséquences désastreuses de l’organisation de l’Exposition
universelle et l’interminable train de mesures d’austérité appliquées par le gouvernement Renzi depuis son accession au pouvoir en 2014.

Une journée de grève générale était convoquée ce jour-là, mais la manifestation « No Expo » a surtout été un point de passage obligé pour l’ensemble des mouvements italiens (syndicats de base, centres sociaux, collectifs étudiants, comités de luttes pour le logement, groupes de migrants, mouvement No-TAV, etc.).

Les différents courants qui composent aujourd’hui l’aire de l’autonomie en Italie ont pris une part active à cette mobilisation dans un climat lourd de tensions. Une série d’opérations policières préventives ont en effet frappé un grand nombre de camarades dans les jours précédant la manifestation. On dénombre 13 perquisitions, 8 évacuations de squats et l’évacuation de la Base de solidarité populaire (Base di solidarietà popolare) du quartier de Giambellino.

Pour ne rien arranger, le parcours de la manifestation fut modifié au dernier moment par la préfecture afin d’interdire tout passage dans l’hypercentre de Milan. Dès lors, l’un des principaux enjeux de la manifestation a été de tenter de déborder les innombrables barrages policiers qui ponctuaient chacun des grands carrefours de la ville.

Alors que des ministres et chefs d’Etats du monde entier se réunissaient sous haute garde sur le site de l’Expo, la contremanifestation a traversé Milan en s’imposant comme l’un des plus grands tronçons autonomes de ces dernières années. Les journalistes étrangers ont, quant à eux, été terrifiés par l’impressionnant dispositif de protection en « service d’ordre » casqué et équipé de gourdins qui avait été mis sur pied afin de protéger le cortège en cas de charges de la police. Des affrontements particulièrement durs et des dégradations matérielles ont en effet eu lieu tout au long de la manifestation, parfois dans une certaine confusion. Bref, le 1er mai de Milan a sans aucun doute été une journée de rupture ; d’abord comme réappropriation de la rue qui
a su éviter les écueils des défilés pacifiés, vite oubliés et soumis à toutes les récupérations ; ensuite comme rupture dans la quotidienneté capitaliste, car la participation massive aux affrontements achève de prouver qu’il existe encore des voies pour que la colèresociale de celles et ceux qui n’acceptent plus les privations et leur appauvrissement puisse s’exprimer.

Ce retour massif du politique par la rue ne devait pas manquer de susciter des contre-positionnements. La réaction des élites politiques fut pour ainsi dire immédiate, le maire de Milan se déclara partisan d’une répression forte de tout ce qui avait pu s’exprimer ce jour-là et lança le mot d’ordre « Nessuno tocchi Milano » [Personne ne touche à Milan] en boucle dans tous les médias. Sans doute inspiré de l’initiative « citoyenne » qui s’était déroulées après les émeutes de Londres de l’été 2011, le maire appela la population à descendre dans la rue le 3 mai 2015 à grand renfort de balais et d’éponges afin de nettoyer les tags et les bris de verre que le cortège avait laissé derrière lui.

Après le 1er mai, de nombreux collectifs et groupes antagonistes d’Italie ont écrit leur propre compte-rendu de la manifestation et un espace de discussion s’est ouvert sur la question de l’usage de la force et de la signification d’une manifestation comme celle-là dans le contexte de crise économique et sociale dans lequel s’enfonce l’Europe1. À ces analyses produites dans le feu de l’événement, d’autres contributions se sont plus tard ajoutées afin de démêler certains noeuds politiques présents en arrière-fond de « l’événement Milan ». Cette brochure Chi ha toccato Milano du Réseau antagoniste turinois fait partie de la seconde fournée d’un débat qui reste largement encore ouvert sur les méthodes militantes à recourir pour transformer la colère sociale en projet de rupture et de construction de l’autonomie.

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