Ces glaçants soudards !

« Ne nous habituons pas à comptabiliser les victimes de l’ICE »

paru dans lundimatin#531, le 2 septembre 2026

Le texte présenté ici dans une traduction spontanée a été diffusé sur le site américain CounterPunch. C’est une réaction aux rafles de tous ceux qui ont l’air immigrés par les soudards de Trump agissant au nom de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) qui nous informe sur des faits dont les médias dominants n’ont pas l’air d’avoir eu connaissance.

Ces glaçants soudards !

José Chajon-Rakson, immigrant du Guatemala, est mort au mois d’août dans le centre Delaney Hall, un local controversé de ICE, dans le New Jersey. Sa mort s’inscrit dans la cinquantaine de décès causés par ICE depuis que Trump a été élu président l’an dernier.

Malgré les protestations, ICE continue à tuer des gens. C’est une situation qui ne devrait pas paraître normale. Nous ne devrions pas nous trouver en train de compter les jours entre les morts ou guetter le prochain gros titre des journaux. Mais, étrangement, nous en sommes là.

Au début de l’année, il y a eu Renée Good, puis Alexis Pretti. Cet été il y eut Lorenzo Salgado Araujo et John Sebastian Duran Guerrero. Avant eux, il y avait eu Silvero Villegas Gonzales et Ruben Ray Martinez. Ce sont les seuls noms dont nous avons eu connaissance. De nombreux autres ne feront jamais la une des journaux.

Le jour où j’ai appris la mort de Duran Guerrero, j’étais en train de rentrer chez moi après mon travail. J’ai jeté un œil sur l’article du journal et j’ai poursuivi mon chemin. C’est ce qui m’a fait peur, après coup. Je n’étais pas choquée que ICE ait tué quelqu’un. Je m’y attendais.

Ce n’est qu’ensuite, lorsque j’ai lu les détails, que ça m’a frappée. Il avait subi plusieurs tirs. Sa petite fille de trois ans était alors dans sa voiture, dans son pyjama. Selon l’avocat de sa famille, Duran Guerrero était présent légalement aux États-Unis et avait un permis de travail en règle. Et, lorsqu’il fut tué, ce n’était même pas la personne qu’ICE recherchait.

Après lui avoir tiré dessus, les policiers le tirèrent hors du véhicule et lui passèrent les menottes. En fait, il était probablement déjà mort.

Il ne s’agit pas d’une erreur tragique. Il s’agit d’un choix.

Imaginez vous dans votre voiture entouré par surprise d’hommes armés, aux visages masqués et sans camera d’intervention légale. Presque tout le monde serait terrifié. Presque tous essaieraient de sortir de ça. Duran Guerrero s’était arrêté. Mais ça ne changea rien. Les policiers l’ont tout de même abattu.

ICE continue à poursuivre ses opérations avec des agents masqués dans des véhicules banalisés, provoquant la confusion et la peur avant que le moindre mot soit proféré. Les agents de l’immigration ont tiré sur au moins 30 personnes depuis que le président Trump a repris ses fonctions. Huit d’entre elles en sont mortes.

A chaque fois, le gouvernement déclare que les agents ont agi en légitime défense. Les déclarations officielles s’empressent de prétendre que la victime représentait une menace. Des témoignages de personnes présentes et des vidéos font souvent douter de cette version. Mais elle continue à détourner l’attention loin de la perte d’un être humain et à fournir une justification de cet acte.

Pendant ce temps, des dizaines de milliers de personnes sont toujours arrêtées chaque mois.

En juin 2026 ICE a arrêté plus de 43 000 personnes, c’est à dire environ 1 400 par jour. En juillet, près de 68 000 personnes étaient détenues au nom des lois sur l’immigration. L’écrasante majorité de ces interpellés ne présentait aucun motif de criminalisation.

Elle comprenait plus de 6 000 enfants (dont certains passent leur anniversaire derrière les barreaux). Enfants qui devraient être à l’abri à l’école. Nombreux sont ceux qui ont été détenus 100 jours et plus, c’est à dire cinq fois plus que la limite légale de détention pour les enfants migrants, qui est fixée à 20 jours.

Ils sont détenus dans des locaux comme celui de Delaney, que les associations de défense des droits humains ont de nombreuses fois désignées comme lieux où les dangereuses conditions de détention ont déjà causé des morts qui auraient pu être évitées. Les morts causées par ICE ont atteint l’an dernier leur point culminant sur dix ans, et cette année ne s’annonce pas meilleure.

Ces chiffres sont importants. Derrière ces statistiques, il y a un père, une mère, un mari, un voisin, un ami.

J’ai peur qu’on s’habitue à lire ces informations sans plus réagir. Je le sens parce que je me suis surprise à le faire.

Quel que soit l’endroit où l’on est né, le parti politique auquel on appartient, même si l’on soutient des lois strictes contre l’immigration, on ne doit pas admettre qu’un gouvernement ait le pouvoir d’emprisonner ou tuer des gens en ayant si peu à en rendre compte. Aucune famille ne devrait voir le nom d’un de ses aimés se retrouver sur cette grossissante liste macabre.

Nous ne pouvons laisser ces morts entrer dans une routine, et être noyés dans les statistiques. Chaque mort devrait nous contraindre à nous demander ce que notre pays est en train de devenir. Nous ne devons pas trouver ces meurtres normaux, et nous ne devons pas cesser d’exiger la justice et la responsabilité.

Ne nous habituons pas à comptabiliser les victimes de ICE.

Sofia Leyba,

Counterpunch, le 28 août 2026.

Traduit par Gédicus.

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