Cauchemars et facéties #3

C’est plaisant de se balader sur l’internet.

Cauchemardos - paru dans lundimatin#31, le 12 octobre 2015

COP21 : « Désolés, vous allez mourir »

Selon les dernières conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), depuis 1880, date des premiers relevés, la température du globe a augmenté de 0,85°C. Les différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre prévoient un réchauffement jusqu’à 4°C d’ici la fin du siècle si on ne fait rien pour les atténuer.[...]

La nécessité de limiter la hausse moyenne de la température à 2°C d’ici la fin du siècle a été adoptée à Copenhague en 2009, puis renforcée à Cancùn l’année suivante.[...]

Quand les Américains et les Chinois se sont mis d’accord sur les 2°C, en 2009 à Copenhague, le représentant des Maldives plaidait déjà pour les 1,5°C, se souvient le scientifique Saleemul Huq, directeur du Centre international pour le changement climatique et le développement (ICCCD), au Bangladesh. 2°C est une sécurité pour certains. Mais pas pour tous : de nombreuses communautés et des écosystèmes entiers n’y résisteront pas. Avec ce choix des 2°C, les décideurs montrent très clairement qu’ils sont prêts à abandonner des peuples entiers, en leur disant « désolés, vous allez mourir ».

Télé réalité

Les animateurs de la bibliothèque anarchiste parisienne La Discordia ont repéré une caméra de surveillance braquée sur leur porte et planquée dans l’école Montessori « Plaisir d’enfance » située juste en face au premier étage dans un cagibi, donnant sur la fenêtre (le dispositif avait la forme d’un « dossier en carton »). Après l’avoir récupérée (à la suite de « négociations » avec la directrice de l’école), ils l’ont décortiquée :

Le dispositif était sous la forme d’un boîtier rectangulaire, bruyant (ventilateurs) d’environ 40x25x25 cm en plastique dur, branché sur secteur (sans batteries). Le boîtier présente un trou d’environ 4 cm de diamètre pour la caméra, trois câbles en sortaient au bout desquels se trouvaient deux antennes à pointe (probablement des capteurs sonores) et un troisième capteur petit et carré. À l’ouverture du boîtier, nous découvrons du matériel technologique de pointe :
• Un routeur wifi avec deux cartes SIM (Bouygues), un GPS, trois entrées cellulaires, une entrée stéréo.
• Un processeur.
• Un dispositif téléphonique avec une carte SIM Orange (ce qui signifie que les données n’étaient pas stockées mais transmises en direct).
• Une camera avec deux niveaux de zoom, commandable à distance.
• Et d’autres types de matériels que nous ne sommes pas parvenus à identifier (mais que vous trouverez sur les photos téléchargeables ci-après).

Libération a interrogé des personnels de l’école. Il en ressort que :

Début juillet, deux individus de sexe masculin, se présentant comme des policiers en civil, se rendent à l’école, rue du Pré-Saint-Gervais. Ils ont montré des papiers, se souvient une responsable administrative de l’établissement. Les policiers ne laissent pas leur nom ni celui de leur service, mais un numéro de portable en cas d’urgence. Ils ne disent rien de l’enquête qui les amène et installent le dispositif dans le cagibi de l’école.

Si un enseignant se désole de « la surveillance politique », la direction de l’école compte « déposer une main courante à cause de l’intrusion des militants dans l’établissement ».

Moqueries

Que la grande distribution cherche à se faire toujours plus d’argent en se foutant toujours plus du monde, admettons. Que des journalistes soient assez bêtes pour y voir une façon intelligente de lutter encore un peu plus contre le gaspillage alimentaire, alors là, c’est affligeant.

Ils vendaient déjà du beurre presque rance à -30% et du poisson plus très frais à moitié prix, mais début novembre, 150 magasins Intermarché de région parisienne vendront des paquets de gâteaux détériorés (lors de la fabrication ou le transport). Ces « biscuits moches », malgré les gros coûts de marketing, seront évidemment moins chers que des gâteaux qualifiés de « parfaits » (nous aurions dit, simplement « normaux » ou « trop chers »).

Un Petit écolier tordu, ça reste un Petit écolier ajoute l’ingénue. Non. Pas plus que des miettes de chips ne valent une chips.

Mais puisqu’on en est là, à quand le papier toilette troué (pour les pauvres, évidemment), l’eau trouble (ça hydrate tout autant !), la lessive qui lave à moitié (parce qu’un demi-pull propre c’est quand même mieux qu’un pull sale) ?

Sur France Info, attention, le journaliste note : Ce n’est pas une campagne de pub… il s’agit de lutter contre le gaspillage alimentaire. Mais, oui ! D’ailleurs, quand un supermarché vend de la nourriture ce n’est pas pour faire du commerce, c’est pour nourrir les gens.

Il est vrai qu’avant d’arriver à vendre des gâteaux ratés, le principal coup de force de la grande distribution était d’avoir réussi à faire admettre que le gaspillage ça n’a rien à voir avec eux, c’est la faute des consommateurs. Les gens qui prennent la boîte d’oeuf de derrière, celle qui a une plus grande DLC. Les gens qui n’ont pas fini le sachet de salade en plastique. Qui ont jeté le paquet de jambon sous-vide entamé. Salauds de gens !

Aviation

Rigolo
C’était un lundi matin, tout le monde les a vues, les photos. Comme l’a écrit la fée loulou, dans le second commentaire à ce « making-of » de l’AFP :  C’est rigolo, belles photos ! 

Un autre commentateur (dans toute la presse cette fois), un certain Manuel V., semblait, lui, un peu plus énervé :

Air France est sous le choc et quand Air France est sous le choc, c’est toute la France qui est sous le choc [...] Rien ne peut justifier de tels agissements. Ces agissements sont l’œuvre de voyous. La justice devra identifier ceux qui se sont livrés à cette violence inqualifiable. La violence est inadmissible dans notre société. Elle doit être condamnée et il faudra des sanctions lourdes à l’égard de ceux qui se sont livrés à de tels actes

Toute la France sous le choc , rien ne peut justifier… , la violence est inadmissible . Tant de bêtises pour un seul homme...

« Recouvert d’un voile une caméra de surveillance. »
Nous ne nous attarderons pas ici sur la façon dont le couple direction - gouvernement a scénarisé et utilisé l’action des salariés d’Air France. Rappelons simplement que certains d’entre eux seront prochainement poursuivis en justice. Dès le mercredi, l’enquête interne de la compagnie aérienne établissait une liste de « 20 suspects ».

Trois salariés ont été reconnus s’en prenant directement aux membres de la direction et aux agents de sécurité. Les autres sont plutôt des complices qui ont participé à créer ce climat de violences ; des agents qui ont renversé les grilles qui barraient l’accès au siège, les 2 pilotes qui avec leurs badges ont fait entrer des manifestants à l’intérieur, des salariés qui ont insulté et menacé les représentants de la direction ou encore l’hôtesse de l’air qui a recouvert d’un voile une caméra de surveillance.

Question de « point de vue »
Ça compte, le dialogue social. Et quand il est interrompu par des violences, des contestations qui prennent des formes inacceptables, on voit ce que ça peut avoir comme conséquences sur l’image, sur l’attractivité du pays, a déclaré François Hollande. Au contraire de ce François, on peut considérer que la France a regagné un peu d’honneur sur la scène internationale. Le pays tout entier était en train de passer pour « mou du genou », (depuis disons les images des manifestations, blocages et émeutes qui avaient fait le tour de la presse étrangère à l’automne 2010). Il a suffit d’une chemise déchirée pour que la côte de la France reparte à la hausse.

« Les manifestations de lundi sont les dernières en France d’une série d’incidents, dans lesquels des travailleurs ont pris en otage des patrons ou abîmé des outils de travail pour défendre leur point de vue » selon le New York Times.

« Ce n’est pas la première fois que des travailleurs français ont pris les choses en main avec violence » reconnaît lui aussi le Guardian. « Les manifestations violentes comme celle de lundi ne sont pas inhabituelles en France, où le peuple a l’habitude d’imposer sa propre loi » ajoute l’Irish Times.

Blague à part

C’est l’hôpital qui se fout de la charité
Rappelons d’abord qu’Apple (comme Google) a largement coopéré au programme PRISM de la NSA. Pour se donner une image de garante des informations personnelles, la société de feu Steve Jobs a joué la « transparence » et affirmé s’être mis en position de ne tout simplement pas pouvoir donner certaines informations personnelles à la police (comme la géolocalisation).

Depuis, une petite vrai-fausse guéguerre se joue entre les « Géants du web » et les polices américaines. Ainsi, ce nouvel épisode dont le Monde nous fait le récit :

Dans une tribune publiée mardi 11 août dans le New York Times, plusieurs responsables européens et américains de la lutte contre la criminalité et le terrorisme accusent directement Apple et Google de mettre des bâtons dans les roues à leurs enquêtes. [...]

Ces deux entreprises ont toutes deux annoncé ces derniers mois de nouvelles mesures de protection des données de leurs utilisateurs. Le but : rendre les photos, messages ou vidéos stockés dans le téléphone impossibles à lire à ceux qui ne disposent pas du code du téléphone. [...]

Les signataires de la tribune reprochent aux entreprises de limiter radicalement [leur] capacité à enquête sur des crimes dangereux et de contrecarrer [leur] combat contre le terrorisme . Ils citent notamment le cas d’un meurtrier qui n’a pas été retrouvé car les seules pièces à conviction sont des téléphones, l’un équipé d’Android, le logiciel de Google, et l’autre un iPhone, dont les contenus sont désormais inaccessibles aux enquêteurs. 

A creuser : de quel ordre est le travail de « sécurisation » effectué par Apple et Google ? La police bluffe-t-elle ? Quelle différence de moyens entre les services de renseignement (comme la NSA) et la police ?

French flair
L’un des signataires de la tribune sus-citée n’est autre que le procureur de la République de Paris, François Molins.

Dans une interview à l’Express, il reprend les arguments de la tribune du NYTimes :

Partout, les magistrats chargés de la lutte contre le crime se trouvent confrontés à une situation nouvelle et inquiétante lorsqu’ils tentent de faire progresser leurs enquêtes grâce à l’exploitation des téléphones mobiles. Cela concerne particulièrement les smartphones de dernière génération, comme les iPhone 6 et les Samsung Galaxy S 6 équipés d’Android. En septembre 2014, Apple et Google, qui contrôlent 96% du marché mondial, ont modifié leurs systèmes d’exploitation de manière à garantir un chiffrement total des appareils. Désormais, la totalité des données sont devenues inaccessibles à quiconque ne possède pas le code de déblocage. Seul l’utilisateur en est le détenteur. Ni Apple ni Google n’en ont connaissance. Cette garantie de confidentialité absolue s’est même imposée comme un argument de marketing majeur auprès des clients afin de protéger leur vie privée. La justice devient aveugle en la matière.

L’intégralité de l’interview vaut le coup, voici quelques extraits :

La France ne dispose-t-elle pas de calculateurs capables de casser un chiffrement souvent limité à quatre ou six chiffres ?
Il était possible de le faire par le passé, mais, avec les nouvelles générations de mobiles, nous n’y arrivons plus. 

Le recours à la téléphonie ne représente cependant pas votre unique moyen d’enquête...
Non, bien sûr. Mais ce moyen de communication s’est imposé comme un élément essentiel pour faire aboutir les investigations, que ce soit dans le domaine du terrorisme ou du crime organisé.

Nous ne cherchons pas à interdire le chiffrement ni, bien sûr, à enregistrer massivement des données, nous souhaitons seulement permettre l’accès ponctuel à des informations.

Pourquoi ferait-on un sort différent au téléphone portable alors que la loi autorise, pour des infractions graves la sonorisation [NDLR : la pose de micros] d’un domicile privé ou d’un véhicule ?

Dans tous les cas, nous n’incitons pas, à l’inverse de M. Molins, à utiliser des iPhone 6 et des Galaxy S6. Mais plutôt à consulter notre modeste guide de sécurisation des téléphones.

En vrac

Catastrophe
Le Daily Mail publie des photos récentes de la zone interdite (depuis 2011) qui entoure la centrale accidentée de Fukushima. Véhicules abandonnés recouverts de végétation, salles de classes et bibliothèques désertées, tonnes de déchets contaminés, vaches malades, etc.

Képis
Il n’y avait plus qu’une centaine de militaires en poste au camp du Larzac (dont le projet d’extension avait été empêché dans les années 70). La réécriture de la carte militaire va y amener 300 légionnaires (en provenance des Emirats arabes unis) d’ici 2016, un millier d’ici 2018. Le Figaro se réjouit que le Larzac ne soit plus le lieu de rendez-vous des anti-flics, féministes, partisans de l’amour libre, paysans écolos qui se seraient déportés du côté de Notre-dame-des-landes.

L’antimilitarisme militant est résiduel et si l’échec à mobiliser sur le plateau se confirme, cette fin d’année 2015 pourra bien entériner son décès et rester comme un moment emblématique d’un tournant culturel majeur.

Générosité
Ces deux dernières semaines nous vous parlions de l’extension du travail gratuit, via l’usage d’internet. Pas besoin d’internet,finalement. La marque de vêtements Urban Outfitters a lancé à ses employés un « Call For URBN Volunteers ! ».

L’objet de la requête est très loin des activités de team building classiques, de loisirs ou de charité, pour lesquels des salariés sont en général mobilisés. Au programme : de la préparation de commandes (picking et emballage) dans un centre d’expédition, les trois derniers week-ends du mois d’octobre, pour répondre à un pic d’activité. Et tout cela à titre gracieux ! Dans un élan de générosité, l’entreprise consent tout de même à assurer le transport et à offrir le déjeuner aux courageux volontaires.

Mauvais goût

La mise en scène est déplorable : la mannequin, habillée avec des vêtements Zara, prend la pose à côté de fils barbelés. Sur des images, elle est aussi trainée par un faux policier, s’accoude à un poteau électrique (avec toujours des barbelés en arrière-plan, pour mieux signifier la notion de frontière), mange un sandwich ou prend un selfie avec un smartphone disposant d’une coque sur laquelle est apposé le logo de la marque de luxe Chanel.

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