Cauchemars et facéties #17

Sur l’internet...

Cauchemardos - paru dans lundimatin#48, le 15 février 2016

Des ptits déj’, de l’exploitation (2 fois), des algorithmes, des boîtes, un chien, mais aussi un aigle.

# Trop humains

Révélations dans Mediapart :

Les juges sont après tout des humains comme les autres. Ils ont des origines, une couleur de peau, un âge, une classe sociale, une histoire personnelle, une vie familiale, des humeurs et des sensibilités.

Le journal revient sur un mouvement d’étude de la justice, dit « réaliste », qui « souligne l’importance de paramètres a priori sans lien avec les affaires dans les décisions qui sont rendues ». Mouvement auquel Les cahiers de la justice conscraient un dossier fin 2015 : « Des juges sous influence ».

Ainsi, nous apprend Mediapart, des chercheurs israéliens ont voulu vérifier le proverbe américain « La justice dépend de ce que les juges ont mangé au petit déjeuner. » (« Justice is what judges ate at breakfast. »)

Après une étude portant sur 1 112 cas, ils se sont aperçus que plus l’heure du petit déjeuner était lointaine dans la matinée, moins les juges accordaient de libertés conditionnelles (de 65 % à 0 %). Après avoir déjeuné, ils se montraient de nouveau plus ouverts (encore 65 % de demandes acceptées). Avant de se refermer au fil de l’après-midi quand leur estomac se vidait et leur fatigue augmentait (0 % en fin de journée).

Ainsi, qu’a-t-il bien pu se passer à table, le matin de l’acquittement du policier Damien Saboundjian, l’assassin d’Amine Bentounsi ? Mediapart rappelle qu’« il est d’autres types d’influence, qui relèvent du contexte... » Ainsi, Arnaud Philippe a cherché à « mesurer les conséquences des contenus des journaux télévisés de 20 heures (regardés par 13 millions de personnes) dans les jours précédant les verdicts des cours d’assises ».

« Les peines sont significativement plus élevées lorsqu’il y eut des reportages sur les faits criminels la veille. Cette différence est de 83 jours, soit presque trois mois de plus que la moyenne. » De la même façon, « les peines prononcées le lendemain de sujets sur les erreurs judiciaires sont significativement plus faibles que les autres jours. De l’ordre de 80 jours ». En revanche, les autres mauvaises nouvelles, « telles que le chômage, les catastrophes naturelles, les grèves, etc., n’ont aucun impact sur les verdicts ».

Enfin, un biais intéressant parce que touchant au coeur de la procédure pénale française. Julien Goldzlagier rappelle que le droit français « qui tient pour avantage le bénéfice du dernier mot, a pris soin de gratifier la défense du privilège de l’ultime parole ».

La logique, qui s’inscrit dans le respect du contradictoire et de la présomption d’innocence, veut que la défense puisse répliquer à tout argument soulevé par la partie poursuivante « et trouve sa raison dans le présupposé psychologique selon lequel l’esprit du juge se trouve plus sensible à l’argumentation qui lui a été présentée en dernier ».

En réalité les « études montrent que l’ordre de parole, contrairement à l’idée reçue, jouerait en défaveur de la défense ». Du fait de « l’ancrage »…

L’idée est que les individus, lorsqu’ils doivent procéder à une évaluation quantitative dans un contexte d’incertitude (par exemple la durée d’une peine), procèdent selon une démarche d’ajustement à partir d’une valeur initiale, désignée comme « une ancre ». Et dans la procédure française, c’est le procureur qui donne cette valeur initiale.

La proximité entre les réquisitions du ministère public et la décision finale du juge a donc été démontrée par English et Mussweiler : le même dossier fictif a été soumis à de jeunes magistrats. Dans certains cas, on leur a dit que le procureur avait requis deux mois de prison. Les juges ont alors prononcé un enfermement de 18 mois. À d’autres (et pour les mêmes faits), que le procureur avait requis 34 mois de prison. Ils ont « condamné » à 28 mois. Ces études montrent que l’ordre de parole, contrairement à l’idée reçue, jouerait en défaveur de la défense.

# Éthique

"L’histoire du fonctionnaire fantôme de la ville de Cadiz a fait le tour de l’Espagne", nous explique le Figaro. Un ingénieur au service des eaux de la commune a été condamné à payer une amende de 26.920,93 euros "pour n’avoir pas travaillé un seul jour pendant six ans. Le tout en continuant à toucher son salaire annuel brut de 37.000 euros."

Incrédule, et quelque peu admirative, la journaliste du service économie du Figaro se demande "Comment cet agent, nommé directeur technique sur les questions d’environnement au sein de l’administration, a-t-il pu faire semblant de travailler pendant toutes ces années ?"

Les services de la ville pensaient que ce fonctionnaire - aujourd’hui à la retraite - travaillait dans les locaux de la société municipale de traitement de l’eau, Aguas de Cadiz, où il avait été envoyé en mission en 1996.

« Jusqu’à ce qu’un jour (en fait 14 ans plus tard, ndlr), je me souvienne de lui et me demande où est passé cet homme, s’il travaille toujours là-bas, s’il est parti à la retraite, ou s’il est décédé », témoigne Jorge Blas Fernández, qui a été maire de Cadiz entre 1995 et 2015, auprès du journal El Mundo. « J’ai appelé Aguas de Cadiz et ils m’ont dit qu’ils ne savaient rien de lui, qu’ils pensaient qu’il était revenu travailler dans les locaux de la mairie... » Personne à la société de traitement de l’eau ne l’avait vu à son poste de travail depuis 2004 « au moins », précise le journal local Diario Sur.

Le fonctionnaire, qui s’en sort donc avec moins d’un an de salaire d’amende, conteste cette version.

Son entourage a raconté à El Mundo que l’ingénieur avait été chargé de superviser la station d’épuration de Cádiz-San Fernando, qui était alors en phase de construction et dont le chantier devait durer des années. Résultat : le fonctionnaire se serait retrouvé avec « rien à faire » jusqu’en 2010, lorsque la mairie a finalement diligenté une enquête. Ses proches assurent que durant toutes ces années, l’agent « se rendait bien au bureau chaque jour » mais qu’il n’aurait pas osé avouer son inactivité. Pour s’occuper, il aurait passé ses journées à lire l’oeuvre du philosophe Spinoza, entre autres.

# Poignard

Drôle d’époque quand même, où un ancien leader étudiant et ancien responsable de parti écologiste propose la meilleur stratégie pour en finir avec la luttre contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Nous sommes en novembre 2012, et voici ce que Cohn Bendit publie, mine de rien, dans le Nouvel Observateur (repris sur le site d’EELV). C’est sans doute une des premières apparitions de cette idée dans ce contexte.

Juste pour qu’il n’y ait pas de mal-entendu. Que ce soit pour le gouvernement mais aussi pour ces écologistes ce référundum a le même but : enterrer la ZAD, pas l’aéroport.

Je ne saurai donc que trop suggérer aux décideurs de se pencher sur le cas de la gare de Stuttgart en Allemagne ; un autre projet d’envergure qui en l’occurrence devrait bel et bien être mené à son terme. Considérable, l’opposition aux travaux avait obtenu des pouvoirs publics la nomination d’un médiateur dont la décision devait être respectée par l’ensemble des acteurs. Après de nombreux débats retransmis sur la télévision locale, ce médiateur finit par annoncer que la meilleure solution était de laisser les habitants du Land décider eux-mêmes du financement du projet, et donc de son avenir. Le référendum eut lieu en novembre 2011 et aboutit à la confirmation des travaux, que devront paradoxalement assumer… les élus écologistes parvenus depuis peu aux commandes de Stuttgart et du Bade-Wurtemberg. Un paradoxe qui sonne aussi comme un signe de maturité démocratique et collective. Reste à savoir si nous sommes ici capables d’en faire de même…

Pour ce qui nous concerne, nous ne pensons pas que la maturité ce soit de trahir ses rêves d’enfants ou d’y renoncer, c’est au contraire être capable de les transformer en réalité.

# Valeur actuelle

Si vous ne comprenez rien à la notion de digital labor (le travail en ligne et plus généralement la création de valeur induite par l’usage des internets), lisez cet article d’inaglobal.fr.

À travers cette notion difficile à traduire, il s’agit de souligner que des tâches relativement disparates ont pour point commun d’être au cœur des business models de l’économie numérique : chacune de nos recherches améliore l’efficacité de l’algorithme de Google, nos « likes » permettent à Facebook d’affiner son ciblage publicitaire, nos commentaires renforcent l’attractivité des plates-formes où ils sont postés, etc.

Les activités dont il est question passent aisément pour de simples loisirs. Or, en suivant leurs inclinations personnelles ou en occupant leurs temps libre, les internautes participent à la création de valeur. Ils profitent de divers services (un moteur de recherche performant, un réseau social attrayant, un site aux recommandations judicieuses), mais jouent aussi un rôle décisif dans l’amélioration de ceux-ci. Pour les théoriciens du digital labor, l’occultation de ce rôle dissimule une exploitation : la valeur créée par les internautes est presque intégralement captée par les grandes entreprises du Net. Afin de nous dessiller les yeux, ils requalifient donc comme travail (labor) nos activités quotidiennes – et parfois plaisantes – d’utilisation d’Internet. Ce geste théorique est doté d’une indéniable force subversive. Il mérite pourtant d’être contextualisé et interrogé.

On a souvent célébré Internet comme une opportunité inédite de partage et de collaboration, un espace nouveau où pourraient se déployer des échanges passionnés et désintéressés. Depuis quinze ans, la capacité de ce discours à nourrir une critique sociale n’a pourtant cessé de s’émousser, à tel point qu’il semble s’être retourné en son contraire. Dans les années 2000, les entreprises du Web 2.0 (YouTube, Facebook, Flickr, etc.) ont prospéré grâce aux pratiques contributives du Net, en faisant avec les internautes un pacte implicite : à vous l’enrichissement personnel lié aux possibilités de communication et de partage en ligne, à nous l’enrichissement financier lié à la monétisation de ces activités. Le développement ultérieur de la sharing economy (Airbnb, Uber, etc.) a achevé de transformer le « partage » en schème idéologique, devenu le paravent de modèles économiques et sociaux faisant passer le capitalisme d’avant-Internet pour un songe égalitariste.

Contrairement à ce qu’affirment plusieurs penseurs du digital labor, [la notion marxiste d’exploitation] se révèle assez inopérante dans le contexte d’Internet. En effet, la valeur générée par les internautes n’est pas proportionnelle à leur quantité de travail, mais dépend de bien d’autres paramètres : la popularité des contenus qu’ils postent, l’intérêt marchand des données qu’ils sèment, leurs investissements relationnels sur les plates-formes, etc. De plus, il est en général impossible de mesurer la contribution de chaque individu à la production de valeur, puisque celle-ci résulte de processus complexes d’agrégation et de coopération. De même, il est extrêmement difficile de quantifier un temps de travail, et donc de surtravail, dès lors que la frontière entre activités productives et non productives se révèle de plus en plus poreuse dans le cadre de nos vies numériques. Enfin, l’économie d’Internet opère souvent une disjonction entre valeur d’usage et valeur d’échange (c’est très net dans les modèles du « gratuit »), disjonction qui se comprend mal dans un référentiel marxiste où la marchandise est conçue comme l’unité immédiate des deux. Pour toutes ces raisons, bien mises en évidence par les penseurs de ce que certains appellent désormais l’ « Italian Theory » , la reprise du concept classique d’exploitation ne semble pas en mesure d’éclairer ce qui se joue dans nos activités en ligne.

# Aigles

Sur la Zad, accordant peu de confiance à la magouille référendaire, on réfléchit à une parade face aux nouveaux drones anti-émeutes de la gendarmerie...

# Machines

Passionnant article d’internetactu sur la nouvelle distribution des rôles de management dans les plateformes de travail connectées (Uber, quoi). Si, si. C’est à lire absolument (surtout pour les lecteurs assidus de C&F qui savent que nous avons souvent essayé de relayer les réflexions sur la question du grand remplacement - des travailleurs humains par des robots, bien sûr).

L’année dernière, la société hongkongaise Deep Knowledge Venture a nommé un algorithme à son conseil d’administration, rapportait notamment le Huffington Post. L’algorithme, développé par Aging analytics, avait pour mission d’analyser les résultats prévisionnels des sociétés dans laquelle la société d’investissement en capital risque envisageait d’investir.

On pensait que les machines allaient, avec l’automation, prendre la place des OS (les ouvriers spécialisés, pas les systèmes d’exploitation). Ils seraient plutôt en train de remplacer les décideurs. Ainsi, « Travis Kalanick, le PDG de Uber, s’est souvent défendu du fait que Uber n’était pas le patron de ses chauffeurs, rappelle-t-elle : l’algorithme d’Uber est le vrai patron des chauffeurs. »

Uber utilise son logiciel pour exercer un contrôle sur ses chauffeurs équivalent à celui qu’accomplirait un manager humain. L’algorithme de la société utilise des indicateurs de performance, des systèmes de planification, des suggestions de comportement, une tarification dynamique et l’asymétrie d’information “comme substitut au contrôle managérial direct”.[Or,] les niveaux de contrôle et de surveillance qu’exercent [les robots] sont souvent plus importants que ceux exercés par des managers humains”.

Cool. Certes les chauffeurs « tentent de résister de multiples manières aux injonctions algorithmiques dont ils sont les destinataires, notamment en essayant de tromper le système sur leur position ou leur disponibilité. » Sauf qu’Uber-le-robot, disposant « de toute l’information, de manière asymétrique », le combat contre la machine s’avère difficile.

Mieux encore, si l’algorithme est le patron, ou plutôt le nouveau « directeur des ressources humaines », les clients, eux, servent de cadres intermédiaires chargés de surveiller les chauffeurs, réalisant une externalisation inédite du management. »

“Les systèmes de notation ont transformé les clients en cadres intermédiaires involontaires et parfois involontairement impitoyables. Ils se révèlent souvent bien plus efficaces que les cadres d’entreprises que ces entreprises pourraient vouloir embaucher”. Hypersensibles à la moindre erreur, l’algorithme n’a plus qu’à s’adapter à leur moindre jugement. L’évaluation déportée sur les clients permet bien sûr de diminuer le coût du service en faisant disparaître le management intermédiaire.
[...]
À l’origine, les systèmes de notation initiés par eBay ont d’abord été décrits comme des moyens pour établir la confiance entre usagers. Nous n’en sommes plus là.
[...]
Pour Joshua Gans, économiste à l’université de Toronto, “Uber et Airbnb sont en fait certains des écosystèmes les plus réglementés au monde”. Tout le monde y est surveillé en permanence par un système de jugement croisé, sans mesurer très bien le pouvoir que le système technique exerce puisque chacun n’en voit que sa part.
[...]
“L’évaluation permanente aboutit à une convivialité sous contrainte” forçant les employés à sourire, à se comporter comme des domestiques. Un chauffeur musulman plaisantait à moitié en constatant que sa note baissait à mesure que sa barbe s’allongeait, malgré ses qualités de conduite et sa gentillesse et qu’un chauffeur plus brutal de ses connaissances, mais blanc, avait invariablement de meilleures notes que lui. Un autre chauffeur raconte qu’un matin, il a été désactivé pour avoir refusé la veille un passager qui voulait boire de l’alcool dans sa voiture, alors que les chauffeurs sont encouragés à le faire…

Si les clients ont toujours eu beaucoup de pouvoir, ce qui est nouveau c’est la facilité avec laquelle ils peuvent donner leur avis et le fait que ceux-ci prennent le pas sur toute évaluation managériale.
[...]
Les systèmes de notation par les clients sont tellement efficaces pour organiser et discipliner les travailleurs que nul ne semble pouvoir croire qu’ils ne vont pas se propager. “Comment s’assurer autrement qu’un million de conducteurs font bien leur travail”

# Canapés

Transition :

Le système d’évaluation d’AirBnB a quelque chose de tout à fait glaçant en ceci qu’il ne prétend pas noter le logement loué, ni même la qualité du service rendu, mais bien la personne qui le rend, « l’hôte ». Les commentaires positifs ne parlent pas d’un superbe appartement très bien situé, mais d’un excellent hôte, très accueillant, serviable, etc.

Ca conduit à une escalade du zèle chez les hôtes qui, tels des chauffeurs Uber, sont terrifiés à l’idée qu’on leur laisse une évaluation dégueulasse (« La boîte de mouchoirs de la cuisine était pratiquement vide à notre arrivée, et on ne capte pas le WiFi depuis les toilettes du fond. Je pense que Flora et Ben devraient faire un petit effort pour améliorer leur hospitalité ! »). Du coup ils rivalisent de politesses et de petits services absurdes pour s’assurer d’une évaluation positive, tels, encore une fois, des chauffeurs Uber avec quatorze sortes de bonbons dans leur boîte à gant et qui prient les passagers choisir la musique.

Un texte, sur nologos, qui nous parle d’AirBnB, d’uniformisation.

Toujours le même appartement, partout, qui appartient en réalité à une sorte de résidence distribuée et invisible dont les couloirs sont des vols EasyJet. Elle abrite les membres d’une diaspora cosmopolite qui vivent dans des unités pratiquement indistinguables, toujours situées dans des enclaves cool et honnies, comme si la classe créative entretenait des concessions jumelles dans toutes les capitales du monde.

Tous les habitants de cet immeuble mondial sont amis. Ils s’accueillent volontiers les uns les autres. Grâce à un ingénieux système de réservation en ligne, on s’invite chez ses voisins sur un coup de tête – les frontières on s’en fout, c’est pas pour nous –, pour se changer un peu les idées et pour aller voir si l’herbe est plus verte de l’autre côté du pallier, si on pourrait être heureux là-bas, si la bière est bonne et s’il y a des écoles bilingues pour nos enfants. On loue sur AirBnB un appartement qui ressemble singulièrement au nôtre, comme s’il s’agissait d’un premier contact en vue d’un échange de vie. Si ça nous plaît, on pensera à déménager.

Peut-être qu’on trouvera ça super et qu’on décidera de déménager. On décollera nos polaroïds du mur pour aller les recoller ailleurs. Il faudra trouver un sacré boulot de connard pour payer tout ça, le loyer et les déménagements et l’école française et les retours au pays pour les fêtes et tout, mais ça ne devrait pas être trop compliqué, node et Angular n’ont pas de patrie, eux non plus. Les nouveaux collègues nous traiteront avec une familiarité tout à fait glaçante, eux aussi. Nous serons immédiatement leur ami, des gens comme eux qui ont réussi à s’extraire de leur triste terroir pour venir grossir les rangs des créatifs. Il faudra être passionné par le job, la boîte, l’avenir, les nouvelles tendances du webdesign ou que sais-je. Il faudra être enthousiaste, amical, incolore. Ce sera facile. Il suffira de mettre en oeuvre les leçons apprises en louant nos logements à des graphistes tâtillons et des jeunes couples exigeants.

Une fois installés, nous reprendrons vite nos marques. Une librairie, un bar sympa, un endroit qui sert du café décent, un appartement avec du vieux parquet et des choses colorées qui pendouillent, et une nounou trilingue qui, dans dix ans, prendra notre place.

# Malades

Ce qui nous amène à un autre article d’internetactu.

A l’heure où nous sommes de plus en plus cernés et saturés par les notifications sociales en temps réel, la connexion permanente livre sa face noire. Vivre dans le village global conduit les plus connectés à éprouver de nouvelles anxiétés, de nouvelles obsessions, de nouvelles phobies et de nouvelles formes de stress, qui sont le symptôme des effets négatifs liés à la manière dont on conçoit les technologies.

“Les plateformes de réseaux sociaux agissent comme une extension de nos pratiques sociales. Mais, comme avec toute extension technologique, nous avons tendance à être fascinés par sa puissance et son échelle. Cependant, nous choisissons trop souvent d’ignorer ou de minimiser “les amputations” et les implications qu’elles produisent. Comme le disait Paul Virilio : “l’invention du navire est aussi l’invention du naufrage”.”

Voir les remèdes des designers..

# #Jesuischien

Témoignage d’un agent de sécurité dans Vice. Aussi chiant que son métier... Entre anecdotes entendues cent fois (« il ne sonnait jamais au portique. En fait il cachait les magrets dans son chapeau » - mais bien sûr, un haut-de-forme, non ?) et larmoyisme copyrighté police :

le gros problème, c’est que les mecs en face de nous sont mieux équipés. On fait juste de la dissuasion sans pouvoir fouiller, ni palper. On manque de moyens pour exercer correctement. Ton équipement est entièrement à ta charge en plus. 

Pauvre petiot. Et sinon :

On dit souvent qu’il n’y a pas plus voleur qu’un agent de sécu. C’est en partie vrai. Disons que c’est un poste exposé et les tentations sont grandes, donc il y a en effet beaucoup de magouilles. Un agent de sécurité a accès à tout le magasin et connaît l’emplacement de toutes les caméras. Sur les transferts de caisses au coffre tu peux avoir jusqu’à 80 000 euros en main – ça donne des idées aux smicards que nous sommes.

Il y a aussi les petits arrangements avec les flics, bien contents de pouvoir compter sur nous parfois. Il m’est arrivé de photographier des gens à l’entrée du supermarché après une demande des policiers alors que c’est strictement interdit – au niveau du droit à l’image, etc. Dans ce cas, ils te couvrent. Ça peut leur servir, pour les besoins d’une enquête. Il arrive aussi qu’il y ait un renvoi d’ascenseur. Une fois, j’ai dû riposter à un mec qui m’avait mis une droite gratuitement. Dans la bagarre, je me suis pété un doigt et j’ai récolté 6 jours d’ITT. Le flic s’est arrangé avec le médecin pour pousser à 8 jours, le seuil à partir duquel l’agresseur peut être poursuivi en correctionnelle. Moins de 8 jours, c’est une simple contravention. Plus de 8 jours, selon le Code Pénal c’est un délit.

Mais surtout (la touche Vice - et on se fait avoir à le reprendre...) :

« J’ai un rapport assez exclusif avec mon chien et je n’envisage pas le prêter à quelqu’un d’autre. Je ne l’ai jamais laissé se faire caresser au-delà de mon cercle d’amis. C’est d’ailleurs ça qui est chiant au taf. Plein de gens veulent le caresser »

# Mystère...

Bataille de chiffres, dans un article du journal le Monde sur les « No Border ».

En novembre, la préfecture du Pas-de-Calais comptait « entre quarante et cinquante » No Border en semaine à Calais, un chiffre pouvant, selon elle, « doubler le week-end ». Les intéressés assurent eux être « beaucoup moins de cinquante ».
Selon Philippe Wannesson, « ils n’ont jamais été plus d’une trentaine ». Ce militant, auteur du très documenté blog Passeurs d’hospitalités, estime que, depuis plusieurs mois, « on met derrière le terme “No Border” beaucoup de gens, y compris des Belges et des Britanniques, qui sont sur le terrain, dans le bidonville, sans qu’ils aient forcément de liens avec le mouvement ». Pour cet observateur de la situation migratoire à Calais, les deux Français poursuivis pour l’intrusion sur le ferry le 23 janvier ont même « découvert l’existence de No Border en garde à vue ».

Ces mystérieux No Border « agacent les associations humanitaires officielles, qui tentent de soulager la misère des exilés » selon l’Obs. L’hebdo prétend les avoir rencontré il y a plus d’un an.

Comme ces deux femmes "zadistes" de Notre-Dame-des-Landes, qui débarquent de Nantes, la voiture remplie de kilos de pommes de terre et de courgettes cultivées sur le territoire dédié au projet d’aéroport international du Grand Ouest.

Selon l’Obs, elles "méprisent l’action humanitaire" et "détestent" "les journalistes, qui font partie du système".

Elles sont là, assises à l’écart des migrants, caméra autour du cou. Un brin parano, elles refusent de raconter leur vie, enchaînent les poncifs : "On veut bâtir des ponts" parce que "la Terre est à tout le monde". Elles disent : "C’est ça, être No Border. Nous sommes des activistes qui oeuvrons dans le concret, et pas de ces militants qui font dans le prosélytisme."

Face à tant de "mépris", l’Obs tente donc sa chance auprès d’Ali, 35 ans, "souriant", mais finalement "guère plus disert".

Il se dit "réfugié", parle un anglais approximatif, refuse de révéler sa langue maternelle. D’où vient-il, alors ? "De partout et nulle part." Il consent tout juste à confier qu’il a rejoint la mouvance en 2005. Pour qui ? Pourquoi ? Un sourire et l’oeil noir pour toute réponse. Certains affirment qu’il est "docteur en philosophie". On demande confirmation. Il se raidit, la question lui faisant l’effet d’un "interrogatoire de police".

Faute d’avoir beaucoup de chose à raconter sur cette drôle de « rencontre » l’Obs a donc préféré donner la parole aux agacés. Ainsi, Jeanne, de Salam, "une association subventionnée par la ville, la Région et l’Etat" :

Les No Borders "sont certes courageux, mais pas toujours très malins". Dans son petit imperméable bleu, la militante de 88 ans sert des repas aux migrants depuis des décennies. Professeur d’éducation physique retraitée et ancienne élue communiste de la ville, elle reproche aux activistes "des méthodes ’y a qu’à, faut qu’on’ qui attirent la police et ne servent pas les migrants".

Pour Dominic "adhérent de l’association l’Auberge des Migrants" :

Les No Borders sont une nuisance. Ils essaient d’endoctriner les migrants, qui veulent juste aller en Grande-Bretagne."

Stéphane, 20 ans, est étudiant en histoire et en russe, il préfère se tenir à distance "des anarchistes" : "je suis plutôt communiste, enfin, compagnon de route, comme Simone de Beauvoir".

Enfin, l’Obs relaie l’indispensable témoignage de Bernard C., né le 2 juin 1963 à Senlis dans l’Oise :

les No Borders "sont les complices objectifs" des passeurs, qui, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, font miroiter aux migrants démunis un passage outre-Manche hypothétique.

# Jungle (bis)

Streetpress tente de rendre compte de la situation dans (et autour) la jungle de Calais : bavures policières, milices d’extrême-droite, tatoués-croix-gammée, journalistes rackettés, ratonnades, voitures d’associatifs brulés, etc.

On passera sur la mise en scène et les références ciné (Banlieue 13 !?). Voici quelques témoignages :

Amine Trouvé-Bagdouche, responsable de Médecin du Monde pour le camp de Calais :

« On a fermé notre clinique [dans la jungle] parce qu’on subissait des menaces. Ici, pour mes équipes, j’applique le même protocole que dans nos camps à l’étranger. Un jour on a trouvé notre permanence détruite à coup de haches. »

Annie, « bénévole anglaise de 24 ans »

« Le pire c’était le 7 décembre », se souvient-elle. Vers 4 heures du matin, plusieurs dizaines de policiers font une descente dans le quartier kurde du bidonville. Quand Annie et ses collègues arrivent sur place, ils découvrent un corps inconscient qui gît dans la boue. Un jeune kurde vient de prendre un tir de flashball en pleine poitrine. « Il avait du mal à respirer. »

Annie et ses potes décident de l’évacuer. « Il n’arrivait pas à marcher, alors on a décidé de le porter jusqu’à la sortie de la jungle, où les pompiers nous attendaient. » Rue des Garennes, à deux pas du camp de fortune, ils tombent sur une patrouille de bleus, plutôt intransigeants. Cette nuit-là, ordre leur est donné de ne laisser sortir personne. La jeune femme pète les plombs :
« Ils nous ont demandé de le déposer par terre dans la boue. Je ne comprenais pas. Je leur ai dit qu’il fallait qu’il aille à l’hosto. »

Le ton monte. Un policier arrose Annie et ses potes de gaz lacrymogènes. Ce n’était pas la première fois de la journée : « Plus tôt, un sit-in était organisé à l’entrée de la jungle. C’était une protestation non violente. Les policiers n’ont pas cherché à comprendre. Ils ont juste gazé. »

StreetPress a fait le tour des assos’ médicales présentes sur place : sur les seuls mois de décembre et janvier 51 certificats médicaux ont été délivrés suites à des violences attribuées à la police, soit quasiment un par jour.

Nima, « jeune iranien de 30 ans » qui, « avec 2 autres potes » a tenté de passer en Angleterre en se glissant à l’arrière d’un camion.

« Plusieurs se trouvaient à l’arrêt. Je suis montré dans l’un d’entre eux, sur l’emplacement qui se trouve entre la cabine et la remorque », écrit-t-il dans sa déposition que StreetPress a pu consulter. Manque de chance pour le jeune homme, un CRS à la carrure imposante le repère.

Nima prend peur et décide de filer à l’anglaise. Ses potes partent à gauche du camion, lui à droite. A peine sorti de sa cachette, le jeune homme tombe nez à nez avec l’homme en uniforme. Plutôt vénère, celui-ci lui envoie plusieurs coups de matraques. Alors qu’il tente de prendre la fuite, le CRS frappe Nima à l’arrière du crâne, puis en pleine poire au point de lui casser la mâchoire. « Pendant toute la durée de l’attaque, je pouvais entendre le policier crier. » K.O, Nima s’étale de tout son long. Le policier lui assène 2 coups de pieds alors qu’il est à terre, puis l’abandonne sur le bord de la route. Laissé pour mort.

Ludovic Hochart, délégué CRS pour le syndicat UNSA Police à Calais

« On est dans un cadre de violences urbaines. Il y a près de 7.000 personnes dans ce camp. Nous on n’a pas l’effectif pour gérer ça. Pour l’instant on ne déplore que des blessés légers mais on est à 2 doigts d’un drame » […]
« Aucun fonctionnaire n’a été condamné et aucune instruction n’est en cours à l’IGPN, à ma connaissance. Il n’y a pas de bavures, la réponse de mes collègues est légitime. »

Calaisiens en colère, collectif organisant des « rondes » aux abords de la jungle :

Ces dernières semaines, plusieurs vidéos les montrant en action, diffusées sur leur page Facebook ont fait le buzz. Sur l’une d’elle, on voit plusieurs membres du collectif jeter des pierres sur des réfugiés ou proposer de l’aide aux CRS. Accusé d’avoir monté une petite milice par de nombreux calaisiens, Jean-Yves se justifie dans un troquet du centre-ville de Calais :

« Ces vidéos sont sorties du contexte. On est devant la jungle, y’a 300 migrants qui commencent à jeter des cailloux à la tronche. Les CRS n’étaient pas prêts, il fallait le temps qu’ils s’habillent. On ne fait que renvoyer des cailloux qui nous ont été lancés. »

Christian Salomé, de l’Auberge des Migrants, qui parle des menaces des milices :

« La semaine dernière, il y a eu une tentative d’intrusion dans notre hangar. Devant l’Auberge de jeunesse de Calais, 2 voitures de membres de l’asso ont été brûlées. D’autres ont eu plusieurs pneus crevés. On est clairement visés. Sur Internet, plusieurs pages ont diffusé l’adresse de notre hangar. »

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