Carnaval à Rennes : l’équipe bleue disqualifiée

MàJ : Vidéo de la journée
« Une cocotte-minute, un gendarme moustachu, une chouette, un Valls teigneux, un bateau pirate, un bourgeois-cochon, un char spécial enfants, une vache avionovore prennent alors place en haut du parvis, surplombant le banquet en pleine préparation.nombreuses surprises carnavalesques prévues pendant le cortège. Mais ce n’est que partie remise ! »

paru dans lundimatin#47, le 8 février 2016

Samedi 6 février à Rennes se tenait un carnaval « pour la victoire de la Zad et contre l’état d’urgence ». Un millier de carnavaliers déguisés se retrouvaient pour un banquet au coeur du centre-ville. Chars, déguisements, tracteurs, tout était prêt pour une après-midi festive... jusqu’à ce que surgisse l’équipe bleu marine.

Quelques participants ont écrit à lundimatin afin de donner leur version déroulement de la journée.

Mise à jour

La journée en vidéo par Doc du Réel

11H30 Place du Parlement


11h30, la place du parlement commence à s’animer. Les premiers arrivants étalent des bottes de paille dans le carré central de la place. Certains, tellement ravis, se jettent quelques brins à la figure, prémices des quelques chahuts à venir.

D’autres s’affairent autour de tracteurs, commencent à installer les tables du banquet, les deux cantines et le bar-bétaillère.

Sur la face ouest de la place, plusieurs camions de gendarmes mobiles harnachés bouchent les entrées, obligeant les carnavaliers à les contourner. L’esplanade fourmille gentiment quand un rugissement joyeux se fait entendre. Alors, les regards se tournent vers le sud : les chars ! Les étendards ! Et l’équipée colorée prend d’assaut l’espace qui s’ouvre devant elle. C’est beau ! C‘est foutrement beau même. Certains en ont le ventre qui papillonne pendant que d’autres accueillent bruyamment les nouveaux venus.

Une cocotte-minute, un gendarme moustachu, une chouette, un Valls teigneux, un bateau pirate, un bourgeois-cochon, un char spécial enfants, une vache avionovore prennent alors place en haut du parvis, surplombant le banquet en pleine préparation.




Au fil des minutes, la foule carnavalesque grossit. De quelques dizaines, on passe à plusieurs centaines. On s’attable. L’ouverture des festivités est annoncée et deux files se créent pour rejoindre les cantines. À droite, les carnivores qui se gaveront de Piémontaise, de poulet au petit pois et de crème caramel préparés par les Q de plomb, renommés banquetiers de la ZAD. À gauche, la cuisine ATAB régalant ses adeptes d’un plat sans animal mort.


Et la ripaille commence. Les places à table se font même rares alors que les derniers participants arrivent. Il y a pourtant une bonne centaine de mètres de tables et le double de bancs.

Un gros millier, voilà combien nous serons pour égayer ce terne samedi de février.

Puis les cantines ferment et alors que les derniers repus attendent pour faire leur vaisselle, apparaît un énergumène déjà vu un mois plus tôt lors de la tracto-vélo du 16 février : Manuel Vador prend place en surplomb de la foule et clame à tous son revirement récent. L’Empire ne l’intéresse plus vraiment depuis la semaine dernière. Après avoir vu l’engouement général pour le week-end de travaux sur la Zad, il a tourné casaque. Après tout, planter des légumes à plusieurs c’est quand même pas mal !

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Photo : Kévin Niglaut

Après son coming-out, l’ex-commodore laisse la place à un speaker d’un autre genre. Celui-ci, avec un calme professionnel déclare ouvert les « Carnaval Games » et explique la marche à suivre : tout autour de la place sont répartis des étendards : cinq mascottes, cinq couleurs que les carnavaliers sont invités à rejoindre. La foule se répartit alors autour du centaure, de la musaraigne aquatique, du merle moqueur, du triton crêté ou de la rascasse.

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Photo : Emmanuel Brossier

Mais voilà, il y a une sixième équipe qui s’est invitée : grimée uniformément de bleu foncé, sans inventivité dans la forme de leurs chars et de leur accoutrement, sans mixité aucune en leur sein, ils perdent de premiers points. Les règles leurs sont alors rappelées : les seuls projectiles autorisés sont la farine et la peinture. Enfin, par mesure de fair-play il n’est pas autorisé de faire de prisonniers.

Ces derniers rappels effectués, la masse grouillante s’ébranle, arborant fièrement masques et drapeaux. Le cortège, jouasse, s’active. Quelques brassées de pailles fusent de nouveau alors que différentes brigades musicales distillent du New-Orleans ou de la samba.
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Photo : Emmanuel Brossier

On rit, on s’égosille, on tente d’enjoliver un peu le morne uniforme de l’équipe bleu-marine, mais ceux-ci tiennent visiblement à rester propre. Même les paillettes et la farine ne les amusent pas vraiment et sans doute n’ont-ils pas non plus apprécié que les murs du centre ville soient allègrement repeints de diverses couleurs... ni que quelques vitrines bancaires et immobilières ne tombent.

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Photo : Kévin Niglaut
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Photo : Emmanuel Brossier

Dès notre arrivée sur la place de la République, voilà que les pandores gazent avec un plaisir mal-placé, les carnavaliers comme les passants et spectateurs incrédules, Mais le défilé, uni, a déjà bifurqué vers l’esplanade Charles de Gaulle. Il s’agit de prolonger autant que possible le parcours afin que les réjouissances ne soient pas écourtées.

Agacée, l’équipe bleu-marine s’illustre une nouvelle fois par une série d’actes anti-jeux :
-À plusieurs reprises le milieu du cortège est gazé alors qu’il se trouve à l’angle d’une rue, dans une tentative délibérée de le scinder en deux.
- Ceux qui tentent alors de relier les deux parties du cortège sont arrosés d’une volée de flash-balls.
- Plusieurs carnavaliers sont blessés à coups de matraques.

Non-contente d’avoir délibérément sapé les Carnaval Games, l’équipe bleu-marine se lance alors dans une partie de chasse contre les autres équipes. Allant jusqu’à poursuivre longuement les restes du cortège bigarré et joyeux et capturer cinq de nos coéquipiers.

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Photo : Kévin Niglaut
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Photo : Emmanuel Brossier

La journée du 6 février nous laisse un goût de frustration. L’intervention de la police et notre incapacité à y faire face nous ont gâché la fête et ont mis un terme aux nombreuses surprises carnavalesques prévues pendant le cortège. Mais ce n’est que partie remise !

Les comités de toute la région ont répondu à l’appel. Ils sont venus déguisés et masqués avec des chars, de la musique et leurs propres initiatives pour marquer la ville. Cela témoigne autant de la vigueur de la mobilisation autour de la Zad que de la volonté et la nécessité d’inventer de nouvelles formes qui débordent le bocage et se répandent jusqu’au coeur des centre-villes.

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