CGT-CFDP

« Il nous ont bien niqué, y’a pas à dire »

paru dans lundimatin#489, le 22 septembre 2025

Après un 10 septembre en demi-teinte, la mobilisation syndicale du 18 devait permettre aux différentes modalités de mobilisation et de contestation d’entrer en résonance. Ce ne fut pas vraiment le cas, Bruno Retailleau a d’ailleurs pu se féliciter dès midi du peu de blocages matinaux. Du point de vue de l’inter-syndicale, ce fut aussi une réussite, les rues étaient pleines et les camions sono ont pu cracher leurs tubes des années 80. Comme après chaque première journée de mobilisation, chacun a pu scruter la stratégie syndicale : une nouvelle date proche serait le signe d’une grande détermination, une date un mois plus tard démontrerait une plus grande frilosité. Finalement, tous les pronostics ont été déjoués puisque l’inter-syndicale a choisi de ne pas choisir de date. Un « enragé » nous a transmis ce billet de mauvaise humeur qui traduit parfaitement la déception ressentie par de nombreux manifestants.

Les syndicats rien que leurs noms ils puent l’ennui : CGT-CFDT-CFTC-UNSA-SUD... Vous kiffez tant que ça les lettres, bande de lâches ? Un mot complet, ça vous arracherait la bouche ? Ouais je sais, y’a Solidaires, ça prouve l’inspiration. Après on s’étonne que ça défile derrière des ballons, des grosses couilles avec des micros des sonos qui crachent les pires slogans, la pire musique de la terre. Même pour ça ils inventent rien ils récupèrent ils sont toujours en retard. Tu peux être sûr que quand les syndicats ils passent un son, le reste du monde il est passé à autre chose.

Il nous ont bien niqué, y’a pas à dire. Macron il fait tomber son guignol le 8 et eux ils enchaînent le 18. Résultat le 10, c’est quoi ? C’est le gamin du milieu, tout le monde s’en bat les couilles. Mais voilà, le 10 c’était nous. Le 18 c’était eux. Résultat, l’État il souffle et Le Monde ils peuvent dire : les syndicats au centre, acteurs incontournables de la Rèpublique Fronçaise, tout ça. Ils ont bien surfé sur la vague ces FDP, leur planche de merde elle a bien pris toute la force, toute la colère des gens. Les centrales syndicales elles se sont mises dessus et ça y est c’est elles qui parlent, et c’est elles qui décident.

Bastille-République-Nation mais pitié faites un truc. Ah c’est sûr, Concorde la pref’ elle voulait pas. Il faudrait pas froisser les porcs. Nous on est les gentils tu comprends, nous on s’indigne avec les keufs devant. Indignons-nous quand on est de gauche, c’est la réponse à tout. La guerre elle arrive on s’indigne, un génocide on s’indigne, la Terre qui flambe on s’indigne, le Capital qui te fait charbonner toute ta vie, il fait pleuvoir du plastique dans ta tête, il nique le climat et le cycle de l’eau – le cycle de l’eau putain ! – il empoisonne tes sapes, ta bouffe, l’air et tout, il te fait crever la dalle on s’indigne. Ils sont où mes révolutionnaires, mes gilets-jaunes-totos véner, mes confus- conspis de province qui viennent pour tout casser ?

Bah non, ça préfère taguer TAXER LES RICHES. Et pourquoi pas + DE PISTES CYCLABLES ? RETRAITE A 60 ANS ? Ça prend le risque de se faire péter pour un mot d’ordre LFI. À la limite tague RP LÂCHE LE MIC. (En vrai, les trotskistes, ils ont quoi avec les micros ? Déjà que toute leur vie ils sucent un mort, ça peut être que du sale.)

Là les syndicats même plus ils se mobilisent, juste ils menacent de le faire. Quand je te dis que c’est la deuxième ligne des porcs, qu’ils organisent la défaite. Là ils disent : « Attention, on va réfléchir à faire grève si après le 24 septembre le gouvernement répond pas. » Mais on a rien demandé. Le gouvernement on lui parle pas. D’ailleurs il existe pas. Par contre, eux ils donnent du temps au Cornu pour en fabriquer un.

Après, tant mieux si ils font rien : c’est maintenant qu’on doit poser une date. Y’avait des trucs le 21, mais pourquoi pas le 10 octobre ? Ça laisse du temps pour les guydéborder. Tant qu’on fait pas peur au pouvoir il se passera jamais rien. Si t’aimes pas les manifs, y’a même rien besoin de faire. En vrai il suffit juste de pas aller au taf. En 68 ils ont fait ça, ils étaient 10 millions. Après la CGT elle a dit à tout le monde de retourner travailler. Moi je dis en 2025, le 10 octobre, on recommence. Et si la cégète vient, cette fois on l’envoie chier.

Un enragé (sous le seuil de pauvreté)
Photo : Bernard Chevalier

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