Bave, crache, chie du béton

Une enquête fouillée du pôle investigation des Soulèvements de la Terre de Marseille

paru dans lundimatin#489, le 22 septembre 2025

Depuis le comité local des Soulèvements de la Terre, à Marseille, ce texte émane d’un groupe de recherche sur le béton et le monde qu’il produit. Un groupe né suite aux vagues d’arrestations massives de juin 2023 dans le cadre de l’affaire « Lafarge ». Affaire où 200 personnes se sont introduites dans la cimenterie de la Malle, à Bouc Bel Air, pour procéder à son désarmement. Par ces arrestations massives et violemment spectaculaires, le gouvernement a souhaité assigner le qualificatif de terroriste à tout.e militant.e qui souhaiterait remettre en cause le business as usual du capitalisme. Nous écrivons pour le mouvement anti-béton, pour le soutenir par nos réflexions argumentaires afin de nourrir la bataille politique et de légitimer l’action politique comme levier de révolution contre le monde gris.

Ce document est structuré en trois parties pour comprendre les enjeux et ambitions de la filière béton et de la multinationale Lafarge Holcim. Un premier texte revient sur les procédés de fabrication et l’histoire des différents matériaux qui composent le béton, le deuxième décortique les stratégies industrielles de « développement durable » et le troisième tente de développer de la matière à penser sur les questions d’industries et d’alternatives dans le bâti.

Partie 1 : Béton armé et armées de béton

Le ciment classique, dit «  Portland  » est le liant utilisé pour la fabrication du béton  ; plus de 4 milliards de tonnes (Gt) en sont produites chaque année. Le béton est le matériau de construction le plus utilisé au monde  : il représente 75 % de la construction des logements collectifs et bâtiments tertiaires (entreprises et usines) et 50 % du logement individuel en France. Fière de ses 693 sites de production, la filière béton sʼest constitué un maillage de proximité assurant l’accessibilité de son produit partout sur le territoire. Les pays dits «  développés  » sont les plus gros consommateurs de ciment au monde, et la France n’est pas une exception en la matière. Malgré des résultats écologiques et sociaux toujours plus affligeants, la fièvre grise coule 150 tonnes de béton chaque seconde dans le monde.

Le béton est constitué d’un corps de granulats, d’un liant de ciment ainsi que d’acier pour le béton armé. Les bétons sont augmentés d’adjuvants pour réguler les propriétés, tels que des accélérateurs de prise, des plastifiants, etc.

Pour mieux comprendre l’avènement du béton nous allons commencer par une analyse historique des différents matériaux qui le constituent.

Ciment Portland

Le ciment se fabrique avec un mélange précis de calcaire et dʼargile qui sont broyés et malaxés pour former une pâte quʼon appelle le cru. Ce cru sera ensuite cuit à 1450°C pendant dix-huit heures, dans de gigantesques fours rotatifs horizontaux qui peuvent atteindre jusquʼà 160 mètres de long afin de produire le clinker. Allié à quelques adjuvants, le clinker est de nouveau broyé très finement jusquʼà produire cette poudre quʼon appelle ciment Portland.

Si le ciment est aujourdʼhui un matériau dit «  bon marché  », il est pourtant extrêmement énergivore. Par la durée et la haute température de la cuisson ainsi que pour le broyage très fin et homogène du clinker, sa fabrication mobilise des machineries extrêmement lourdes. Jusquʼau début du XXe siècle, il restera donc trop cher à la fabrication face à la chaux des chaufourniers. Également produite à base de calcaire et dʼargile, la chaux est cuite à une température plus basse (900°C pour la chaux aérienne). Les carrières de calcaire argileux naturel sont nombreuses et les fours fonctionnent souvent à la faveur de lʼénergie hydraulique des cours dʼeaux ou sont directement bâtis au milieu des forêts pour y prélever le bois.

Breveté en 1824 en Angleterre, le ciment Portland est dʼabord jugé trop fragile à la traction comparé au prix de revient. En 1885 naît le premier cahier des charges de ce ciment en France. Du fait de sa qualité de liant hydraulique qui durcit même sous lʼeau, le ciment sert alors surtout aux grands chantiers de fortification sous-marine pour les développements des ports. La généralisation du béton surgit après le brevetage en 1892 du béton armé par lʼingénieur français François Hennebique. Lʼalliage du béton et des étriers dʼacier donne au premier une solidité remarquable à la traction et aux seconds une protection contre la rouille.

Ainsi, la firme Hennebique, en moins de vingt ans, devient un des premiers véritables empires du BTP (filière des bâtiments et travaux publics) avec 127 concessionnaires dans 38 pays, et produit autour de 7 000 ouvrages par an [1]. Boostée par les nécessités de la guerre, en 1927 en France la production de ciment dépasse celle de la chaux. Après la forte accélération industrielle de la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction de lʼEurope dʼaprès-guerre, le béton de ciment viendra sʼimposer comme le matériau de construction incontournable pour lʼintégralité du BTP.

Le ciment nʼa pas été retenu pour ses qualités dʼaccessibilité, de praticité ou de bien-être. Il coûte très cher à la fabrication, ne respire pas, demande des infrastructures gigantesques, il nʼa aucune flexibilité de re-modélisation et sa fin de vie est un calvaire car il est très dur à détruire et lourd à transporter. Le béton sʼest imposé dans une époque rythmée par deux guerres mondiales pour sa capacité à répondre à une économie concurrentielle de guerre. Il a percé pendant lʼescalade industrielle de lʼentre-deux-guerres et a consolidé son assise pendant la Seconde Guerre mondiale pour la construction rapide de bunkers, bases sous-marines et autres fortifications. La construction la plus emblématique est certainement celle du mur de lʼAtlantique, réalisé par lʼOrganisation Todt. A la tête dʼune entreprise du BTP, la personne de Fritz Todt incarne parfaitement ce lien étroit entre le BTP et la guerre. Censé sʼétirer de la Norvège jusquʼà lʼEspagne, le mur de lʼAtlantique mesurait 4 000 km de long en 1944, avec 12 000 ouvrages bétonnés annexes (bunkers, bases sous-marines, etc). Cette prouesse morbide, qui reste un objet de fascination pour les aménageurs, sʼest faite avec la participation de nombreux cimentiers français, dont Lafarge, et 1 400 000 ouvriers en bonne partie prélevés dans le contingent des travailleur·euses forcé·es du STO [2]. LʼOrganistion Todt, qui ne pratique que la construction de béton armé, entreprend la majorité des grands chantiers du génie civile comme militaire sous le Troisième Reich en Allemagne et dans les pays occupés. Cette organisation est un parfait exemple du développement massif du béton depuis des économies de guerre vers sa généralisation dans le civil.

La course à lʼarmement et à lʼindustrie pousse à développer rapidement des infrastructures démesurées. La Seconde Guerre mondiale sʼest soldée par la guerre froide et la «  reconstruction  » de lʼEurope, qui a fini de normaliser les cadences industrielles de la guerre. Le ciment a été promu par un large spectre dʼacteurs politiques, industriels et militaires pour sa capacité à sʼadapter à leurs exigences  :

• Premièrement, il est bêtement dur. Au début du XIXe siècle, ingénieurs et scientifiques sʼéchinent à définir des normes pour tout et le renommé ingénieur Louis Vicat définit celle qui encadrera la résistance à lʼécrasement devant être respectée par tout liant. Par cette normalisation, la dureté devient rapidement le critère prédominant dʼun choix de matériaux, au détriment de la souplesse, lʼisolation, la perspirance ou la simplicité de mise en œuvre.

• Deuxièmement, avec un séchage rapide et une finition homogène et lisse, il est le matériau qui permet dʼappliquer les logiques de lʼindustrialisation fordiste au BTP. Le développement de la construction en béton armé banché a permis une très large mécanisation des tâches (grues, toupies, treillis...) mais aussi dʼemployer un maximum de main-dʼœuvre bon marché ou non qualifiée. Cette main-dʼœuvre, souvent importée massivement des anciennes colonies, remplit des tâches simples et répétitives, elle est donc interchangeable à souhait. Opération qui dʼune part réduit les dépenses dans les salaires et dʼautre part la capacité revendicative ouvrière. Lʼénormité de lʼouvrage, la quantité de matière ainsi que la taille des machines utilisées rend le bâti inaccessible à qui ne possède pas déjà un capital délirant. Ces machines et ouvrier.es sont sous la direction dʼun petit ratio dʼarchitectes et de directeurs de travaux sortis dʼonéreuses écoles dʼaménagement. Lʼindustrialisation du béton banché permet lʼaccaparement de la maîtrise de lʼouvrage et du matériau par une poignée dʼarchitectes et dʼindustriels. Par ce processus, les classes dominantes sʼassurent de garder le savoir technique du bâti et réduisent considérablement la maîtrise des travailleur.euses sur leurs ouvrages, les dépossédant ainsi de leurs capacités dʼautonomie technique, pratique et politique.

Granulats (sable et gravats)

Un mortier de béton est composé à 80 % de sable et de graviers quʼon englobe sous le terme «  granulats  ». Allant de 1 à 12 millimètres, ils forment le corps du liant de ciment. Lʼasphalte de nos routes étant également composée dʼun corps de granulats, cela porte cette matière au top de lʼextractivisme de masse. On estime que 20 Gt sont extraites en France entre 1945 et 2020, soit 20 kg par jour et par personne. Le sable du désert étant trop rond, trop poli par le vent, il ne remplit pas les caractéristiques dʼun sable à béton. Les granulats à béton doivent fournir des accroches saillantes, une certaine aspérité étant nécessaire à la fixation du ciment. Il faut donc les trouver ailleurs. Il existe deux sortes de granulats dans les normes des exploitations industrielles  :

• Les granulats alluvionnaires, à roche meuble, qui sont extraits des lits de rivières ou des fonds marins, où ils se déposent depuis lʼÈre quaternaire. De gigantesques pelleteuses et dragueuses raclent les fonds des rivières pour y arracher les sous-couches. Les roches ainsi récupérées subissent, directement au bord de lʼeau, une phase de concassage, criblage, lavage et tamisage pour fournir différentes gammes de produits compatibles avec la grande industrie  ;

• Les granulats des roches dures, prélevés directement à flanc de montagne calcaire ou magmatique, à coup de piqueur, dynamite et concasseur. Ces blocs, arrachés aux montagnes, subissent eux aussi une phase de traitement similaire aux granulats alluvionnaires.

Le fait quʼon ne trouve pas de statistiques nationales des carrières avant 1887 prouve que lʼintérêt pour ces matériaux est relativement récent. Le travail de carrier, extrêmement pénible à réaliser avant la mécanisation, a grandement mobilisé les bagnards et les déserteurs.

Au milieu du XVIIIe siècle, les forçats quittent les galères devenues obsolètes et sont soumis aux métiers de force, principalement pour les terrassements des ports et les labeurs des chantiers navals, mais aussi aux travaux de carriers, notamment aux bagnes de Toulon et Brest. Au milieu du XIXe siècle, les bagnes sont les premières entreprises à expérimenter la pratique de la délocalisation vers les colonies, pour éloigner la chiourme et laisser le travail métropolitain aux honnêtes entreprises françaises en voie de mécanisation. Au cours de la Première Guerre mondiale, les mutins et autres déserteurs se trouvent tout de même condamnés à une peine de travaux forcés dans les carrières de Voutré en Mayenne (de 1917 à 1919 la carrière de Voutré a servi de bagne pour des déserteurs de lʼarmée française). Force est de constater que le développement massif des carrières est comme le ciment  :  fortement marqué par la guerre et la compétitivité industrielle.

Au cours du XXe siècle, le rapide développement des infrastructures, villes, routes et voies ferrées crée une très forte demande et un investissement important dans lʼextraction de granulats. En France, 28 millions de tonnes de granulats sont extraites en 1939 pour 377 millions de tonnes en 1980, qui reste plus ou moins la production annuelle jusquʼà aujourdʼhui.

Ces pratiques destructrices dʼécosystèmes ont été largement critiquées par des habitant.es des territoires concernés. Pourtant, les scandales médiatiques éclatent pour des raisons de troubles structurels sur les bâtis environnant les carrières. Effectivement on découvre, stupéfait.e, que le dynamitage des roches produit des ondes de choc qui se répercutent sur les bâtis alentours, et que le dragage du fond des cours dʼeau entraîne des affaissements qui mettent en péril les ouvrages se trouvant sur leurs berges. En janvier 1978 à Tours, lʼeffondrement du pont Wilson [3] sur la Loire met en lumière ces évidences. Les causes y sont justement attribuées à lʼapprofondissement du lit du fleuve dû à son dragage. Un rapport public des ingénieur·es des ponts et chaussées qui est publié dans la foulée constate «  quʼil faut absolument limiter les extractions de matériaux dans la Loire quel que soit lʼintérêt économique  ». Mais rien nʼy fait, en 2018, la production est stable. La demande est trop importante et du fait de la répartition inégale des carrières, de son poids considérable et de son faible prix, le granulat nʼest pas un matériau dont on peut délocaliser la production et les nuisances. On estime que le prix de revenu double pour un transport au-delà de 50 km, donc 82 % du granulat est distribué à moins de 25 km. Lʼextraction de granulats échappe donc, partiellement, aux logiques occidentales de lʼimportexport et de délocalisation des nuisances. Le granulat reste une production locale avec des détériorations locales quʼil est possible de critiquer localement en acte et sur lʼensemble de sa chaîne de production [4]. Si la production de granulat de recyclage du BTP fait couler beaucoup dʼencre verte, elle reste aujourdʼhui très minoritaire. Sur les 224 millions de tonnes de déchets produits annuellement par le BTP en France, seulement 20 millions de tonnes sont revalorisés dans les sous-couches routières. Produire un granulat de qualité pour un mélange réutilisable demande de méticuleusement séparer le béton du reste (de son armature métallique ainsi que des autres matériaux qui peuvent altèrer sa qualité - plâtre, isolants, plastiques, etc). Partout sur le globe terrestre les déchets du BTP finissent globalement cachés dans les décharges ou dans les sous-couches routières. À hauteur de seulement 9% dans la production française [5], le granulat recyclé reste une vaste opération de communication sans réelle conséquence sur les lits des ruisseaux ou les flancs des collines.

Acier

Lʼacier est un alliage de minerais et de carbone (de 0,5 % à 2 %) que les Chinois fabriquaient déjà autour des années 220 av. EC. Il est resté un matériau noble et précieux jusquʼà lʼère industrielle, où lʼinvention des hauts fourneaux et les nouvelles technologies de sidérurgie amènent une pratique compatible avec les logiques industrielles. Lʼindustrie de lʼacier, comme celle du ciment, est intrinsèquement liée à lʼavènement des énergies fossiles  : elle survient avec la généralisation du recours au charbon. Le développement des voies de chemin de fer a été un accélérateur non négligeable de la production dʼacier. Dʼune part, elles permettent le transport des matières premières et du produit fini et, dʼautre part, elles nécessitent une grande quantité dʼacier pour leur construction. Avec une moyenne d’environ de 1,7 millions de tonnes mondialement produites chaque année, lʼacier est aujourdʼhui un matériau produit massivement et considéré comme bon marché.

On distingue lʼacier primaire des aciers secondaires qui sont, eux, issus du recyclage. Lʼacier primaire est fabriqué dans les hauts fourneaux à base de minerai de fer et de coke métallurgique. Le coke est obtenu par pyrolyse de houille (charbon) broyée et dʼun faible pourcentage de fioul, chauffé jusquʼà 1350°C pendant seize à vingt heures, pour ensuite être re-broyé [6].

Dʼabord, le minerai brut doit être aggloméré pour son industrialisation, puis broyé et calibré. Il subit une première cuisson sous une hotte à 1300°C. Ensuite on insère le minerai aggloméré et le coke dans les hauts fourneaux où de lʼair à 1200°C va provoquer la combustion du coke et produire un bain de fonte liquide. La fonte est transportée jusquʼà lʼaciérie à lʼaide de «  wagons-torpilles  » pour être désulfurée et séparer des scories (résidus surnageant dans le métal en fusion, qui composeront ensuite les crassiers, montagnes de déchets miniers qui font aujourdʼhui partie intégrante des paysages de plusieurs régions françaises), puis ensuite refroidie sous différentes formes (barres ou lingots), quʼon appelle «  demi-produits  ». La production dʼune tonne dʼacier rejette 1,8 tonne de gaz à effet de serre dans lʼatmosphère. Les demi-produits vont être réchauffés à 1200°C, avant dʼêtre laminés (aplatis par écrasement entre des rouleaux) afin dʼobtenir la géométrie souhaitée du produit final  : fers plats, fils de fer, plaques, cubes…

Pour les aciers du BTP, on fond des ferrailles de récupération qui vont des déchets métalliques des industries aux voitures des casses, en passant par lʼélectroménager ou les cendres métalliques des centrales dʼincinération  : toute ferraille est bonne à fondre. Elles sont fondues dans des fours à arc électrique à 1600°C. Dans le bain dʼacier, on sépare les indésirables et le laitier, on y injecte du coke et de lʼoxygène pour accélérer la fusion, puis il suit les mêmes étapes dʼaffinage et de refroidissement que celles des hauts fourneaux. Les demi-produits de 100 cm sur 200 cm sont ensuite laminés à chaud pour obtenir des barres et des couronnes, ou étirés à froid. Les longs fers à béton sont souvent soit soudés, soit ligaturés en usines au fil de fer afin de produire des formes diverses (treillis, poutrelles, angles...) mais ils peuvent aussi bien être assemblés directement sur les chantiers [7].

Lʼacier est connu pour être un matériau recyclable à lʼinfini mais cette opération comporte une perte de 8 % de matière et a une forte retombée écologique. Pour cela, il est important dʼenvisager ces deux procédés de fabrication des aciers dans une seule dynamique car si ceux du BTP sont vendus comme matériaux écologiques et durables, cʼest en fait surtout une opération dont les industriels tirent profit en faisant lʼéconomie dʼune partie des matières premières. Le matériau suit en réalité un deuxième processus polluant en attendant le troisième, puis le quatrième...

Depuis 1856, avec le procédé Martin-Siemens [8], lʼindustrie sait donc recycler lʼacier  : il a de fait la capacité dʼêtre rémployé à lʼinfini sans altération de ses qualités. Mais cette innovation du recyclage de lʼacier, comme toutes les découvertes de recyclage industriel, nʼa nullement influé sur une quelconque réduction de son extraction, mais a simplement ouvert un marché de plus pour produire plus. Effectivement, les courbes de lʼextraction des minerais de fer sont globalement en hausse. On extrait autour de 3 300 millions de tonnes de minerais chaque année dans le monde. Le matériau vendu comme «  écologique  » est celui qui suit une boucle infinie de procédés polluants et à utilisation temporaire. Lʼopération est politique et économique  : dʼune part nous déculpabiliser quant à notre production de déchets et dʼautre part, donner un nouveau cycle économique aux matériaux.

Le développement de lʼacier est lui aussi intrinsèquement lié à lʼindustrialisation massive et aux enjeux de la guerre. Il est autant le matériau de toutes les nouvelles machines des manufactures, celui des nouveaux modes de transports (automobiles, trains, avions), que celui des armes de guerre. Les très fortes demandes qui pèsent sur la filière du minerai entraînent des conflits géopolitiques majeurs. Le plus célèbre localement est celui entre la France et lʼAllemagne autour de lʼAlsace et la Lorraine, territoires aux nombreuses mines de fer et de charbon qui ont largement motivé la Seconde Guerre mondiale.

La probabilité dʼune pénurie des ressources en minerai est pointée du doigt par les industriels depuis 2004 pour motiver le soutien des pouvoirs publics et autres financeurs à leur filière. Les ressources mondiales de minerai ne sont certes pas inépuisables mais les chiffres sont bien faciles à manipuler. Le véritable stock est très difficile à estimer car un grand nombre de facteurs connus et inconnus en dépendent  : la teneur en fer des différentes carrières varie et nʼest pas toujours rentable, lʼaccessibilité des sites aussi. Par ailleurs, toutes les profondeurs terrestres nʼont pas encore été sondées, donc des gisements peuvent encore être découverts. Ainsi, en 1996, on estimait les réserves mondiales à 47 millions de tonnes alors quʼelles sont estimées à 190 millions de tonnes en 2023 [9]. La mobilisation de lʼargumentaire de la pénurie nʼest au fond quʼune pathétique rhétorique de la crise pour attirer les investisseurs car la filière nécessite une lourde logistique dʼimport-export ainsi quʼune gigantesque consommation dʼénergie fossile.

Le béton, un produit décolonial ?

Le béton est un produit dit «  local  », ou même fièrement «  très français  », mais du fait de la dispersion mondiale des matières premières dont il dépend, il est aussi un puissant moteur de colonisation. En effet, la filière béton occidentale a rapidement pris conscience de lʼopportunité économique que représentent les colonies ou ex-colonies. Dans les pays des Suds, les profits sur lʼapprovisionnement sont certains, lʼextractivisme peut se faire plus brutal, plus direct et plus rentable, et la main-dʼœuvre plus économique que dans les pays européens. Pour ce qui est de la revente, les pays «  en voie de développement  » ne sont pas simplement des pays ressources, ils sont aussi des pays qui regorgent de nouveaux marchés à gagner, débordant dʼinvestisseurs avides dʼaventures exotiques. Des guerres qui ouvrent toujours des marchés de reconstruction, la découverte de nouvelles mines à aller exploiter dans des forêts relativement vierges  ; en somme, plein de chouettes projets qui cherchent du béton à couler.

Les projets dits de «  développement durable  » ne sont que des vitrines pour la bonne conscience occidentale et les ravages écologiques de Lafarge Holcim dans les pays «  en voie de développement  » ne sont quʼun secret de polichinelle. Le rapport Greenpeace Suisse de 2020 [10] estime avoir pris en faute la multinationale Lafarge Holcim sur 122 cas de pollution ou de violation de droits humains, dans 34 pays comme le Brésil, lʼInde ou le Cameroun. Lʼaffaire de Jalabya [11], qui a scandalisé la France car la violence a subitement surgi sur les terrasses parisiennes, nʼest au fond quʼune partie émergée de lʼinsanité coloniale de la filière.

Aujourdʼhui, pour rafraîchir son bilan carbone européen, la filière béton délocalise ses procédés les plus carbonés dans les ex-colonies. Par exemple, la cimenterie Lafarge Holcim du Havre a délocalisé le procédé de clinkerisation en Algérie [12] afin de ne plus le compter dans son bilan français, et ainsi vendre son produit certifié européen et attentif à son bilan carbone. Cette opération de délocalisation des nuisances dans les pays des Suds est une pratique très largement répandue parmi tous les gros industriels occidentaux. Cela permet de vendre la supériorité des industries européennes en qualité dʼécologie comparées à celles des pays en voie de développement.

Nous produisons ici un focus sur Lafarge Holcim et la filière béton pour commencer quelque part et exemplifier à partir dʼun sujet concret, et non pas pour construire lʼimage dʼune entreprise particulièrement immorale. À lʼinverse nous dénonçons ces pratiques comme affreusement banales et identiques à celles de lʼacier, des énergies fossiles et nucléaires ou, pire encore, la micro-ingénierie.

Capitalisme et béton, qui de lʼœuf ou de la poule ?

De par une certaine abondance des matières premières, le béton est le seul matériau capable de soutenir les cadences galopantes dʼurbanisation propre au capitalocène. Chaque année en France plus de 20 000 hectares sont artificialisés, soit deux fois la taille de Paris. La moitié de cette artificialisation est pour le logement, souvent pavillonnaire, alors que plus de trois millions de logement sont vacants, et que 30 % vont aux transports et aux zones commerciales et de loisirs [13]. En France, lʼartificialisation augmente quatre fois plus vite que la population. Paradoxalement, lʼÉtat annonce des ambitions de zéro artificialisation nette pour 2050 mais continue à subventionner massivement le développement du béton et promeut toujours autant de projets aberrants comme celui de lʼA69. LʼINSEE lui, se base carrément sur le pourcentage dʼartificialisation des sols comme indicateur de richesse dʼun pays et pousse ainsi à la croissance du béton. Les squelettes dʼusines désaffectées car trop coûteuses à détruire ou impossible à réagencer hantent partout les zones industrielles et les campagnes et dessinent un avenir probable pour chaque nouvelle construction. On artificialise pour construire du neuf car il est plus facile de faire ainsi que de rénover de lʼancien béton. La rapidité avec laquelle les bâtiments sont érigés, des grands ensembles des périphéries urbaines aux giga-tours de bureaux en passant par les hangars industriels, pose de nombreux problèmes de malfaçons mineures qui rapidement devinent structurelles et majeures. Par exemple, un fer à béton doit toujours être immergé à une distance de plus dʼun centimètre de la surface, sinon le fer sʼoxyde, sa solidité sʼaltère et le béton se fissure. Cette malfaçon est très répandue mais ne reste quʼun exemple parmi tant dʼautres problèmes dʼétanchéité et de pourrissement, dʼaffaissement des sols dû au poids, dʼincompatibilité avec dʼautres matériaux plus souples… Contrairement à sa réputation de matériau facile et multi-usages, les complexités liées à lʼutilisation du ciment sont innombrables et le béton armé sʼavère difficilement compatible avec les matériaux de construction légers et naturels.

La résistance finale de lʼouvrage dépend donc dʼun consciencieux respect de très nombreuses règles  : assemblage de ces énormes et nombreux treillis de fers tous imbriqués les uns dans les autres, temps de séchage à respecter impérativement, de calculs, répartition du poids dans toute la structure, jusquʼà la fiabilité du terrain sous les fondations.

Les cadences infernales de lʼurbanisation, le déclassement des travailleur.euses et les particularités de la pratique béton produisent une forme de travail soumise aux contraintes capitalistes contemporaines qui condamne ainsi le BTP aux malfaçons. Le béton rigide ne sʼadapte pas, ne fléchit pas, il casse, se fissure, les infiltrations courent le long des ferrailles qui rongent ainsi les édifices de lʼintérieur. Lʼhumidité qui se répand dans le béton est enfermée dans un matériau étanche qui moisit et altère sa structure.

La production dʼédifices en béton armé pose des problématiques structurelles largement connues que les investisseurs du BTP persistent pourtant à minimiser. Le rendu final reste instagrammable et, si on touche du bois, les problèmes ne se révéleront quʼaprès la garantie décennale.

La fiabilité à toute épreuve du béton est un mythe imposé par ses promoteurs. La résistance et la solidité dʼun bâtiment en béton banché dépend dʼun travail méticuleux et du respect de très nombreux facteurs que les logiques de lʼindustrie du BTP ne permettent absolument pas. Si le déclassement des travailleur.euses du béton est un constat dramatique, apporter plus de formation dans la filière ne saurait suffire. Les pratiques actuelles du BTP, les cadences quʼelles imposent, lʼénormité des ouvrages alliées au bruit des machines, portent en elles-mêmes un rapport au travail qui use les travailleur.euses jusquʼà la moelle.

Au-delà des effondrements spectaculaires comme celui du pont de Gênes en 2018, il existe un nombre édifiant de destructions volontaires de bâtiments qui ont seulement entre 40 et 70 ans de vie. Les grands ensembles construits en toute hâte dans les périphéries urbaines lors des Trente Désastreuses doivent déjà être détruits pour insalubrité. À Marseille les exemples sont nombreux, entre la Savine, la cité des Flamants, Kalliste, la Renaude, pour nʼen citer que quelques-uns. Bientôt viendra le tour de lʼemblématique cité Félix Pyat, celui de la tour Bel Horizon, du parc Corot et bien dʼautres.

La création de lʼANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine) en 2003, est un parfait exemple du béton qui produit son monde jusque dans lʼadministration publique. Sous couvert dʼaménagement public, de mixité et de rénovation, lʼANRU est en fin de compte un établissement public mais à caractère commercial et industriel, qui a surtout vocation à gérer les désastres liés à des quartiers entiers de béton désaffecté. Expropriations brutales, démolitions, gestion de milliers de tonnes de déchets, gigantesques terrassements pour généralement reconstruire le même bâti béton avec un design plus contemporain pour une nouvelle population bien choisie. LʼANRU est une entreprise de bâtiment à durée de vie raccourcie. Une forme dʼéconomie circulaire finalement, où lʼentreprise ne produit pas des bâtis sains et viables mais de la rentabilité pour la filière du logement. Biberonnée aux fonds publics, cette production de bâtiments monstrueusement énergivore crée du dynamisme au détriment des corps et des populations. Pour comparaison, certains bâtiments de terre et de pierre à Marseille datent du XVIIe siècle et sont toujours habités. Le plus vieux, la maison Cabre, date de 1535. Elle a même pu être déplacée dʼun seul tenant pour sʼaligner aux nouvelles rues du Vieux Port après le dynamitage du quartier par les nazis. Lʼhistoire de ce quartier du Vieux Port révèle encore une fois le rapport étroit entre béton, guerre et urbanisme.

Le béton permet donc, au prix dʼun important impact écologique, un type de bâti à obsolescence programmée. Ce sont des quartiers que lʼon construit pour 50 à 60 ans, le temps dʼamortir les investissements puis de reconstruire avec un aspect plus moderne pour une nouvelle génération de condamné.es au béton. Car si le béton banché subit des malfaçons partout, lʼinjustice de classe ne lui fait pas défaut pour autant. Évidemment quʼune tour de bureaux comme «  La Marseillaise  » [14] ne sera pas construite avec le même soin que le parc Kalliste [15], et quʼelle sera soumise à un méthodique entretien qui palliera un temps aux dégâts. Ces grands ensembles périurbains quʼon appelle banlieues sont paradoxalement les foyers de la main-dʼœuvre déclassée absolument nécessaire pour ériger ces ouvrages et les premiers impactés par les conséquences de toutes ces malfaçons. Une autre particularité de ces grands ensembles en béton est quʼune re-modélisation à posteriori est extrêmement onéreuse, voire impossible. Les défaillances qui surviennent donc au cours de la vie de ces bâtiments sont impossibles à résoudre sans un investissement monstre des syndicats de copropriété. Généralement, les syndics usent de la politique de lʼautruche jusquʼà ce que vienne lʼANRU. De la même manière quʼil dépossède lʼouvrièr.e, le béton ôte à lʼhabitant.e la capacité de résoudre les problèmes de son habitat et la laisse entre les mains des investisseurs. Les problèmes de santé physique et mentale dus à la vie entassée dans ces énormes bâtiments pourrissants ne sont plus à prouver et les logiques de lʼurbanisme-béton en sont les principales responsables.

La rhétorique qui impose le béton comme solution à la crise du logement est elle aussi une pirouette propagandiste regrettable. Les logiques de lʼurbanisme-béton exploitent indignement les plus démunis face à la crise du logement pour ensuite les faire vivre dans des habitats dégradés, et lʼhistoire se finit souvent par des expulsions pour insalubrité. Lʼurbanisme-béton est imposé par les classes dominantes et reste un instrument de domination qui maintient les classes inférieures dans lʼépuisement dû à lʼinconfort de lʼhabitat et à lʼexploitation indigne des travailleur.euses du BTP. Pour autant, et malgré ses très nombreux défauts de confort, comparé aux matériaux à faible transformation comme la terre crue, la paille ou le bois, le ciment jouit dʼune réputation de leader qui sʼimposera jusquʼaux villas des riches, mais toujours bâties à la sueur des plus pauvres.

À travers cette présentation des matériaux qui composent le béton, on a situé lʼavènement du béton armé dans la période dʼindustrialisation massive et brutale permise par les guerres occidentales et une forte domination de classe. La généralisation du béton est intrinsèquement liée à la mondialisation des guerres, avec leur lot de travail forcé. Lʼeffort de guerre légitime la destruction des corps et des écosystèmes que nécessite lʼindustrialisation massive. La généralisation de lʼhorreur de la guerre et de sa propagande agressive justifie lʼhorreur par lʼhorreur, anesthésie lʼâme et forcent chacun.e à participer et accepter le sacrifice de soi et de son environnement. Le béton, qui a façonné notre monde, continue de faire monde aujourdʼhui et mobilise des régimes de légitimation analogues. Les dynamiques de guerre industrielle nʼont jamais cessé, la paix reste toujours relative. Chaque conflit armé est une occasion pour les cimentiers de vendre encore plus de béton pour la reconstruction des pays en guerre.

Aujourdʼhui les cimentiers ont le regard tourné vers le nettoyage ethnique en Palestine  : ainsi, les ravages perpétrés par lʼÉtat colonisateur dʼIsraël sont lʼespoir de gros contrats pour les reconstructions à venir. Certains promoteurs immobiliers promettent déjà des villas, images 3D à lʼappui, sur les ruines encore fumantes des bombardements de Gaza, et les nouveaux fascistes envisagent déjà le partage du gâteau. En décembre 2023, la société israélienne Harey Zahav (Montagnes dʼOr) proposait déjà des maquettes des futures villas coloniales dans la zone de Gaza encore sour le feu des bombardements de Tsahal. Aujourdʼhui le colonialisme désabusé du tandem Trump-Netanyahu nʼhésite pas à foncer tête baissée vers une table rase, et met en œuvre un nettoyage ethnique, ici pour accéder à lʼaboutissement dʼune idéologie fasciste dopée par un fanatisme religieux et totalitaire, là pour vendre une rapide refonte dʼune Riviera de béton coulée sur les ruines et les cadavres. Une entreprise de reconstruction dʼune telle rapidité est rendue techniquement possible par lʼemploi des techniques du béton banché couplée à lʼexploitation humaine.

Partie 2 : L’enfumage écologique

Le béton armé est le plus polluant des matériaux de construction. Si le béton était un pays, on dit quʼil serait le troisième émetteur de gaz à effet de serre (GES) après la Chine et les USA. Une tonne de ciment émet un peut mois d’une tonne de GES ; 30 % proviennent de émissions indirect (matériaux acheter, transport extraction) 20 % de ces gaz proviennent de la consommation dʼénergie nécessaire à la cuisson et 50 autres pour cent proviennent de la décarbonatation [16]. La décarbonatation est une réaction chimique due à la haute cuisson du calcaire. Cette émission est donc indispensable à la clinkérisation. Lʼéquivalent carbone est une mesure métrique qui englobe les différents GES émis par lʼactivité humaine sous la norme du gaz carbonique. Chacun de ces gaz a son potentiel de réchauffement global (PRG) propre quʼon aligne sur celui du gaz carbonique, majoritaire. Cet équivalent carbone sert ainsi à établir les fameux bilans carbone, utilisés pour évaluer les responsabilités de chacun dans le réchauffement global. On estime que 7 % des émissions mondiales de GES sont dues à la fabrication de ciment et 7 autres pour lʼacier. LʼONU, dans son rapport de 2022 [17] sur les matériaux de construction et leur avenir, est catégorique  : il est préconisé lʼarrêt total de la construction en béton armé pour 2050 et la diminution drastique de lʼutilisation de ciment.

Dans cette deuxième partie nous étudierons plus particulièrement les enjeux écologiques de la filière béton et on décortiquera les «  solutions  » que Lafarge Holcim promeut pour palier à ses taux records dʼémission de gaz à effet de serre.

Malgré les scandales comme le financement de Daesh pour le maintien en activité de la cimenterie de Jalabiya en Syrie, les rejets illégaux de déchets dans la Seine, ou encore le rapport de Greenpeace cité plus haut, Lafarge Holcim reste un des leaders mondiaux du béton. La firme compte 60 000 employé·es dans le monde, 30 milliards dʼeuros de chiffre dʼaffaires pour 2022, soit +12,9 % par rapport à 2021 [18].

Depuis son centre de recherche et dʼinnovation basé à lʼIsle-dʼAbeau près de Lyon, Lafarge se met au travail  : les 230 chercheur.euses conçoivent des scénarios pour décarboner le béton. Si lʼon peut imaginer quʼils ont pris la mesure de leur impact écologique, on verra que les solutions quʼils proposent ne sont certainement pas du côté de la sobriété. Dans son rapport de développement durable daté de 2022, Lafarge Holcim promeut de nombreux projets dʼavenir vert. On y découvre leur intention de remettre en état les anciennes carrières, qui seraient ensuite généreusement léguées aux communes. En réalité, une grande partie des fonds investis dans ces projets provient des collectivités territoriales, notamment des communes, qui envoient aussi les enfants en sortie scolaire y replanter des arbres. On nous berce de bonnes actions et de labels éco-capitalistes  : des bateaux qui collectent les déchets plastiques dans les rivières afin dʼen faire des combustibles, des ciments verts pour remblayer les mines et les tunnels, des bétons imprimés en 3D, dʼautres bio-actifs pour rétablir les écosystèmes des fond marins, mais surtout, de larges gammes de bétons décarbonés.

Deux grands axes de reconversion écologique semblent se dessiner chez Lafarge Holcim et dans le monde du béton. Dʼun côté, on travaille au recyclage et à la valorisation des déchets  ; et de lʼautre, au captage et au stockage du carbone. Conformément aux ambitions nationales de la filière béton, Lafarge Holcim France promet des ciments -50 % pour 2030 et nets carbone pour 2050.

Captation et stockage du carbone

Lʼaugmentation spectaculaire des émissions de gaz à effet de serre anthropiques nʼest plus contenue par les maigres «  puits de carbone  » des derniers écosystèmes existants. Dans les hypothétiques solutions que scientifiques comme chercheur.euses sʼacharnent à légitimer pour sauver le capitalisme vorace, la captation et stockage du carbone CSC (en anglais, carbon capture storage ou CCS, ou parfois CCSU pour «  utilisation  ») semble être la résurrection écologique du moment. Le GIEC (Groupe dʼexperts intergouvernemental sur lʼévolution du climat) lui-même, fait lʼéloge de cette pratique dans son sixième rapport sur lʼévolution du climat (2022).

La technique de captation et de stockage du CO₂ nʼest pas une innovation récente et il existe plusieurs procédés de captage. Le captage précombustion consiste à isoler le carbone avant la combustion, il ne peut sʼappliquer que sur des unités nouvellement construites à cet effet, il est donc très rare. La technique de lʼoxycombustion consiste à injecter de lʼoxygène obtenu par cryogénie de lʼair (à -120°C) [19] et nécessite des fours adaptés  ; elle reste donc très peu utilisée. Le captage post-combustion, consistant à poser des filtres à solvants à la sortie des cheminées, nʼexige en revanche pas de remplacer le dispositif existant. On utilise des solvants présentant des affinités avec les gaz émis afin quʼils les absorbent. Un traitement des solvants permet dans un second temps dʼisoler ces gaz. Selon le GIEC «  la postcombustion par absorption est technologiqument prête à passer à lʼéchelle industrielle  ». Cʼest de loin la technique la plus utilisée car elle peut simplement sʼajouter à des structures déjà existantes sans redéfinir toute lʼinstallation et le modèle de production.

Le problème majeur des techniques de captage est que chacune dʼelles entraîne une pénalité énergétique de 25 % en moyenne. Une centrale à charbon dotée dʼune technologie de captage ou neutralisation des gaz devrait consommer «  13 à 44 % de carburant en plus pour produire une même quantité dʼélectricité, ce qui implique un surcoût  » (toujours selon le GIEC). La surconsommation due à ces technologies va dʼune part accélérer lʼusure des installations, et dʼautre part augmenter la consommation de tous les produits annexes dont les fours ont besoin pour fonctionner. Par exemple, les industries dotées de filtres neutralisants augmenteront leur consommation dʼeau de refroidissement de manière significative, «  jusquʼà 50 % en ce qui concerne les centrales à charbon  ». Lʼeau, qui fait déjà lʼobjet de larges conflits dʼusage, sera donc toujours plus prisonnière des industries qui la polluent.

Pour une petite partie, ces gaz capturés sont transformés pour une utilisation directe comme solvants divers ou pour la production de carburants de synthèse destinés aux transports maritime et aérien. Dans ce cas ils seront donc, in fine, rejetés dans lʼatmosphère par les fumées dʼéchappement de ces moteurs. La transformation du carbone capté dans les fumées dʼéchappement est globalement une opération très coûteuse qui trouve aujourdʼhui peu de débouchés économiques. La majeure partie des GES captés sera donc théoriquement acheminée vers des lieux de stockage.

Mais pour les y transporter, on doit réduire ces gaz à une forme supercritique, cʼest-à-dire à lʼétat presque liquide ou gazeux. Sur terre, ils transitent à travers des réseaux de pipelines qui relient les industries aux sites dʼenfouissements terrestres (anciens gisements de gaz, pétrole ou charbon) mais aussi aux usines de liquéfaction dans les ports pour les enfouissements offshore [20]. La construction dʼun vaste réseau de carboducs entraînera évidemment des chantiers destructeurs pour les territoires traversés, en même temps que de monumentales émanations de CO₂.

Pour le stockage offshore, le gaz devrait être transporté dans des bateaux pressurisés extrêmement coûteux à la fabrication et actuellement trop peu nombreux pour pallier aux ambitions des promoteurs de CSC. Les espaces de stockages imaginés sont soit des anciens gisements dʼénergies fossiles, soit des formations géologiques des aquifères salins. En réalité, les anciens gisements de pétrole ou de gaz sont depuis longtemps utilisés comme zone de stockage des GES. De fait, certaines extractions de pétrole se font grâce à lʼinjection de carbone supercritique dʼun côté du puits afin de repousser lʼor noir vers la sortie opposée. Une grande partie des gaz ainsi introduits reste emprisonnée sous la terre. Réinjecter notre surproduction de GES dans les anciens gisements fossiles, de charbon, de gaz ou de pétrole, tel un démon que lʼon aurait sorti des entrailles de la terre et quʼon tenterait dʼenfouir à nouveau. Ces anciens gisements sont largement insuffisants pour combler les émissions mondiales, mesurées à 33 Gt par lʼAIEA (Agence international des énergies) pour lʼannée 2019.

Pour combler ce manque dʼespace, les recherches sʼintéressent désormais aux formations géologiques profondes. Les aquifères salins, répartis de manière homogène sur le globe, représentent 80 % des capacités théoriques de stockage souterrain [21]. Les forages se font à entre 800 et 3 000 mètres de profondeur  : les gaz sont injectés par des puits de ciment tandis que de lʼautre coté, à lʼaide dʼautres puits de ciment, sont extraites les saumures qui sʼy trouvaient. Les industriels cherchent actuellement un intérêt économique à ces saumures, qui seraient extraites par milliards de tonnes, sans succès pour le moment.

Pour finir, des capteurs de contrôle seront posés et un grand couvercle de béton armé refermera le tout. Ces formations géologiques, jugées dʼabord suffisamment étanches, présentent toutefois des risques  : selon lʼINERIS (Institut national lʼenvironnement et des risques) et il existe des dangers de fuites sur les ciments des puits dʼinjection et de surveillance, dans les failles lointaines, ou suite à des forages externes.

Les gaz à effet de serre sont généralement composés aux trois quarts de dioxyde de carbone, puis on y trouve entre 10% et 25% dʼespèces minoritaires comme lʼargon, lʼazote, lʼoxygène, le dioxyde de soufre (SO₂) et lʼoxyde dʼazote. Dans les profondeurs terrestres, certains de ces gaz peuvent changer le comportement des roches, la porosité ou lʼélasticité notamment  ; dʼautres comme le SO₂ peuvent même être agressifs. Le CO₂, lui, a un potentiel acidifiant pour les roches selon la pression ou la température22. «  99 % des GES resteraient emprisonnés pendant des millions d’années encore » selon le GIEC. On peut facilement imaginer que le stockage à long terme des GES perturbera lʼéquilibre géochimique des aquifères salins et provoquera ainsi des fuites non négligeables.

Aujourdʼhui en Europe, cʼest la Norvège qui ouvre le bal du stockage de carbone. Derrière les États-Unis, elle annonce pouvoir emmagasiner 26 millions de tonnes de GES par an. Lafarge Holcim et le ministre français Roland Lescure se sont rendus en novembre 2023 sur le premier site de stockage offshore Northern Light, au sud-ouest du pays, afin de signer des contrats de livraisons futures de gaz supercritiques. Ce projet, financé par Total Energies, Equinor et Shell a pour objectif de conserver près de sept millions de tonnes de CO₂ par an [22]. Selon Réseau Action Climat, la France doit prochainement annoncer un plan de relance écologique dont le projet phare est le financement de ces sites de captage et stockage de carbone pour les industriels les plus polluants. Ces projets extrêmement coûteux seront en grande partie allégés aux frais du contribuable pour ne pas trop faire peser la crise écologique sur le dos des industriels, eux qui chaque année sont si fiers de nous exposer leurs profits.

Dans une enquête publiée par Reporterre, on apprend que le projet Callisto (pour Carbon Liquefaction Transportation and Storage), mené par le pétrolier italien ENI et lʼentreprise française Air Liquide, prévoit de faire de Fos-sur-Mer un port de chargement de CO₂. Le gaz, liquéfié après sa captation, serait transporté par bateau jusquʼà la mer Adriatique au large de Ravenne. Alors que les recherches de lʼADEME (Agence de lʼenvironnement et de la maîtrise de lʼénergie) assurent quʼau delà de 200 km de transport, lʼopération émet plus de GES quʼelle nʼen enfouirait, ce chemin impose absurdement de contourner les 7 500 km de côte italienne. Les études de confiance pour les sites dʼenfouissement durent à peu près dix ans et à lʼheure actuelle, le nombre de sites étudiés est infime si on pose lʼhorizon -50 % carbone pour 2030, ou neutralité carbone pour 2050.

Par leur lourde logistique et leur grande consommation dʼénergie, ces techniques ont été relativement ignorées pendant de nombreuses années. Alors que ces facteurs sont toujours aussi contraignants et quʼaucune innovation conséquente nʼa changé les paramètres des CSC, une large partie des industriels et des États semble aujourdʼhui prête à investir en masse dans ces projets faramineux. Le GIEC lui, préconise de réserver ces techniques aux industries qui nʼont aucune autre solution pour réduire leurs émissions. Alors que dʼautres matériaux de construction existent, et que dʼautres manières de fabriquer du ciment sont inventées, Lafarge Holcim et les cimentiers bénéficieront eux des aides publiques, pour ne rien changer. Ils continueront à polluer allègrement les eaux, les sols et lʼatmosphère avec la bénédiction de lʼÉtat.

Recyclage industriel et économie circulaire

La pratique du «  win win  » qui consiste à brûler des pneus pour sʼen débarasser et produire du ciment nʼest pas nouvelle. Depuis les années 50 en effet, des pneus sont, en grande quantité, utilisés comme «  combustibles alternatifs  ». La réglementation pour les combustibles alternatifs est arrivée en France en 2016. Mieux vaut tard que jamais  !

La France, comme bien dʼautres pays européens, prévoit la fin de lʼenfouissement des déchets pour 2030, pour ce faire il faudra trouver des débouchés aux nombreuses montagnes de décharges. Lafarge Holcim sʼest donc doté dʼune structure nommée Geocycle, chargée de la collecte et de la transformation des déchets. Fière de ses 110 sites de récupération en France, la compagnie sʼaffirme comme un exutoire exemplaire pour les déchets. Les fameux «  combustibles alternatifs  » utilisés dans les cimenteries sont majoritairement des plaquettes de déchets appelés CSR (combustibles solides de récupération). Ces CSR désignent en fait nʼimporte quel déchet combustible : «  huiles usagées, pneus usés, sous-produits alimentaires, solvants usagés, déchets de viscose et de bois, boues dʼépuration, fractions hautement calorifiques issues du traitement mécano-biologique (TMB) et des fractions légères issues de déchiqueteurs (par exemple de véhicules usagés, dʼéquipements électriques et électroniques (DEEE) ou des fractions calorifiques de déchets ménagers et commerciaux, des résidus du recyclage de divers types de déchets  » [23]. Lʼindustrie du ciment est effectivement lʼexutoire le plus utilisé pour «  valoriser  » ces déchets. La combustion à très haute température (1600°C) permet une large crémation des déchets et les résidus ultimes sont introduits dans le ciment pour y être neutralisés.

À condition quʼils soient dotés de filtres conséquents et couplés avec du fioul, la combustion des CSR dans les fours principaux des cimenteries permet, en effet, de brûler une grande partie des déchets puis dʼemprisonner des résidus ultimes post-combustion dans le clinker. Mais les cimenteries sont composées de fours, de pré-chauffeurs ou de pré-calcineurs, et ceux-ci nʼatteignent pas les températures suffisantes pour détruire les matières organiques halogènes. Des vapeurs toxiques sʼéchappent ainsi dans les cheminées dʼéchappement.

Joseph Waltisberg, ex-ingénieur du groupe Holcim, a déclaré dans un entretien avec les chercheurs de Heidi.news, que les émissions de composés organiques volatiles et de benzène ont beaucoup augmenté dès que les cimenteries ont commencé à brûler de plus en plus de déchets.

Il existe différentes classifications de CSR avec différents déchets pour différents exutoires. Pour chauffer suffisamment les fours, il est nécessaire que ceux destinés aux cimenteries soient à haut PCI (potentiel calorifique inférieur). On doit donc augmenter le pourcentage de matière hautement inflammable dans les déchets, donc augmenter de manière conséquente le pourcentage de matière hautement polluante. Cette matière, ce peut être des pneus mais aussi des boues dʼépuration, des solvants, des dérivés du pétrole... Lʼincinération de ces combustibles crée une forte production dʼacide chlorhydrique difficile à contenir, qui abîme les équipements dʼune part, et qui est dʼautre part le principal responsable des pluies acides.

En France comme en Europe, les CSR ont encore un statut de déchet qui oblige théoriquement les industries qui les utilisent à posséder des installations spécifiques. Aujourdʼhui, lʼenjeu des industriels est de transformer la classification juridique des CSR, comme cʼest déjà le cas en Italie et en Autriche, pour quʼils aient un statut de simple consommable, les libérant ainsi des contraintes et normes européennes sur les déchets.

La consommation de ces énergies alternatives augmente donc doucement face à celle des énergies fossiles comme le coke, le charbon, le fuel ou le gaz. Mais ce quʼil faut comprendre, cʼest quʼil nʼy a pas de baisse des émissions des cimenteries due à cette nouvelle consommation. Elle est considérée comme verte uniquement car les déchets sont une ressource locale de substitution aux combustibles fossiles importés. Mais en globalité, lʼaugmentation de leur consommation nʼa aucun impact sur celle des énergies fossiles de la filière, qui reste stable : lʼalternative nʼest quʼun nouveau marché, permettant de produire toujours davantage pour davantage de déchets.

Sur ses terres natales ardéchoises, au Teil, Lafarge a lancé de manière industrielle son premier ciment 100 % matériau recyclé. La recette exacte est tenue secrète mais on sait que le mélange de déchets de démolition, de quelques cendres résiduelles et de laitiers de hauts fourneaux a produit un cru de matériau local à faible coût.

Si cette solution nécessite quand même de broyer des gravats et des laitiers, de produire les combustibles et de mélanger le cru, lʼopération reste bénéfique pour Lafarge. Une économie non négligeable quant à lʼinvestissement dans les matières premières. Mais ce clinker «  décarboné  » est cuit à la température classique, soit à 1400°C pendant 18 heures, et est donc tout aussi polluant, bien que revendu plus cher. Tous les ciments Portland soit-disant «  bas carbone  » ne le sont que par des tours de passe-passe administratifs. Par exemple, sur les 1 600 kg de CO₂ émis par la production de la fonte, les pouvoirs publics nʼen attribuent que 83 kg aux laitiers, qui seront réutilisés dans le ciment pour baisser le facteur clinker.

Avec les ridicules systèmes de compensations qui consistent à financer des projets soit-disant écologiques, les cimentiers peuvent se vanter de produire des ciments neutres en carbone, sans changer leur dispositif ni leurs émissions directes. Les compensations peuvent financer la plantation dʼarbres sur leurs carrières à restaurer, des plantations sylvicoles intensives, mais aussi des projets de recherche «  éco-innovante  » dans leur secteur ou des projets extrêmement polluants comme le captage et le stockage du carbone, qui deviennent au final leurs projets propres.

Il est intéressant de noter que certains cimentiers comme Ecocement ou Materrup produisent des ciments avec peu ou pas de cuisson et une réduction conséquente du facteur clinker, mais nous y reviendrons plus en détails dans la conclusion. Globalement, les brevets nécessaires à la commercialisation de matériaux de construction plus souple ou plus naturels sont très compliqués à acquérir, alors quʼils polluent véritablement beaucoup moins [24]. Tout matériau doit se confronter aux critères de rapidité de mise en œuvre et dureté du ciment. Aujourdʼhui, quatre entreprises détiennent 80 % [25] du chiffre dʼaffaires du secteur et nʼauraient aucun intérêt à voir grandir dʼautres procédés que les leurs. Les très lourdes et très coûteuses infrastructures dans lesquelles elles ont investi des milliards seraient dans ce cas rendues obsolètes, et leur monstruosité encore plus flagrante.

Même dans le classement des éco-capitalistes, Lafarge Holcim est finalement peu ambitieux, et ses objectifs de -50 % pour 2030 et net carbone pour 2050 sont absolument hors de sa portée.

Sa politique de recyclage et de circuit court nʼest quʼun vaste enfumage, la double pollution des matériaux issus du recyclage ou des déchets industriels ne sera pas comptée dans le bilan carbone de lʼusine et les émissions directes des cheminées seront toujours carbonées et toxiques. Par exemple, lʼusine de La Malle, dans les Bouches-du-Rhône, que Lafarge place à la pointe de «  lʼéco-ciment  » avec un investissement faramineux dans des filtres derniers cris, sʼavère si peu performante que la firme se voit elle-même obligée dʼavouer, dans son rapport de 2022, quʼelle y dépassent à nouveau les taux autorisés.

Aujourdʼhui, la question du «  réemploi  » ou de la «  valorisation des déchets  » est cruciale, car ces derniers sʼentassent et leur production ne fait quʼaugmenter. Leur politisation abusive par les autorités de lʼÉtat sert dʼinstrument de moralisation des populations, en pointant la responsabilité de chacun face au désastre écologique quant à la gestion des déchets domestiques. Paradoxalement, les «  déchets  » sont de plus en plus envisagés et étudiés comme un nouveau marché à exploiter, et donc à entretenir. La pirouette capitaliste qui consiste à considérer un objet polluant puis consommable est banalisée et propose une belle mise en abîme de notre rapport au monde et à nous-mêmes. La valorisation circulaire des déchets a deux objectifs qui nʼont aucune valeur écologique. Le premier, cʼest dʼouvrir de nouveaux marchés de matières locales, tel celui des combustibles alternatifs de déchets, livrés à un cercle infini de capitalisation et de pollution.

Le deuxième objectif, cʼest la gestion des déchets que notre société produit en masse, qui nous encombrent et nous dérangent, et que les politiques publiques travaillent à invisibiliser pour ne pas trop avoir à réfléchir leur impossible réduction sous le régime capitaliste.

Pour exemple, la France a alloué 300 millions dʼeuros de financement public pour lʼannée 2024/2025 afin dʼélever son potentiel de combustion de CSR à 4 millions de tonnes pour 1 million actuel dans les cimenteries [26]. La générosité des financements publics industriels ne semble pas souffrir des mêmes coupes budgétaires que la santé ou lʼéducation et offre ainsi une bonne source de profit supplémentaire à qui tient le marché.

Partie 3 : Réflexions et perspectives

«  Dépendance au sentier  »

LʼAIE (Agence international de lʼénergie) estime que les énergies fossiles représenteront encore 60 % de la fourniture mondiale dʼénergie en 2040. Techniquement le business as usual a encore de beaux jours devant lui. Lʼimpact de lʼaccélération des catastrophes naturelles sur notre environnement augmente, lʼéco-anxiété populaire ne peut plus être simplement balayée dʼun revers de main. Ouragans, monstrueux feux de forêts qui ravagent même les villes, canicules infinies, fontes des glaciers, raréfaction de lʼeau potable, inondations… autant de manifestations du dérèglement climatique qui se répandent partout dans notre quotidien. Il faut donc produire un récit, créer lʼillusion dʼune maîtrise de la situation, inventer un mythe pour les modernes, afin de diffuser le mirage rassurant du contrôle. Ces «  solutions  » industrielles dans lesquelles le technocapitalisme investit beaucoup, autant sur le plan économique que sur le plan émotionnel, sont présentées comme les héros de ces mythes pitoyables. On convoque de grands sommets, avec tout.es les puissant.es de ce monde, pleins de mises en scènes grandiloquentes. Les chercheur.euses, la larme a lʼœil nous rappellent le matin la disparition du monde, et la solution vient après le déjeuner dans les grandes annonces dʼinvestissements massifs dans lʼindustrie afin de nous sauver des ravages de lʼindustrie. Dʼune main, la.e citoyen.ne est noyé.e dans la peur et lʼangoisse tandis que l’autre lui est tendue comme seule alternative à lʼeffondrement.

On constate rapidement que les projet promus et financés dans le cadre des dites «  reconversions écologiques  » sont principalement les projets qui permettent de ne rien changer aux pratiques actuelles et aux stratégies globales. Rien ou trop peu du côté réduction, puisque lʼimportant est dʼaller plus vite et plus profond, d’être plus grand et plus gros. Avec cette angoisse que si on sʼarrête, plus rien ne tient. Seule lʼinertie tient lʼéquilibre de la forteresse  ? Chacune de ces «  solutions  » imposées finiront par augmenter les cadences de lʼindustrie, par la multiplication des combustibles qui permettent lʼouverture de nouveaux marchés, la corrosion des machines ou la surconsommation des nouveaux dispositifs. Selon le ministre français Roland Lescure, le sous-sol de notre territoire peut recevoir 800 millions de tonnes de GES alors que les cimentiers en émettent 10 millions chaque année, rien quʼen France selon le Réseau Action Climat.

Le cabinet dʼétudes norvégien Rystad Energy, qui est un fervent défenseur des de ces pratiques, estime que le marché de lʼéquipement de captage et stockage de carbone devrait atteindre 50 milliards de dollars en 2025 et être en capacité de séquestrer 150 millions de tonnes par an [27] alors quʼon mesure que lʼactivité humaine en génère 53,8 milliards en 2024, selon une estimation de lʼEmissions Database for Global Atmospheric Research, soit à peu près 300 fois plus. Si lʼon regarde toutes ces infrastructures monumentales que sont lʼinstallation des filtres, les 25 % de pénalité du captage, les monstrueux chantiers de carboducs, les forages en pleine mer, les constructions de navires pressurisés… On peut sʼinterroger  : au-delà de lʼimpossibilité évidente dʼenfouir les émissions massives de lʼindustrie, ces nouvelles infrastructures seront-elles simplement capables d’absorber leurs propres émissions de gaz a effet de serre ?

Les très lourdes infrastructures que mobilisent ces «  solutions  » empêchent toute possibilité de sobriété. Les projets financés et encouragés sont ceux qui ne remettent pas en question les structures existantes ainsi que leurs logiques du productivisme effréné. De ce fait elles ne sont que des innovations financières et auront un impact totalement négatif sur notre capacité à répondre à la crise écologique.

Le système capitaliste contemporain survit à son propre désastre par dʼhabiles instrumentalisations des crises pour se positionner en sauveur alors quʼil nʼest quʼun anxiolytique doublé dʼun coupable. Comme la crise économique ou la crise migratoire, lʼécologie subit une politique dʼinstrumentalisation analogue où la solution imposée est de poursuivre la même voie, mais plus rapidement et plus violemment encore. Dans un environnement qui sʼeffrite chaque jour un peu plus, gavé dʼanxiété incapacitante, on nous presse sur la voie dʼinsertion par la répression et la propagande collapsologiste à croire religieusement à leur technosolutionisme mensonger. Confortablement lové.e dans le siège conducteur, on se laisse aller à lʼillusion de la maîtrise. Lʼivresse de la vitesse floute le paysage incandescent et nous évite de penser «  à trop tard  ».

Le concept de «  path dependency », ou «  dépendance au sentier  » est un concept capitaliste stratégique qui nous semble illustrer nos propos à merveille. Ce concept fait basiquement lʼanalyse que les choix initiaux peuvent avoir un effet durable sur le développement futur  ; quʼune trajectoire influencée par un système technique ou une réglementation peut créer un rapport de dépendance par des boucles de rétroaction qui se renforcent et rendent difficile lʼadoption dʼautres voies. Il est né au cours de la révolution industrielle dans les sciences économiques et sʼest rapidement élargi aux sciences politiques et à l’aménagement du territoire. Il a été développé dans une optique de compétitivité économique afin de fidéliser la clientèle par la dépendance. Par exemple, une marque qui a bien compris cette règle, cʼest Apple, dont les accessoires, applications, programmes, jusquʼaux habitudes de lʼutilisateur.rice, ne seront utiles que si celui-ci leur reste fidèle. Lʼidée est donc de mettre en place des dépendances à des dispositifs technologiques particuliers qui vont fortement influencer les choix futurs des personnes ou entités. Cette logique de fidélisation crée des dynamiques de verrouillage aux alternatives ou aux véritables changements. Les stratégies coloniales occidentales étaient déjà bien conscientes de ce principe. En effet, si on regarde la construction dʼautoroutes, de grandes infrastructures industrielles ou encore dʼécoles dans les pays des Suds, on voit que cela produit un effet de subordination des populations locales à ces infrastructures contrôlées par les colons. Détruire les pratiques locales de déplacement, de construction ou de transmission du savoir pour les remplacer par des pratiques dépendantes du système colonial. Civiliser les sauvages, dira-t-on, ou prêcher la bonne parole. Toutes les routes doivent converger vers lʼassujettissement. Le capitalisme repose sur ce principe fondamental à tout système totalitaire, au sens de totalisant  : tout sujet doit être, ou se sentir, entièrement dépendant à la structure globale. Pour le cas du BTP, la disparition des savoirs multiples et séculaires du bâti au profit du béton unique nʼest pas un phénomène naturel ni une élévation de lʼespèce humaine. Il est le fruit dʼune stratégie planifiée et mise en œuvre par les États et les industriels. Si on regarde chacun des domaines de notre vie, on ne peut que souffrir de notre totale dépendance à lʼindustrie. Destruction des chemins au profit des routes goudronnées où lʼon ne circule quʼen voiture, criminalisation des médecines alternatives ou des pratiques de soin ancestrales pour quʼil ne reste plus que lʼhôpital et la médication chimique, etc. Aujourdʼhui dans les pays dits développés notre accoutumance est telle que chacun de nos outils sont dépendants des industries et chaque pensée doit prendre en compte lʼincapacité systémique de faire autrement. Il ne sʼagit pas ici de produire une critique totale des savoirs contemporains. Particulièrement dans le domaine du soin, certaines personnes atteintes de maladies graves nʼont malheureusement pas dʼautre option que dʼavoir recours à des procédés dépendants dʼindustries. Il sʼagit plutôt au contraire de remettre en question un système global pour pouvoir justement prendre la mesure de chaque situation. Savoir estimer dans chaque singularité si la solution dépendante dʼune forme dʼindustrie est vraiment irréductible pour ne la retenir que dans certains cas irrévocables. Mais partout, tout le temps, rejeter les industriels.

La force de ce sentier de dépendance est quʼil produit un résultat net, «  winner-takes-all  » («  le gagnant prend tout  »). Le capitalisme règne mondialement et il a imposé son régime de dépendance, verrouillé sa voie rapide à suivre les yeux fermés, nous délestant de notre capacité dʼaction. Les voies économiquement «  réalistes  » des États et des industriels seront toujours verrouillées par les choix antérieurs. De ce fait les solutions des industriels seront par essence industrielles et sans avenir pour la vie. La structure de la société actuelle est dans lʼincapacité totale de prendre des décisions pour un avenir vivable sur cette Terre. La survie du capitalisme dépend globalement dʼune consommation effrénée des écosystèmes et des travailleur.euses.

Les seuls réels changements possibles et désirables viendront du blocage de leurs projets par des initiatives de mise à lʼarrêt du désastre programmé. Sortir de lʼautoroute pour retrouver des chemins dʼindépendance en stoppant net la matrice capitaliste.

Perspectives

Si les bonnes pratiques du bâti nʼont pas été le sujet central de ce texte, nous avons à cœur de nous situer sur le sentier des bâtisseur.euses pour dessiner des perspectives. La nécessité du freinage dʼurgence est évidente. Les chemins des bonnes pratiques sont multiples, persistants et tout aussi nécessaires à investir. Il nous paraît même évident que les deux batailles doivent être menées communément, que lʼon ne se passera pas du béton sans reprendre pied dans des pratiques plus justes et inversement, que lʼon aura pas la place de vivre autre chose dans le monde fiévreux de la bétonite.

Le ciment à clairement coulé son monde, il nʼy a donc pas dʼalternative au béton dans le monde du béton. Un remplacement de la matière béton par le bois se révélerait rapidement désastreux pour nos forêts. De la même manière, un simple remplacement du béton par la terre crue ne répondrait en rien au problème structurel de notre extractivisme effréné et amènerait rapidement à dʼautres impasses.

La start-up landaise du ciment Materrup affiche des résultats quʼelle qualifie de révolutionnaires ou à la pointe de lʼinnovation, avec leur ciment dʼargile non cuit MCC1. Elle se passe majoritairement de cuisson, mais nʼutilisent pas pour autant de déchets industriels et réduisent donc drastiquement leurs émissions de 50 à 60 % par rapport à ciment Portland. La recette est gardée secrète, évidemment. Ce que lʼon sait : cʼest un ciment dans lequel on introduit 70 % dʼargile alliée à des activateurs minéraux pour créer le durcissement. Le mystère reste entier sur les activateurs et sur la source des 50 % de CO₂ quʼil reste sans clinker ni combustibles fossiles. Le produit a les mêmes propriétés de solidité mais une meilleure perspiration, ainsi quʼune couleur plus claire et, miracle, il se pratique comme le béton classique. Le ciment idéal, rien n’a changé, tout continue  ! À tel point que Materrup annonce la réussite dʼune levée de fond de 26 millions dʼeuros en 2024 et lʼouverture de 10 nouvelles cimenteries en Europe en partenariat avec des escrocs tels que Vicat, Vinci ou Bouygues. Révolutionnaire  ? La recette du ciment à lʼargile existe déjà depuis bien longtemps.

Depuis quinze ans dans le laboratoire de matériaux de construction, lʼÉcole polytechnique fédérale de Lausanne a mis au point le ciment LC3, qui affichait des résultats similaires, mais rien n’a changé depuis. En quette d’industrialisation, Materrup ne semble pas vouloir requestionner les logiques productivistes mais plutôt ouvrir un marché de plus, une nouvelle niche de ciment vert pour les projets vitrines, avec peu dʼimpact sur les pratiques globales de la filière. Et si la recette venait vraiment à convaincre les géants dʼabandonner leurs gigantesques fours, quel serait lʼimpact de la ruée massive vers lʼargile pour les écosystèmes  ? Seule une remise en question radicale de nos systèmes de production alliée à des expérimentations de reprises en main de notre capacité à bâtir simplement, sans produit industrialisé, peut permettre une véritable révolution écologique et sociale du bâti. Comme partout, le technosolutionnisme capitaliste est sans avenir  ; changer un paramètre de lʼéquation capitaliste ne nous sauve pas du capitalisme.

Le MCCL de Materrup nourrit la machine à espoirs déçus. Lʼindustrie capitaliste survit en partie, grâce à lʼimaginaire dʼune lʼalternative écocapitaliste viable. Cette fiction est entretenue par toutes ces «  éco-alternatives  » commercialisables, les bullshits éco-labels et les écoquartiers vitrines. Il est important de trouver la juste distance avec cet «  éco-milieu  », savoir rencontrer les travailleur.euses sincères, qui y cherchent juste un espace dʼélaboration faute de mieux, savoir sʼinspirer des expériences concrètes de bâtis qui sʼy sont expérimentées, tout en gardant une ligne radicalement opposée aux propositions dʼalternatives désespérées.

Il faut puiser dans les pratiques vernaculaires et les adapter aux nouveaux paramètres de notre environnement ainsi quʼaux nouvelles découvertes et re-découvertes de bâtis et de mâteriaux naturels peu transformés low tech. Beaucoup de ces pratiques et savoirs ancestraux du bâti existent encore partout, cachées entre les masses de béton. Le bâti en terre crue, «  à la pointe de lʼinnovation  » selon Materrup, est la pratique ancestrale dʼanimaux bâtisseur.es tel.les que certaines abeilles ou termites. Pour les humains, lʼexpérience semble remonter a près de 11 000 ans. De nombreux édifices très anciens en terre crue sont encore debouts. Une partie de la muraille de Chine est en terre crue (et en riz gluant). La ville de Shibam, au Yémen, qu’on date d’avant l’époque islamique est la première cité verticale du monde, avec des immeubles de trente mètres de haut en briques de terre. Lʼarchitecture nubienne, apparue pendant l’Antiquité dans le royaume de Koush, est encore pratiquée aujourd’hui, notamment dans de nombreux pays d’Afrique. Depuis 8 000 ans, les pratiques qui la constituent ont constamment évoluée, intégrants des techniques adaptées à d’autres climats et d’autres terroirs, et plus faciles à transmettre. Malgré ces différentes évolutions et modernisations, elle ne nécessite toujours que des matériaux peu transformés, donc faciles à se procurer et qui, en cas de destruction et d’abandon, retourneront naturellement à la Terre.

Plus proche de nous, à Lyon, de nombreux immeubles de cinq étages en pisé sont encore habités. On estime au final que la construction en terre représente encore un tiers de lʼhabitat mondial et 15 % du patrimoine immobilier français. Cʼest un matériau relativement simple à lʼouvrage  ; les ressources sont peu transformées pour une qualité thermo-isolante remarquable. Puiser aussi, par exemple, dans les différentes expériences de construction en paille, matériau très répandu, peu coûteux, et qui permet des constructions plus rapides et tout aussi efficaces en terme dʼisolation. Faire lʼinventaire des possibilités du bâti vernaculaire ou des bonnes pratiques est quasiment impossible tellement les expériences sont innombrables. Cʼest un monde multiple, très ancien et en construction permanente quʼil sʼagit de prolonger.

Une révolution du bâtiment doit chercher à développer un maximum de spécificités locales et un minimum de transformations des matières premières. Resituer le bâti dans son environnement direct, dans les ressources géologiques que la localité propose. Retrouver de la simplicité à lʼouvrage pour briser au maximum nos dépendances à lʼindustrie. Il faut totalement inverser les tendances, développer des matériaux qui demandent le moins de transformations possible, des machineries simples, les plus adaptables et le plus ré-appropriables par chacun.e. Pour tous ces bâtis en matériaux naturels, les fins de vie des ruines ne sont que de simples retours aux sources. Lʼexact opposé du béton où les produits naturels sont calcinés, pollués et stérilisés éternellement. Chacun des matériaux naturels a ses spécificités propres et il sʼagit partout de développer des pratiques singulières et appropriées. Une véritable multiplicité des matériaux répartirait ainsi lʼimpact du bâti sur les écosystèmes. Ces différentes pratiques doivent se développer en fonction des critères humains, sʼadapter aux traditions locales ou les influencer, sʼintégrer dans le tissu des pratiques pour former les habitant.es à lʼentretien de leurs lieux de vie. Cette décentralisation structurelle du bâti développerait une certaine autonomie des bâtisseur.euses ainsi quʼune grande accessibilité des matériaux qui faciliterait ainsi lʼentretien général pour rendre les logements éternels et en perpétuel mouvement.

Comme on a pu le voir, le BTP est un terrain de lutte important et transversal à bon nombre de problématiques dʼinjustice sociale à combattre, lʼexploitation ignoble des travailleur.euses, la gigantesque pollution, la masculinité toxique du bêtement dur et une parité désastreuse... Autant quʼil faut lutter pour des pratiques de bâtis révolutionnaires il faut bâtir sur nos lieux de luttes. Les cabanes des ZAD et les bâtis légers des occupations de places ont été de très bons exemples de lʼimpact que peut avoir le bâti dans les luttes.

Le bâtir est aujourdʼhui fermement détenu par les décideur.euses capitalistes, mais il nʼen a pas toujours été ainsi. Ce monopole est le résultat dʼune guerre aux pratiques verna­culaires, dans laquelle la création de lʼordre des architectes sous Pétain autant que la normalisation de dureté de Vicat et, plus récemment, la diabolisation de lʼhabitat léger sans industrie se posent comme certains des éléments dʼun long processus dʼassujettissement.

La lutte continue et la Terre, dans ses sursauts de colère, nous donne déjà raison. Par la lutte, l’organisation et la transmission collective, nous finiront bien par avoir raison de l’industrie qui, partout, ravage son support  : nous, les travailleur.euses et la Terre  !

[2Pour rappel, le Service du Travail Obligatoire est une vaste entreprise de réquisition, de mise en esclavage et de déportation des populations des territoires occupés par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

[3En avril et mai 1978, un tiers du pont finira effectivement à lʼeau. À nouveau empruntable en 1982, il aura été reconstruit et consolidé en béton. Quʼà cela ne tienne.

[4Les chiffres et statistiques de la fin de ce chapitre sont tirés du livre de Nelo Magalhães, Accumuler du béton. Tracer des routes, paru en avril 2024 aux éditions La Fabrique.

[7Tout les chiffres concernant le procédé de fabrication de lʼacier proviennent deLʼacier dans le BTP, les méthodes de fabrications ; https://www.concretedispatch.eu/blog/acier-fabrication-btp/

[8Procédé qui, par la séparation des chambres de combustion et dʼaffinage, permet dʼobtenir un produit de meilleure qualité. Pour des informations plus techniques, allez voir la fiche Wikipedia du dit procédé.

[11Cf. Personne morale de Justine Augier, édité en 2024 par les éditions Acte Sud.

[14Tour de béton de 136 m construite entre 2014 et 2018 dans le quartier naissant dʼEuroméditerrannée à Marseille. Imaginée en clin dʼœil aux Calanques elle à, selon son architecte Jean Nouvel (chantre du béton, sʼil en est), «  pour ambition dʼappartenir clairement à lʼépaisseur de lʼair marin méditerranéen  ». Rien que ça. On peut lire çà et là quʼelle est légère et transparente.

[15Quartier du 15e arrondissement de Marseille construit dans les années 50 pour accueillir les rapatriés dʼ «  Indochine  ». Il en est déjà à son deuxième programme de rénovation. La ministre de la Ville sʼy est rendue en mars 2025, promettant de grands changements, dont une école et un centre social.

[22Les deux projets norvégiens actuellement en marche ne stockent pour l’instant que 1,8 millions de tonnes de GES par ans et font déjà lʼobjet de vives inquiétudes de scientifiques quant à leur sécurité et leur viabilité ; https://ieefa.org/resources/norways-sleipner-and-snohvit-ccs- industry-models-or-cautionary-tales

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