« Ils ne nous payent pas assez pour vivre, heureusement un briquet ça coûte que dalle. » C’est ce que nous dit l’employé d’une usine de papier toilette en Californie alors qu’il est en train de se filmer allumant d’immense paquets de ce même PQ. Quelques heures plus tard, les 100 000 m² du site sont entièrement partis en fumée.
La symbolique du geste ainsi que son efficacité concrète sont immenses. Qui n’a jamais rêvé de foutre le feu à son taf, de balancer son patron par la fenêtre ou de simplement envoyer se faire foutre ceux qui nous exploitent jusqu’à l’os ? Le salariat est aujourd’hui plus violent que jamais car toutes les structures de protection que lui avait attribuées la sociale-démocratie sont tombées comme peau de chagrin. On se bat pour être minablement exploité, aucune fierté là-dedans, juste de la dépendance par peur de la misère.
Il n’y a bien que ceux qui en profitent pour y croire encore : les grands ou petits patrons, les vieux cadres véreux, les chefs, les contremaîtres. On y voit comme un pattern. Probablement celui de l’oppression de classe, évidemment, mais on peut aussi voir dans les révoltes GenZ de par le monde ces derniers mois la fracture générationnelle d’un monde dans lequel la carotte d’un taf et d’une belle vie au mérite ne marche plus du tout. Maintenant, quand on est jeune, on en chie qu’on ait un boulot ou non.
On voit aussi la vengeance dans le geste de notre héros des temps modernes. La vengeance condamnée par la morale bourgeoise, par la justice classiste, s’illustre ici en réponse à l’exploitation et à la précarisation, elle vient troubler ce qu’aucun nommerait le spectacle. Ce geste nous rappelle à notre capacité d’agir, de troubler l’ordre établi.
Se venger c’est mal, et on nous le dit dès l’enfance, mais se venger d’une injustice profonde envers une oppression (systémique ou non) est une arme puissante que nous ne devrions jamais oublier.
Aujourd’hui les grèves perlées des vieux syndicats sont des divertissements pour patrons et gouvernants. Les balade-manifs convenues main dans la main avec la pref, elles, ne sont que contre-révolution et n’illusionnent plus grand monde. Le sabotage collectif ou individuel et l’action directe s’imposent donc comme ce qui nous reste de meilleur pour détruire ce qui nous détruit. Nous ne sommes retenus que par l’illusion du confort offert par l’exploitation qui est chaque mois plus près d’être insuffisante.
Si la personne qui nous a offert le tableau de la destruction de son lieu de travail nous régale, nous n’oublierons pas qu’ils lui feront payer et lui apportons tout notre soutien : il s’est enfermé pour libérer quelque chose en nous. Sa colère et son dégoût nous parlent car nous les vivons aussi chaque jour sur nos lieux de travail. Vive le sabotage.
Jean Burnout






